Chapter 6 of 17 · 3893 words · ~19 min read

Part 6

_Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il s’échappa un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit froidement: M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé que moi, je les ai passées pour le bien de la paix; mais si jamais en me parlant vous vous écartez du respect qui est dû au roi, je vous ferai jeter par les fenêtres. Stairs se tut, et de ce moment fut plus réservé._

Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance des Postes, en faveur du marquis de Torcy, et celle des bâtimens en faveur du duc d’Antin, qui avait succédé à Mansard, surintendant-général des bâtimens, en qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit beaucoup de difficultés, parce que l’édit de suppression portait qu’elles ne pourraient être rétablies; les _gages_ qui étaient attachés à chacune montaient à près de 50,000 fr.

Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création, toutes les parties qui entrent dans l’organisation des Postes. L’affranchissement des lettres, c’est-à-dire la liberté et souvent l’obligation d’en acquitter le port d’avance, existait depuis long-tems, et même avait été toujours en usage pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme. Il en résultait un préjudice notable pour les négocians dont les avantages réciproques ne pouvaient être balancés en ce cas. Les députés du commerce firent, en 1701, des représentations au roi, qui, en les conciliant avec les intérêts du fermier général des Postes, supprima l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties dans le royaume, et ordonna que les lettres et paquets seraient taxés d’après le dernier tarif. Cette mesure ne s’étendit pas à celles destinées pour l’étranger.

Le 6.e bail[72], fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.

[72] 1703.

Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant plus dans la proportion des frais qu’exigeaient les améliorations nouvellement introduites dans le service, tant à cause des distances, que du poids de l’once qui était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que sur le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut plus conforme aux intérêts des postes, et portait, entr’autres articles, que les lettres et paquets seraient payés suivant le poids des villes où existaient les bureaux, et que les distances[73] des lieux seraient comptées d’après le nombre des postes établies sur les routes que devaient suivre les courriers: la franchise n’avait pas reçu d’extension.

[73] Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à Paris.

Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les valeurs cotées n’était pas réglé sur une base fixe; il fut porté à un sou pour livre, taux auquel il est resté jusqu’à ce jour.

Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles, est fixé par les réglemens à 7 liv. 10 sous.

L’usage de voyager en poste par les voitures dites berlines, inventées par Philippe Chieze, premier architecte de Fréderick Guillaume, électeur de Brandebourg, fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures avait démonté la plus grande partie des relais. Cette sage mesure suspendit l’effet d’un mal que le tems et de grandes précautions pouvaient seuls réparer.

Le 7.e bail[74] a lieu pour 3 millions.

[74] 1709.

Le 8.e bail[75], quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.

[75] 1713.

L’état florissant auquel les postes étaient parvenues pendant le siècle de Louis XIV, laissait peu de changemens à y introduire sous celui de son successeur. Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup de mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en améliorations, le comte d’Argenson, ministre et secrétaire d’état au département de la guerre, grand-maître et surintendant-général des postes et relais, ne contribua pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des chevaux aux courriers pour les lieux où le Roi fixe sa résidence: il est à remarquer que, par la dénomination de courrier, on entend tout voyageur qui se sert de la poste.

L’Université de Paris avait joui de tout tems, par un privilége particulier, du droit de messageries et de poste; le Roi, en le lui retirant, en 1719, lui accorda pour indemnité le 28.e du bail général des postes, montant à 120,000 fr.: cette somme était destinée à subvenir aux frais de l’instruction que l’Université faisait gratuitement.

Tant que les postes ne furent pas établies de manière à satisfaire tous les besoins, il était naturel de tolérer un moyen qui favorisait à la fois l’intérêt de l’Université et celui de la société. Mais il eût été impolitique de laisser subsister plus long-tems une entreprise de cette nature, en opposition avec le service de l’état. Il est évident que, dans ce cas, toute concurrence en entraverait la marche et en compromettrait même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice, en l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver. Etait-il convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à propager le goût des sciences et des belles-lettres, continuât une exploitation si peu en rapport avec ses attributions et son indépendance. Si l’Université s’était soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité des successeurs de Charlemagne et de François I.er de la protéger et d’être leur seul appui à l’avenir.

