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CHAPITRE XXVII

Saint Jean explique toute la corruption originelle dans les trois Concupiscences.

Ainsi il est manifeste que saint Jean, en nous expliquant la triple concupiscence, celle de la chair et des sens, celle des yeux et de la curiosité, et enfin celle de l’orgueil, est remonté à l’origine de notre corruption, dans laquelle nous avons vu cette triple concupiscence, et dans la tentation du démon et dans le consentement du premier homme. Qu’a prétendu le démon, que de me rendre superbe comme lui, savant et curieux comme lui, et à la fin sensuel; ce qu’il n’était pas, parce qu’il n’avait point de corps; mais ce qu’il nous a fait être, en ravilissant notre esprit jusqu’à le rendre esclave du corps; pour en effacer d’autant plus l’image de Dieu, qu’il tomberait par ce moyen dans une bassesse et abjection plus extrême?

Voilà les trois concupiscences. Saint Jean les rapporte dans un autre ordre qu’elles ne paraissent dans l’histoire de la tentation, que nous venons de voir, parce que dans cette histoire primitive le Saint-Esprit a voulu tracer tout l’ordre de notre chute. Il fallait que la tentation commençât à inspirer l’orgueil, d’où sortît la curiosité, qui est mère, comme on a vu, de l’ostentation; afin que notre chute se terminât enfin, comme à l’endroit le plus bas, dans la corruption de la chair. Comme c’était par ces degrés que nous étions tombés, Moïse, qui nous a d’abord regardés comme étant encore debout, dans la rectitude de notre première institution, a voulu marquer nos maux dans l’ordre qu’ils sont venus. Mais saint Jean, qui nous trouve déjà perdus, remonte de degré en degré, par la concupiscence de la chair et par la curiosité de l’esprit, jusqu’au premier principe et au comble de tout le mal, qui est l’orgueil de la vie.

Qui pourrait dire quelle complication, quelle infinie diversité de maux sont sortis de ces trois concupiscences? On craint, on espère, on désespère, on entreprend, on avance, on recule, suivant ses désirs, c’est-à-dire, suivant les concupiscences dont on est prévenu: on n’envie, on n’ôte aux autres que le bien qu’on désire pour soi-même: on n’est ennemi de personne, qu’autant qu’on en est contrarié: on n’est injuste, ravisseur, violent, traître, lâche, trompeur, flatteur, que selon les diverses vues que nous donnent ces concupiscences: on ne veut ôter du monde que ceux qui s’y opposent, ou qui y résistent, en quelque manière que ce soit, ou de dessein ou sans dessein: on ne veut avoir de puissance, ni de crédit, ni de bien que pour contenter ses désirs: on veut ne se rendre redoutable que pour effrayer ceux qui voudraient nous contredire: on ne médit que pour avoir des armes toujours prêtes dans se langue, et s’élever sur la ruine des autres.

O Dieu, dans quel abîme me suis-je jeté? Quelle infinité de péchés ai-je entrepris de décrire? C’est là le Monde dont Satan est le créateur; c’est sa création opposée à celle de Dieu; et c’est pourquoi saint Jean nous crie avec tant de charité et de zèle[175]: _Mes petits enfants, n’aimez pas le Monde, parce que tout ce qui est le Monde, et tout ce qui est dans le Monde, de quelque nom qu’il s’appelle, de quelque dehors qu’il se pare, n’est après tout qu’amour du plaisir des sens, que curiosité et ostentation, et enfin que ce sacrilège et impie orgueil, par lequel l’homme, enivré de son excellence, s’attribue l’ouvrage de Dieu, et se corrompt dans ses dons._

[175] DÉFORIS: avec tant de charité.