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CHAPITRE XXIV

Le Dentilia. — Frontières, limites. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, production du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations, Ethnographie. — Situation et organisation politiques. — Rapport du Dentilia avec les pays voisins. — Rapport du Dentilia avec les autorités Françaises. — Le Dentilia au point de vue commercial. — Conclusions.

Les Malinkés désignent sous le nom de Dentilia toute cette région assez vaste, du reste, qui est située entre le Niocolo à l’Ouest et le Konkodougou-Sintédougou à l’Est. Elle comprend, pour ainsi dire, toutes ces vastes plaines qui s’étendent dans la région septentrionale de l’immense quadrilatère dont la Gambie et la Falémé forment les deux grands côtés Ouest et Est et qui comprend le Dentilia, le Gounianta, le Sangala et le Gadaoundou. Le Niocolo et le Konkodougou, en effet, ne possèdent qu’une petite bande de terrain de quelques kilomètres seulement de profondeur dans toute cette région. La partie du Konkodougou qui se trouve ainsi située à l’ouest de la Falémé est, du reste, absolument stérile et inhabitée. Le Niocolo possède, au contraire, à l’Est de la Gambie, un beau village, Laminia, et de riches terrains de culture.

_Limites. Frontières._ — Comme tous les pays que nous avons déjà décrits, le Dentilia n’a pas de limites naturelles et ses frontières sont mal déterminées. Toutefois nous pouvons dire, d’une façon approximative, qu’il est compris entre les 12° 29′ et 12° 55′ de latitude Nord et les 13° 50′ et 14° 40′ de longitude à l’Ouest du méridien de Paris. Mesuré dans ses plus grandes dimensions, il a environ 85 kilomètres du Sud-Est au Nord-Ouest et 60 kilomètres du Nord au Sud. Sa superficie est d’environ 4.500 kilomètres carrés. Au Nord, sa ligne frontière commence à environ cinq kilomètres de Gondoko, au point où elle coupe le marigot de Sandoundou-Kô. De là elle se dirige au Sud-Est en coupant le Séniébouli-Kô, à environ douze kilomètres de Dalafi. Du Séniébouli-Kô, elle se dirige directement au Sud-Est jusqu’à Daléma-Kô, qu’elle coupe à environ quinze kilomètres de la Falémé. Elle suit le cours de ce marigot pendant environ vingt kilomètres, jusqu’à trois kilomètres au Nord du petit village de Candaina, qui appartient au Gounianta. De là, elle se dirige droit à l’Ouest en suivant le cours du Kobali-Kô et en passant à environ trois kilomètres au Nord de Kobali. Elle abandonne ce marigot à vingt-deux kilomètres de la Gambie pour se diriger brusquement au Nord. Elle suit cette direction jusqu’à la mare de Temodalla, dans le désert de Coulicouna. Elle oblique alors vers l’Est pour venir se terminer au marigot de Sandoundou. Ainsi délimité, le Dentilia a à peu près la forme d’une ellipse dont le grand axe serait orienté Nord-Ouest Sud-Est. Ses villages frontières sont, au Nord, Gondoko, au Nord-Ouest, Barbri-Médina, Sakoto et Bembou, à l’Ouest, Médina-Dentilia et Mansakouko, au Sud, Daguiri, Samé et Nafadji, à l’Est, Dalafi et Diaka-Médina.

Le Dentilia confine au Nord au désert de Coulicouna qui le sépare de Bélédougou et du Sirimana, à l’Ouest, au pays de Badon et au Niocolo, au Sud, au Gounianta et à l’Est au pays de Satadougou, au Konkodougou-Sintédougou et au Bafé.

Bien que ce pays n’ait pas de limites naturelles et que ses frontières soient absolument conventionnelles, il ne surgit jamais aucune difficulté de territoire avec les pays voisins. Cela tient à deux causes principales. D’abord il est absolument isolé et séparé des centres habités appartenant aux Etats auxquels il confine par de vastes territoires absolument déserts. Il n’y a qu’au Sud que ses villages frontières soient situés non loin de ceux du Gounianta. Mais la communauté d’intérêts, la parenté de race et une situation analogue absolument isolée en font, pour ainsi dire, son allié naturel. La seconde raison de cette bonne intelligence qui règne dans ces contrées est en ce que les Noirs, habitués à vivre dans la brousse, ont des points de repère certains qui nous échappent à nous autres blancs. Ils savent, en pleine forêt, reconnaître aisément dans quel pays ils se trouvent, chose absolument impossible pour un voyageur qui ne fait que visiter la contrée en passant. Aussi, est-ce en connaissance de cause qu’ils s’aventurent chez leurs voisins, et il est excessivement rare qu’ils se permettent de faire des lougans ou de construire leurs cases sur un territoire étranger. Ils ne manquent jamais, dans ce cas-là, d’en solliciter l’autorisation du chef auquel il appartient, autorisation qui n’est jamais refusée. Ils font alors partie du pays où ils viennent de se fixer, et le fait d’y avoir établi leur demeure est regardé, dans tous ces pays Noirs, comme une véritable naturalisation d’office, et ils doivent se soumettre aux coutumes et aux lois qui régissent leurs nouveaux compatriotes.

