Part 2
--Notre-Seigneur prie seul, prie la nuit. C’est une habitude chez Lui... Bien des fois l’Évangile nous répète: «Il se retira seul pendant la nuit pour prier»... Aimons, chérissons, pratiquons à son exemple, la prière nocturne et solitaire... Quand tout sommeille sur la terre, veillons et faisons monter nos prières vers notre Créateur... S’il est doux d’être en tête-à-tête avec ce qu’on aime au milieu du silence, du repos universel et de l’ombre qui couvre la terre, combien est-il doux d’aller, en ces heures, jouir du tête-à-tête avec Dieu!... Heures d’incomparable félicité, heures bénies qui faisaient trouver à saint Antoine les nuits trop courtes... heures où, pendant que tout se tait, tout dort, tout est noyé dans l’ombre, je vis aux pieds de mon Dieu, épanchant mon cœur dans Son amour, Lui disant que je L’aime, et Lui me répondant que je ne L’aimerai jamais, si grand que soit mon amour, autant qu’Il me chérit... Nuits fortunées que mon Dieu me permet de passer en tête-à-tête avec Lui... O mon Seigneur et mon Dieu, faites-moi sentir comme je le dois le prix de pareils moments! Faites-moi «_delectare in Domino_»... Faites-moi, à Votre exemple, n’avoir pas de plus chers moments, pas de plus vrai repos, pas d’heures plus suaves et plus enviées que ces heures de prières nocturnes et solitaires!
Apprenez-moi, de plus, à prolonger ces heures où, pendant que tout sommeille, je veille seul à Vos pieds, où, sans que personne sache ni partage mon bonheur, je jouis, dans la solitude de la nuit, de la présence de mon Dieu! O mon Dieu, si ces veilles solitaires et fortunées pouvaient dévorer de plus en plus toutes mes nuits, que je serais heureux!... Combien de saints ont eu ce bonheur: je sais bien que je ne le mérite pas, mais je ne mérite aucune faveur et Vous m’en avez tant fait, et je sais si bien que Vous m’aimez! Mon Dieu, si cela est, comme je le pense, conforme à Votre volonté, faites-moi cette grâce, je Vous le demande, par toutes les grâces que Vous m’avez déjà faites et par Votre Cœur! Amen...
* * * * *
Notre-Dame du Perpétuel-Secours, vous que je n’ai jamais invoquée en vain, obtenez-moi ce bienfait et ayez la main sur moi, pour m’empêcher de dormir, comme je le fais si souvent, hélas! lorsque je suis aux pieds de Notre-Seigneur et qu’Il m’invite à Le prier, à prier avec Lui, à passer une heure en tête-à-tête avec Lui!...
St MATHIEU, ch. 17, v. 19. «Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, rien ne vous serait impossible.»
Nous pouvons tout par la prière. Si nous ne recevons pas, c’est, ou que nous avons manqué de foi, ou que nous avons trop peu prié, ou qu’il serait mauvais, pour nous, que notre demande nous soit accordée, ou que Dieu nous donne quelque chose de meilleur que ce que nous demandons... Mais jamais nous ne recevrons pas ce que nous demandons, parce que la chose est trop difficile à obtenir: rien ne nous est impossible à obtenir... N’hésitons pas à demander à Dieu même les choses les plus difficiles, telles que les conversions des grands pécheurs, de peuples entiers: demandons-les même d’autant plus qu’elles sont plus difficiles, avec la foi que Dieu nous aime passionnément...; mais demandons avec foi, avec insistance, constance, avec amour, avec bonne volonté... Et soyons sûrs que si nous demandons ainsi et avec assez de constance, nous serons exaucés en recevant la grâce demandée ou une meilleure.
... Demandons donc hardiment à Notre-Seigneur les choses les plus impossibles à obtenir, quand elles sont pour Sa gloire, et soyons sûrs que Son Cœur nous les accordera d’autant plus qu’elles semblent humainement plus impossibles, car donner l’impossible à ce qu’Il aime est doux à Son Cœur, et combien ne nous aime-t-Il pas?
St MATHIEU, ch. 17, v. 20. «Ce genre de démons ne se chasse que par la prière et le jeûne.»
