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CHAPITRE XV

LE BAHR EL GHAZAL

I. Généralités sur le Bahr el Ghazal. — II. Le Bahr el Ghazal à Massakori. — III. La région du Haut-Bahr el Ghazal. — IV. Les populations du Bahr el Ghazal.

* * * * *

I. — GÉNÉRALITÉS SUR LE BAHR EL GHAZAL

Le Bahr el Ghazal s’étend à plusieurs centaines de kilomètres vers le N.-E. où il reçoit des ouadi, originaires du Borkou et du Tibesti, ouadi temporaires qui s’emplissent d’eau à la saison des pluies dans la partie supérieure de leur cours mais qui ne coulent plus jusqu’au Bahr el Ghazal. Cette grande dépression fut à une époque relativement peu éloignée, il y a quelques siècles seulement, un golfe très allongé, semé d’une infinité d’îles et de presqu’îles[225]. Elle envoyait au loin un grand nombre de canaux plus ou moins anastomosés entre eux qui dans le N. pénétraient jusqu’au cœur du Kanem, jusqu’à Mondo, par exemple, et dans le S. allaient probablement s’aboucher avec les lacs Iro, Fittri, Baro, Ferch, Debaba, etc.

Aux temps néolithiques, il existait encore assez d’eau dans la vallée du Bahr el Ghazal pour qu’il y ait vécu des populations qui ont laissé des traces nombreuses de leur industrie. Elles allaient au loin à travers le Sahara qui jouissait alors d’un climat humide et tropical. Elles s’aventuraient dans les lagunes du S. pour y chasser les grands animaux. Des pierres polies se trouvent, en effet au Ouadaï, aux Monts Guérés, à Aouni, à Moito, au S. du Tchad, etc. Mais elles semblent toujours en petit nombre. Elles n’auraient point été fabriquées sur place, mais auraient été apportées par les chasseurs qui les perdaient sur leur route.

La vallée s’est asséchée aux temps historiques, comme les grandes lagunes des bassins du Chari et du Ba Laïri. La tradition, toutefois, n’a point toujours conservé le souvenir de l’ancien état hydrographique. J’avais recueilli dans la dépression de Rédéma des coquilles de Mélania et des fragments de grands Siluridés, déjà à demi fossilisés. Or les habitants, Ouadaïens et Gouranes, refusèrent de me croire quand je leur montrai des ossements de poissons en leur racontant que ces animaux avaient vécu autrefois au pied des rochers. Toutefois certaines inondations exceptionnelles, lorsque le niveau du lac est très haut, s’épandent dans cet affluent. En 1874, par une année de grande crue[226], telle que les vieillards n’en ont plus vu de semblable, les eaux du Tchad se sont encore répandues dans le lacis de canaux du Bahr el Ghazal. Elles montèrent vers le N.-E., sur environ 200 kilomètres à partir de l’archipel Kouri, s’arrêtant au lieu dit El Léan, à quelques heures à l’E. de Haroup. Les hippopotames du Tchad se répandirent jusqu’à ce point où on prit aussi des poissons en grand nombre. On en captura aussi à Douggoul (el Dougguel), à Cheddera, au moment de l’assèchement[227]. Aujourd’hui, les mares voisines du Bahr ne sont plus remplies que par les pluies d’hivernage ; presque toutes se tarissent à la saison sèche et c’est seulement près du Fittri et de Dagana qu’il se trouve encore des rahat où il reste un peu d’eau d’un hivernage à l’autre. Aucun poisson n’y vit plus, pas même ce protoptère du Tchad et du Fittri (Amkourou en arabe) qui peut se terrer dans la vase asséchée, ayant un appareil respiratoire qui lui permet de vivre pendant plusieurs mois de la saison sèche.

Le Bahr el Ghazal ne constitue point une vallée proprement dite ; il n’a pas de thalweg, c’est une immense dépression, large de 30 kilomètres au moins, à fond sablonneux ; les arbres y sont rares et n’apparaissent que par certains monticules peu apparents qui étaient sans doute des îles autrefois. Des bras diversement anastomosés s’en vont au loin dans l’intérieur, mais il est impossible d’en suivre longtemps la trace tant leur lit est effacé. Ces sillons ne sont plus marqués que par des lignes de boudas plus ou moins allongés et nus, plus rarement par des traînées boisées formées d’une végétation arborescente plus dense où parfois les Palmiers Doums croissent les uns contre les autres, à la manière des dattiers plantés dans les oasis du Sahara.

La partie médiane du Bahr el Ghazal se distingue à peine des parties latérales. Les espaces dépourvus d’arbres y sont peut-être plus nombreux ; encore les _Calotropis_ seuls y profilent leur silhouette d’un blanc glauque. De petites cuvettes sont disséminées de tous les côtés. Des fossés ayant parfois la largeur d’un fleuve, avec des berges hautes de plusieurs mètres, s’alignent, les uns suivant l’axe même du Bahr, les autres perpendiculairement ou dans des directions intermédiaires. Parfois rien dans leur voisinage ne les fait prévoir. Le plus souvent ils n’ont que quelques centaines de mètres de longueur et leur lit se termine brusquement. Au moment de la saison des pluies ces dépressions recueillent les eaux tombées dans le voisinage et pendant plusieurs mois des mares s’allongent quelquefois sur plusieurs kilomètres jusqu’au moment où l’eau est évaporée par le soleil ou peu à peu infiltrée dans le sable. La nappe souterraine du Bahr est peu profonde, du moins dans toute la partie actuellement explorée, c’est-à- dire jusqu’à 150 kilomètres de l’archipel Kouri. En toute saison, c’est à une profondeur de 6 à 12 mètres de la surface qu’on la rencontre. Parfois, même en saison sèche, on la trouve à moins de 1 mètre de profondeur, en creusant au fond de certaines cuvettes qui ont contenu de l’eau à la saison des pluies[228]. Il est bien certain que les eaux de l’hivernage accumulées dans ces cuvettes ne suffisent plus à notre époque à alimenter pour toute l’année la nappe des puits. Comme il existe une couche profonde de sable très perméable, à un niveau inférieur à la surface du Tchad, l’eau du lac s’épand au loin sous terre, de la même façon qu’elle s’étend à la surface partout où elle trouve des trouées, au moment des grands hivernages.