_Aspect général du Dentilia._ — La description géographique du Dentilia sera des plus simples, car nous sommes là dans un pays de plaines, où les reliefs du terrain sont peu nombreux et surtout peu appréciables, et où les cours d’eau sont, en général, de peu d’importance. On éprouve une impression pénible quand on parcourt les régions Est et Ouest de ce pays. Le paysage est absolument plat. Pas d’horizon. Rien qui vous repose la vue. Partout une stérilité et une monotonie désespérantes. Pas la moindre éclaircie. Toujours l’horizon est borné par cet éternel rideau d’arbres rabougris qui semble fuir devant vous au fur et à mesure que l’on en approche. Pendant des kilomètres et des kilomètres, les plaines argileuses arides, les plateaux stériles formés de roches et de conglomérats ferrugineux et absolument dénudés, les marécages au bord de certains marigots, se succèdent sans interruption. C’est la terre de la désolation, par excellence. Aussi, éprouve-t-on un véritable soulagement quand, après une longue étape dans un semblable désert, on aperçoit tout à coup, sans que rien ne vous y ait préparé pendant la route, un village situé sur un petit monticule dominant une plaine parfois assez étendue, bien cultivée et où s’étalent de beaux lougans de mil, de maïs et d’arachides. L’œil du voyageur, fatigué de n’avoir jamais vu, pendant tout le voyage, que cette couleur grisâtre qui est propre aux argiles, se plaît à contempler les tons rouges des terrains à latérite au milieu desquels sont presque toujours construits les villages. Malgré leurs sombres tatas et leur tristesse infinie, les villages prennent pendant quelques instants, à vos yeux, un air de fête et de gaieté qui ne frappe et réjouit malheureusement que de loin et qui disparaît dès que l’on a franchi la porte et que l’on est obligé de parcourir ses rues étroites. Il vous semble, qu’après un pénible voyage, vous êtes enfin arrivé au port si ardemment souhaité et où vous allez enfin pouvoir vous reposer un peu. Et pourtant, malgré tous ces désavantages, les habitants du Dentilia sont fort attachés à leur pays.

Il faut dire aussi qu’ils ont supérieurement choisi les endroits où ils ont construit leurs villages, et que tout autour la terre y est d’une fertilité remarquable. D’une façon générale, on peut dire que tout ce qui est cultivable au Dentilia est ensemencé chaque année, et que partout où se sont installés les habitants, la terre leur donne abondamment tout ce dont ils peuvent avoir besoin. En résumé le Dentilia appartient, dans sa plus grande partie, à ces pays de steppes soudaniennes dont nous avons eu si souvent l’occasion de parler. Mais là, ces steppes sont parsemées d’ilots nombreux de terres cultivables, véritables oasis qui rendent le pays habitable et lui donnent, dans sa région centrale du moins, un aspect relativement agréable.

_Hydrologie._ — Le Dentilia est faiblement arrosé. On n’y trouve aucun grand cours d’eau, pas de fleuve, pas de rivière. Nulle part on ne trouve d’eau courante pendant la saison sèche. Seuls, quelques marigots forment tout son système hydrologique. A ce point de vue, on peut le diviser en deux régions bien distinctes, une région Ouest qui appartient au bassin de la Gambie et une région Est qui fait partie de celui de la Falémé. La ligne de partage des eaux qui sépare les bassins de ces deux grands cours d’eau est peu marquée dans le Dentilia. Elle est à peine indiquée par une petite série de collines peu élevées et l’on peut dire qu’en certaines régions les marigots dépendant d’un bassin empiètent sur l’autre. Je ne serais même pas éloigné de croire qu’en certains endroits de petits marigots les font communiquer l’un avec l’autre. Toutefois la ligne de démarcation pourrait être à peu près déterminée comme il suit. Elle suit une direction générale Nord-Ouest-Sud-Est et est à peu près dirigée dans le sens du grand axe de l’ellipse dont le Dentilia a la forme. Au Nord, elle commence à la mare de Temodalla et se dirige directement au Sud jusqu’aux environs de Médina-Dentilia. Elle est indiquée là par une chaîne de hauteurs assez élevées qui se prolonge au Nord dans le désert de Coulicouna ; à environ cinq kilomètres au Nord de Médina-Dentilia, elle oblique brusquement vers l’Est et suit cette orientation pendant environ douze kilomètres. Là, les collines s’affaissent sensiblement et nous ne trouvons plus que de légères ondulations du sol. Le Vandioulou-Kô, qui dépend du bassin de la Gambie, est parallèle à cette ligne pendant quarante kilomètres. De ce point, elle se dirige au Nord-Est jusqu’aux environs de Oualia. Elle oblique alors directement au Sud jusqu’à Bandiciraïla, d’où elle se dirige au Sud-Est pendant trente kilomètres pour obliquer ensuite vers le Sud et le Sud-Ouest en passant non loin de Samé entre le Daguiri-Kô, qui appartient à la Gambie, et le Samakoto-Kô, qui est de la Falémé. Dans tout ce trajet cette ligne a environ 120 à 130 kilomètres de développement.

