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Part 4

Au cours des six années de sa vie à La Trappe, s’affirme la vocation la plus exceptionnelle, en nos temps, et qui devait entraîner Charles de Foucauld dans les plus dures solitudes du monde. Au début de 1897, l’heure allait venir, pour lui, de renouveler ses vœux de trappiste. Ils ne seront pas renouvelés. Le vicomte de Foucauld, avec l’approbation de ses supérieurs qui reconnaissent un appel particulier, quitte la Trappe, et s’offre comme serviteur, jardinier, commissionnaire d’un couvent de Clarisses, à Nazareth, et vit de la sorte environ trois années, de 1897 à 1900.

RETRAITE FAITE A NAZARETH

du 5 au 15 novembre 1897

Charles de Foucauld habitait alors dans une cabane en planches, sorte de guérite couverte en tuiles, adossée au mur de clôture des Clarisses, et où l’on serrait, naguère, les outils de jardinage. Pendant sa retraite, Charles de Foucauld méditait, soit dans cette cellule, soit dans la chapelle du Couvent, devant le Saint-Sacrement exposé. De là des allusions, tantôt au silence de la campagne, tantôt à la présence de Notre-Seigneur dans l’Hostie.

OBJET DE LA RETRAITE

Mon Seigneur et mon Dieu, qui êtes ici présent, qui êtes en moi et autour de moi, je Vous adore de toute mon âme; merci de Vos bienfaits infinis, pardon de mes infidélités sans nombre, secourez-moi, afin que je Vous console le plus possible pendant tous les instants de ma vie...

Tâcher de mieux connaître Votre volonté sur moi pour mieux la faire (et mieux procurer Votre bien), voilà le double but de cette petite retraite... Bénissez-la, mon Dieu, je la fais en vue de Vous seul, non pour moi, mais pour Vous; non pour les autres, mais pour Vous... Je dois m’aimer et aimer les autres, mais en vue de Vous: c’est le secondaire, Vous êtes le principal, mon Dieu et mon Tout, Vous qui seul avez l’être... Faites, ô mon Dieu, que je la fasse le mieux possible, en Vous, par Vous et pour Vous, et qu’elle me serve à Vous connaître, Vous aimer; connaître Votre volonté, la faire; tout cela pour consoler le plus possible Votre Cœur, ce qui est la seule chose que je désire. Amen, amen.

DIEU. SES PERFECTIONS, SA PRÉSENCE

Mon Dieu, que Vous êtes bon! Ce matin, j’étais dans cette chère petite cellule où il fait si doux passer à Vos pieds les heures silencieuses de la nuit, être en tête-à-tête avec Vous pendant que tout dort sur la terre, seul à Vous adorer, à me tenir à Vos genoux, vous disant que je Vous aime pendant que tout est enseveli dans l’obscurité, le silence et le sommeil!... Mais, maintenant, c’est la grâce des grâces... Je suis devant le Saint-Sacrement, et le Saint-Sacrement exposé!... Quelle félicité! que je suis près de Vous, contre Vous, ô mon Dieu! Faites que j’y sois comme je le dois, donnez-moi les pensées, les paroles que je dois avoir, en Vous, par Vous et pour Vous!...

Merci, mon Dieu, de commencer cette retraite un jour d’exposition du Saint Sacrement! Vous voulez donc ne pas laisser une seule grâce sans me la faire? Merci, merci! ô mon Dieu, merci de vos grâces, merci parce qu’elles sont très douces, merci parce que je sens le besoin que j’en ai, et combien ma misère, ma lâcheté, ma tiédeur exceptionnelles ont besoin d’un secours exceptionnel... Vous proportionnez Vos secours, non aux mérites, mais aux besoins, bien heureusement: Vous êtes «venu pour les malades, non pour les sains», comme je le sens bien!... Comme en me sentant aimé, pressé sur Votre Cœur, mon Bien-Aimé Jésus, mon Dieu, mon Maître, Vous qui me permettez de Vous appeler mon Divin Époux, je sens le besoin que j’ai de Vos tendresses, de Vos caresses, à cause de ma faiblesse infinie!