Non pas par des prières ou des jeûnes spéciaux, mais par une vie de prière et de jeûne... Si donc nous voulons résister aux tentations du démon, il nous faut, pour cela, mener une vie de prière et de jeûne: ce sont les deux armes que Notre-Seigneur nous indique... Pour que notre vie soit une vie de prière, il faut deux choses: d’abord qu’elle renferme un temps suffisamment long consacré uniquement chaque jour à la prière; ensuite, que pendant les heures consacrées à d’autres occupations, nous restions unis à Dieu, conservant la pensée de Sa présence, et tournant, par de fréquentes élévations, nos cœurs et nos regards vers Lui...
St MATHIEU, ch. 18, v. 14. «Ainsi votre Père, qui est dans les cieux, ne veut pas qu’aucun de ces petits périsse.»
Notre-Seigneur est venu pour chercher ce qui est perdu... Il laisse quelques brebis qui sont au bercail pour courir après celle qui s’est égarée... Faisons comme Lui, et puisque nos prières sont une force, qu’elles sont certaines d’obtenir ce qu’elles demandent, courons, par nos prières, à la recherche des pécheurs, faisons, par elles, l’œuvre pour laquelle notre Divin Époux est venu sur la terre... Si nous ne sommes pas voués à la vie apostolique, combien nous devons prier pour la conversion des pécheurs, puisque la prière est presque le seul moyen puissant, étendu, que nous ayons de leur faire du bien, d’aider notre Époux dans son travail, de sauver Ses enfants, de tirer d’un péril mortel ceux qu’Il aime passionnément, et qu’Il nous a, par son testament, ordonné d’aimer comme Lui-même les aime!... Et si nous sommes voués à l’apostolat, notre apostolat ne sera fructueux que si nous prions pour ceux que nous voulons convertir, car Notre-Seigneur ne donne qu’à celui qui demande, n’ouvre qu’à celui qui frappe... Pour que Dieu mette de bonnes paroles sur nos lèvres, de bonnes inspirations dans nos cœurs, la bonne volonté dans les âmes de ceux à qui nous nous adressons, il faut la grâce de Dieu, et, pour la recevoir, il faut la demander... Ainsi, quel que soit notre genre de vie, prions beaucoup, beaucoup pour la conversion des pécheurs, puisque c’est pour eux surtout que Notre-Seigneur travaille, souffre et prie...
Prions chaque jour de toute notre âme pour le salut et la sanctification de ces enfants égarés mais bien-aimés de Notre-Seigneur, afin qu’ils ne périssent pas, mais soient heureux; prions chaque jour pour eux, longuement et de toute notre âme, pour que le Cœur de Notre-Seigneur soit consolé par leur conversion et réjoui par leur salut...
St MATHIEU, ch. 21, v. 13. «Ma maison est une maison de prière; vous en avez fait une caverne de voleurs.»
Ceci nous indique le respect infini que nous devons avoir pour toute église, chapelle; avec quel recueillement, quel respect, il faut nous y tenir; et si ce recueillement était obligatoire jadis, combien plus il l’est maintenant que Notre-Seigneur réside dans nos Tabernacles...
La parole de Notre-Seigneur nous dit encore autre chose, elle s’applique à notre âme: notre âme, aussi, est une maison de prière; la prière doit, sans interruption, s’élever d’elle vers le ciel, comme une fumée d’encens, et combien de fois, hélas! les distractions, les pensées terrestres, les pensées qui ne sont pas pour la plus grande gloire de Dieu, les pensées mauvaises même, l’occupent, la remplissent de bruit, de trouble et de souillures, et en font une caverne de voleurs!... Efforçons-nous de toute notre puissance de faire que notre esprit soit toujours occupé de Dieu ou de ce qu’Il nous charge de faire pour Son service; et même, qu’en faisant ce dont Il nous charge, nous jetions sans cesse un regard vers Lui, sans jamais détacher le cœur en aucune façon, et les yeux le moins possible, n’attachant nos yeux à nos occupations qu’autant que c’est nécessaire, et notre cœur pas du tout: que Dieu soit le Roi de nos pensées, le Seigneur de nos pensées, que Sa pensée ne nous quitte pas et que tout ce que nous disons, faisons, pensons, soit pour Lui, soit dirigé par Son amour. Rappelons-nous l’expression «dame des pensées» et qu’ainsi notre âme soit toujours une maison de prière, jamais une caverne de voleurs. Que rien d’étranger n’y ait accès; qu’aucune chose profane n’y entre, même en passant. Qu’elle s’occupe sans cesse de son Bien-Aimé... Quand on aime, on ne perd pas de vue ce qu’on aime...