Dans la région Est, nous trouvons, dans sa partie Nord, un grand marigot, le _Séniébouli-Kô_. Sa direction est à peu près Sud-Nord. Il naît dans les environs de Bandiciraïla, dans le Dentilia, où, dans la partie ultime de son cours, il s’étale en un vaste marais. De là, il passe non loin de Diaka-Médina, et, après avoir traversé la région Ouest du Bafé et le Sirimana dans toute sa largeur, il se jette dans la Falémé. Il reçoit dans le Dentilia, à l’ouest, le Marigot de _Sandoundou_, qui reçoit lui-même le _Sacodofi-Kô_, lequel est formé par les eaux d’un grand nombre de marigots de peu d’importance, qui arrosent la région Nord-Ouest de ce pays. Plus au Sud nous trouvons le _Fao-Fao-Kô_, qui passe à quatre kilomètres au Sud de Dalafi. Dans la même direction et à trois kilomètres de ce dernier, se trouve le _Badanbali-Kô_. La route de Dalafi à Diaka-Médina coupe ces deux marigots. A l’est le Seniébouli-Kô ne reçoit dans le Dentilia qu’un seul marigot de peu d’importance, le _Sama-Kô_, que l’on trouve à un kilomètre et demi de Diaka-Médina, sur la route de Faraba.

On trouve encore dans le Dentilia un marigot important qui appartient au bassin de la Falémé ; c’est le _Daléma-Kô_. Il forme, dans une partie de son cours, la séparation entre le Dentilia et le Koukodougou-Sintédougou, et se jette dans la Falémé, un peu en aval de Faraba. Il reçoit un grand nombre de branches que l’on traverse en allant de Diaka-Médina à Faraba. Elles n’ont pas reçu de noms particuliers. Mentionnons enfin, tout-à-fait au Sud-Est, le _Samakoto-Kô_, qui passe à Samécouta, un peu au nord du Daléma-Kô, et qui se jette dans la Falémé, non loin du gué de Komba-N’-Soukou.

La région Ouest du Dentilia est beaucoup plus arrosée. Nous trouvons, en procédant du Sud au Nord, les marigots suivants :

Le _Kobali-Kô_, qui passe non loin de Kobali dans le Gounianta et qui, dans la partie moyenne de son cours, forme la limite entre le Dentilia et le Gounianta.

Le _Daguiri-Kô_, qui passe à Daguiri et naît entre Samé et Balori, où il n’est qu’un vaste marécage. Il reçoit plusieurs branches, dont la plus importante passe à Sanela.

Enfin le _Koumountourou-Kô_, le plus important de tous. Il se forme non loin de Badioula, se dirige d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest jusqu’aux environs des ruines de Soutouto, puis son cours s’infléchit vers l’Ouest-Sud-Ouest jusqu’à la Gambie, dans laquelle il se jette à cinq kilomètres en aval de Sillacounda. Il passe à peu de distance des ruines de Tasiliman. Dans ce trajet il reçoit, en procédant de l’Ouest à l’Est, au Sud, le _Niguia-Kô_, qui reçoit lui-même le _Douta-Kô_, et enfin le Noukou-Kô. Au Nord, nous trouvons une branche importante dont la direction est franchement Nord-Est et qui reçoit le _Faraba-Kô_ et le _Vandioulou-Kô_.

Ce dernier reçoit le _Samania-Kô_ et le _Bancoroti-Kô_, qui passe à quelques centaines de mètres à l’Ouest de Médina-Dentilia, qu’il contourne du Nord-Est au Nord-Ouest en passant par le Sud du village. Le Vandioulou, dans la partie la plus Est de son cours, passe à Oualia. Tous ces marigots reçoivent, en outre, un grand nombre d’autres petits cours d’eau insignifiants qui sont à sec pendant la belle saison et auxquels les habitants n’ont pas donné de noms spéciaux.

Dans tous les villages du Dentilia, on ne fait usage que de l’eau des puits. Elle est très bonne. La nappe d’eau souterraine se trouve très profondément, à 20 ou 25 mètres suivant les régions. Les eaux des puits peuvent donc être considérées comme des eaux d’infiltration, et comme les couches de terrain qu’elles traversent ne renferment aucun principe nuisible, il en résulte qu’elles sont excellentes pour tous les usages domestiques.

La plupart des marigots sont complètement desséchés pendant la belle saison. Seules, les branches principales contiennent un peu d’eau croupissante. Ils sont rares ceux dans lesquels on trouve de l’eau courante. Cela se comprend aisément, car ils sont tous fort éloignés de la source qui les alimente. Mais, pendant la saison des pluies, ils se remplissent rapidement, débordent et envahissent les plaines qu’ils arrosent. Dès que les pluies, ont cessé, ils se vident aussi vite qu’ils s’étaient remplis. Ils suivent en cela le régime des eaux du fleuve ou de la rivière dont ils sont tributaires.