Vous voulez que, dans cette retraite, je considère d’abord Vous, Vous Dieu et Vous Jésus, Dieu et Homme... puis, que je considère ce que Vous voulez de moi, c’est-à-dire mon devoir, c’est-à-dire ma vie, moi, puisque toute ma vie, tout moi ne doit être que l’accomplissement de mes devoirs, de Votre volonté... Faites qu’il en soit ainsi, qu’il n’y ait plus jamais de différence entre _moi_ et _l’accomplissement de Votre volonté_. O mon Dieu, puissent toujours ces deux termes être identiques, en Vous, par Vous, pour Vous! Amen.

Considérer Dieu... moi, ver de terre, porter mes yeux sur Vous, l’Infini! Comment cela est-il possible! Et, pourtant, cela est possible, Vous nous l’enseignez, et même c’est un devoir... Des seules choses naturelles, nous pouvons et devons nous élever à Vous: montant de la beauté matérielle à la beauté d’une belle âme, des choses spirituelles, montant de degré en degré dans l’échelle des êtres, nous devons venir à l’idée de l’Esprit parfait, ajoutant des perfections, retranchant des imperfections, étendant la beauté des perfections jusqu’à l’excellence qui surpasse tout, nous devons arriver à l’idée de Vous, mon Père...

Mon Créateur, mon Père, mon Bien-Aimé, Vous qui êtes là, à trois mètres de moi, sous l’apparence de cette Hostie, Vous êtes la Beauté suprême; toute beauté créée, beauté de la nature, du ciel au coucher du soleil, de la mer unie comme une glace sous un ciel bleu, des forêts sombres, des jardins fleuris, des montagnes, des grands horizons des déserts, des neiges et des glaciers, beauté d’une belle âme se reflétant sur un beau visage, beauté d’une belle action, d’une belle vie, d’une grande âme, toutes ces beautés ne sont que le plus pâle reflet de la Vôtre, mon Dieu. Tout ce qui a charmé mes yeux en ce monde, n’est que le plus pauvre, le plus humble reflet de votre Beauté infinie!...

O mon Dieu, faites-moi cette grâce de ne voir que Vous, que Vous dans les créatures; de ne jamais m’arrêter à elles, de ne jamais voir la beauté matérielle ou spirituelle qui est en elles, comme quelque chose d’elles, mais seulement comme quelque chose de Vous. Faites-moi percer les voiles, ne jamais rester à ce pauvre composé de néant et d’être si ruineux, si défaillant, si rien, mais en tout _l’être_ que je vois en une créature, passer aussitôt au-dessus des apparences, et voir, au delà du pauvre composé, _l’être par essence_, à qui l’être appartient tout entier et qui en a jeté une parcelle sur cette créature qui nous plaît. Si cette parcelle nous semble si belle, combien est beau l’Être parfait qui l’a jetée comme une aumône, comme un sou donné à un pauvre! Mon Dieu, faites-moi cette grâce que Vous fîtes à Sainte Thérèse, de ne plus jamais attribuer aux créatures les biens matériels ou spirituels qui sont en elles, de ne jamais m’y arrêter, car ils ne viennent pas d’elles, mais de l’Être Souverain... M’y arrêter serait une indélicatesse, une ingratitude, un abus de confiance, car Dieu ne donne cette beauté aux créatures et ne porte mon âme à en être ravie, que pour Se laisser entrevoir par moi, pour m’attirer à Lui, pour exciter ma reconnaissance pour Sa bonté, mon amour pour Sa beauté, et me faire monter jusqu’à Son trône, et y établir la vie de mon âme dans l’adoration, la contemplation émerveillée, la gratitude... Avoir toute ma conversation dans les cieux, puisque la vue de la terre ne fait que me laisser deviner Vos beautés et Vos tendresses...

