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Part 12

Mon Dieu, qu’est-ce qui Vous déplaît le plus en mon âme? L’esprit de prière, la confiance en Vous, l’amour, la douceur, la fidélité, la générosité me manquent... Jésus n’est pas content de moi... Sécheresse et ténèbres: tout m’est pénible: sainte communion, prières, oraison, tout, tout, même de dire à Jésus que je L’aime... Il faut que je me cramponne à la vie de foi. Si, au moins, je sentais que Jésus m’aime... Mais, Il ne me le dit jamais... Ce qui me manque surtout, c’est l’oubli de moi et un cœur fraternel pour les autres...

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--Tu me demandes en quoi tu m’offenses le plus... En ne m’aimant pas assez purement... assez uniquement..., en t’aimant et en aimant les créatures pour toi et pour elles... Ne fais rien pour toi, rien pour les créatures par amour de toi, par amour d’elles: en tout ce que tu as à faire, ne vois que Moi seul; en tout, demande-toi uniquement ce qu’aurait fait le Maître, et fais-le. Ainsi, tu m’aimeras seul--ainsi, je vivrai en toi--ainsi, tu seras perdu en Moi, tu vivras en Moi, tu n’auras plus rien de toi, mon règne sera arrivé en toi.

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«_Ta vocation._--Prêcher l’Évangile en silence, comme Moi dans ma vie cachée, comme Marie et Joseph.

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«_Ta règle_: me suivre... Faire ce que je ferais. Demande-toi en toute chose: «Qu’aurait fait Notre Seigneur?» et fais-le. C’est ta seule règle, mais c’est ta règle absolue.

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«_Ton esprit._--Esprit d’amour de Dieu et d’oubli de toi, dans la contemplation et la joie de Son bonheur, la compassion et la douleur de mes souffrances, et la joie de mes joies...; dans la douleur des péchés commis contre Moi et l’ardent désir de me voir glorifié par toute âme. Esprit d’amour du prochain, en vue de Moi qui aime tous les hommes comme un père ses enfants; désir, en vue de Moi, du bien spirituel et matériel de tous les hommes. Liberté d’esprit, tranquillité, paix. Tout en vue de Dieu seul, rien en vue de toi ni d’aucune créature.

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«_Ton oraison._--1re Méthode.--1º Qu’avez-vous à me dire, mon Dieu? 2º Moi, voici ce que j’ai à vous dire. 3º Ne plus parler, regarder le Bien-Aimé.--2e Méthode.--_Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando._

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«_Ton assistance à la messe._--Divise-la en trois parties: 1º Jusqu’à la consécration: offre-Moi et offre-toi à mon Père et recommande-lui tes intentions. Remercie-Moi de ma croix, demande-Moi pardon de l’avoir rendue nécessaire...; 2º De la consécration à la communion: adore-Moi sur l’autel; 3º Après la communion: adore-Moi dans ton cœur, remercie-Moi, aime-Moi, jouis, tais-toi.

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«_Ta pensée de la mort._--Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre nu, méconnaissable, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué..., et désire que ce soit aujourd’hui... Pour que je te fasse cette grâce infinie, sois fidèle à veiller et à porter la croix. Considère que c’est à cette mort que doit aboutir toute ta vie: vois, par là, le peu d’importance de bien des choses. Pense souvent à cette mort, pour t’y préparer et pour juger les choses à leur vraie valeur[6].»

[6] Charles de Foucauld écrivait cela en 1897. Or, dix-neuf ans plus tard, le 1er décembre 1916, il sera assassiné par les Senoussistes, à Tamanrasset.

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Je ne demande pas de consolations à Jésus (d’abord je ne le mérite pas), car ce serait pour moi une joie si grande de L’entendre ou de Le sentir au fond de mon cœur, que ce serait un paradis pour moi, et on ne peut pas faire son paradis en ce monde et en l’autre. Je ne Lui demande qu’une chose: de Lui être fidèle. Hélas! je le suis si peu...

