partie d
'un Conseil si plus de la moitié des votants n'approuvent pas sa candidature? Je considère que ce ne serait pas constitutionnel car il ne représenterait pas sa circonscription. Le Boycottage que j'aurais en vue suppose une discipline des plus actives et une propagande attentive et s'appuie sur la croyance que les électeurs préfèreront un boycottage absolu à l'obstruction. Si l'on pense que le peuple lui-même ne désire pas le boycottage absolu le devoir de ceux qui y croient serait de démontrer aux électeurs combien le boycottage est supérieur à l'obstruction. Faire partie des Conseils est se soumettre au vote de la majorité c'est-à-dire coopérer. Par conséquent si nous voulons arrêter les rouages du gouvernement, comme c'est le cas, jusqu'à ce que nous ayons obtenu justice au sujet du Califat et du Pendjab, il nous faut opposer toutes nos forces au Gouvernement et refuser d'accepter le vote de la Majorité au Conseil parce que celui-ci ne représente pas la volonté du pays ni la nôtre. Mieux vaut un ministre qui refuse ses services, qu'un ministre qui sert en protestant. Servir en protestant prouve que la position n'est pas intolérable. Je prétends que la position créée par le Gouvernement est devenue intolérable et qu'il ne reste par conséquent rien d'autre à faire pour qui se respecte que la Non-Coopération, c'est-à-dire une abstention totale. Le Général Botha refusa de faire partie du Conseil de Lord Milner parce qu'il désapprouvait l'attitude de celui-ci dans ses rapports avec les Boers. Et le Général Botha réussit parce qu'il avait pour lui le Transvaal presque entier. Au point de vue politique le succès dépend de la façon dont le pays accepte le mouvement de boycottage. Au point de vue religieux, le succès est obtenu par l'individu dès que celui-ci _agit_ selon ses principes, et son action assure le succès national parce qu'il en a posé les bases en montrant quel était le chemin le plus direct pour y arriver.
L'autre argument est que nous réussirons en faisant partie des nouveaux conseils parce qu'en somme nous n'avons pas si mal réussi déjà lorsqu'il nous est arrivé de faire partie de corps moins populaires. La réponse à cette objection c'est que la ligne de séparation n'existait pas encore: nous n'avions pas perdu confiance dans la loyauté et la justice britanniques, et peut-être qu'alors nous ne nous sentions pas assez forts pour mener à bien le boycottage, ou que nous n'en avions pas élaboré les méthodes comme nous l'avons fait depuis. Il est probable que ces trois raisons agissent aujourd'hui. Après tout, les façons de faire et les méthodes varient selon les temps. Il nous faut vieillir avec les années. La nourriture qui pouvait nous suffire lorsque nous étions enfants ne nous convient plus lorsque nous avons atteint l'âge d'homme.
_14 juillet 1920._
LE PREMIER AOUT
Il est peu probable que les ministres de Sa Majesté promettent avant le 1er août de réviser les conditions de paix, et que par conséquent l'inauguration de la Non-Coopération soit suspendue. Le 1er août prochain sera aussi important dans l'histoire de l'Inde que le 6 avril l'an dernier. Le 6 avril fut le commencement de la fin de l'_Acte Rowlatt_. Personne ne peut s'imaginer que l'_Acte Rowlatt_ puisse survivre devant l'agitation qui a été suspendue mais non abandonnée. Il doit être évident pour tous que la force qui arrachera la justice à un gouvernement récalcitrant est celle qui fera abroger la loi Rowlatt, et c'est la force du _Satyâgraha_, qu'on l'appelle Désobéissance civile ou Non-Coopération.