... Et il n’est pas loin de moi, cet _Être_ parfait, cet Être qui est _tout l’Être_, qui est seul l’_Être_ véritable, qui est toute beauté, bonté, amour, sagesse, science, intelligence. Les créatures en qui j’admire quelques reflets de ses perfections, sur lesquelles tombe un petit rayon de ce soleil infini, sont hors de moi, distantes de moi, séparées de moi, mais Vous, mon Dieu, Vous la Perfection, la Beauté, la Vérité, l’Amour infini et essentiel, Vous êtes en moi, Vous êtes autour de moi... Vous me remplissez tout entier..., il n’est aucune parcelle de mon corps que Vous ne remplissiez, et, autour de moi, Vous me touchez de plus près que l’air où je me meus... Que je suis heureux! quelle félicité! être uni à ce point à la Perfection même; vivre en Elle, La posséder vivante en moi!... Mon Dieu qui êtes en moi et en qui je suis, faites-moi comprendre ma félicité, et faites-moi comprendre mes devoirs!...

Mon Dieu, daignez me donner ce _sentiment continuel de Votre présence_, de Votre présence en moi et autour de moi... et, en même temps, _cet amour craintif qu’on éprouve en présence de ce qu’on aime passionnément_, et qui fait qu’on se tient devant la personne aimée, sans pouvoir détacher d’elle les yeux, avec un grand désir et une pleine volonté de faire tout ce qui lui plaît, tout ce qui est bon pour elle et une grande crainte de faire, dire ou penser quelque chose qui lui déplaise ou lui fasse du mal... En Vous, par Vous et pour Vous. Amen.

PENSÉES DE DIEU

Je dois tâcher de vous connaître, mon Dieu, afin de mieux Vous aimer; plus je Vous connaîtrai, plus je Vous aimerai, parce que tout en Vous est parfait, admirable, aimable: Vous connaître un peu plus, c’est voir beauté plus étincelante, plus transparente, c’est être plus ravi d’amour... Vous êtes pensées, paroles et action, mon Dieu.--Vous Vous réfléchissez sans cesse Vous-même dans Votre propre esprit... Vos pensées ne varient pas... Vous Vous voyez toujours Vous-même, Vos perfections, et, en Vous, Vos œuvres, Vos œuvres présentes et à venir et toutes Vos œuvres possibles, dans tous les siècles et tous les temps. Vous Vous voyez, car Vous êtes Intelligence... Vous Vous aimez, car Vous êtes Volonté... Vous Vous aimez infiniment, et cela nécessairement, car Vous êtes juste, et étant juste, Vous aimez infiniment l’Être infiniment aimable, infiniment parfait, Vous-même...

Mon Dieu qui êtes en moi, autour de moi, mon Seigneur Jésus, mon Dieu qui êtes si près de moi dans cette Hostie exposée, voilà donc ce que sont Vos pensées: un _regard_ et un _amour_... Un regard sur Vous-même, sur Vous seul: et de ce regard sur Vous seul, Vous voyez toutes Vos œuvres. Un amour souverain, infini, pour Vous-même, amour nécessaire et qui ne peut pas ne pas être, parce qu’Il est la conséquence de Votre justice infinie; et, dans cet amour, Vous aimez Vos œuvres, d’une part à cause de Vous, parce qu’elles viennent de Vous, sont les œuvres de l’Être infiniment aimable et aimé; de l’autre, à cause de la beauté qui est en elles, de la parcelle d’être, du reflet de beauté divine que Vous avez jeté en chacune d’elles et qui est quelque chose de bon et d’aimable; d’autre part, enfin, par pure bonté, _quoniam bonus_, parce que Vous êtes bon et qu’il Vous est naturel d’aimer...

PAROLES ET ACTIONS DE DIEU

Vous parlez, mon Dieu, aux hommes, de deux manières surtout, à haute voix pourrait-on dire, et à voix basse... A haute voix par Vos livres inspirés, la Sainte Écriture; à voix basse par tout ce qu’inspire Votre grâce, par toutes les paroles intérieures que Vous inspirez aux fidèles... Parlez-Vous aux purs esprits? Comment? A qui parlez-Vous encore? Je l’ignore, mon Dieu. Vous êtes infini, je suis un point, un atome. Que sais-je de Vous? Assez pour connaître que Vous êtes l’Infini, l’Être, la Perfection, et cela suffit pour me montrer que je dois Vous aimer sans mesure; pourtant, je me réjouis de Vous mieux connaître dans le ciel; en voyant mieux Vos beautés, je Vous aimerai davantage...

