CHAPITRE IX
LE DAR BANDA
I. Histoire du Dar Banda. — II. Les Roungas. — III. Renseignements divers recueillis à Ndellé. — IV. Notes sur les peuplades du Haut- Oubangui et notes diverses.
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I. — HISTOIRE DU DAR BANDA
Quand Rabah commença ses incursions chez les Bandas, le pays était déjà en partie épuisé par la traite. Ziber Rahama Ghyimme Abf y faisait faire de fréquentes expéditions. Lorsqu’en 1872, après avoir défait le ouadaïen fagui El Balalaoni Mohammed, le gouverneur général du Soudan le nomma mudir de la province du Bahr el Ghazal et dépendances, certainement dans les territoires qu’il apportait à l’Égypte, le Dar Banda se trouvait compris jusqu’à l’O. de Ndellé. Tout cela constituait le Dar Fertit. A son internement au Caire en 1874, après la conquête du Dar Four, les exploits des Djellabahs durent se ralentir. Ce répit arrêta l’émigration des peuplades bandas vers l’O., émigration commencée vers 1840, lorsque la traite, d’abord cantonnée sur les côtes, dut s’approvisionner dans l’intérieur du continent. Idris Woled Dabter, qui avait de gros intérêts dans le pays Kreich et le bassin du Mbomou, succéda à Soliman, fils de Ziber, en 1877. En 1878, Soliman le défit, Idris alla se plaindre à Khartoum et c’est à ce moment que Gessi Pacha vint rétablir l’ordre dans le Bahr el Ghazal. Le 1er mai 1879, Soliman fut complètement battu, et l’administration directe du Ghazal et du Fertit resta à l’Égypte ; mais de graves questions allaient bientôt l’occuper dans le bassin du Nil. L’insurrection mahdiste éclatait en 1881. En 1882, LUPTON n’eut que le temps de pénétrer dans le pays Kreich et chez les Abouda, habitant le N. du bassin du Mbomou, mais nous ne savons s’il eut à poursuivre des Djellabahs. Les caravanes du Ouadaï, seules, devaient pourtant venir de temps en temps s’approvisionner de captifs et d’ivoire dans le Dar Banda.
En 1879, Rabah quitta Soliman ; dès la campagne du Dar Four (1872-1874), il était chef de bannière (Sandjak) de Ziber et il n’est pas douteux qu’il eût déjà parcouru en divers sens le Dar Banda pour son maître. Ses lieutenants commencèrent vers 1880 leurs incursions dans le Dar Fertit. D’après VAN GÈLE, des gens à lui viennent jusqu’aux Abiras (au confluent du Mbomou et de l’Oubangui) en 1882 ou 1883.
En 1884, JUNKER apprend par les Azandés, que ces mêmes bazinguers sillonnent le Dar Rounga.
C’est dans l’intervalle de 1880 à 1890 qu’il met en coupe réglée toute la contrée comprise entre l’Oubangui et le Mbomou au S., le Salamat au N., le Nil à l’E. et le Gribingui à l’O.
Suivant l’expression imagée de El Hadj Abdoul « il a mangé tout le pays ». Il conquit successivement les bandas du Kaga Kourou, les Tambagos, les Ngamas, les Dingas, les Ngafos, les Diengués, les Kreichs de Mbélé qui s’enfuient vers Koutouaka, les Ngaos, les habitants des kagas Djé et Mbala (Mbra). Il porte la guerre jusque chez les Nsakaras. « Où il passe, il prend tout, dit Abdoul. » Son armée est forte et s’accroît chaque jour des bazinguers qu’il enrôle, les meilleurs captifs mâles devenant des recrues pour ses compagnies. Après Mbélé, Rabah va encore attaquer Bandassa et se rend à la rivière Kapa au Dar Four[154].
J’ai appris par ailleurs que les diverses tribus de bandes étaient fréquemment en guerre avant l’arrivée des Arabes.