St MATHIEU, 21, 16 «... et les enfants... criaient dans le temple: Hosanna au Fils de David.»
Notre-Seigneur approuve les enfants qui chantent: «Hosanna au Fils de David». Il approuve donc, Il veut qu’on Le loue... Il ne Lui suffit pas qu’on Le remercie, qu’on Lui demande pardon, qu’on Le prie d’accorder des grâces; ces trois mots: «merci, pardon, secourez-nous», si indispensables, et qui doivent être à tout instant dans nos cœurs et sur nos lèvres, ne suffisent pas pour Le prier comme nous le devons: il faut encore Le louer. Louer, c’est exprimer son admiration et, en même temps, son amour, car l’amour est inséparablement uni à une admiration sans réserve. Donc, louer Dieu, c’est se fondre à Ses pieds en paroles d’admiration et d’amour, c’est Lui répéter sous toutes les formes qu’Il est infiniment parfait, infiniment aimable, infiniment aimé, que Sa beauté, notre admiration et notre amour sont sans mesure; c’est Lui dire sans fin, Lui dire sans pouvoir mettre de terme à une si douce déclaration, qu’Il est beau et que nous L’aimons.
Combien la louange fait partie essentielle de l’amour; combien, par conséquent, elle fait indispensablement partie de nos devoirs envers Dieu: c’est facile à voir... Mais il est une deuxième cause pour laquelle nous devons à Dieu la louange: c’est que, nous permettre de la Lui adresser, c’est de Sa part une incomparable faveur: permettre à quelqu’un de nous dire, de nous répéter sous toutes les formes qu’il nous aime, n’est-ce pas la plus grande faveur que nous puissions lui faire? N’est-ce pas lui dire que son amour nous plaît, nous est agréable, n’est-ce pas lui dire presque que nous l’aimons aussi?... Dieu nous permet de nous tenir à Ses pieds, murmurant sans fin des paroles d’admiration et d’amour: quelle grâce! quelle bonté, quel bonheur!... Mais, quelle ingratitude si nous méprisions une telle faveur! Ce serait la mépriser que de n’en pas profiter, et non seulement Dieu nous permet ce bonheur des bonheurs, mais Il nous l’ordonne: Il nous ordonne de Lui dire que nous L’admirons et que nous L’aimons, et nous ne répondons pas à une invitation si précieuse et si douce? quelle ingratitude! quelle indignité! quelle grossièreté, quelle monstruosité! Mon Seigneur et mon Dieu, apprenez-moi à trouver toute ma joie à Vous louer, c’est-à-dire à Vous répéter sans fin que Vous êtes infiniment parfait et que je Vous aime infiniment: «_Delectare in Domino et dabit tibi petitiones tuas_» avez-Vous dit. Apprenez-moi à me délecter en Vous, dans la vue de Vos infinies beautés et le murmure amoureux et incessant, à Vos pieds, de Vos louanges!... Sainte Magdeleine, obtenez-moi la grâce de louer Notre-Seigneur, notre Maître commun, comme Il veut que je le fasse!...
St MATHIEU, ch. 26, v. 36. «Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas prier.»
Que fait Notre-Seigneur pendant la dernière heure qui précède Son arrestation et le commencement de Sa Passion? Il se retire seul, pour prier... Ainsi, quand nous avons une grave épreuve à supporter, un danger, une souffrance à affronter, passons dans la prière, la prière solitaire, les derniers moments, la dernière heure qui nous en séparent[2]. Dans tout événement grave de notre vie, faisons ainsi: préparons-nous y, cherchons force, lumière, grâce pour nous y bien conduire en employant à prier, et à prier seul, la dernière heure, le dernier moment qui nous en séparent...