_Orographie._ — L’orographie du Dentilia est des plus sommaires. Nous n’avons là aucun système bien défini. A peine quelques collines sillonnent-elles ces plaines arides et incultes pour la plupart, reliefs peu importants, du reste. A l’Ouest, cependant, nous trouvons la chaîne de collines qui forme la limite Est du désert de Caulicouna. Cette chaîne émet des contre-forts qui longent les marigots qui vont se jeter dans le Koumountourou-Kô. L’un de ces contre-forts passe même non loin de Médina-Dentilia, au Nord, et se termine dans la plaine qui s’étend à l’Est de ce village.

Si le Dentilia n’a pas de système orographique bien déterminé, il est un fait pourtant constant qu’il est bon de signaler. C’est le suivant, à savoir que les marigots coulent tous dans des vallées que bordent de petites collines peu élevées (huit à dix mètres, au plus) et qui sont parallèles à leur cours. Des villages sont construits sur de petits monticules et l’on rencontre dans ce pays comme partout ailleurs dans cette partie de l’Afrique de ces collines isolées au milieu des plaines, de peu d’étendue et de peu d’élévation et qui sont absolument indépendantes de tout système.

La région Ouest est de beaucoup la plus accidentée. Dans les autres régions, le pays est absolument plat ou ne présente que des reliefs de terrains sans aucune importance. Ce ne sont, pour ainsi dire, que de légères ondulations à peine sensibles.

_Constitution géologique du sol._ — Au point de vue géologique, on peut rattacher à la période secondaire, la formation du sol du Dentilia tout entier. Les collines que l’on y rencontre dans la région Ouest ont dû émerger au commencement de cette période. Nul doute, en effet, que toute cette région n’ait été couverte par les eaux. Car les roches que l’on y rencontre partout sont usées, limées et tout indique qu’elles ont été pendant de longues années submergées et battues par les flots. Quant aux plaines de la partie centrale ce ne doit être que longtemps, fort longtemps après qu’elles se sont découvertes. Quant aux rares alluvions que l’on y rencontre par ci par là, elles sont généralement peu épaisses et sont surtout formées par le limon que, chaque année, en se retirant, les eaux déposent sur les bords des marigots. Elles recouvrent, presque partout, un sous-sol de terrain argileux ou de terrain ardoisier. Quant à l’humus il fait absolument défaut.

Le sous-sol du Dentilia est formé des mêmes éléments que celui des pays voisins. Ici du terrain ardoisier, là du terrain ferrugineux. Les roches que l’on y rencontre sont, du reste, absolument caractéristiques. Dans les terrains ardoisiers, ce sont des schistes, ardoisiers et lamelleux surtout, dans les terrains ferrugineux ce sont des quartz, des grès soit simples, soit ferrugineux et alors fortement colorés en rouge, et enfin des conglomérats à gangue silico-argileuse. Ces collines sont généralement formées de ces deux dernières roches.

La croûte terrestre ne s’est pas non plus sensiblement modifiée. Les argiles compactes, imperméables, alternent avec la latérite, mais cette dernière est de beaucoup la moins fréquente. On ne la trouve qu’autour des villages.

Quant à la distribution des deux sortes de terrain, elle est des plus simples. Au centre du pays la latérite, c’est la partie fertile. Tout autour les argiles compactes recouvrant un sous-sol de terrain ardoisier ou bien un sous-sol formé de grès, quartz et conglomérats ferrugineux. En maints endroits, la roche émerge du sol et forme de vastes plateaux absolument arides. La couche d’argiles est beaucoup plus épaisse au Sud et à l’Est que dans les autres parties.

Le fond des marigots, vaseux dans la région Ouest, est plutôt rocheux dans la région Est. Leurs bords sont, en général, argileux ou couverts de limon, taillés à pic et difficiles à franchir.

De la surface du sol à la nappe d’eau souterraine, les couches des différents terrains sont ainsi disposées : 1o une couche d’argiles ou de latérite plus au moins épaisse ; 2o Schistes ou grès, quartz et conglomérats ferrugineux ; 3o Sable quartzeux et siliceux ; 4o Argiles ; 5o Nappe d’eau souterraine reposant en général soit sur le sable qui est rare, soit sur des argiles. Il résulte de cela que les puits dont le fond est de sable donnent, en toutes saisons, une eau limpide et claire et, au contraire, ceux dont le fond est argileux ont une eau de couleur blanchâtre fortement chargée de matières terreuses, pendant la saison des pluies principalement. Il est facile de les en débarrasser en les laissant reposer en décantant et, enfin, en filtrant, si toutefois on a ce qu’il faut à sa disposition.