Kolgon me raconte que les Ngaos habitaient en ce temps-là près du Bandéro. Il y a environ 30 ans (il était enfant), ils vinrent faire la guerre aux Bandas de l’E. qui étaient commandés par le chef Gala. Ils attaquèrent les gens du Kaga Toulou qui avaient pour chef Bima, d’autres m’ont indiqué Kouaya comme ancien chef du Toulou, et les emmenèrent en captivité. Kolgon fut vendu aux Dayas, habitants des environs du lac Iro. C’est dans une razzia, faite par Senoussi chez les Dayas, qu’il a été capturé de nouveau. Dans une razzia de Allah Djabou, chez les Ouaddas de l’E., il a failli retomber récemment entre les mains des Fertit. D’après Kolgon, les Ngaos avaient seulement quelques fusils, mais leur chef disposait de beaucoup de guerriers armés de sagaies et de couteaux. Lorsque Rabi vint les attaquer au Gribingui, ils ne purent résister. Ils s’enfuirent : les uns vers l’O. sont allés au Bahr Sara, les autres vers l’E., sont venus aux sources du Bangoran. C’est là où s’établit il y a une quinzaine d’années (?) le père d’Ara. Il y est mort et a été remplacé par Ara avant l’arrivée de Senoussi[155].
Après la défaite de Gribingui, le chef des Ngaos, Djama, tomba entre les mains des troupes de Rabi et eut la tête tranchée. Senoussi était dans le Kouti à Chah, lorsque Rabi faisait la guerre à travers le Dar Banda.
M. TOQUÉ a recueilli au Bandéro quelques notes sur les Ngaos, elles sont très vagues, les voici textuellement.
Ngaos, originaires de Kotto, rivière Gangou, chefs Sama et Ouangandi. Iama tué par Arabes, Rabi étant là, étaient alors à Mbalaoua, à côté des Mandjias, autre côté Gribingui. Ngaos sont partis. Ngaos ont fait la guerre aux Mandjias quand ils ont été rendus de l’autre côté. Chef Hassein prit nom arabe, c’est un tambago-Outa, ngao-Issah nom arabe affublé, Ouangandi, tribu Djongourou, habitaient Longba (village). Chef Ghadem vient faire la guerre à Ouangandi, aurait emmené son monde jusqu’à la Oua près du village Adaba à un jour du Durba. Apprenant l’arrivée des blancs, il aurait abandonné la Oua pour se rapprocher d’eux.
Ali Diaba aurait eu une fois l’intention de venir razzier les Ngaos, l’arrivée des missions l’arrêta. Ouangandi prétend qu’il a toujours vécu en bonne intelligence avec Senoussi du temps qu’ils étaient voisins.
M. TOQUÉ regarde comme tribu la plus intéressante les Ngaos qui ont tenté de résister aux Arabes et ont aussi cherché à éluder notre influence par la force des armes. C’est la seule tribu banda guerrière. Son histoire, connue dans ses grandes lignes, n’est qu’une suite de luttes intestines, de combats avec les tribus voisines, de vols, d’incursions, de pillages, chez les peuples avec lesquels ils ont été en contact à la fin de leur exode vers l’O., au pays des Mandjias.
En deuxième ligne, viendraient les Sabangas, tribu toujours errante, dont l’histoire est aussi intéressante. Les autres peuplades ne sont guère braves, c’est d’elles que disait un Ascari de Rabah : « les Bandas se mènent comme les bœufs. On les frappe, ils baissent le nez et doublent le pas. »
II. — LES ROUNGAS
Les Roungas actuels n’habitent pas seulement le pays situé au N. de Boungoul, c’est-à-dire le sultanat de Mai-Doukou, vassal du Ouadaï ; une partie d’entre eux occupe la contrée située au N. du Kouti, comprise entre le Djangara, le Boungoul et la Tété. Les villages roungas que nous avons vus habités par cette peuplade sont : Djalmada (Roungas et Ndoukas), Ndélou, Kouboudoukou, Koundé, Akoulousoubla et Borr ou Boro.
Les Roungas sont un des plus beaux types de la race noire en Afrique centrale. Leur taille moyenne atteint 1m,70, leurs membres sont bien proportionnés ; ils portent une barbiche ordinairement bien fournie. Ils ne pratiquent pas le tatouage, ni d’autre mutilation, que la circoncision.