[2] Charles de Foucauld passa dans ce silence qu’il recommande ici, les dernières heures qui précédèrent sa mort violente.
St MATHIEU, ch. 26, v. 38. «Attendez ici, et veillez avec moi.»
Est-ce seulement à ses trois Apôtres que Notre-Seigneur dit cela?... Non, c’est à nous tous qu’Il aime et qu’il voit pendant son agonie, à nous tous, dont la compagnie fidèle et tendre, en ces moments douloureux, Lui est une consolation... Soyons donc fidèles à cette pratique «de veiller avec Lui», tous les jeudis soirs, pour Lui tenir compagnie, L’assister, Le consoler, être avec Lui de toute notre âme pendant Son agonie... Que cette veille du jeudi soir avec Notre-Seigneur agonisant soit une de nos pratiques fidèles toute notre vie: n’y manquons jamais pour l’amour du Cœur de Notre-Seigneur, Il nous le demande formellement par ces mots dits à Ses Apôtres. Le Lui refuserons-nous?... O Sainte Vierge, ô mon Ange Gardien, aidez-moi, je vous en supplie, pour que je ne sois plus jamais assez indigne, assez détestable pour le Lui refuser. Amen.
St MATHIEU, ch. 26, v. 39. «Il se prosterna, priant et disant...»
Notre-Seigneur se prosterne pour prier. Imitons-Le: aimons à prier prosternés, à genoux, dans les postures les plus pénitentes, les plus humbles, les plus suppliantes: ce sont, de toutes manières, celles qui nous conviennent le mieux, et ce sont aussi les plus douces pour nous, car ce sont les plus amoureuses. Quelle est la posture la plus amoureuse, sinon de se tenir à genoux aux pieds de ce qu’on aime?... Tenons-nous donc ainsi aux pieds de notre Bien-Aimé... Ne craignons pas d’être assis en sa présence, comme Sainte Magdeleine, ou debout, mais préférons être à genoux et, chaque fois que nous le pouvons, que ce soit à genoux ou prosternés comme Il nous en donne ici l’exemple, comme le dictent l’humilité, la pénitence et surtout l’amour, que se fassent nos prières.
St MATHIEU, ch. 26, v. 39. «Mon Père, si c’est possible, que ce Calice s’éloigne de moi, cependant, non ma volonté, mais la vôtre...»
Notre-Seigneur nous apprend à prier: il faut, d’abord, demander à Dieu ce que nous désirons, avec la simplicité de l’enfant qui parle à son père, et, après cela, ajouter: «Cependant, non ma volonté, mais la Vôtre.»
Faisons ainsi: point de recherche dans nos prières; la simplicité absolue; demandons ce que désire notre cœur, sans passer notre temps à chercher si nous ferions mieux de demander autre chose, sans recherche, en toute simplicité, demandons ce que nous désirons, puis ajoutons: «Cependant non ma volonté, mais la Vôtre.»
St MATHIEU, ch. 26, v. 40. «Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi...»
Ce n’est pas à Vos seuls Apôtres que Vous parlez, mon Dieu! C’est à tous ceux qui, pouvant veiller avec Vous, pouvant tenir compagnie la nuit à Votre Cœur affligé, Vous consoler en priant et veillant avec Vous avec fidélité et amour, ne le font pas, se laissent aller au sommeil, manquent de courage, et, par conséquent, d’amour; ne sentent pas tout le prix qu’a une veille avec Vous; ne comprennent pas que veiller à Vos pieds est un incomparable bonheur, une félicité dont les Saints et les Anges même ne sont pas dignes; ne jouissent pas de Votre présence comme on jouit de la présence d’un être passionnément aimé, et ne désirent pas avec passion Vous consoler, Vous soulager... S’ils désiraient, avec la passion qu’ils devraient avoir, Vous consoler, jamais ils ne céderaient à la tentation si basse et si brutale du sommeil: s’ils sentaient comme ils le devraient la félicité infinie qu’il y a à prier à Vos pieds, devant Vous, ne resteraient-ils pas indéfiniment à prier avec Vous, sans s’apercevoir que le temps passe, et n’ayant qu’une crainte dans une pareille jouissance, celle de la voir finir... Hélas, mon Dieu! comme je suis de ces êtres bas, vils, grossiers qui, bien souvent, s’endorment à Vos pieds et se laissent aller au sommeil quand ils pourraient prier avec Vous!... Pardon, pardon!... Secourez-moi, mon Dieu, afin que je ne retombe plus jamais dans une aussi détestable froideur, dans une aussi indigne infidélité!... J’y suis tombé bien des fois; je déteste ma faute, je l’ai en horreur... Pardon, mon Dieu, de toute mon âme!...