II. — LE BAHR EL GHAZAL A MASSAKORI

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, j’arrivais au poste établi depuis deux ans à Massakori, au milieu même du lit du Bahr el Ghazal. J’y reçus l’accueil le plus cordial de la part du lieutenant BOISEAU, installé là pour assurer le ravitaillement de nos cercles du Kanem, et pour tenir en respect les populations krédas. J’ai séjourné jusqu’au 26 septembre dans cette localité et j’ai pu y étudier plus à loisir la dépression qui a tant intrigué les géographes depuis les explorations de BARTH et de NACHTIGAL. A Massakori, le Bahr el Ghazal se présente sous la forme d’une immense dépression sablonneuse séparant les khalas du Khozzam des steppes du Kanem. On s’en fait une idée très fausse en s’imaginant que c’est un ouadi avec une bordure nette de berges, ou même avec un rideau d’arbres sur ses deux lisières. On y pénètre sans s’en apercevoir, car il n’y a pas de déclivité apparente sur les bords. On y parcourt des kilomètres sans observer le moindre changement dans le paysage, puis quand on est parvenu au milieu et qu’on s’élève sur un point culminant, tel que le mirador du poste, on découvre, jusqu’aux confins de l’horizon, une plaine sans fin, herbeuse à la saison des pluies, nue à partir de novembre et parsemée d’arbustes très espacés. Aux alentours du poste dominent les palmiers Doums et les _Calotropis_. Le feuillage glauque de ces Asclépiadées contraste avec la couleur sombre des buissons de Doums, qui se présentent presque toujours sous la forme de touffes acaules, portant des bouquets de feuilles longues de 1m,50. De loin en loin seulement, un Doum adulte, au tronc ramifié en candélabre, s’élève à une dizaine de mètres de hauteur ; çà et là quelques acacias épineux, quelques jujubiers aux aiguillons crochus ou des _Balanites_ aux dards allongés, projettent une ombre légère sur le sol. Sur cette grande khala presque nue, ces essences paraissent de grands arbres, mais ce n’est qu’une illusion des yeux. Il est difficile de trouver un tronc atteignant seulement 8 mètres de hauteur. C’est bien la flore saharienne qui se déploie sous le regard. En cette saison le Bahr el Ghazal est un pâturage où les herbes croissent serrées les unes contre les autres, sur 1m,50 à 1m,80 de hauteur. Plusieurs sortes de krebs (_panicum_) actuellement récoltés, le terrible kram-kram[229], le _pennisetum_ aux épis soyeux, blancs rouges ou violacés, sont les graminées les plus communes. Il s’y mêle quelques Cypéracées, quelques Légumineuses et d’autres plantes répandues dans tout le Soudan. L’attention est aussi attirée par de grandes places totalement nues, dont le sol blanchâtre est déjà dur comme de la pierre, par des canaux larges de 50 mètres au maximum et de petites mares en train de s’assécher, à surface couverte de fleurs d’eau (petites Algues, Utriculaires, Lemmacées). Dans quelques semaines ces mares seront à sec. Leur vase noire formera d’abord une couche molle qui en s’asséchant produira peu à peu un sol noir et fendillé. Ce genre de terrain est assez commun dans toutes ces contrées marécageuses pendant quelques mois. Le commandant LENFANT a appelé ce pays, pour cette raison, « pays des terres cassées », mais ce terme nous paraît très impropre, car ce terrain ne forme que des plages disséminées en grand nombre le long des cours d’eau du lac Tchad ou à travers les khalas. Dans toute la partie occidentale du Bahr el Ghazal et jusqu’à Ouaga, il suffit ordinairement de creuser un puits à une profondeur de 1 à 4 brasses pour obtenir de l’eau. On rencontre la couche superficielle de terre noire, plus ou moins mêlée de sable, épaisse de 0m,30 à 1 mètre, rarement de plusieurs mètres. Au-dessous existe partout le même terrain : c’est un sable très uniforme, blanc jaunâtre, à grain très fin, ne contenant jamais ni débris, ni coquilles, ni traces de galets. Au delà de Massakori, vers l’E., le Bahr el Ghazal paraît comme une série de grandes dépressions, cuvettes ou ouadi, orientés du S.-E. au N.-O. et ayant une végétation assez abondante, composée surtout de palmiers Doums dont les fruits constituent la principale nourriture des Krédas ou Nouarma.