Le 9.e bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.

On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.

Le 10.e bail est porté, en 1729, à 3,946,042.

Le 11.e ne subit pas d’augmentation en 1735.

Une ordonnance règle le service des courriers, leur marche sur les routes, et les droits et frais à leur charge.

Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient être servis aux relais avant les courriers et les messageries, et que, pour y parvenir, ils employaient la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné aux maîtres de poste de ne céder à aucune menace, et on leur renouvela l’assurance d’une protection spéciale contre toutes les prétentions qui pourraient s’élever à l’avenir à cet égard.

Le 12.e bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte du Roi, dans l’intention d’avoir une connaissance exacte des produits des postes et messageries. Des lettres patentes augmentèrent ce bail de 1500 fr., parce qu’on réunit aux postes le privilége qu’avait le prince de Lorraine, de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume, excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva la jouissance.

Le 13.e bail est passé pour six années, à Carlier, en 1739, moyennant la somme de 4,521,400 fr.

La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon, Versailles et Brest, est considérée comme poste royale et doublée par ce motif.

Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne conduire aux relais étrangers qu’en se faisant payer d’avance et sur le pied de monnaie étrangère. Ils sont également autorisés, plus tard, à fournir des chevaux pour les routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra d’exiger, sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.

Le 14.e bail, de la durée de 10 années, est renouvelé en 1744, au même prix que le précédent.

Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées, il fut réglé, en 1749, que toutes celles qui ne pourraient pas parvenir à leur destination, seraient renvoyées au bout de trois mois dans les villes d’où elles étaient parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en recevant pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles qu’ils auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner une meilleure adresse.

Le 15.e bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.

La publication du premier dictionnaire des Postes connu, a lieu en 1754. Il est dédié par M. Guyot, son auteur[76], au comte d’Argenson, surintendant-général des Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile, qu’on n’avait encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document propre à guider les officiers des Postes dans la direction à donner aux lettres.

[76] Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux volumes, sous le titre de dictionnaire géographique et universel des Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, par M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage est trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. Le second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre pour le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens précieux, et qui devient indispensable pour toute personne qui veut profiter des avantages de la poste, pour la correspondance journalière.

L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est exclusivement destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux chevaux. Il convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les indications précises et le réglement qu’il renferme.

M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter un pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration dans la longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble et loyale conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles politiques, l’avaient mis à même de juger sainement tous les événemens et les variations qui s’y rattachent. L’apparition de son ouvrage à l’instant où nous achevions le nôtre, commencé depuis plusieurs années, nous eût imposé l’obligation de le suspendre, malgré le travail qu’il nous a coûté et les recherches longues et souvent fastidieuses auxquelles nous nous sommes livré, s’il fût entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser l’histoire générale des postes. Mais son essai, plus particulièrement destiné à faire connaître les améliorations successives survenues dans les produits des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine royal, et l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner plus d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous regrettons que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qui eût pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.

Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance, au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en recueillant tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de correspondre dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur la manière de voyager, en usage dans toutes les contrées connues: le motif seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.

Le 16.e bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.

Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, provoquent une ordonnance relative aux peines qu’encourront ceux qui se rendront coupables, à l’avenir, de mauvais traitemens à leur égard.

La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en vigueur tous les édits rendus sur le service des Postes. On y remarque, entr’autres articles, ceux concernant les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif pour la perception du port des lettres établi sur des bases nouvelles, et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la sécurité que la correspondance retire de ces améliorations rangeront cette époque au nombre de celles auxquelles les Postes sont redevables de quelque perfectionnement.