Un grand nombre de gens appréhendent la venue de la Non-Coopération à cause des événements qui se sont produits l'an passé. Ils craignent la fureur de la foule et la répétition des représailles qui en furent la conséquence et dont il n'y a guère d'exemple plus atroce dans l'histoire des temps modernes. Personnellement je crains moins la fureur du gouvernement que la fureur de la populace déchaînée. Celle-ci est un signe de folie nationale et par conséquent bien plus difficile à maîtriser que la première, limitée à un groupe restreint. Il est plus facile de renverser un gouvernement qui s'est montré incapable de gouverner que de guérir, dans une foule, des inconnus de leur folie. Mais de grands mouvements ne peuvent être arrêtés parce qu'un gouvernement ou un peuple, ou tous les deux perdent la tête. Nous apprenons et profitons par nos fautes et par nos erreurs. Aucun général, digne de ce nom, ne renonce à la bataille parce qu'il a subi des revers ou, ce qui revient au même, parce qu'il s'est trompé. Il nous faut donc entreprendre la Non-Coopération avec confiance et avec espoir. Comme par le passé, nous en marquerons le début par le jeûne et par la prière, indiquant ainsi le caractère religieux de la démonstration. Les affaires devront cesser ce jour là, des réunions auront lieu pour réclamer la révision des conditions de Paix et la justice pour le Pendjab et pour faire comprendre l'importance de la Non-Coopération jusqu'à ce que justice ait été obtenue. L'abandon des titres et des postes honorifiques commencera également en ce jour. On a exprimé, à ce propos, la crainte que l'avis en ait été donné dans un délai insuffisant. Cette crainte se dissipe aisément si l'on considère que le 1er août marque le début de la Non-Coopération. Ce n'est pas le seul jour où l'abandon de titres et de postes honorifiques peut avoir lieu. A dire vrai, je ne m'attends pas à ce qu'on réponde beaucoup à cet appel dès le premier jour. Une propagande vigoureuse sera nécessaire: chaque possesseur de titres devra être prévenu en personne et toutes les raisons pour lesquelles l'abandon demandé est un devoir devront lui être démontrées.
Mais le plus important dans cette campagne de Non-Coopération est de développer l'ordre, la discipline, la coopération parmi le peuple, la coordination parmi les travailleurs pour la cause. Une Non-Coopération pour être efficace dépend d'une organisation parfaite. Les milliers d'hommes qui se pressaient aux réunions dans le Pendjab m'ont convaincu que le peuple désire retirer sa coopération au gouvernement mais qu'il ne sait comment s'y prendre. La plupart ignorent comment fonctionnent les rouages compliqués de la machine gouvernementale. Ils ne se rendent pas compte que tout citoyen soutient silencieusement, mais non moins sûrement, le gouvernement du jour. Tout citoyen est donc par cela même responsable de chaque acte du gouvernement. Et il est absolument juste de sa part de le soutenir tant que les actions du gouvernement sont supportables. Mais quand celles-ci font du tort à lui-même et à la nation, il est de son devoir de lui retirer son appui.
Ainsi que je l'ai déjà dit, tous les citoyens ne savent pas agir d'une façon ordonnée. Le désordre est causé par la colère, l'ordre par une résistance intelligente. La première condition d'un succès véritable est par conséquent de s'assurer d'une absence totale de violence. La violence envers ceux qui représentent le gouvernement ou envers ceux qui ne se joignent pas à nous, c'est-à-dire qui soutiennent le gouvernement, représente un recul de notre cause, l'arrêt de la Non Coopération et le sacrifice inutile de vies innocentes. Ceux qui désirent voir la Non-Coopération réussir au plus vite se rappelleront que leur principal devoir est de veiller à ce qu'un ordre parfait règne autour d'eux.
_28 juillet 1920._
LA NON-COOPÉRATION
Lettre adressée au Vice-Roi par M. Gandhi pour inaugurer la non-coopération.
«Je ne vous renvoie pas sans un serrement de cœur la médaille d'or _Kaisar-i-Hind_ que votre prédécesseur m'avait offerte pour l'œuvre humanitaire accomplie par moi dans l'Afrique du Sud, la médaille de la guerre des Zoulous qui m'avait été remise en 1906 pour mes services comme officier responsable d'une ambulance de volontaires indiens, la médaille de la guerre des Boers pour les services que j'ai rendus pendant la guerre Sud-Africaine comme aide-surveillant d'un corps de brancardiers volontaires Indiens. Je me permets de vous renvoyer ces décorations conformément à un plan de Non-Coopération que nous inaugurons aujourd'hui et qui est lié au mouvement pour le Califat. Quelques précieuses que m'aient été ces distinctions, je ne puis continuer à les porter sans remords tant que mes compatriotes musulmans ont à souffrir d'un tort fait à leurs croyances religieuses. Certains événements qui se sont produits le mois dernier m'ont convaincu toujours davantage que, dans l'affaire du Califat, le Gouvernement Impérial s'est comporté d'une manière peu scrupuleuse, injuste et immorale et que pour défendre cette immoralité il a accumulé les torts. Je ne puis conserver pour un tel gouvernement ni respect, ni affection.