Évangile selon St Marc, ch. 1, v. 35. «En sortant de grand matin, il alla dans un lieu désert où il pria.»
Faisons comme Notre-Seigneur: levons-nous de grand matin, quand tout repose autour de nous, quand le silence, les ténèbres, le sommeil enveloppent encore la terre et les hommes et, au milieu de ce recueillement universel, de cette torpeur où tout est enseveli, levons-nous, veillons pour Dieu, élevons vers Lui nos cœurs et nos mains, répandons nos âmes à Ses pieds et, à cette heure où le tête-à-tête est si secret et si doux, jetons-nous à Ses genoux, et jouissons du tête-à-tête avec notre Créateur... Qu’Il est bon de nous permettre de venir à Ses pieds pendant que tout sommeille; qu’Il est bon d’accorder à cette pauvre créature ce tête-à-tête avec Sa souveraine Majesté, avec son ineffable Beauté!... Jouissance de toute notre âme de moments si fortunés, d’une faveur au-dessus de toute parole, d’une faveur dont ni homme, ni saint, ni ange n’est digne!... Pendant toute notre vie, faisons chaque jour ce dont Notre-Seigneur nous donne ici l’exemple et qui est le bonheur des bonheurs, une félicité divine; levons-nous bien avant le jour, et, de grand matin, quand tout sommeille dans l’ombre et le silence, commençons en même temps notre journée et nos prières, et passons, avant le jour et le commencement des travaux, de longues heures à prier aux pieds de Dieu... Devançons même nos saints compagnons et cherchons non seulement à prier une partie de la nuit avant le jour, mais à prier seul, ignoré de tous, dans la complète solitude, comme Notre-Seigneur... Si la prière commune nous est recommandée par Lui, Il nous recommande aussi la prière solitaire et secrète, et nous en donne l’exemple. Suivons les deux préceptes et les deux exemples...
St MARC, 7, 29... «Et elle le priait de chasser le démon du corps de sa fille. Jésus lui dit: «Laissez d’abord rassasier les enfants; car il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens.» Elle répondit: «C’est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent sous la table les miettes de pain des enfants.
--A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.»
Notre-Seigneur approuve hautement la prière de la Syro-phénicienne, et, par conséquent, nous la propose comme modèle des nôtres. Que voyons-nous surtout, dans cette prière? Foi, humilité, constance, brièveté, simplicité. La foi et l’humilité sont admirables. La constance est telle qu’aucun rebut ne peut l’altérer. Faisons de même: soyons simples, brefs, d’une humilité qui trouve tout naturel de nous comparer et de nous entendre comparer à des chiens, d’une foi et d’une constance qu’aucune sécheresse, aucune difficulté, aucun refus, si répété qu’il soit, aucune lenteur à voir l’accomplissement de notre demande, n’altère ni ne décourage...
St MARC, 14, 38. «Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation.»
Pour résister à la tentation, il nous faut deux choses: 1º de longues heures consacrées à la prière, chaque jour, avec une régularité inviolable; 2º la prière continuelle pendant le reste du temps, c’est-à-dire que pendant les diverses occupations qui remplissent le reste de la journée, il faut avoir l’esprit sans cesse attaché à Dieu, les yeux sans cesse tournés vers Lui, soit par la simple pensée de la présence, soit par la méditation, soit par des prières vocales, peu importe le moyen, pourvu que l’âme regarde son Bien-Aimé. Quand nous travaillons à un ouvrage en présence d’un être aimé, oublions-nous un seul instant sa présence qui nous rend si heureux, nous fait trouver le temps si rapide et les moments si fortunés, ne levons-nous pas à tout instant les yeux sur lui? Faisons de même pour Notre-Seigneur Jésus, le divin Époux de nos âmes. La prière continuelle pendant tout le jour écartera de nous les tentations, la présence de Notre-Seigneur les chassant, les empêchant de nuire...; les heures uniquement consacrées à la prière chaque jour nous donneront la force, avec la grâce de Dieu, de conserver Sa présence pendant tout le reste de la journée, et de nous livrer, pendant le reste du jour, à ce que nous appelons «la prière continuelle».