Du fait que, dans certaines régions, on a trouvé, en certains endroits, quelques échantillons de roches granitiques, on a cru devoir en conclure que certaines parties du Soudan appartenaient à la période primitive. On pourrait le dire du Dentilia également, car nous avons vu plus haut que nous avions trouvé aux environs de Médina-Dentilia d’énormes blocs de beau granit gris. La présence de ces roches dans des terrains qui appartiennent à une période de formation géologique tout différente de celle à laquelle elles sont généralement rattachées peut s’expliquer aisément. Il n’y a pour cela qu’à les examiner attentivement. Elles ne forment pas, en effet, de bancs réguliers inhérents au sol environnant. Ce ne sont pas de ces couches rocheuses caractéristiques des terrains de la période primitive qui s’étendent au loin sous la croûte terrestre et forment parfois de véritables montagnes. Ce sont des blocs isolés, plus ou moins volumineux, noyés dans des argiles, comme nous l’avons remarqué à Irimalo sur la Falémé, ou bien entourés de toutes parts de grès ou de quartz ou même de terrain ardoisier, comme cela existe à Médina-Dentilia. De plus, pas la moindre arête, par la plus petite rugosité. Elles sont, au contraire, lisses et polies comme si elles sortaient des mains d’un bon ouvrier. Très glissantes, les chevaux n’y marchent qu’avec mille précautions. Tout cela nous permet de conclure qu’elles ont été déposées là par les flots alors que le pays était encore complètement couvert par les eaux. Ce sont de véritables blocs erratiques sur lesquels la mer immense qui les a recouverts pendant des milliers d’années a laissé son empreinte ineffaçable.

_Climatologie._ — Nous n’aurons que quelques mots à ajouter à ce que nous venons de dire sur l’hydrologie, l’orographie et la constitution géologique du sol du Dentilia, pour faire connaître quel doit être son climat. Par sa latitude et sa longitude, ce pays se place naturellement dans les climats chauds. Le régime de ses eaux, le peu de profondeur de la nappe souterraine en font un foyer de paludisme. Et si nous ajoutons que, vu la presque imperméabilité de son sol, les eaux qui tombent à sa surface n’étant pas absorbées, finissent par croupir et ne disparaissent que lentement, par évaporation due à la chaleur solaire, on sera convaincu que ce pays est peu habitable pour une race humaine autre que celle qui le possède. Le blanc ne s’y pourrait pas acclimater. Disons, en plus, que rien ne le protège contre l’action des vents. Son système orographique est presque nul, aussi est-il exposé, sans aucune défense, aux vents brûlants d’Est et de Nord-Est pendant la saison sèche, et, pendant l’hivernage, aux vents humides et malsains du Sud et du Sud-Ouest. Son climat ne diffère, en un mot, de celui des autres parties du Soudan qu’en ce que la saison des pluies y est plus longue que dans les régions septentrionales.

_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — La Flore du Dentilia est peu riche, surtout dans les plaines argileuses de l’Ouest et de l’extrême Est. Ce n’est que dans les terrains à latérite que la végétation est un peu plus active. Les bords des marigots sont également très favorisés sous ce rapport.

Le karité, qui est très rare dans les plaines de terrain argileux, est, au contraire, très abondant dans les terrains ferrugineux et à latérite. Nous en avons vu dans la plaine de Médina-Dentilia qui atteignaient des dimensions fort respectables. Beaucoup étaient en fleurs. Il y aurait là une source énorme de richesse pour le pays ; mais il faudrait avoir affaire à d’autres gens qu’à des Noirs et surtout à des Malinkés. D’une façon générale, on peut dire que ce végétal est très abondant dans les régions qu’il habite.

Les lianes à caoutchouc (_Vahea_), qui manquent absolument dans la région Ouest, sont très abondantes dans le reste du pays et surtout le long des marigots. On les trouve également sur les plateaux rocheux et ferrugineux. Mais elles sont moins développées dans ces sortes de terrains que dans le limon qui couvre les bords des marigots.

Mentionnons encore quelques palmiers le long des cours d’eau, quelques caïl-cédrats et surtout une énorme quantité de fromagers un peu partout. Quand nous y sommes passés, au mois de janvier, ils étaient en fleurs. Les Légumineuses sont assez rares. Nous avons remarqué cependant quelques nétés et quelques mimosées. Ces dernières se rencontrent surtout dans les plaines désertes et incultes de l’Est et de l’Ouest. Le gommier y est inconnu.

On peut dire que, dans le Dentilia, tout ce qui était cultivable est cultivé. Partout où le sol a permis de faire un lougan, le noir l’a fait. Mais c’est surtout autour des villages qu’ils sont nombreux et bien entretenus. Tout ce qui entre dans l’alimentation du noir y est cultivé, mil, arachides, maïs, etc., etc. Peu de riz, le terrain n’étant pas propice à la culture de ce végétal, mais, par contre, de beaux champs de coton et d’indigo. Autour des villages se trouvent de nombreux jardinets entretenus avec soin et où les femmes et les enfants cultivent des oignons et du tabac, dont les Malinkés sont, nous le savons, très friands.