Massakori fait partie d’une région habitée exclusivement par des Arabes pasteurs et cultivateurs, presque sédentaires. C’est le Dagana qui se prolonge au S. jusqu’à Ciré, Messaguette et Adjodol. A l’E., elle dépasse peu Massakori ; à l’O., elle s’arrête à la région occupée par les Kouris et les Assalas ; au N., elle ne dépasse point Maltoum et Mézérate. Le Dagana est, avec l’archipel du Tchad, la seule contrée du N. de l’Afrique centrale française, dont la production agricole suffise à la vie des habitants. Le _Penicillaria_ ou petit mil, tout en étant infiniment moins productif que dans l’Afrique occidentale ou chez les Saras, suffit cependant à leurs besoins, et c’est grâce à la production en céréales des deux régions mentionnées plus haut que nos tirailleurs peuvent subsister dans le pays. Le _Penicillaria_ s’élève à environ 2 mètres de hauteur, la récolte est presque finie dès le 20 septembre. Le sorgho, le riz et les tubercules ne sont point cultivés. Par contre les graines de Graminées sauvages recueillies entre la fin d’août et la fin d’octobre fournissent un très utile appoint pendant la saison qui précède la récolte du _Penicillaria_. Le riz sauvage est aussi recueilli avec soin dans les bouda qui occupent les dépressions du Bahr. Les troupeaux (bœufs et moutons)[230] du Dagana trouvent de superbes pâturages pendant l’hivernage. A la saison sèche l’herbe se fait très rare et l’on ne rencontre plus qu’un peu de gazon sur l’emplacement des mares asséchées. Les indigènes déplacent alors leurs campements et viennent s’installer pour quelques mois au bord même des îles du Tchad ou sur l’emplacement du Bahr el Ghazal.

Les habitants sont tous des Arabes, au teint ordinairement assez foncé, qui se donnent le nom de Daganas. Ils disent être venus du Bahr el Ghazal oriental où ils vivaient à côté des Krédas. La contrée qu’ils occupent aujourd’hui était habitée autrefois par les Oulad Sarrar et les Oulad Méhared qu’ils chassèrent et à la place desquels ils s’installèrent. Ils continuèrent à être razziés par les Krédas qui, récemment encore, venaient périodiquement jusqu’à Massakori.

III. — LA RÉGION DU HAUT-BAHR EL GHAZAL

Au N.-E. de Massakori, le Bahr el Ghazal pénètre dans le pays des Krédas, Berbères originaires des environs du Borkou, et établis dans cette région à une époque relativement récente. Avant eux, les Belalas, originaires du Bornou, occupaient la grande dépression. On retrouve encore à quatre jours de Massakori, au dire des Krédas, des vestiges de leurs habitations en pisé.

Les Krédas affirment qu’à cette distance, à Ouaga, le Bahr el Ghazal se rétrécit et son lit cesse de contenir de l’eau à une faible profondeur[231] ; mais la dépression sablonneuse se poursuit encore pendant quatre jours, et l’on ne trouve pas d’eau jusqu’à Al Guéradi, à mi-route d’Imado. Entre Ouaga et Imado, au N., se trouvent dans une contrée appelée Ouellé, des rahats remplis d’eau à la saison des pluies et où les Krédas vont parfois ensemencer du mil. Imado qui signifie eau rouge, tire son nom d’un puits contenant de l’eau rouge et natronnée, dont on doit remplir les guerbas pour continuer la route jusqu’au Borkou. Il faut en effet marcher pendant vingt jours, en parcourant près de 600 kilomètres à travers le Gouss (Sahara) sans rencontrer d’eau. Pourtant on suit presque constamment un ouadi assez étroit, le Sorro, qui se poursuit à travers le Bodélé jusqu’au Borkou. Il ne pleut presque pas dans cette région, ou si une pluie accidentelle survient à l’hivernage, la dépression du Sorro se remplit, mais elle ne garde pas l’eau plus de deux ou trois jours[232]. Le 15e jour, on arrive à Krai où existait autrefois un puits aujourd’hui comblé, et d’où les Krédas disent tirer leur origine. Le Sorro reçoit des ouadi venant les uns du Tibbesti, les autres du Borkou. Leur lit est toujours à sec. Dans la montagne du Borkou, se trouve une rivière où l’eau coule toute l’année. Les Arabes l’appellent Alma-Béguiri et les Tédas, Itiauk. Au bas des rochers l’eau est recueillie par des rigoles et distribuée dans les oasis où on cultive des dattiers, du petit mil, du sorgho, du blé et des légumes[233].

En résumé, d’après nos renseignements de source indigène, le Bahr el Ghazal présente l’aspect d’un vaste cul-de-sac du lac Tchad jusqu’à Ouaga. De ce point à Imado, c’est un delta ensablé. Enfin de Imado au Borkou ce n’est plus qu’un ouadi saharien, le Sorro dont le lit ne reçoit même pas les eaux du Beguiri qui sont évaporées et absorbées par le sable, à peine tombées dans la plaine.

IV. — LES POPULATIONS DU BAHR EL GHAZAL

Les abords du Bahr el Ghazal sont entièrement occupés par une seule peuplade de nomades, les Krédas, nommés aussi Gouranes par les Ouadaïens avec lesquels ils sont en rapports constants[234]. Ces pays très pauvres ne nourrissent naturellement qu’une population assez faible. On l’évalue à 10.000 âmes au plus[235]. A la suite de l’assassinat d’un de nos Sénégalais par ces pasteurs pillards, une reconnaissance fut faite en 1902 par le capitaine BELLION, accompagné du lieutenant DHOMME, qui leva un itinéraire le long du Bahr jusqu’à Adiadé, à 4 jours au N.-E. de Massakou. En février 1903, en vue d’une nouvelle expédition, le lieutenant Boiseau réunit des renseignements qu’il a bien voulu me communiquer. Un mois plus tard, avec le capitaine DURAND, il accomplit un raid au cours duquel ils surprirent un campement de 500 personnes qu’ils mirent en fuite. A la suite de cette affaire les Krédas se sauvèrent presque tous ; un groupe de 30 familles vint même s’établir près du poste de Massakou. C’est là que j’ai pu étudier cette population de nomades[236].