Les hommes portent tous une sorte de longue blouse à bras amples, tissée grossièrement avec du coton indigène non teint. Au-dessus du coude gauche, ils suspendent à un bracelet en cuir un petit poignard dont ils ne se séparent que très rarement. Beaucoup de ces Roungas ont été armés du fusil par Senoussi. Les pieds sont chaussés de sandales. Ils sont généralement coiffés de la petite toque blanche des musulmans de Ndellé.
Les femmes ont les cheveux tressés en petites nattes tombant sur les côtés et en arrière, et laissant au-dessus du milieu du front une raie très marquée. Le corps est drapé dans un large morceau de guinée bleue légère. L’aile droite du nez est traversée ordinairement par une paille ou par une cheville en bois. Elles ont en outre autour du cou un ou deux colliers de grosses perles bleues, quelques grains de chapelets, parfois quelques sachets en cuir constituant des amulettes. Néanmoins leur parure est des plus simples. Les enfants des deux sexes, au contraire, sont couverts d’amulettes et de perles au cou et aux bras, quelques-uns ont des bracelets en cuivre. L’extrême coquetterie chez la femme rounga consiste à s’enduire entièrement le corps avec de l’huile. C’est surtout au mois de mars qu’on se permet ce luxe, lorsque la maturité des fruits de _Lophira_ permet de se procurer en abondance une huile qu’on ne pourrait consommer en raison de son amertume.
Leurs arts sont restés des plus primitifs. Les cases, mal faites, sont entièrement en paille et construites sur le type des cases de Ndellé, sans ornement au sommet. L’intérieur est divisé en compartiments par des nattes. On y voit de grands vases servant de resserres à mil ; d’autres vases en terre sèche et cuite, couverts d’ornements, sont destinés à porter de l’eau et ne manquent pas d’élégance. Les nattes sont ordinairement grossières. Je n’ai pas vu travailler le cuir, cependant le Rounga sait tanner et il confectionne des tapis en peaux d’antilopes. Le tissage du coton est fait assez grossièrement sur un métier très rudimentaire placé au-dessus d’un trou creusé dans le sol, dans lequel se place le tisseur. Ce sont les hommes qui filent le coton au fuseau (comme chez les Bandas).
A Ndélou nous avons rencontré une égreneuse de coton toute primitive. Cette égreneuse se compose de deux rouleaux en bois de 60 centimètres de longueur et 6 centimètres environ de diamètre, actionnés par des manivelles également en bois. Il faut deux indigènes pour la faire fonctionner. L’un d’eux se place devant, tourne la manivelle du rouleau inférieur avec la main droite et présente de la main gauche devant les rouleaux le coton à égrener, l’autre se place derrière, tourne la manivelle du rouleau supérieur avec la main droite et dégage avec la main gauche au fur à mesure qu’il se présente, le coton passant entre les rouleaux, les graines tombent naturellement en avant.
Le travail du fer paraît connu. Tous les hommes qui n’ont pas de fusils portent des sagaies qui semblent de fabrication indigène. D’ailleurs, à proximité du village de Mansaka, nous avons vu des débris d’un atelier de fonte.
L’agriculture est plus perfectionnée que l’industrie, quoique l’élevage ne soit point pratiqué ou ait disparu à la suite des razzias. Les villages sont environnés de grandes plaines parfaitement débroussaillées, ombragées de beaux arbres : Karités, _Lophira_, _Ficus_, _Daniella_, _Parinarium_. C’est là qu’on ensemence les céréales à la saison des pluies (mai). Le petit mil semble être beaucoup plus cultivé que le Sorgho. Comme cultures accessoires on trouve le niébé, le maïs, l’arachide, etc. Le coton appartient à l’espèce _Gossypium herbaceum_. Comme animaux domestiques on trouve des poulets, quelques cabris et des chiens destinés à l’alimentation.