Les lougans sont cultivés en sillons quand la quantité de terre végétale le permet ou bien en petits monticules d’environ 40 centimètres de diamètre. Toutes ces précautions sont prises pour permettre aux eaux de séjourner plus longtemps autour des semis. Ils sont parfaitement entretenus et on n’y voit aucune mauvaise herbe. Aussi les récoltes sont-elles toujours fort abondantes.

_Faune. Animaux domestiques._ — La Faune du Dentilia diffère peu de celle des autres pays du Soudan. Ce sont toujours les mêmes animaux. Parmi les carnassiers, le lion, la panthère, la hyène, le lynx, le chat-tigre. Les animaux non nuisibles sont représentés par les antilopes de toutes variétés, biches, gazelles, bœufs sauvages, etc., etc. Enfin, dans les régions de l’Est et de l’Ouest, on rencontre encore l’hippopotame et l’éléphant. Ce dernier commence à y devenir fort rare. Le sanglier, par contre, y est très commun. Les pintades et les perdrix grises y sont très nombreuses et leur chair est excessivement savoureuse.

Les Malinkés du Dentilia sont de grands éleveurs de bestiaux et chaque village possède un troupeau de bœufs fort nombreux. On y trouve les deux espèces, la grande et la petite ; mais la première y est plus commune que la seconde. Citons encore les moutons, chèvres et poulets, qui abondent dans tous les villages.

_Populations. Ethnographie._ — La population du Dentilia, sauf trois villages, est uniquement formée de Malinkés : les Diakankés y sont peu nombreux. D’après la tradition, il a été colonisé par une seule famille, les Damfakas. Venus du Manding dans le Bambouck, lors de la seconde grande migration Malinkée, avec Noïa-Moussa-Sisoko, ils se fixèrent d’abord dans le Bambougou et de là émigrèrent dans le Dentilia qu’ils peuplèrent peu à peu. La légende dit qu’étant allés un jour à la chasse aux bœufs et aux éléphants, plusieurs guerriers de cette famille avaient poursuivi à travers le Diébédougou, le Bafé et le Sirimana, un troupeau de ces gros animaux. Ils avaient traversé la Falémé aux environs du petit village de Kolia et étaient arrivés ainsi au centre du Dentilia alors complètement inhabité. Captivés par la fertilité relative du terrain et surtout par sa situation isolée qui leur permettrait d’échapper aux envahisseurs qui continuaient à venir de l’Est, ils étaient revenus par le Konkodougou dans leur pays et avaient entraîné à leur suite toute leur famille, malgré tout ce qu’avait pu faire Moussa-Sisoko pour les retenir. On dit même que celui-ci, voulant les retenir de force, avait saisi par l’oreille le chef des Damfakas, mais que ce dernier, ne voulant plus habiter le Bambougou et désirant à toutes forces s’affranchir de toute domination, fit un mouvement si brusque pour se délivrer des mains de Moussa, que son oreille resta entre les doigts de ce dernier. Ce que voyant, tous les membres de la famille s’enfuirent avec leur chef, et, guidés par leurs chasseurs, arrivèrent dans ce Dentilia, sans encombre, où ils se fixèrent. Depuis cette époque, on chante dans presque tous les tam-tams, pour perpétuer le souvenir de ce fait, une sorte de complainte dont les premiers mots sont : « Tu ne t’en iras pas, je te tiens par l’oreille ». Je n’ai jamais pu obtenir la traduction du reste. Cette légende m’a été racontée dans le Bambouck par un vieux griot de Nanifara (Bambougou).

Du jour où ils sont venus l’habiter, les Damfakas n’ont pas quitté le Dentilia. Il leur a toujours appartenu et ils l’ont toujours dirigé. Les uns sont musulmans et les autres non. Mais il est facile de constater combien la religion du prophète y fait chaque année de rapides progrès. Aujourd’hui, buveurs de dolo et marabouts sont à peu près en nombre égal ; mais ce jour n’est pas éloigné où tous feront salam.

Peu après leur installation, on ne tarda pas à apprendre dans le Bambouck combien la nouvelle colonie était prospère et quelle sécurité y régnait. Aussi, bon nombre de familles malinkées quittèrent elles le Bambouck pour venir habiter avec les Damfakas ; c’est ainsi que nous trouvons dans le Dentilia des Cissés et des Camaras qui sont musulmans, des Dabos et même des Sisokos qui ne le sont pas. Ils n’ont pas formé de villages spéciaux, et habitent avec les Damfakas avec lesquels, par des unions fréquentes, ils finiront par se confondre.

A quelle époque l’islamisme fit-il sa première apparition dans ce pays, nous ne saurions le dire ? Tout porte à croire cependant que cette date est encore très récente, car leur religion est encore mélangée de pratiques et de superstitions que nous retrouvons vivaces chez les Malinkés qui ne se sont pas encore convertis.

La population entière du Dentilia est d’environ neuf mille habitants. Ce pays, comme on le voit, est relativement peu habité, mais si l’on ne tient compte que de la partie où s’élèvent les villages, la population y est au contraire très dense. Relativement à sa superficie totale, il n’y aurait que deux habitants par kilomètre carré. Mais la partie habitée n’ayant, à peu près, que 1,200 kilomètres carrés de superficie, la population y aurait une densité de 7 habitants par kilomètre. Voici la liste des villages Malinkés du Dentilia :

_Villages Malinkés du Dentilia._

Médina-Dentilia. Dioulafoundou.