_Région parcourue par les Krédas._ — Le pays Kréda s’étend du S.-O. au N.-E., sur plus de 500 kilomètres de longueur et 200 de largeur, au N. des Koukas, des Boulalas et du Ouadaï, à l’E. des Arabes Daganas et des Kanembous. Il est traversé d’un bout à l’autre par cet immense prolongement desséché du Tchad qu’est le Bahr el Ghazal. C’est la seule partie riche du pays Kréda. Sans les cuvettes innombrables qu’il contient et qui deviennent des étangs et des marais pleins de Krebs et de Nénuphars comestibles à la saison des pluies, sans les Doums et les Jujubiers qui peuplent le fond des Ouadi, sans les puits qui vont chercher l’eau à quelques mètres seulement de profondeur, la région serait inhabitable, car les pays qui s’étendent entre le Kanem et le Borkou, en dehors du Bahr el Ghazal, sont aussi arides que l’Erg Algérien.

[Illustration : FIG. 74. — Acyl, prétendant au Ouadaï, partant en captivité.]

Population essentiellement nomade, plus encore que les Arabes et les Touaregs, avec lesquels ils vivent en mauvaise intelligence, les Krédas errent sans cesse de puits en puits, de pâturages en pâturages. Ce n’est que de temps en temps qu’ils sèment un peu de mil et ils doivent acheter la plus grande partie de celui qu’ils consomment aux cultivateurs du Dagana et du Khozzam où ils vont après la saison des pluies. Bien montés sur leurs chevaux, ils profitent de leur extrême mobilité pour razzier les sédentaires ou détrousser les voyageurs.

Comme les Sahariens, ils sont obligés de se soumettre dès qu’on les empêche de s’approcher des points d’eau. Aussi avons-nous cru devoir relever avec soin la liste de ceux que connaissaient les Gouranes de Massakori, d’autant que cette liste précise leurs relations par l’étendue de leurs connaissances géographiques. Ce sont Tégaga (il y a plusieurs localités de ce nom), Djémi, Orkomdinga, Ouadi Séfi, Efféta, Mossor, Morra, Serrali, Ham Doal, Méhérib, Chéraguen, Ouadi, Fars, Guérim, Haméra, Kofrédri, Tamara, Barragat Dolla, Am Goton près Sakarda, enfin Odouk, limite des Ouadi. Le point le plus éloigné qui soit connu à Massakori se nomme Ouelli, village Kachirda, à quinze jours[237] d’ici sur la route du Borkou. Au delà s’étend l’Erg, sans aucun puits : il faut emporter de l’eau sur les chameaux pour continuer la route jusqu’au Borkou ([238] et [239]).

Les Krédas nous ont aussi donné quelques renseignements sur leurs voisins, notamment sur les _Tédas_ du Borkou, nommés aussi Ana Kazza. Ils sont noirs, parlent arabe, et entre eux gourane. Leur pays produit d’excellentes dattes bien meilleures que celles du Kanem. Les Ouassas vivent à Bir Alali. Ils sont blancs, parlent arabe, et comprennent le gourane. Les Dogordas, noirs, parlent gourane. Il y a beaucoup de dattes dans leur pays, situé au N.-E. de Bir Alali.

Les Garouas (ou Gadouas), noirs ou blancs, vivent à deux jours de Bir Alali. Les Kinines (ou Kindines), ainsi nommés par les Ouassas (les Djellabahs les appellent Touaré), sont, pour la plupart, d’une couleur très foncée, très peu ont le teint clair ou rouge. Il n’est pas douteux qu’il s’agit de Touaregs.

A côté des Krédas, entre le Fittri et le Bahr el Ghazal, vit une importante fraction d’arabes, les _Oulad Hamed_, subdivisés en plusieurs tribus, les Oulad Kardam, les Daha Talha, les Moussara. Ils occupent, à environ 80 kilomètres du Fittri, les deux régions nommées Abou Haguiling et Abou Guidad où se trouvent des rahats à la saison des pluies et des bir à la saison sèche. Ils reconnaissent la suzeraineté des Bélalas, mais quand les Ouadaïens d’Abescher viennent pour les inquiéter, ils s’enfuient chez les Krédas, à Normo et à Koyo, sur le Bahr el Ghazal.

_Caractères physiques._ — Les Krédas possèdent la plupart des caractères des autres peuplades Berbères qui, se trouvant au centre de la race noire, se sont métissés avec elle. Leur teint est d’un noir rougeâtre très foncé ; on ne rencontre qu’exceptionnellement quelques individus de teinte claire. Cependant les cheveux sont presque toujours lisses, les traits fins, le nez droit[240], les lèvres non saillantes. Les hommes sont de taille moyenne, ordinairement bien faits ; ils ont le corps souple, les membres grêles et nerveux. La tête est souvent rasée ; la barbe, assez développée chez quelques individus, est noire et fine ; les yeux sont petits et semblent enfoncés profondément dans l’orbite ; les pommettes généralement très saillantes. Ils ne portent ni tatouages, ni aucun ornement au cou ou aux bras. Ils sont vêtus de la gaba ou du bobo baguirmien, en cotonnade indigène ou en guinée bleue, presque toujours en guenilles. Ceux qui ne vont pas nu-pieds sont chaussés du Héza, semelle en bois supportée par deux traverses et attachée aux doigts par des lanières en cuir.

