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Part 9

L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France; mais les inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie que tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen puissant de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère de gravité avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y apporter un remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards? Mais l’inspecteur, sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se porter sur tous les points où sa présence l’exige, pour constater la situation des caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la tenue des écritures et la régularité des opérations. Les instructions sont-elles mal interprétées, il en éclaircit le sens, il décide les questions douteuses, intervient dans les plaintes et les contestations du public, dont il repousse ou accueille les réclamations; justifie les employés que l’on taxe d’exigeance lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent injustes et toujours exagérées. Cette intervention donne un caractère plus légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure des intérêts froissés en apparence, et conserve à l’administration et à ses agens la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur ne borne pas là sa surveillance: il doit s’étudier à connaître les améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité des communications, les changemens, la suppression d’anciennes correspondances que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce ou les progrès de l’industrie locale; soit enfin dans l’entretien et la réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut mieux que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus positifs pour conserver avec avantage un moyen si puissant de prospérité.

Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples formalités d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de chevaux qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités; qu’il encourage les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur soumette des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux relais ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et l’avantage du maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation soutenue suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, que l’on remarque sur certaines lignes, et qu’on est loin de retrouver sur tant de points. L’inspecteur qui éclairerait constamment le maître de poste sur ses propres intérêts, si intimement liés avec ceux du gouvernement, en lui portant le fruit de ses lumières et en le guidant avec prudence dans l’exploitation de cette branche si féconde d’industrie, atteindrait ce but en peu d’années.

Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation; il réprime les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses investigations. Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce haut degré d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance approfondie des lieux et des choses propres à éclairer l’administration sur ses véritables intérêts, sur la conduite de ses agens et sur les vœux de la société.

Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner un surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni aux avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle s’obtiendrait par extinction.

Dans toute amélioration, la première considération à observer, c’est d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, des intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas trop facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage général.

Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience. Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni s’abandonner à ses préventions. La justice est son guide. Le sort des employés est dans ses mains. Pénétré de l’importance de fonctions aussi délicates, on sent que l’expérience n’est pas la moindre qualité qu’on soit en droit d’exiger de lui.

Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que l’impérieuse nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est encore consacrée par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables attributions, tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon système administratif; et si, par cas fortuit, une seule raison pouvait être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient en leur faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.

Il est accordé à chaque directeur une remise de sept huitièmes pour cent sur le deuxième net de sa recette, et celle de demi pour cent sur les articles d’argent acquittés avec les fonds de sa recette, ou par le moyen de ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle de deux et demi pour cent sur la recette des produits des places des voyageurs dans les malles-postes.

La nécessité d’améliorer le sort des employés des postes a toujours été reconnue; et les mesures temporaires qu’on a prises à diverses époques semblent faire espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on l’atteindra. Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à ce jour pour les directeurs[116].

[116] Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des produits, celle des localités, serviraient, entr’autres considérations, à établir la progression convenable pour chaque direction. D’ailleurs, n’aurait-on pas égard à la responsabilité à laquelle est soumis l’employé des postes dans un travail de cette nature, et à l’assiduité si constante qu’il exige et qui devient telle, qu’elle ne lui laisse aucun jour, aucun moment même dans le jour dont il puisse disposer. N’est-il pas, en outre, des obligations sociales auxquelles assujettit naturellement une administration dont le rang élevé doit être soutenu dignement. Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe à l’égard des agens des postes la proportion établie pour ceux des autres parties. Par exemple, le directeur d’un bureau placé dans une ville dont la population est de 80,000 ames, et celui où elle n’est que de 5000 habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., et le second 1200 fr., ont-ils un traitement comparativement égal à celui des autres fonctionnaires. Une question de cette importance, que nous ne faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner lieu à d’utiles réflexions.

Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, l’administration qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses nombreux agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin leur traitement éprouver une augmentation proportionnelle.

Le service du transport des dépêches et des voyageurs a lieu, en 1818, par le moyen de malles-postes d’une construction élégante et commode. Cette mesure, tout entière dans l’intérêt des maîtres de poste, très-coûteuse dans son principe, est provoquée par la diminution successive des voyageurs, qui préféraient aux malles établies en 1791 les voitures publiques perfectionnées de plus en plus.

Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens successifs opérés dans toutes les branches de l’administration y apportent d’heureuses améliorations. Elles sont tout à la fois dans l’intérêt du trésor, auquel elles offrent plus de garantie; et, dans celui des comptables, dont elles tendent encore à accroître la sécurité.

La poste aux lettres, par la nature de ses produits, avait un système de comptabilité qui n’était nullement en rapport avec celui des administrations financières. Les directeurs n’arrêtaient leurs comptes mensuels et d’années, qu’après la réception des dernières dépêches[117] expédiées par leurs correspondans pendant le cours de la même période mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus ordinairement que dans les premiers jours qui suivaient le mois auquel elles se rapportaient. On avait tenté infructueusement divers moyens pour remplacer ce mode peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems cherchée, y conduisit. Elle consista à substituer tout simplement la date de réception des envois à celle d’expédition. Alors l’irrégularité apparente, qu’on ne considérait comme telle que parce qu’elle consistait dans une exception (conséquence de l’exception que forment elles-mêmes les postes à l’égard des autres administrations), disparut. Mais l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux dans son ensemble, puisqu’il avait lieu par le moyen du contrôle réciproque des états tenus contradictoirement dans chaque bureau, était également très-satisfaisant dans ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant la même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre l’interprétation des écritures plus facile aux personnes étrangères aux postes ou peu familiarisées avec leur pratique.