Badioula. Nafadgi.

Sekoto. Sita-counda.

Sekoto-Kokaba. Dalafi.

Saraïa. Diacorea.

Bandiciraïla. Barbri-Médina.

Sanela. Gondoko.

Barocoumbaïa. Baïtillaë.

Binéa. Diabérécoto.

Bembou. Bani-Bani.

Samé. Daloto.

Outre ces village Malinkés, il existe encore dans le Dentilia trois autres villages qui sont habités par des Diakankés venus du Bondou, chassés par les exactions des Almamys. Ce sont :

_Samécouta._ — _Balalori._ — _Diaka-Médina._

Les villages Malinkés du Dentilia n’ont pas l’aspect que présentent les autres villages de cette race. Ils sont plus propres et mieux entretenus. Le mode de construction des habitations et des tatas est le même. Nous l’avons décrit plus haut. Nous n’y reviendrons pas. Quant à l’intérieur des villages, il est toujours et dans tous d’une saleté repoussante. Les rues sont couvertes d’immondices de toute nature et, seuls, les chiens sont chargés du service de la voirie.

Le Malinké, buveur de dolo, est là ce qu’il est partout ailleurs, sale, puant, dégoûtant, suant la vermine, vantard, pillard, paresseux et ivrogne fieffé.

Tout autre est le Malinké musulman ; il est un peu plus policé. Il est plus propre et ne boit jamais, du moins en public. Il ne vaut certes pas mieux que ses congénères. Il est comme lui vantard et paresseux. Par contre, il est beaucoup plus brave. Mais il est supérieurement hypocrite et sait cacher ses défauts sous des dehors plus séduisants et moins repoussants.

Les villages Diakankés sont tous ouverts et démunis de tatas. Ils sont un peu plus propres que les villages Malinkés et les cases en ruines y sont moins communes. Leurs habitants y vivent tranquilles, cultivant leurs lougans, élevant leurs troupeaux et pratiquant en paix leur religion. Les Diakankés sont tous musulmans fanatiques. Ils sont excessivement hospitaliers, comme tous les noirs, du reste, en général. Contrairement aux Malinkés, ils se livrent rarement au pillage des dioulas et des caravanes qui viennent se reposer chez eux.

_Situation et organisation politiques._ — Il n’y a pas dans le Dentilia de chef du pays, de Massa, comme dans les autres Etats Malinkés dont nous avons fait l’histoire plus haut. Chaque village règle ses affaires comme bon lui semble, sans que personne ait à s’en occuper en quoi que ce soit. Le chef du village est, en principe, omnipotent, mais, en fait, il ne jouit absolument d’aucune autorité, comme cela a lieu dans tous les villages Malinkés. Les vieillards et les chefs de case forment auprès de lui une sorte de conseil, dont il peut parfaitement ne pas suivre les avis. Mais de tous les habitants du village, celui qui a le plus d’influence auprès du chef est son griot. Le forgeron jouit bien de quelques prérogatives aussi, mais moins que le griot. Celui-ci donne son avis dans toutes les affaires publiques et souvent même dans les affaires privées du chef, et il est rare qu’il ne soit pas suivi. Il peut tout dire et tout faire, certain d’avance d’être pardonné.

Malgré ce désordre apparent, il n’y a guère de contestations de village à village. Cela tient à ce que les chefs sont tous de la même famille, et que tout se règle à l’amiable. Lorsqu’il s’agit de faire une expédition de guerre quelconque, ce qui est excessivement rare, je me hâte de le reconnaître, chaque village fournit son contingent qui est commandé par son chef ou par un guerrier que celui-ci a désigné. Nous n’avons pas besoin de dire que c’est la confusion à son plus haut degré.

Lorsqu’en 1888, nous avons signé avec le Dentilia le traité qui place ce pays sous le protectorat de la France, c’est avec le chef de Médina-Dentilia, agissant en son nom et au nom des autres chefs, que les signatures ont été échangées. Par analogie sans doute avec les autres pays, nous avons voulu en faire le chef de tout le Dentilia. L’article Ier du traité est, en effet, ainsi conçu : « La France reconnaît pour chef du pays de Dentilia Ansoumané, fils de Sokona-Ahmadi ». C’est le nom du chef de Médina. Or, veut-on savoir quel a été le résultat de cette reconnaissance. Lorsque je suis passé à Médina-Dentilia, je fus très bien reçu par Ansoumané lui-même. En causant, je lui demandai quel était le chef du pays ; il me répondit qu’il n’y en avait pas, et c’est lui-même qui nous a donné les renseignements politiques que nous venons de relater.

Cependant, au point de vue de la justice, il est d’usage d’en appeler au chef de village le plus âgé du pays. Ses jugements sont presque toujours exécutés. Actuellement, c’est le chef de Dioulafoundou qui jouit de cette prérogative.