Les femmes sont rarement jolies, quoique leur corps soit bien pris. On ne développe pas l’embonpoint chez elles comme chez les femmes touareg sous prétexte de les embellir. Leurs cheveux noirs ou parfois châtains sont réunis en nombreuses petites tresses symétriques, longues de 0m,20, tombant sur les côtés et sur la nuque. Point d’ornement en bois sur le devant de la tête comme chez les femmes Koukas ou Bélabas. Dans l’aile droite du nez, les plus riches ont le petit morceau de corail rouge (mardjan) dont le beau sexe se pare dans toute l’Afrique centrale. Quelques-unes portent à chaque oreille une petite boucle en perles de verre bleu. Autour du cou, on leur voit un collier de grosses perles bleues enfilées, ou des morceaux d’ambre, et de nombreux talismans renfermés dans des sachets en cuir. Elles en ont aussi aux bras et en couvrent leurs enfants. Ceux-ci, sauf par leur teint, du reste plus clair que chez les adultes, ressemblent à de petits blancs ; point farouches, ils gambadent du matin au soir parmi le troupeau, taquinant les jeunes animaux, se roulant dans le sable, se faisant des niches. Leurs cheveux sont coupés courts. Chez les fillettes on laisse souvent sur le sommet de la tête une longue touffe qui retombe en arrière. La malpropreté des femmes et des enfants rappelle celle des Maures du Sénégal. Il en est qui semblent n’avoir jamais vu l’eau ruisseler sur leur corps, tant est épais l’enduit noir qui cache souvent la véritable couleur de leur peau.

_La vie des Krédas._ — Le campement des 30 familles qui se sont établies à Massakori est des plus primitifs. Un parc carré de 50 mètres de côté à peine, entouré de branches épineuses d’_Acacia_, est installé sur un emplacement d’où l’on a suffisamment extirpé les mauvaises herbes. C’est là que vaguent pêle-mêle les bœufs, les moutons et quelques chevaux. Les habitations de chaque famille sont dispersées sans aucun ordre. On n’y séjourne que la nuit. Rien de plus simple que ces huttes que l’on peut installer en moins d’une demi-heure. On enfonce en terre 4 ou 8 longs piquets limitant un carré d’à peine 2 mètres de côté. A mi-hauteur de ces pieux, c’est-à-dire entre 1 à 3 mètres au-dessus du sol, on fixe 4 traverses supportant horizontalement, sur quelques baguettes flexibles, une sorte de paillasson. C’est là-dessus que couche le Kréda la nuit, c’est là aussi qu’il repose une partie de la journée, pendant que la femme prépare les repas et que les enfants vagabondent au milieu du troupeau. On m’a dit qu’on élevait le lit au-dessus du sol pour ne pas être inquiété la nuit par les moustiques ; au-dessus du paillasson les plus riches placent quelques peaux de mouton. C’est là aussi qu’on met toute la fortune de la famille : quelques sacs de grains, des outres, des calebasses, des paniers ; aussi l’on peut se demander comment, lorsque le couple est couché sur un si petit espace, tous ces ustensiles ne dégringolent pas. A 1 ou 2 mètres au-dessus de ce lit primitif, supportées par quelques baguettes flexibles, sont 2 ou 3 nattes tressées en feuilles de Doum, qui protègent les dormeurs de l’ardeur du soleil et de la rosée nocturne. En un clin d’œil, le lit, les nattes, les peaux peuvent être roulés et chargés sur les bœufs ainsi que les quelques ustensiles de chaque famille et l’on s’en va camper ailleurs. A l’arrivée au nouvel emplacement il suffit de couper quelques perches et d’arracher quelques fibres de Doum qui serviront à lier les traverses et l’on pourra bientôt dormir dans une nouvelle demeure.

C’est ce qui explique la grande mobilité de cette peuplade. N’ayant ordinairement aucune culture, ne possédant que des troupeaux habitués aux longues étapes, elle se déplace suivant sa fantaisie, ses besoins, ou même au gré du chef qui la commande. Chaque tribu connaît admirablement tous les puits du Bahr el Ghazal et elle sait où il faut creuser pour trouver l’eau à quelques brasses de profondeur. Quand elle apprend qu’un parti lui fait la chasse, elle s’enfuit plus loin, vers d’autres points d’eau, en comblant préalablement les puits qu’elle quitte, afin que l’ennemi, assoiffé, soit obligé de retourner sur ses pas. Aussi les Krédas passaient-ils pour inattaquables avant notre arrivée.