Les Roungas ont été à demi convertis par la propagande islamique. Ils ne font pas salam, mais ils s’abstiennent de boire la _Mérissa_ ou bière de mil et portent autour du cou un chapelet de musulman. Souvent ils conservent dans des sachets en cuir, fixés comme bracelets au bras droit, des formules arabes en guise d’amulettes (on sait que cet usage est répandu dans tout le Soudan). La plupart parlent un peu et comprennent l’arabe, ils saluent également à la manière des musulmans. En somme, le contact de l’Islam a élevé leur niveau social, bien supérieur à celui des Bandas et des Kreichs. Leur organisation politique est aussi plus forte. Dans chaque village se trouve un chef dont l’autorité est indiscutée.
Tout ce pays avait déjà été organisé par un sultan nommé Sodour ou Soudour. Senoussi n’a pu y établir un despotisme absolu comme dans le Kouti, et bien qu’il ait donné des ordres formels, Aïssa, le chef qui nous accompagnait, a eu de grandes difficultés à recruter les quelques porteurs qui nous étaient nécessaires. Il est loin de commander aux Roungas comme aux Bandas sur un ton de conquérant et de maître absolu.
III. — RENSEIGNEMENTS DIVERS RECUEILLIS A NDELLÉ
Les _Kreichs_[156] habitent au S. du Dar Bongo et du Dar Four, à l’E. du Dar Banda. Ils furent organisés par le chef Banda, dont la résidence était Bandassi, situé vers 7° lat. N., 22° long. E., dans le pays parcouru par LUPTON et DE LA KETHULLE. Ce chef, mort aujourd’hui et remplacé par son fils, gouvernait la contrée au moment de l’administration de M. LIOTARD, qui rencontra quelques difficultés pour empêcher Rafaï, sultan des Bandjias, de venir attaquer le pays. En 1897, M. GRECH traversa le territoire de cette peuplade pour se rendre dans le pays des Vidris et chercher à attirer les commerçants ouadaïens vers la route de Mbélé. Il atteignit les environs de Djongou. C’est au N. de Rabet que commence le pays kreich, il est limité de ce côté par une rivière, la Bissi, coulant de l’O. à l’E. Vers l’O. il s’étend dans le Haut-Chinko et le Haut-Bali ou Bari et peut-être dans la Haute-Kotto qui prend sa source aux monts Manga et empêche ainsi les sultanats de s’étendre vers le N.
Les sources de la Kotto auraient été reconnues par DE LA KÉTHULLE. A cette époque, Saïd Bandassi, fils de Bandas Njaoua, était fixé sur le Haut-Chinko entre les Vidris et Mbélé.
C’est de 1890 à 1894 que HANOLET a accompli son voyage au Rounga ; Senoussi me raconte que pour venir à Mbélé, HANOLET est passé par les pays Vidris : Oundou ou Djongou, Gobou, Bahr Pipi, Gounda, Moukoua, enfin Mbélé.
Plus tard, M. GRECH se rendit à mi-route en partant de Rafaï et passant par Basso. En décembre 1900, M. PRINS, administrateur dans les territoires du Haut-Oubangui, tenta, de sa propre initiative, une expédition entre Saïd Baldas.
PRINS part de Rafaï, passe par Diango (pb. Yangou DE LA KÉTHULLE), arrive à Marké, non loin de la Kouta, qu’il franchit à la poursuite de Saïd Baldas se sauvant devant lui. Il franchit ensuite la Koumou, au delà duquel est le camp de Saïd. Ce dernier s’enfuit de nouveau et va finalement à la frontière anglaise ; PRINS est rejoint sur les bords de la Koumou par le lieutenant BOS qui avait terminé sa mission à la Haute- Kotto.
Saïd Baldas est aujourd’hui installé sur la rivière Ima, située en territoire anglais. Il reçoit du Dar Four beaucoup de marchandises anglaises qui lui sont apportées par les Néouds, arabes du N. du Dar Four, qui vivent dans une région où l’eau est si rare qu’on la conserve dans des troncs d’arbres creusés.