Il est juste qu’une âme si peu fervente ne goûte aucune douceur... Oui, le Bon Dieu permet quelquefois de pareilles ténèbres sans qu’une étoile vienne briller dans notre ciel. C’est alors qu’il faut se rappeler que nous ne sommes sur la terre que pour souffrir, en suivant notre doux Sauveur dans ce sentier obscur et épineux. Nous sommes pèlerins et étrangers sur terre... Les pèlerins couchent sous la tente, traversent parfois des déserts, mais la pensée de leur patrie leur fait tout oublier. Oh! oui, nous sommes bien sur une terre étrangère ici-bas..., il nous faut suspendre nos lyres et pleurer.

En tout, en tout, je ne veux que la sainte Volonté... Hélas! j’aime si peu mon Jésus que je n’ose pas Lui donner le nom de Bien-Aimé. Cependant, je désire, je veux L’aimer plus que tout ce qui est sur la terre et au ciel. A Lui seul mon cœur et ma vie!

«Quand vous vous sentirez fatigué, triste, seul, en proie à la souffrance, retirez-vous dans ce sanctuaire intime de votre âme et, là, vous trouverez votre _Frère_, votre _Ami, Jésus_ qui sera votre Consolateur, votre Soutien et votre Force...»

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--Pour te dire tout d’une seule parole, quitte tout, mon enfant, et tu trouveras tout.

--Oh! comme je suis heureux, maintenant, dans ma chère solitude, loin, loin, bien loin de ce monde où Il est tant offensé. Oh! que nous sommes heureux, seuls avec Son amour, seuls avec Sa tendresse! Je ne sens pas cet amour, mais cependant, Il sait bien que je L’aime plus que le monde entier: tout misérable que je suis, mon cœur, mon âme, ma vie tout entière, tout Lui appartient jusqu’au dernier soupir! Hélas, non, je ne L’aime pas, du moins comme je devrais L’aimer... Les paroles ne sont rien, il faut en venir aux œuvres... Demandez pour moi un amour généreux, fidèle, ardent!...

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_Depuis le péché d’Adam, l’homme ne peut plus faire, sur la terre, aucun bien dans l’ordre matériel ou spirituel, qu’au moyen d’une peine proportionnée à ce bien_... Comme les biens spirituels sont d’un ordre infiniment supérieur, comme l’amour de Dieu est le bien des biens, _ils ne peuvent s’acheter qu’au prix de peines qui vont jusqu’à la douleur_, jusqu’à des douleurs d’autant plus poignantes que le bien auquel nous tendons est plus haut. _Les obscurités et les douleurs intérieures que l’âme éprouve dans sa vie intime d’amour divin sont seules assez crucifiantes pour pouvoir servir de prix, de monnaie, si j’ose dire, pour l’achat de l’amour divin, notre bien suprême_: c’est pourquoi nous ne pouvons parvenir à aimer Dieu qu’à condition _d’acheter_ notre amour par des obscurités, des souffrances intérieures _proportionnées_ au degré d’amour auquel nous parviendrons.

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Comme nous devons désirer que tous les hommes soient en état de grâce! C’est désirer qu’il y ait autant de Tabernacles vivants, autant de corps et d’âmes animés par Jésus qu’il y a d’âmes!... Comme nous devons désirer que les âmes en état de grâce fassent le plus d’actes saints possible! C’est désirer la multiplication des actes de Jésus dont chacun glorifie Dieu infiniment!

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_Élection_ (14 novembre 1897, fête du Patronage de la Très Sainte Vierge).

1º Acquérir par la grâce divine, le _détachement_ complet de ce qui n’est pas Dieu, la _pauvreté d’esprit_ qui ne laisse subsister ni petites pensées, ni petits soucis, ni petites inquiétudes, ni pensées d’intérêt personnel, soit matériel, soit spirituel, ni petites considérations, rien de terrestre, de petit, de vain: vider entièrement l’âme et n’y laisser subsister que la seule pensée et le seul amour de Dieu... _Vivre haut, n’être plus de la terre_, vivre au ciel comme sainte Magdeleine à la Sainte Baume.

2º Me corriger de la _peur_ que j’ai de la croix et être plus généreux dans la mortification... Désirer plus ardemment d’aimer Dieu du plus grand amour!

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Nazareth, 26 avril 1900.

Pour suivre Jésus crucifié, je dois mener une vie de croix.