[117] On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un bureau pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir que le 2.e jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause de retard), et qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant ce terme.

Il y a loin de cette théorie, que donne la science des chiffres, à ces connaissances positives qui sont le fruit de l’expérience, qui seule peut servir de guide au milieu des nombreux détails d’une administration si compliquée[118].

[118] Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte à l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez multipliées pour exiger une surveillance active et continue. La vérification des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration supérieure qui pourrait connaître la situation journalière de ses agens par les contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux mensuels ne l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.

Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes résultats.

On comptera parmi les mesures utiles introduites par M. de Mezy, l’établissement des malles-postes à 4 places (dont nous avons parlé plus haut), montées sur ressorts et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. C’est avec ces malles que s’exécute le service des postes sur les principales routes du royaume. Le public trouve à la fois les moyens de voyager avec rapidité et sans fatigue dans ces voitures de nouvelle construction, qui, sans avoir aucun des inconvéniens des anciennes, réunissent des avantages inappréciables.

Des réglemens ont fixé l’organisation du service des voyageurs dans les malles-postes.

Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel nous avons déjà eu recours pour le prix des baux des postes, un des motifs qui ont amené ces heureux changemens dans la forme des voitures en activité aujourd’hui.

_Frappé_, dit-il[119], _des inconvéniens toujours renaissans de la construction vicieuse des malles, en 1791, l’administration des postes, dont M. de Mezy était directeur-général, s’occupa avec lui, en 1818, du soin de faire construire d’autres malles: une considération de la plus haute importance les y engagea: c’était le désir de remplir les intentions du Roi à cet égard_.

[119] Auteur cité.

_Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur la route de Calais la malle du courrier, et la comparant aux malles-postes d’Angleterre, elle fut frappée du mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour M. de Mezy, qui s’empressa de faire faire le dessin d’un nouveau modèle de malle, et le présenta au Roi, qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son relais de Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté en témoigna sa satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait de meilleur goût que les malles anglaises, et surtout plus commode pour les voyageurs. J’étais au nombre des personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je fus l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet._

La retenue proportionnelle sur les appointemens des employés des postes cesse d’avoir lieu.

M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de France, succède, en 1822[120], à M. de Mezy, dans la place de directeur-général des postes.

[120] 1.er janvier.

Les attributions de cet emploi sont définies ainsi: Le directeur-général dirige et surveille, sous les ordres du ministre des finances, toutes les opérations relatives au service. Il travaille, seul, avec le ministre des finances. Il correspond, seul, avec les autorités militaires, administratives et judiciaires.

Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. Il signe, seul, les ordres généraux de service.

Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa Majesté, dont ont joui de toute ancienneté les conseillers grands-maîtres des coureurs de France, les contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans et les intendans-généraux des postes, a été conservé aux directeurs-généraux des postes.

Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et remplacées par celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent MM. le marquis de Bouthillier, Gouin et le vicomte de Rancogne.

Le ministre des finances assigne à chacun le travail qu’il doit diriger sous l’autorité et la surveillance du directeur-général.

Les agens supérieurs des finances sont spécialement chargés de vérifier la comptabilité et la caisse des directeurs des postes.

L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris seulement, cesse également d’avoir ce cours; les directeurs restent chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses des receveurs particuliers des finances.

Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux recettes des postes.

Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la conduite de leurs voitures.

[121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791; l’état des routes; les ressources présumées des maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur surcharge; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des maîtres de poste.

En établissant les malles-postes sur les principales routes du royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute, d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin des relais le commande si impérieusement.

Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de l’administration; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage, aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet de cette mesure aussi politique que morale.

La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux militaires de terre et de mer soit rétabli.

Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables, elles subirent diverses modifications; mais elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration générale.

Leur composition est réglée d’après les bases suivantes: Un agent supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des contrôleurs, des employés et sous-employés: on comprend sous cette dénomination les courriers et les postillons.

[122] M. le marquis de Regnon.

Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la création d’un service de cette importance dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires; elles se sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation de ces frais.

[123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a coûté 300,000 francs.

En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes d’Espagne et des Indes.

On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port;

Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les courriers espagnols: ils seront, ainsi que les convois militaires, transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne établis pour l’entretien des routes;

Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers de l’armée française;

Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de l’expédition et de la réception de la correspondance française; le transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol;

Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le directeur de la poste civile.

Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les recevoir.

M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes télégraphiques.

Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses modifications apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux.

On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré de perfection.

[124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé, dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en assurer le succès.

Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125], appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.

[125] 18 août 1824.

M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts.

On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.

D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des chevaux propres à courir le galop pendant leur traite; chaque relais était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant des passeports: tous les courriers devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui leur étaient confiés.

Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126].

[126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers points de la route qu’il doit parcourir.

Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution toute politique? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures; neuf cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les lettres devaient être acheminées; que des tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus rigoureuse de l’année.