L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré tant de projets utiles à M. Charles Humbert Pierron de Chamousset[77], lui fit naître l’idée de la petite-poste. Le service, devenu de jour en jour plus actif et plus régulier, et la multiplicité des relations dont Paris était le point central, exigeaient un mode nouveau et prompt de recevoir et d’expédier les missives de la capitale. La difficulté de se rencontrer dans une ville si populeuse, le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens d’y correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui avait mûri cette idée, fit part de ses vues. On en reconnut les avantages, et le projet d’un homme de bien fut accueilli favorablement: on fit plus, on le réalisa. La petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur de Paris, où cent dix-sept facteurs[78] faisaient journellement ce service. Elle fut d’abord en régie, et on la réunit par la suite à la ferme générale. Cette organisation, comme toutes les institutions naissantes, a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus notables ont été introduits par M. le duc de Doudeauville. Sept distributions ont lieu en été et six en hiver. Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées par les affiches, on peut obtenir la réponse et même la réponse de la réponse aux lettres écrites dans la journée.

[77] Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né à Limoges, ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de Houssays. On y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux chevaux, les roulages et les messageries.

[78] Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. Le trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste, nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il passa l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher lui-même, sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux galeries du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale; et, dans la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de vin dont il était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi de ceux qui tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.

Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert[79], une petite-poste d’un genre différent, qui avait aussi ses messagers d’une espèce toute particulière et non moins d’activité. C’étaient les vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux femmes. Ils glissaient ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, ne manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais le tems aux argus de se saisir du courrier innocemment contrebandier. Ce manége ayant été découvert, le premier messager d’amour qui fut pris, fut puni de l’estrapade, avec des poulets vivans attachés aux pieds. Telle est l’origine du nom de poulet donné aux billets doux.

[79] Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.

L’établissement de la petite-poste aux lettres, en France, a donné, dans ces derniers tems (1824), l’idée des petites messageries[80] dans Paris, pour les effets et les marchandises. Il y a long-tems que plusieurs capitales de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de la poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé sur les mêmes bases, n’en est aucunement dépendant. Les motifs qui ont rendu l’usage de la petite-poste si nécessaire, ont sollicité celui des petites messageries dans le but d’établir un service régulier, célère, économique et responsable, dont l’objet est de transporter, d’un quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et commissions de toute espèce; et les marchandises de gros poids déplacées et mises en circulation par le commerce.

[80] La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, n.º 12, Hôtel-de-la-Rochefoucauld.

Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans les rues et les places les plus fréquentées, ainsi que les boîtes pour la petite-poste, reçoivent continuellement, contre des récépissés imprimés et à talons, tous les paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont remis avec des adresses attachées aux articles.

Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent aussi, contre de semblables récépissés, les articles jusqu’à 25 livres pesant, qu’on leur donne de la main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font par le son d’une cloche.

Les articles de poids sont recueillis à domicile.

Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois par jour la levée des dépôts et pareil nombre de distributions. Dans la belle saison, ce nombre est porté à quatre.

Il y a en même tems un service de _gamionage_ pour le transport des marchandises de volume et de gros poids.

Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes; de 25 à 100, 45 centimes; de 100 à 200, 55 centimes, etc. On a la facilité d’affranchir les envois.

En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas été déclarée, la compagnie remboursera 20 francs pour chaque article qu’on ne pourra représenter; elle répondra de la valeur entière, lorsqu’elle aura été déclarée, mais alors le prix de transport y sera proportionné.

Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il y a entre les petites messageries et la petite-poste. Ce rapprochement suffira pour motiver les raisons qui nous ont fait entrer dans des détails que nous ne croyons pas sans intérêt pour le lecteur.

En 1761, les postes sont mises en régie pour le compte du roi. On règle aussi les prix que doivent payer les courriers de cabinets et de dépêches.

En 1764, le 18.e bail, toujours avec les messageries en litière, monte à 7,113,000 francs.

Malgré l’augmentation successive survenue dans la ferme des postes, depuis la cession faite par l’université, à raison du 28.e sur les produits qui en proviendraient, l’indemnité primitive n’avait point subi de changemens. Ce corps, en 1765, exposa, par une requête au roi, les droits et les priviléges sur lesquels cette réclamation était si justement fondée.

Le 19.e bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, s’élève à 7,700,000. Les fermiers sont tenus de faire un cautionnement. Cet usage, introduit pour assurer les droits du gouvernement, est devenu depuis une clause obligatoire de tous les engagemens de ce genre.