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Confiance absolue que, si je suis fidèle, la volonté de Dieu s’accomplira, non seulement malgré les obstacles, mais grâce aux obstacles.

Les obstacles sont la marque que la chose plaît à Dieu. La faiblesse des moyens humains est une cause de force. Dieu fait servir les vents contraires pour nous conduire au port...

C’est la parole de N.-S. à Ste Thérèse qui m’encourage si souvent dans mes lâchetés et mes bas respects humains: «Ou bien on m’en glorifiera, ou bien on t’en méprisera, dans les deux cas, tu y gagneras.»

J’ai un sentiment profond et sans cesse grandissant que pour glorifier Dieu et «faire ici-bas l’œuvre du Père céleste», il faut avant tout, que je goûte la croix dont Jésus nous a laissé l’exemple.

QUELQUES LETTRES DE 1897 A 1900

A un Trappiste,

Nazareth, 30 sept. 1897.

«Tâchons de ne faire qu’un avec Jésus, de reproduire Sa vie dans la nôtre, de crier Sa doctrine sur les toits par nos pensées, nos paroles et nos actions, de Le faire régner en nous, vivre en nous! Il entre en nous si souvent dans la Sainte Eucharistie! qu’Il établisse en nous Son royaume!... S’Il nous donne des joies, acceptons-les avec reconnaissance; le Bon Pasteur nous donne ces douces herbes pour nous fortifier et nous rendre capables de Le suivre ensuite dans des chemins arides... S’Il nous donne des croix, baisons-les: «_bona Crux_» c’est la grâce des grâces, c’est marcher plus que jamais la main dans la main de Jésus, c’est Le soulager en portant Sa croix comme Simon le Cyrénéen; c’est notre Bien-Aimé qui nous invite à Lui déclarer et à Lui prouver notre amour... Peines de l’âme, souffrances du corps, «réjouissons-nous et tressaillons de joie»: Jésus nous appelle, nous dit de Lui dire que nous L’aimons, et de le Lui répéter aussi longtemps que dure notre souffrance... Toute croix, grande ou petite, toute contrariété même, c’est un appel du Bien-Aimé, Il nous demande une déclaration d’amour, et une déclaration durant aussi longtemps que la croix... Oh! comme en pensant à cela, on voudrait que la croix dure toujours... Elle durera ce que Jésus voudra... Si douce, si aimée qu’elle soit, nous ne la voulons que quand Jésus la veut pour nous... Votre Volonté, mon frère Jésus, et non la nôtre... Nous, nous ne voulons pas plus penser à nous que si nous n’existions pas: nous ne penserons qu’à Vous, notre Époux Bien-Aimé. Nous ne voulons pas notre bien, nous voulons le Vôtre... Nous ne demandons rien pour nous, nous Vous demandons Votre gloire: «Que Votre Nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite» en tous Vos enfants, en tous les hommes; qu’elle le soit en nous; que nous Vous glorifiions le plus possible pendant notre vie... que nous fassions Votre volonté... que nous consolions le plus possible Votre Cœur... C’est tout ce que nous voulons, c’est tout ce qu’il nous faut... Nous voici à Vos pieds, faites de nous ce qu’il Vous plaira..., ou ceci ou cela, à Votre gré..., nous n’avons pas de volonté, pas de désir, que l’accomplissement de Votre Volonté, que Votre bien...

A un ami,

26 décembre 1897.

«Bénissons Dieu mille fois, si, par les tristesses dont Il nous inonde, il semble que la terre nous repousse. Ces tristesses, ces douleurs, cette amertume dont tout nous semble imprégné ici-bas, c’est le lot qu’eut Notre-Seigneur... que nous sommes heureux de le partager! Plaignons les heureux...! Plaignons ceux que les joies, même les plus pures, même les plus légitimes, attachent à la terre! Que le bon Dieu est bon de nous avoir tout ôté pour que nous ne puissions plus respirer qu’en tournant la bouche vers Lui!... Que Sa miséricorde est grande! Qu’il a été divinement bon en nous enlevant tout, en nous arrachant tout, pour que nous soyons plus complètement à Lui! Que les malheureux sont heureux, et que Dieu est bon...! La tristesse me conduit à l’action de grâces... Puissent ces jours de fête et de douleur vous apporter, je ne dis pas la consolation, mais le bien que le Bon Dieu se charge de vous donner. L’Enfant Jésus ne vous apportera peut-être pas de douceurs, Il les réserve à la faiblesse; Ses mains ne sont pas moins ouvertes cependant sur vous que sur les autres, en ces jours de grâce, et Il en répandra, que vous le sentiez ou non, d’abondantes sur votre âme...