L'attitude du Gouvernement Impérial et celui de Votre Excellence au sujet de la question du Pendjab m'ont donné d'autres sujets de mécontentement. J'ai eu l'honneur, comme Votre Excellence le sait, de faire partie de la Commission du Congrès chargée de rechercher les causes des désordres du Pendjab au mois d'Avril 1919 et j'ai la ferme conviction que Sir Michael O'Dwyer était absolument incapable de remplir les fonctions de Gouverneur-Adjoint du Pendjab, et que sa politique fut la cause principale de la fureur de la foule, à Amritsar. Sans doute les excès commis par celle-ci sont impardonnables; les tentatives d'incendie, le meurtre de cinq Anglais innocents et le lâche attentat contre Miss Sherwood furent des incidents déplorables et gratuits. Mais les mesures de répression prises par le Général Dyer, par le Colonel Frank Johnson, le Colonel O'Brien, Mr Bosworth Smith, Rai Shri Ram Sud, Mr Mallik Khan et autres officiers n'étaient pas proportionnées aux crimes commis par le peuple et atteignirent une cruauté aveugle et une barbarie sans pareille dans l'histoire moderne. La légèreté avec laquelle votre Excellence a traité le crime officiel, la façon dont elle a exonéré Sir Michael O'Dwyer, le rappel de M. Montagu et par dessus tout la honteuse ignorance des événements du Pendjab et la froide indifférence pour les sentiments des Indiens montrées à la Chambre des Lords m'ont rempli des plus sérieuses craintes pour l'avenir de l'Empire, m'ont complètement éloigné du gouvernement actuel et me rendent absolument incapable de continuer à lui offrir comme je l'ai fait jusqu'ici ma coopération loyale.
A mon humble avis, la méthode habituelle qui consiste à faire de l'agitation au moyen de pétitions et de députations, etc., est un remède impuissant pour amener au repentir un gouvernement à ce point indifférent au bien de ceux dont il est responsable. Dans les pays d'Europe le peuple aurait fait une révolution sanglante pour effacer des injustices aussi sérieuses que celles du Pendjab et du Califat. Il aurait résisté de toute sa force contre semblable émasculation nationale impliquée par la dite injustice. Mais, la moitié de l'Inde est trop faible pour résister avec violence et l'autre ne le veut pas. Je me risque donc à suggérer le remède de la Non-Coopération qui permet à ceux qui le désirent de rompre avec le gouvernement, et qui, s'il ne s'accompagne pas de violence et s'accomplit avec méthode, doit l'obliger à faire un retour sur lui-même et à réparer le mal commis. Mais tout en poursuivant cette politique de Non-Coopération aussi loin que je pourrai entraîner le peuple, je ne perds pas l'espoir que vous voyiez la possibilité d'agir avec équité. Je prie donc respectueusement Votre Excellence de réunir en conférence les chefs reconnus du peuple et de chercher avec eux le moyen d'apaiser les Musulmans et de réparer l'iniquité commise envers le malheureux Pendjab.»
_4 août 1920_
LE CONGRÈS ET LA NON-COOPÉRATION
L'honorable Pundit Malaviyaji, pour qui j'ai la plus haute considération, et que j'ai souvent appelé du nom de _Dharmatma_ (âme sainte) s'est adressé à moi, à la fois publiquement et en particulier, pour me demander de suspendre la Non-Coopération jusqu'à ce que le Congrès ait exprimé son opinion. Le _Mahratta_ a été du même avis. Ces demandes m'ont fait réfléchir mais je regrette de dire que je n'ai pu en tenir compte. Je ferais et donnerais beaucoup pour plaire au Punditji. Je désire infiniment recevoir son approbation et sa bénédiction pour toutes mes actions. Mais un devoir plus haut m'oblige à ne pas me détourner du plan adopté par le Comité de Non-Coopération. Il est certains moments dans la vie où il faut agir, même s'il est impossible d'entraîner avec soi ses meilleurs amis. Lorsqu'il y a conflit de devoirs la «petite voix silencieuse» doit être l'arbitre final.
La raison pour laquelle on me demande de suspendre l'action de la Non-Coopération, c'est que le Congrès doit se réunir prochainement, qu'il considérera toute la question de la Non-Coopération et qu'il statuera. «Il vaudrait donc mieux», dit Punditji «attendre la décision du Congrès.» A mon humble avis le devoir d'un membre du Congrès n'est nullement de consulter celui-ci avant d'agir, lorsqu'il n'a aucun doute sur la question. Sinon, ce serait l'inertie.
Le Congrès est en somme le porte-parole de la nation. Lorsqu'on a une politique ou un programme que l'on aimerait voir adopter, mais pour lequel on désire cultiver l'opinion publique, on s'adresse naturellement au Congrès pour qu'il le discute et forme une opinion. Mais lorsque l'on possède une foi inébranlable dans une certaine action ou dans une politique particulière, attendre que le Congrès se prononce serait folie. Il faut au contraire agir et en démontrer l'efficacité afin de décider la nation à l'adopter.
Ma fidélité au Congrès m'ordonne de suivre sa politique si celle-ci n'est pas contraire à ma conscience. Si je fais