Les Krédas mènent une vie trop errante pour pouvoir se livrer d’une façon suivie à la culture. Ils connaissent à peine le blé, le maïs, l’arachide, le _Vigna_. Toutefois, les hivernages où ils ne sont point en expédition, ils se reposent quelques mois autour des principaux rahat pour y cultiver le petit mil. Souvent, ils ensemencent la terre et ne reparaissent qu’au moment de la récolte[241]. Mal cultivé, le _Penicillaria_ vient très mal dans le Bahr el Ghazal, il est chétif, atteignant à peine 1m,50 de hauteur ; il ne donne que 10 tiges au plus, alors que chez les Saras il peut en fournir jusqu’à 30. Je pense que les bonnes variétés de Dattiers donneraient de très beaux résultats dans le pays Kréda dont le climat est saharien. A l’aide des puits qui permettraient de rencontrer l’eau à une faible profondeur, il serait aisé d’irriguer à la saison des pluies.

La principale richesse des Krédas est constituée par leurs troupeaux, dont le lait forme le fond de la nourriture. D’après une évaluation très approximative évidemment, des Arabes de Dagana, les Krédas possèdent 6.000 à 10.000 bovidés, 1.000 à 2.000 chevaux ; de nombreux troupeaux de moutons. Les bœufs sont de petite taille. Les Krédas ont aussi des animaux à bosse, dégénérés par suite de croisements avec le type précédent. Leurs chevaux, à longue crinière, sont très proches du cheval arabe. Il y avait autrefois de très riches troupeaux de chameaux grâce auxquels ils pouvaient rayonner depuis le Tchad jusqu’au Borkou. Je crois qu’il n’y a pas de pays au monde qui convienne mieux que le Bahr el Ghazal à l’élevage des chameaux. Les petits ânes du pays, très robustes, rendraient de grands services s’ils étaient plus nombreux[242].

Ce qui montre la pauvreté de ce pays, c’est que les produits de la culture et de l’élevage, le mil et les dattes achetés aux populations voisines ne dispensent pas les Krédas de rechercher de véritables vivres de famine dans la steppe.

Les _Krebs_[243] contribuent à leur alimentation pendant plusieurs mois. On les recueille le matin, en août et septembre, avec un panier hémisphérique tressé en fibres de doum, le _Sompo_. Le glaneur de Krebs parcourt la prairie à grandes enjambées en heurtant avec son panier le sommet des herbes. Cette secousse fait tomber les graines mûres dans le sompo dont le couvercle, se rabattant en clapet, empêche les graines de sortir. Un travailleur adulte peut récolter une dizaine de kilogrammes de Krebs dans sa matinée. Dès son retour au camp les graines sont étendues sur des nattes au soleil jusqu’à complète dessiccation. Les femmes les vannent ensuite, les pilent comme le mil. On fabrique avec cette farine des semoules vraiment excellentes. A l’encontre des Arabes, des Bélabas et des Baguirmiens, les Krédas récoltent aussi les graines d’Askenit (Nogou) et s’exposent à la terrible piqûre de cette Graminée pour se procurer un peu de nourriture.

La gomme des _Acacias_ leur sert aussi d’aliment pendant plusieurs semaines, de décembre à mars. On la nomme Samok (en arabe), Ngo (en kréda), Ntagué (en kot.). La meilleure est fournie par l’_Acacia Sénégal_, elle est blanche. Le Sayal (ar. _Acacia tortilis_), le plus commun de tous les _Acacia_, fournit une gomme blonde. Le Tahlar (ar.) donne une gomme rouge. L’_Acacia arabica_ : Garatt (ar.) Gonrr (kot.) donne aussi une gomme rouge, mais en si petite quantité qu’on n’en mange guère.

[Illustration : FIG. 75. — Mortier portatif et pot à beurre chez les Krédas.]

Les fruits sauvages, si peu alimentaires qu’ils soient, sont, en beaucoup de circonstances, la seule nourriture que trouvent les Krédas. Les plus usités sont ceux du Doum, du Birr, du petit _Capparis mordo_, du jujubier, du kornaka, du sïwah, de l’haginli.

Les tubercules de nénuphar et les jeunes tiges de l’_Orobanchia lutea_ se mangent ; par contre, on ne consomme pas les champignons.

L’industrie est des plus primitives. Le Kréda ne sait pas tisser et n’a point recours à des tisserands indigènes, mais il coud les bandes de toile achetées aux Ouadaï avec le fil qu’il retire du cotonnier sauvage, assez commun le long du Bahr el Ghazal. Il ne sait pas non plus fondre et réduire le minerai de fer, mais il va l’acheter aux fondeurs arabes du Dagana et du Khozzam, pays où il existe du minerai de fer oolithique à la surface du sol. Les forgerons krédas (Hezzé) en fabriquent des sagaies, des lances, des accessoires de selles.

L’art de la poterie est presque inconnu : tous les vases employés, marmites, canaris, gargoulettes sont fabriqués par les Kanembous.

Le tannage des cuirs se pratique à l’aide des gousses de l’_Acacia arabica_ qui leur communique une couleur rouge. On vend quelques peaux aux Djellabahs. Le reste s’emploie à faire des tentes, des guerbas, sortes de grandes outres, des sacs pour contenir les provisions et les transporter. Le travail du bois se fait avec un certain goût. De petits mortiers pour piler le mil sont décorés d’arabesques ne manquant point d’élégance.