A sa Sœur,

31 janvier 1897.

«... Comme c’est bon, n’est-ce pas, de s’abandonner au Cœur de Jésus, de se laisser faire par Lui, de bien penser que tout ce qui arrive, excepté le péché, arrive par Sa volonté, que même le péché est «permis» par Lui, et que de tout, absolument de tout, même des fautes, on peut et on doit tirer le plus grand bien...! Comme c’est doux de nous sentir dans de telles mains, et appuyé sur un tel Cœur! Avons-nous en Jésus un Père, un Frère, un Époux assez tendre, assez sage, assez puissant! Que nous sommes heureux, nous, pauvres petites créatures! Que le Bon Dieu est bon pour nous! _Misericordias Domini in aeternum cantabo_: on voudrait ne dire que ces mots-là pendant toute la vie comme on ne dira qu’eux, comme on ne vivra que d’eux pendant l’éternité... Fondons-nous en reconnaissance, en joie, en bénédictions, en regardant les bontés de Dieu pour tous les hommes, Son amour inouï pour chacun de nous; contemplons-Le et disons-nous que nous sommes un de ces petits êtres qu’Il a tant aimés, pour lesquels Il a vécu et Il est mort: Il a donné tout Son sang pour chacun de nous! Quel amour! Quel bonheur d’être ainsi aimé! et d’être aimé par qui? par l’Être infiniment parfait, par la Beauté infinie et souveraine... Qui sommes-nous, pour être tant chéris, et chéris par Dieu?... Qu’il fait bon causer de cela, et vivre, pendant quelques minutes, ensemble, de la vie du Ciel, en attendant que, par la grande miséricorde de Dieu, nous la partagions ensemble pour l’éternité!...

A un Trappiste,

Lundi après l’Ascension 1898.

«Votre occupation maintenant, c’est de vivre seul avec Dieu seul, c’est d’être, jusqu’à votre sacerdoce, comme si vous étiez seul avec Dieu dans l’univers... Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu... C’est là qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu... Il faut à l’âme ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé au milieu desquels Dieu établit en elle Son Règne et forme en elle l’esprit intérieur, la vie intime avec Dieu... la conversation de l’âme avec Dieu dans la foi, l’espérance et la charité... Plus tard, l’âme produira des fruits exactement dans la mesure où l’homme intérieur se sera formé en elle... Si cette vie intérieure est nulle, il y aura beau avoir du zèle, de bonnes intentions, beaucoup de travail, les fruits sont nuls; c’est une source qui voudrait donner la sainteté aux autres, mais qui ne peut, ne l’ayant pas: on ne donne que ce qu’on a. C’est dans la solitude, dans cette vie seule avec Dieu seul, dans ce recueillement profond de l’âme qui oublie tout le créé, que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne ainsi tout entier à Lui...

A un Trappiste,

qui étudiait la théologie à Rome,

Nazareth, 21 juin 1898.

«J’espère que votre vie continue, de plus en plus perdue, ensevelie, noyée en Jésus, entre Marie et Joseph... Vous êtes maintenant dans la période de vie qui représente la petite enfance de Jésus... Il apprend à lire sur les genoux de Ses saints parents. Il ne s’occupe pas encore du salut des âmes, si ce n’est par les élans intérieurs de Son Cœur priant Dieu pour le salut de tous les hommes..., mais Il ne s’occupe d’aucune âme en particulier: Il est petit enfant. Il n’aide pas Joseph dans son travail, Il ne peut pas: Il est petit enfant. Il apprend à lire sur les genoux de Marie, s’assied à ses pieds et lui sourit, l’embrasse, se tient muet et tranquille en la regardant. Cette vie Lui suffit, à Lui, Fils de Dieu, pendant plusieurs années. Qu’elle vous suffise, mon bien cher Père, c’est la vôtre pendant plusieurs années: vous avez cinq ans, vous apprenez à lire, vous étudiez petitement, par obéissance, vous faites tout ce qu’on vous dit, comme Jésus âgé de cinq ans faisait tout ce que Lui disaient Ses parents...