JÉSUS, SON INCARNATION, SA NAISSANCE

6 novembre 1897.

Mon Seigneur et mon Dieu, quelle douce journée: c’est Vous, mon Seigneur Jésus, qui serez aujourd’hui le sujet de mes méditations...

Oui, mon Dieu, Vous êtes constant, fidèle, Vous me continuez Vos grâces, Vos Saints et Vos Anges continuent à m’aider... il n’y a que moi qui ne m’aide pas; Vous me poussez au bien et Vous me comblez de grâces, tout m’y aide au ciel et sur la terre!... Moi seul, je mets obstacle par ma lâcheté, ma faiblesse, ma tiédeur...

* * * * *

L’Incarnation a sa source dans la bonté de Dieu... Mais, une chose apparaît d’abord, si merveilleuse, si étincelante, si étonnante, qu’elle brille comme un signe éblouissant: c’est l’humilité infinie que contient un tel mystère... Dieu, l’Être, l’Infini, le Parfait, le Créateur, le Tout-Puissant, immense, souverain Maître de tout, se faisant homme, s’unissant à une âme et à un corps humain, et paraissant sur la terre comme un homme et le dernier des hommes...

* * * * *

Et l’estime du monde, qu’est-ce? Convenait-il que Dieu la cherche? Voyant le monde des hauteurs de la divinité, tout y est égal à Ses yeux: le grand, le petit, tout est également fourmi, ver de terre... Dédaignant toutes ces fausses grandeurs qui sont, en vérité, de si extrêmes petitesses, Dieu n’a pas voulu s’en revêtir... Et comme Il venait sur la terre et pour nous racheter et pour nous enseigner, et pour Se faire connaître et aimer, Il a tenu à nous donner, dès Son entrée dans ce monde, et pendant toute Sa vie, cette leçon du mépris des grandeurs humaines, du détachement complet de l’estime des hommes... Il est né, Il a vécu, Il est mort dans la plus profonde abjection et les derniers opprobres, ayant pris une fois pour toutes tellement la dernière place que nul n’a jamais pu être plus bas que Lui... Et s’Il a occupé avec tant de constance, tant de soin cette dernière place, c’est pour nous instruire, pour nous apprendre que les hommes et l’estime des hommes ne sont rien, ne valent rien; qu’il ne faut pas mépriser ceux qui occupent les plus basses des plus basses conditions; que les plus pauvres, les plus abjects ne doivent pas s’attrister de leur bassesse: ils sont près de Dieu, près du Roi des rois de ce monde; c’est pour nous apprendre que notre conversation n’étant pas de ce monde, nous ne devons faire aucun cas de la figure de ce monde..., mais ne vivre que pour ce royaume des cieux que le Dieu-Homme voyait dès ici-bas par la vision béatifique, et que nous devons considérer sans cesse des yeux de la foi, marchant en ce monde comme si nous n’étions pas de ce monde, sans souci des choses extérieures, ne nous occupant qu’à une chose: à regarder, à aimer notre Père Céleste, et à faire Sa volonté...

_Résolutions._--Dans mes pensées, mes paroles, mes actions, soit pour moi, soit pour le prochain, ne faire _aucun cas de la grandeur, de l’illustration, de l’estime humaine, mais estimer autant les plus pauvres que les plus riches_... Faire autant de cas du dernier ouvrier que du prince, puisque Dieu a paru comme le dernier ouvrier... _Pour moi, chercher toujours la dernière des dernières places_, pour être aussi petit que mon Maître, pour être avec Lui, pour marcher derrière Lui, pas à pas, en fidèle domestique, fidèle disciple, et, puisque dans Sa bonté infinie, incompréhensible, Il daigne me permettre de parler ainsi, en fidèle frère, en fidèle épouse...

_En conséquence, arranger ma vie de manière à être le dernier, le plus méprisé des hommes_, pour la passer avec mon Maître, mon Seigneur, mon Frère, mon Époux, qui a été l’abjection du peuple, et l’opprobre de la terre, «un ver et non un homme...»