Les Krédas ont la passion du trafic. Ils s’éloignent souvent à d’énormes distances pour des échanges infimes. Ce commerce est fréquemment alimenté par leurs rapines. Ils enlèvent des animaux domestiques à une tribu arabe du Kanembou pour les vendre à d’autres tribus. Ils se disent très hospitaliers pour les Djellabahs qui traversent leur pays et qui allaient vers les marchés, jadis importants, de Mondo et Massakori. Ils leur vendaient autrefois de l’ivoire et surtout des plumes d’autruches. Ils ne se souviennent pas qu’on ait jamais acheté la gomme ni le séné dans leur pays. Bien que ces marchandises abondent dans toute la contrée, pour se procurer le mil dont ils ont besoin, ils vendent quelques bœufs, ou des moutons et des chameaux. Ils achètent des dattes au Borkou, du sel aux Assalas, des armes, des poteries, du blé et des moutons aux Kanembous, des étoffes, des aiguilles, des piments, des oignons et d’autres menus objets aux caravanes du Ouadaï.

La prise de Bir-Alali, en coupant la route aux caravanes du Fezzan, a anéanti ce commerce et désormais aucun Djellabah ne passe plus par le Kanem. Actuellement les commerçants viennent au Bornou, passent à Goulfei, Koussri, Tcheckna, Moito, le Fittri et le Ouadaï. Les Krédas prétendent qu’il n’existe plus de route allant de leur pays à Benghazi en passant par Koufra.

Comme tous les nomades du Sahara, les Krédas mènent une vie de pillards ; ce sont de redoutables voisins. La surprise et le vol commis à l’égard d’un étranger, même s’il est musulman, pourvu qu’il appartienne à une autre race ou seulement à une autre confédération, sont considérés comme des actes de bravoure. Il en est de même de la razzia à main armée chez les Arabes pasteurs ou chez les cultivateurs bélalas. On ne saurait cependant leur nier certaines qualités : ils sont courageux, fiers, possèdent un très haut sentiment de l’honneur et un désir immodéré d’une liberté sans bornes. DUVEYRIER, FOUREAU, HOUROT nous ont appris à connaître les Touaregs sous ce même aspect. Je crois la majorité des individus capables de trahison à l’égard d’un chrétien.

_Organisation politique et sociale._ — Les Krédas sont subdivisés en une multitude de tribus, réparties en trois fractions :

_A_) Les Kachirdas qui habitent Ouellé. Ils comprennent : Médémé, Sinekora, Sakarda, Méréma.

_B_) Les Kardas qui comprennent : Oulad Miché, Banya, Mehiné Karda, Adéa, Boudella, Soouda, Tagama, Guémida, Hareing (Gourda).

_C_) Les Koyios : Ngalami, Naarma, Tioonda, Guerooua, Bodossa (Borossa), Garamia, Aouada, Kioanda, Djaraoua, Kodra, Sinda (Senda), Borokoura, Hiré (Yiria), Nouyouma, Naria.

On nous a donné encore les noms d’autres tribus qui sont : Oulad Hamet, Yarara, Ayanga, Djonéa, Kédélin, Ouahara, Oko, Ettéma, Aguéréa, Boltigna, Yoskema, Kéhéma, Okora, Derguemi, Toroséa, Béréa, Méréa. Parmi les chefs de ces tribus, on m’a cité Abbas, Ganastou, Becharra, Betelima, Taher, Gadem, Djerraoua, Brahim, Djeima Mohammed et Slima. Leur suzerain est Djema Yousef, moins riche toutefois que Brahim, simple vassal d’Abbas, qui possède plus de 1.000 bœufs. Ils paieraient un tribut au Ouadaï. Ils sont en rapport avec le mahdi de Koufra qui leur a envoyé quelques fusils.

Les Krédas sont tous musulmans, ils paraissent peu fanatiques, ils s’abstiennent cependant de boissons fermentées. Ils ont quelques lettrés et quelques Hadj. Leurs deux principaux marabouts sont Malloum Hassan Abou Chouchia, et Mallem Hamed Derchimi. Vivant toujours à travers le désert et la steppe, ils n’ont ni mosquées, ni Zaouïa. Ils disent ne point être affiliés aux Senoussias, ce qui est contestable. Ils parlent tous l’arabe, mais la langue qu’ils emploient entre eux, le da zaga[244] est très différente de l’arabe et du tenachek, c’est au contraire la langue parlée par les Tedas du Borkou.

[Note 225 : Une preuve de l’extension des eaux du Tchad dans le Bahr el Ghazal serait l’existence de coquilles d’_Etheria_ (Koni en Kréda) à Hamatié, Arméli, al Léan (renseignement Kréda).]

[Note 226 : Ne s’agirait-il pas de l’inondation de 1871 mentionnée par NACHTIGAL ?]

[Note 227 : On m’a encore cité, comme mares atteintes jadis par les eaux du Tchad : Mézérak et Kréné ou Krénak, à 3 jours au N. du Fittri.]

[Note 228 : Les puits sont creusés entièrement dans le sable blanc ; toutefois ceux qui ont été établis au fond des cuvettes traversent d’abord une couche superficielle de limon noir, épaisse souvent de plusieurs mètres. Les terrains qui remplissent les lits anciens du Bahr el Ghazal contiennent toujours un peu de carbonate de soude qui communique son goût à l’eau de tous les puits. Toutefois, c’est à partir de Sayal et de Rédéma seulement qu’on trouve cette substance en assez grande quantité à la surface pour pouvoir la recueillir. Le long de la rive orientale du Tchad, il faut aller à Nguéléa au N. de Bol, pour la rencontrer dans les mêmes conditions.]

[Note 229 : Graminée à fruits portant de nombreux aiguillons et s’attachant aux vêtements.]