L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement des courriers, a lieu en 1772. Elle est formée de la retenue du tiers du prix qui leur revient par course. Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un sentiment bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes employés à un service toujours fatigant et souvent périlleux[81].

[81] La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse et n’a d’autre habitation que sa voiture: c’est dans cette mobile machine que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe nulle part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il retourne aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en repartir de nouveau avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, il ne peut s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est un relais où il change de chevaux; ici, un bureau de poste où il remet et reçoit des dépêches. Ces interruptions sont tellement répétées, que, dans un trajet de cent lieues, par exemple, qui doit être fait en moins de quarante heures, il trouve souvent dix bureaux de poste et vingt-cinq relais. Combien de circonstances encore ne contribuent-elles pas à multiplier ces incidens. Tout ce que la nature oppose d’obstacles doit être vaincu: il brave l’intempérie des saisons et les ténèbres de la nuit ne l’arrêtent pas dans sa marche. Sa prévoyance ne peut être en défaut pour remédier même aux événemens indépendans de sa volonté.

Sa surveillance tient à sa responsabilité; son activité, à la célérité de son service; son extrême probité s’explique par la confiance qu’on lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un devoir. Non-seulement il remet avec un soin scrupuleux les dépêches qu’il a reçues, il les défend, même au péril de sa vie, s’il est attaqué. C’est dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui le fait souvent triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié à sa fidélité, par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que d’actions éclatantes attesteraient qu’il n’est aucun dévouement dont il ne soit capable, et que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun devoir dont il n’observe l’accomplissement avec une religieuse exactitude.

On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en étendre les avantages à tous les agens des postes auxquels on fait subir des retenues qui ont varie, et qui sont fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des appointemens.

Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux voit sans crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une carrière longue et honorable. Si elle ne lui a pas offert des chances de fortune, du moins, lorsque le tems du repos, souvent pour lui celui des infirmités, est arrivé, il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure dictée par une prévoyance toute paternelle.

La place de surintendant-général des postes, après la mort du marquis de Torcy (1746), qui avait sous lui un contrôleur-général, avait été donnée au comte de Voyer d’Argenson, ministre de la guerre.

Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui succéda. Il avait également sous lui un intendant-général, dont les attributions étaient les mêmes que celles de contrôleur-général. Il n’y avait de changement que dans la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le fait, toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait le droit de travailler seul avec le Roi, et d’entrer chez Sa Majesté à toute heure du jour ou de la nuit. M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs circonstances, occupait cette place sous le duc de Choiseul. Voici comme Duclos s’exprime à son égard: _M. le Duc_ (c’est ainsi qu’on désignait le duc de Bourbon, ministre sous le régent), _pleinement rassuré, oublia que c’était aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu une sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir eu et surtout montré de la peur. Il ne sut pas distinguer un malheur prévenu d’un malheur imaginaire. Ses affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils avaient faits pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en fut bientôt révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, et on avertit Jannel d’être plus discret, au hasard d’être moins utile._

Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, ministre d’état au département des finances, devint, en septembre 1775, surintendant-général des postes, et refusa les émolumens attachés à cette place.

Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la guerre avaient été seuls en possession de cette charge; ce qui prouverait, s’il en était besoin, qu’on la considérait comme tout-à-fait étrangère aux finances, puisqu’on n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M. Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter aux prérogatives des postes, chercha, en les amenant sous son influence, à les rendre favorables à ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.

En combinant ces deux services, il espérait pouvoir parvenir à faire transporter les lettres par les messageries, en un seul jour, au moins à 30 lieues à la ronde de Paris, terme où les courriers de la malle les auraient reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume. L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que le ministre avait particulièrement en vue, ne compensait aucun des graves inconvéniens qu’elle entraînait. Où elle existait réellement, c’était dans les avantages que les messageries procureraient de conduire les fonds avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou des provinces à Paris, ou même, enfin, de Paris aux provinces, comme cela se pratique encore aujourd’hui.