Plus tard, Il vous mènera au désert, et de là à Gethsémani... et au Calvaire... Maintenant, vivez avec Jésus, Marie et Joseph comme si vous étiez seul au monde en leur compagnie, au petit foyer de Nazareth.

A sa Sœur,

Jérusalem, 19 novembre 1898.

Quand on est bien persuadé qu’une chose est la volonté du Bon Dieu, il est si doux de faire la volonté du Bien-Aimé que rien ne coûte... Il est ici comme à Nazareth, Il est partout, que m’importe d’être ici ou là? Une chose seule m’importe, c’est d’être où Il me veut, de faire ce qui Lui plaît le plus... Oublions-nous, oublions-nous et vivons en Jésus, en L’aimant de tout notre cœur: car, tu le sais, quand on aime, on vit moins en soi que dans celui qu’on aime, et, plus on aime, plus on établit sa vie hors de soi, dans celui qu’on aime...

Si nous aimons Jésus, nous vivons bien plus en Lui qu’en nous, nous oublions ce qui nous touche, pour ne penser qu’à ce qui Le touche et, comme Il est dans une paix et une béatitude ineffable, assis à la droite de son Père, nous participons, dans la mesure même de notre amour, à la paix et à la béatitude de notre Divin Bien-Aimé...

Tu me dis de demander pour toi la paix... Ma chérie, en voici le secret: aime, aime, aime...

Oui, je demanderai la paix, ou plutôt je demanderai pour toi l’amour de Jésus qui seul peut donner la paix, et qui la donne nécessairement, la portant toujours avec lui... Demande-la aussi, demande d’aimer; dis: «J’aime; faites que je Vous aime davantage...» Et pense, dis, fais tout ce qui est selon l’amour, tout ce qui peut exciter en toi l’amour, tout ce qui peut porter les autres à aimer ce Divin Époux de nos âmes...

Si tu as des moments de tristesse, récite ton chapelet en méditant les mystères glorieux, et dis à Jésus: «Oui, moi je suis sur la terre pauvre, misérable et secouée par l’orage, et ballottée par la tempête; mais, Vous, Jésus, mon amour, Vous êtes ressuscité et Vous ne connaîtrez plus jamais la souffrance, Vous voici bienheureux pour l’éternité... Vous, Jésus, mon Époux, Vous êtes assis au plus haut des cieux, dans une gloire et une félicité souveraines... Est-ce moi que j’aime ou est-ce Vous? Oh! ce n’est pas moi que je veux aimer, c’est Vous, mon Bien-Aimé; Vous êtes heureux à jamais; qu’importe ma peine? Je ne veux avoir que des paroles de bénédiction; mon Bien-Aimé, Vous êtes heureux, je suis heureuse aussi; pourrai-je me plaindre quand mon Bien-Aimé est infiniment heureux pour l’éternité?»...

A un Trappiste,

9 septembre 1898.

«Soyez bénie et baisée, et mille fois baisée, Volonté de mon Bien-Aimé manifestée par mon supérieur! Vous daignez me faire connaître Votre Volonté par la voix de Votre représentant, établi par l’Église Votre épouse, à cet effet. Merci, merci, Jésus de mon cœur! quelle grâce, quelle faveur faite à Votre petit enfant! que je suis heureux, ô mon Bien-Aimé, de connaître Votre volonté, quelle qu’elle soit, et de pouvoir la faire! Je suis heureux sans mesure! Je défaille de bonheur... merci, merci, de tout de tout également, de tout quoi que ce soit! Votre Volonté, c’est mon ciel ici-bas, ô Jésus...! Faites-moi la grâce seulement de la faire parfaitement, et pardonnez-moi si, dans le passé, j’ai si peu joui de l’excès de mon bonheur.»

A un Trappiste,

A propos de la mort d’un de ses Supérieurs,

Nazareth, 29 déc. 1898.