Vivre dans la _pauvreté_, l’_abjection_, la _souffrance_, la solitude, le délaissement, pour être, dans la vie, avec mon Maître et mon Frère, mon Époux, mon Dieu, qui a vécu ainsi toute sa vie et m’en donne un tel exemple dès sa naissance.

JÉSUS, SA VIE CACHÉE

Mon Jésus, qui êtes si près de moi, inspirez-moi ce qu’il faut que je pense de Votre vie cachée...

«Il descendit avec eux et alla à Nazareth, et Il leur était soumis»... Il descendit, s’enfonça, s’humilia... ce fut une vie _d’humilité_: Dieu, vous paraissez homme; homme, Vous Vous faites le dernier des hommes; ce fut une vie _d’abjection_, jusqu’à la dernière des dernières places; Vous descendîtes _avec eux_ pour y vivre de leur vie, de la vie des pauvres ouvriers, vivant de leur labeur; Votre vie fut, comme la leur, _pauvreté_ et _labeur_; ils étaient obscurs, Vous vécûtes dans l’ombre de leur _obscurité_; Vous allâtes à _Nazareth_, petite ville perdue, cachée dans la montagne, d’où «rien de bon ne sortait», disait-on; c’était la retraite, l’éloignement du monde et des capitales, Vous vécûtes dans cette _retraite_...

Vous _leur étiez soumis_, soumis comme un fils l’est à son père, à sa mère; c’était une vie de _soumission_, de soumission filiale; Vous obéissiez en tout ce qu’obéit un bon fils. Si un désir de Vos parents n’était pas selon la vocation divine que Vous aviez, Vous ne l’accomplissiez pas, Vous obéissiez «à Dieu plutôt qu’aux hommes», comme quand Vous restâtes trois jours à Jérusalem; mais, sauf le cas où la vocation que Vous aviez demandait que Vous ne Vous rendiez pas à leurs désirs, Vous Vous y rendiez en tout, étant en tout le meilleur des fils, et par conséquent, non seulement obéissant à leurs moindres désirs, mais les prévenant, faisant tout ce qui pouvait leur faire plaisir, les consoler, leur rendre la vie douce et agréable, tâchant de tout votre cœur de les rendre heureux, étant le modèle des fils, et ayant toutes les attentions possibles pour Vos parents, dans la mesure, bien entendu, que permettait Votre vocation... Mais Votre vocation, c’était d’être parfait et Vous ne pouviez pas ne pas être parfait, ô Fils Éternel, ô Fils Dieu. Aussi, pendant ces trente années, fûtes-Vous le fils le plus tendre, le plus prévenant, le plus soumis, le plus aimable, le plus consolant, faisant tout le plaisir possible à Vos parents, les aidant, les soutenant, les encourageant dans le labeur quotidien, en prenant pour Vous la plus grande part possible pour les reposer, ne les contredisant jamais à moins de nécessité pour la gloire de Dieu, et, alors, avec quelle douceur, quelle bonté, quelle tendresse, qui rendait la contradiction plus douce qu’un acquiescement, et la faisait comme une rosée céleste, ayant toutes les attentions, les grâces, les délicatesses, les prévenances, les amabilités qui rendent la vie si douce quand elles sont faites par une belle âme!... n’omettant rien de ce qui pouvait consoler Vos parents et faire, de leur petite maison, ce qu’elle était: un ciel...

Voilà ce que fut Votre vie à Nazareth, ici, puisque j’ai l’infini bonheur, la grâce incomparable de vivre dans ce Nazareth chéri! Merci! merci!

_Votre vie était celle du modèle des fils, vivant entre un père et une mère pauvres ouvriers._ C’était la moitié de Votre vie, celle qui regarde la terre, tout en répandant sur le ciel un parfum céleste... C’était la partie visible. La partie invisible, c’était la vie en Dieu, la contemplation de tout instant. Vous travailliez, Vous consoliez vos parents, Vous Vous entreteniez très tendrement et saintement avec eux, Vous priiez avec eux durant le jour..., mais comme Vous priiez aussi dans la solitude et l’ombre de la nuit, comme Votre âme s’exhalait en silence!...