En résumé, il y a dans le Dentilia comme un embryon d’organisation politique, malgré le désordre apparent. C’est une sorte de république fédérale.

Les Diakankés vivent absolument à part et leurs affaires sont réglées par leurs chefs et leurs marabouts. Vis-à-vis des Malinkés, ils ne sont que les locataires de la terre qu’ils habitent, le sol appartenant aux Damfakas, qui sont les premiers occupants.

Les habitants du Dentilia ne payent aucun impôt comme redevance de quelque nature que ce soit, à qui que ce soit.

_Rapports du Dentilia avec les pays voisins._ — Malgré le voisinage du Niocolo et du Gounianta, qui sont tributaires de Fouta-Djallon, le Dentilia n’a jamais eu affaire aux colonnes de guerre de ce puissant empire Peulh. Il s’est rarement mêlé des affaires des Etats qui l’avoisinent. Depuis quarante ans il n’a pris part qu’à deux expéditions. En 1861, il prêta main-forte aux gens de Marougou (Sirimana), que Boubakar-Saada, almamy du Bondou, était venu attaquer. Marougou se défendit vigoureusement et l’arrivée du contingent du Dentilia décida de la victoire. Boubakar-Saada fut complètement battu et obligé de battre en retraite. Il laissa bon nombre des siens sur le carreau et fut obligé d’abandonner ses blessés et, parmi eux, un de ses cousins, Ahmady-Sôma, qui n’échappa aux bandes du Dentilia que grâce aux ténèbres. En 1868, il s’unit de nouveau à Marougou pour tomber sur Mamakono, dont les guerriers s’étaient joints aux troupes de Boubakar-Saada dans la précédente campagne. Cette fois-ci, l’almamy du Bondou remporta une victoire complète sur ses alliés, mais le Dentilia eut le bon esprit de se retirer à temps de la lutte et de s’entendre avec le vainqueur. Aussi ne fut-il pas inquiété. Depuis cette époque, aucune guerre n’est venue troubler ce pays. Aujourd’hui il vit en bonne intelligence avec la Badon, le Niocolo, le Gounianta et le Konkodougou. Il n’a jamais de contestations avec eux. Mais il n’en est pas de même avec le Bélédougou et le Sirimana, au Nord. Les habitants de ces deux pays, pillards et voleurs fieffés, mettent souvent à contribution les villages du Dentilia. Ils vont jusqu’à enlever sous les murs mêmes des tatas des femmes, des enfants, des captifs et des bœufs. De plus, ils infestent les routes pendant toute l’année, à tel point qu’un homme qui s’aventurerait seul dans la brousse, courrait grand risque d’être fait captif. La situation est telle que les gens du Dentilia ne peuvent cultiver leurs lougans que le fusil auprès d’eux.

Les Peulhs du Tamgué font aussi de fréquentes apparitions dans le pays et s’y livrent aux mêmes rapines que les Malinkés du Bélédougou et du Sirimana.

_Rapports du Dentilia avec les autorités Françaises._ — Le Dentilia tout entier est placé sous le protectorat de la France depuis le 10 janvier 1888, à la suite d’un traité conclu entre M. le sous-lieutenant d’infanterie de marine, Levasseur, représentant le lieutenant-colonel d’infanterie de marine Galliéni, commandant supérieur du Soudan Français, et Ansoumané, chef de Médina-Dentilia, agissant au nom de tous les chefs du pays. Les clauses principales en sont fidèlement observées. Mais le Dentilia est trop éloigné pour que notre protectorat s’y fasse sentir d’une façon efficace. De plus, il est rare que les habitants viennent soumettre leurs affaires aux autorités françaises dont relève leur pays. Au point de vue politique, administratif et judiciaire, il relève actuellement du commandant du cercle de Kayes. Vu son éloignement, il échappe au contrôle de cet officier. Quoi qu’il en soit, ce que nous pouvons affirmer, pour en avoir fait l’expérience, c’est que tous les officiers français y sont bien reçus.

_Le Dentilia au point de vue commercial. Conclusions._ — Le Dentilia avait autrefois une triste réputation, c’était un véritable coupe-gorge et les dioulas ne pouvaient s’y aventurer sans être pillés jusqu’au dernier kola et étaient, de plus, souvent même roués de coups. Depuis le traité, la situation a changé, et le commerce s’y fait plus sûrement. Il y a bien encore quelques vols, mais plus de pillage en règle. Par sa situation, ce pays a une réelle importance au point de vue commercial. C’est par là que passent tous les dioulas qui se rendent du Bambouck, en Gambie, au Niocolo et au Fouta-Djallon. Pour en augmenter la prospérité, il serait bon de mettre un terme aux pillages des Malinkés du Bélédougou et du Sirimana, et d’en chasser les Peulhs du Tamgué. Sans doute, on n’en fera jamais une colonie de rapport, mais il pourra, à la longue, s’y créer un commerce d’échange assez important.

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