[Note 230 : Les mouches à trypanosomes (tsétsé) existent sur tout le pourtour S.-E. du Tchad et déciment parfois les troupeaux. On prétend même qu’elles tuent les herbivores sauvages et qu’à la fin de l’hivernage on rencontre de nombreux cadavres d’antilopes, leurs victimes.]

[Note 231 : Le capitaine DURAND, qui commandait l’escadron de spahis du Kanem au moment de notre voyage, a eu l’obligeance de me communiquer les notes recueillies au cours de quelques reconnaissances faites entre le Baro et le Bahr el Ghazal. Le 18 juin 1903, une reconnaissance de Ngoura vers Sayal le conduisit à Ambahat, point d’eau très important, à 35 kilomètres environ au N. de Ngoura. Il traversa ensuite le plateau sablonneux et découvert, fortement mamelonné, dont les saillies étaient séparées par des ouadi très boisés. Les puits de Sayal, au nombre de 3, sont situés au fond d’une petite cuvette ombragée de gommiers, à environ 3 kilomètres de Ambahat. Ils fournissent une eau abondante et très bonne. Bir-Ahmed, à 32 kilomètres plus loin, contient aussi une eau de bonne qualité, mais ces points sont relativement rares. On rencontre beaucoup plus fréquemment des mares contenant des eaux natronées ou sulfatées à peu près inutilisables.]

[Note 232 : Le Sorro est sans aucun doute ce que NACHTIGAL a désigné sous le nom de Torô et qui, d’après lui, est un ensemble de dépressions se continuant d’Oudounga à Tangour, point où finit le Bahr el Ghazal et où s’avance au S. du Borkou la fertile et riante vallée de Djourab. (NACHTIGAL, traduction, t. I, page 390.)]

[Note 233 : D’après les données très vagues que m’a fournies un Ouadaïen, Bayour, j’ai cru comprendre qu’il existait à l’E. ou au S.-E. du Borkou, à travers des pays nommés Bidéat (Bidderat) et Kakaoua, une communication entre le Bahr el Ghazal et le Bahr el Abiod du bassin nilotique, communication qui se ferait par le Ouadi Alpha, se dirigeant du Borkou vers le Dar Four.]

[Note 234 : NACHTIGAL est le premier qui ait parlé des Krédas, les confondant, il est vrai, avec les Oulad Hamed.]

[Note 235 : Il y aurait 400 à 500 cavaliers.]

[Note 236 : Ces renseignements m’ont été fournis, en dehors du travail du lieutenant BOISEAU, par Seliman, le chef de ce campement, et par Djema Tarab, frère de Djerma Yousef, pris avec Acyl.]

[Note 237 : D’autres m’ont dit huit jours.]

[Note 238 : L’Egué (Eghéï) est connu des Krédas ; il paraît que c’est un pays inhabité et sans eau où s’aventurent rarement les caravanes. Quant au terme de Bodellé, ou plutôt Bodellou, il désigne une tribu de Karda, cantonnée à Kallé sur le Bahr el Ghazal.]

[Note 239 : Nous reproduisons d’autre part, à titre documentaire, une partie des notes du lieutenant BOISEAU. « En janvier 1903, les Krédas étaient échelonnés le long d’une ligne de puits allant de Chéoul à Moussoua ou Massaouah (ce point était le campement le plus important), tous situés le long d’un bras latéral du Bahr el Ghazal. Entre ce bras et le bras principal est une région aride et déserte coupée de vallonnements parallèles, au S. de la ligne des puits Chéoul-Moussoua, est le pays nommé El Heu, où les Krédas viennent récolter les fruits des Doums. De ces points ils poussent des incursions jusqu’à Sayal, à quatre ou cinq jours à l’E. de Massakori. Pour y aller de Massakori, on marche en plein E., en suivant une ligne de puits qui commence à l’E. de Chérérib. De Massakori à Chérérib, il y a deux jours sans mare ni puits. »]

[Note 240 : J’ai remarqué deux ou trois hommes qui avaient le nez busqué, caractéristique du type sémite.]

[Note 241 : Les points où l’on sème ainsi un peu de _Penicillaria_ sont : Mossouo, Ouaga, Sallali, Chooul, Krenek, Débaba, Séfi Efféta, Cheranguéné, Khadéra, Maharek, Koferdraie, Hammara, Kalba. (Ouaga est un des points les plus éloignés où les Krédas font de la culture. Pour y aller, on passe par Doukham, Achin, Mézerak, Dougoul, Chéddéra, Houroup et Ouaga. Ce point est à une demi-journée, soit 25 kilomètres au N.-E. de Mossouo. Amkialaye est à un jour et demi plus loin, enfin Ouellé est beaucoup plus à l’E.).]

[Note 242 : Il n’existe ni poule, ni canard, ni cabris dans les campements rencontrés.]

[Note 243 : Le Dofrai (_Edi_ ou _Eri_ en Kréda) est le meilleur Kreb ; c’est aussi le plus répandu. Après lui viennent par ordre d’importance le Ndénep (_Ogou ferera_) également très bon, le Kamdéla (Aou Yesko) ; l’Antoul n’est autre que le _Dactyloctenium_, enfin un _Panicum_ à port de _Panicum pyramidale_ mais venant dans les lieux secs, constitue le Deguerr.]

[Note 244 : Cette langue est parlée par les populations suivantes : Krédas, Kanenbous, Mourquias, Tourdous, Abourdas, ou Amkordas, Tagourdas, Ouandalas, Gadaouas, Kinines, Liguéra, Ouled Sliman, Bideat, Soutoumia.]