Toujours, toujours, Vous priiez, Vous priiez à tout instant, puisque prier, c’est être avec Dieu et que Vous êtes Dieu; mais comme Votre âme humaine prolongeait cette contemplation pendant les nuits, comme, pendant tous les moments du jour, elle s’unissait à Votre divinité!... Comme Votre vie était un épanchement continuel en Dieu, un regard continuel vers Dieu; contemplation continuelle de Dieu, en tous Vos instants!... Et qu’était cette _prière_, qui faisait la moitié de Votre vie à Nazareth? C’était, d’abord et surtout _l’adoration_, c’est-à-dire la _contemplation_, _l’adoration muette_ qui est la plus éloquente des louanges «_Tibi silentium laus_»; cette admiration muette, qui renferme la plus passionnée des déclarations d’amour, comme l’amour d’admiration est le plus ardent des amours... Puis, secondairement, en second lieu et prenant moins de temps, _l’action de grâce_: action de grâce, d’abord de la gloire de Dieu, de ce que Dieu est Dieu, puis des grâces faites à la terre et à toutes les créatures; le cri de _pardon_, pardon pour tous les péchés commis contre Dieu, pardon pour ceux qui ne demandent pas pardon; acte de contrition pour le monde entier, douleur de voir Dieu offensé; la _demande_, demande de la gloire de Dieu, que Dieu soit glorifié par toutes les créatures, que Son règne arrive parmi elles, que Sa volonté se fasse en elles, comme parmi les anges, et que ces pauvres créatures reçoivent, au spirituel et au temporel, tout ce dont elles ont besoin et soient enfin délivrées de tout mal, en ce monde et dans l’autre... Et que les grâces se répandent en particulier en abondance sur ceux que la volonté divine a mis auprès de Jésus, autour de Lui: Sa mère, Son père, Ses cousins, Ses amis, les âmes qui L’aiment, ceux qui s’attachent à Lui...

JÉSUS, SA VIE PUBLIQUE

Mon Seigneur Jésus, comme il sera doux de penser encore toute cette journée à Vous!... Toutes mes journées doivent y être occupées: travaillant, priant, parlant, toujours, sauf quand je dors, je prie et je dois penser à Vous, Vous regarder, puisque Vous êtes là. Je le fais bien mal, mais je désire tellement le mieux faire que j’espère y parvenir par Votre grâce: faites-moi cette grâce!... Mais, aujourd’hui, il faut non seulement faire cela, mais il ne faut faire que cela: non seulement il faut Vous regarder, mais il faut ne pas faire autre chose que Vous regarder! Quel bonheur, que Vous êtes bon de me le donner! Que je suis heureux!...

Mon Dieu, me voici à Vos pieds dans ma cellule; il fait nuit, tout se tait, tout dort. Je suis le seul, peut-être, en ce moment, à Nazareth à Vos pieds... Qu’ai-je fait pour mériter ces grâces?... Merci, merci!... Que je suis heureux! Je Vous adore profondément, mon Dieu, je Vous adore de toute mon âme et je Vous aime de toutes les forces de mon cœur. Je suis à Vous, à Vous seul, tout mon être est à Vous, il est à Vous nécessairement, malgré moi, et il est à Vous volontairement, de tout mon cœur; faites de moi ce qu’il Vous plaira: faites-moi faire cette retraite comme il Vous plaira. «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», me répondez-Vous... eh bien, mon Dieu, faites-la moi faire le plus parfaitement possible, en Vous, par Vous, pour Vous. Amen.

Votre vie publique, mon Seigneur Jésus, que fut-ce?...

--Je tâche de sauver les hommes par la parole et les œuvres de miséricorde, au lieu de me contenter de les sauver par la prière et la pénitence comme je le faisais à Nazareth... Mon zèle des âmes paraît au dehors...

«Cependant ma vie, tout en devenant très extérieure, garde une portion de vie solitaire (souvent je me retire une nuit, quelques jours entiers dans la solitude pour y prier) et reste une vie de _prière_, de _pénitence_, de _recueillement intérieur_. Et, en dehors du temps consacré à l’évangélisation..., une vie de _solitude_...