_Les pays à l’Ouest du Dar Four._ Les peuplades vivant dans la région montagneuse à l’O. du bassin du Nil sont : les Bingas, les Karas, les Djengines (Djengués), les Digas, tous tributaires du Dar Four.
Kaga Méla est habité par des Kreichs (situé bien plus au S. près de Katouaka).
Le pays de Mbélé[157] est habité par les Kreichs ; pour aller de Mbélé à Hofrat, on met 5 jours. C’est donc le 2e jour qu’on arriverait au Kaga Abtalbaré et au Kaga Méla, montagnes d’où sortent, d’un côté la Mindja, de l’autre, la Ntomé et l’Amfilia, affluents du Boulboul, tributaire du Nil, et enfin le Pipi, affluent de la Kotto.
Senoussi a beaucoup de captifs bongos. Il n’y a pas de Bongos près de Mbélé, mais on en trouve à 3 jours à l’E. de Ndellé même. Les Bongos appartiennent à la même race que les Bandas et étaient en bons termes avec eux avant l’arrivée des Arabes. Les Bongos parlent la langue banda.
IV. — NOTES SUR LES PEUPLADES DU HAUT-OUBANGUI ET NOTES DIVERSES
A la mort de Rafaï, sultan des Bandjias ou Bengérés, M. GRECH ayant appris qu’une quarantaine de bazinguers venaient d’être étranglés, selon la coutume du pays, pour être inhumés avec le sultan, il interposa aussitôt son autorité et fit mettre en liberté 160 femmes et domestiques destinés au sacrifice.
Les Nsakkaras sont limités au S. par l’Oubangui-Ouellé, à l’O. par la Kotto, au N. par le pays des Vidris, à l’E. par le district des Zantès. Ils se nourrissent de manioc, de patates et de mil. Leur sultan est Bangasso. Ce sont d’ardents anthropophages, qui recherchent comme plats raffinés les femmes et les enfants. Non seulement la forme de leur justice les amène à mettre à mort et à manger les hommes suspectés de sorcellerie, ainsi que les coupables, mais leur passion pour la chair humaine est telle qu’ils n’hésitent pas à sacrifier des innocents et qu’ils entreprennent fréquemment des expéditions pour approvisionner leur garde-manger.
Les Patris (ayant pour chef Kouta) habitent le territoire de la moyenne Kotto. Ils occupaient précédemment la rive droite du pays Boubou au pays Banda. Chassés par les Nsakkaras, qui vivaient sur la rive gauche, ils se sont réinstallés sur la rive droite après l’intervention de M. SUPERVILLE. Ils ont une langue spéciale.
Au N. de la région habitée par les Patris se trouve le pays des Bandas- Tambagos, contre lesquels Senoussi a fait dans le 2e semestre de 1902 une expédition, et dont le chef Bakit, qui a été fait prisonnier, est maintenant en liberté. On a ramené à Ndellé près de 2,000 prisonniers, environ 600 sont morts de la variole dès leur arrivée ; les autres ont été donnés ou vendus par Senoussi et il en reste encore une certaine quantité (500 ?) à Ndéllé. Senoussi y a envoyé le 15 janvier 1903 un de ses chefs comme résident.
Au cours de son voyage de 1896 (juin) pour aller reconnaître la route de Mbellé, M. GRECH est passé chez les Vidris, peuplade peu connue, non anthropophage, qui avait été déjà visitée par DE LA KÉTHULLE.
Le sol du pays des Vidris est ordinairement ferrugineux, il est sablonneux aux environs de Korou. Dans la zone de Kakouma, Basso, il est caillouteux, avec minerai de fer. C’est à Basso que GRECH a retrouvé la tombe d’un Européen de l’expédition DE LA KÉTHULLE. Les Vidris cultivent le riz, mais le manioc forme le fond de leur alimentation. Ils appellent guita la houe employée pour la culture. La liane à caoutchouc et l’arbre à gomme existent au N. du pays. Ils coagulent le caoutchouc en recevant le latex sur leur corps, c’est la sueur qui joue le rôle de coagulant. On trouve dans ce pays un caféier qui atteint quelques mètres de hauteur. Le bambou et le _Borassus_ existent aussi. On cultive encore le tabac, le bananier, le dazo, le _Ficus_ lili. Le bananier n’existe plus au N. de la Dorou (affluent du Bari ?). Le chien des Vidris n’aboie pas. On trouve dans le pays des moutons importés par les Ouadaïens et quelques chevaux. Les Vidris font du commerce avec les traitants musulmans qui vont chercher des captifs aux sultanats où ils séjournent en hivernage et qui retournent en été dans leur pays avec le produit des razzias qu’ils ont échangé contre de l’étain (mbassa), du sel, de la poudre, des capsules.