St MARC, 15, 34. «Eloï, Eloï, lamma sabachtani!...»
Cette parole nous apprend deux choses: 1º qu’il faut adresser à Dieu, avec une simplicité absolue, toutes nos pensées, nos plaintes comme le reste; dans la joie, nos cris de joie; dans la reconnaissance, nos remerciements; dans le repentir, nos «pardons»; dans le désir, nos demandes; dans la douleur, nos plaintes. Comme notre douleur est permise par Lui, nous devons non seulement nous plaindre à Lui, mais aussi nous plaindre de Lui, comme le fait ici Notre-Seigneur, mais cela avec le respect, l’amour, la soumission, la conformité amoureuse et illimitée à Sa volonté qu’avait pour Lui son Fils Unique et que nous Lui devons, nous, ses enfants, enfants si comblés par ce Père bien-aimé et infiniment bon. 2º Notre-Seigneur emploie, pour parler à son Père, deux mots de l’Écriture. Servons-nous de ces paroles infiniment saintes, paroles de l’Esprit-Saint, et employons-les pour nos prières d’une certaine longueur, comme faisaient les anciens Juifs, comme fait l’épouse du Christ, la sainte Église; servons-nous-en aussi, dans nos oraisons jaculatoires comme le fait ici N.-S.; en plusieurs endroits. Il nous donne le même exemple pour mieux nous l’inculquer et nous apprendre que c’était une habitude chez Lui et que, par conséquent, cela doit être une habitude chez nous... Non seulement Il se sert des mots de l’Écriture pour exprimer les cris de Son âme, mais Il s’en sert dans les moments les plus solennels, dans la tentation au désert et sur la Croix: deux mots d’un psaume sont Ses dernières paroles avant Sa mort... Combien nous devons suivre un exemple qu’Il nous donne si fortement... Et, d’ailleurs, n’est-il pas évident que les paroles de l’Écriture inspirée de Dieu valent mieux que nos paroles? Nous ne pouvons rien offrir à Dieu de plus agréable, après le Corps de son Fils, que les paroles que son Cœur a versées du Ciel sur la terre, les paroles sacrées tombées de Ses propres lèvres.
Évangile selon St LUC, 10, 42. «Marie a choisi la meilleure part et elle ne lui sera pas ôtée.»
La meilleure part, c’est la vie contemplative, la vie de prière, la vie qui se détache entièrement des choses matérielles pour ne s’occuper qu’à contempler Notre-Seigneur; la vie où l’esprit, ne s’occupant jamais de choses terrestres, est tout entier plongé dans la pensée de Dieu, Le regardant, L’écoutant, Lui parlant sans cesse par le sentiment perpétuel de Sa présence et une oraison qui peut varier aux différents moments du jour, mais qui ne s’interrompt jamais... Marie vit comme les autres, mais, quoi qu’elle fasse, ses yeux, sa pensée et son cœur sont toujours tout entiers sur Jésus: Il est toute sa vie... C’est la vie contemplative, la vie de l’amour le plus passionné, de l’amour d’admiration... C’est la meilleure part, la part de la Sainte Vierge et de saint Joseph à Nazareth, la part de la Sainte Vierge pendant toute sa vie, de saint Jean-Baptiste au désert, la part de Marie-Magdeleine à Béthanie, en Galilée, en Judée, en Provence. Que ce soit la nôtre! Imitons notre Mère bénie, sainte Magdeleine, cette adoratrice passionnée de Jésus...
St LUC, 15, 10. «La joie sera parmi les Anges du Ciel pour un pécheur faisant pénitence.»