«Mon bien cher Père, j’ai reçu, ce matin, votre lettre du 10 décembre m’apprenant cette accablante nouvelle... Oui, vous êtes orphelin, et moi aussi, car pour l’un et l’autre il était un père... et pourtant, non, nous ne sommes pas orphelins, car là, contre nous, au Tabernacle, est Celui qui a dit pour toujours: «Je ne vous laisserai pas orphelins!» Et notre bien-aimé Père Louis lui-même est-il mort? A Dieu ne plaise! Il vit, il vit plus que nous, il est notre père plus que jamais, il veille sur nous mieux que jamais... Je l’attendais chaque jour: il m’avait écrit qu’il ferait l’impossible pour venir me voir au cours de son voyage. Depuis le commencement du mois, il ne passait pas une voiture, on ne frappait pas à la porte, sans que je me dise: «Est-ce lui?»... et voici que ce matin, m’arrivent trois lettres, m’annonçant cette douloureuse nouvelle... Vous sentez que l’on prie, à Nazareth... Tantôt je pense à sa bonté, à sa tendresse, à ses vertus, et je ne suis pas maître de mon émotion, ni de mes larmes; tantôt je me dis qu’après cette belle, innocente, méritante vie, si noyée dans la charité, et avec le secours de tant de prières et de Saints Sacrifices, il jouit déjà du bonheur des cieux, et alors je me réjouis, je le prie, je lui parle, et je me sens non séparé de lui, mais au contraire réuni à lui par son passage à la vie des saints...

Bien-aimé Père, pour vous le coup est rude, mais vous le recevez comme il faut, en adorant et en bénissant: «tout est pour le bien de ceux qui aiment Dieu»... Nous retrouverons ce père chéri à tout instant dans le Cœur de Jésus, et bientôt,--car toute chair est comme l’herbe et ne dure qu’un matin,--dans la Patrie céleste... Je penserai à vous plus que jamais, mon si cher frère en Jésus; plus vous serez seul et triste, plus vous me trouverez près de vous...

A sa Sœur,

Jérusalem, 17 décembre 1898.

Bon Noël, bonne année, ma chérie, à toi et à tous tes enfants. Je prierai de mon mieux l’Enfant Jésus pour vous tous en cette belle nuit de Noël... Te rappelles-tu les Noëls de l’enfance?...

J’espère que tu fais à tes enfants une crèche et un arbre... Ce sont de doux souvenirs, qui font du bien toute la vie... Tout ce qui fait aimer Jésus, tout ce qui fait aimer le foyer paternel est si salutaire!... Ces joies de l’enfance, où s’unit la religion dans ce qu’elle a de plus doux à la vie de famille dans ce qu’elle a de plus attendrissant, font un bien qui dure jusqu’à la vieillesse...

Mais, il y aura des Noëls plus beaux encore, ce seront ceux du Ciel... Ma chérie, fais à tes enfants une belle crèche et un bel arbre et un beau Noël, et fais tout ton possible pour que leurs fêtes de Noël leur soient douces, douces, leur laissant ce souvenir ineffaçable d’une suavité infinie... Mais, surtout, prépare-leur un beau Noël au Ciel, en te sanctifiant le plus possible et en les élevant pour être des saints; en les élevant non pour être du monde, cela ne vaut pas la peine; le monde passe trop vite et il n’est d’ailleurs pas digne de nous, il ne mérite pas notre estime, ni même nos regards. Nous sommes faits pour mieux que cela; notre cœur a soif de plus d’amour que le monde ne peut lui en donner; notre esprit a soif de plus de vérité que le monde ne peut lui en montrer; tout notre être a soif d’une vie plus longue que celle que la terre peut lui faire espérer; n’élève pas tes enfants pour ce qui est si méprisable...

A un ami,

8 mai 1899.

«Je rentre dans ma vie «d’ouvrier, fils de Marie», me terrant, me faisant petit, priant plutôt que lisant, me remettant de toutes mes forces à cette chère dernière place, à cet état de Cendrillon, travaillant, servant, pauvre et obscur.»

A sa Sœur,

Nazareth, 8 mai 1899.