Dem-Ziber était la résidence habituelle du Moudir. En exécution des ordres reçus de M. LIOTARD, M. l’interprète GRECH pénétra du bassin du Mbomou, dans le bassin du Nil et planta le pavillon français à Dem- Ziber, le 17 avril 1897[158]. Les derviches, quelques années plus tôt, avaient semé la dévastation dans la contrée, les puits étaient transformés en véritables ossuaires.
M. GRECH trouva une population composée de Niogolgolés[159] commandés par Nacer Andel et de Forogués[160] commandés par Moussa-Ahmed.
Traduction de la pièce arabe de la page 155, faite par M. GAUDEFROY DE MONBYNES.
De sa Seigneurie le sultan Senoussi à sa Seigneurie notre commandant le capitaine Youssef ; de nous à toi, salut excellent et quantité de politesses et de courtoisies. L’objet de la lettre que je t’adresse, c’est que tu nous as écrit une lettre que nous avons lue, nous avons compris ce qu’elle contenait au sujet de la grande fête. Nous n’irons point t’y joindre ; nous ne serons point tes compagnons pour manger, boire et nous divertir. Qu’Allah te bénisse dix dix fois (Merci.). Tu es notre commandant mais ces nuits-ci, moi, j’ai été malade, à peu près trois jours, je ne me suis levé du lit que pour la fête d’aujourd’hui. Mais tous les officiers iront vers toi, entre autres el Hadj Teqqo, el Hadj Mohammed, Abou Azz (?) ; beaucoup de gens iront vers toi ; voilà ce que nous avions à te faire savoir. Salut.
Nous t’informons encore que les soldats se rendront auprès de toi après la prière du soir.
[Note 154 : Il avait alors comme principal lieutenant Nour Angara (Yanbassa).
On a cité, à Abdoul, les noms des plus importants lieutenants de Rabi, c’étaient : Dioufaga, Moussa Diaman, Ethman Ouettaco, Gadou, Hassan, Baboukar, Ouad el Fagui, Abeschaoui, Hide, Roumouroulaye, Kaoutsour, Baldas, Diabon, Daaf, Barou.]
[Note 155 : Le village porte le nom d’Ara.]
[Note 156 : Appelés aussi Krékis (PATAGOS) ; Adja (LUPTON) ; Krédi (SEHIO) ; Baïas (GRECH). Kreich serait un nom de mépris donné par les Arabes. Ils ne sont pas anthropophages, ce par quoi les Arabes les différencient des Bandas. La plupart ont été organisés en tribus puissantes dont les chefs vivaient à la manière des sultans soudanais et trafiquaient avec les Arabes.]
[Note 157 : Mbélé vivrait toujours et gouvernerait un petit sultanat au S.-O. du Dar Four.]
[Note 158 : Tout le monde à Ndellé croit Ziber Pacha mort depuis longtemps et on a cru que je plaisantais quand j’ai dit qu’il vivait encore au Caire.]
[Note 159 : Les Niogolgolés ont pour capitale Liffi dans le Talganonna, ville principale Beled. A l’E. les Niogolgolés sont séparés des Djengués par le Bahr el Ona ou Bahr el Arab.]
[Note 160 : Les Forogués sont originaires du pied du Djebel Marra ; aujourd’hui le Dar Diga ou Dar Zandé est leur principal pays. Il est traversé par la rivière Borou. Ils sont séparés des Niogolgolés par le Mangayat.]