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CHAPITRE VIII

GÉNÉRALITÉS SUR LE PAYS DE SENOUSSI

I. Aperçu général. — II. Aperçu sur la météorologie de Ndellé. — III. Végétation et agriculture.

* * * * *

I. — APERÇU GÉNÉRAL

La partie orientale du bassin du Chari, où le sultan Senoussi s’est constitué un petit empire placé sous le protectorat français, comprend deux contrées fort distinctes.

L’une située au S. et au S.-E. de Ndellé forme un plateau élevé de 650 à 850 mètres au-dessus du niveau de la mer, où naissent les affluents orientaux du Chari, ceux de la Kotto, ainsi que les rivières du S.-O. du Dar Four. Ces rivières, tant qu’elles sont sur le plateau, coulent dans des lits profondément entaillés dans la roche qui est, tantôt le grès horizontal rapporté sans preuves paléontologiques aux formations du Karroo, tantôt le grès ferrugineux improprement désigné sous le nom de latérite par JUNKER et les voyageurs récents.

Les galeries qui bordent ces rivières ont encore la splendeur des galeries du bassin de l’Oubangui. Certains arbres s’y élèvent à 40 mètres de hauteur. Les lianes s’y enchevêtrent, les palmiers, les fougères, les grandes aroïdées vivent sous ce couvert imposant. Quelques orchidées épiphytes, associées aux tiges sarmenteuses du _Piper Clusii_, ou des _Culcasia_ enlacent les vieux troncs d’arbres couverts de mousses, de lichens et de champignons. Ces galeries dépassent rarement 100 mètres de largeur et sont souvent beaucoup plus étroites, mais elles existent partout où il y a un cours d’eau coulant sur la roche.

L’eau y circule d’une manière permanente, au contraire, les moins importantes de ces rivières s’assèchent au printemps dans la partie de leur cours situé dans la plaine : à 150 kilomètres de sa source, le Bangoran, en février, n’est plus formé que d’une chaîne de mares occupant les dépressions du lit asséché alors qu’à quelques kilomètres de sa source, c’est, à la même époque, une belle rivière au courant assez rapide.

Au delà des galeries s’étend, sur tout le plateau, une végétation assez dense quoique subissant annuellement l’action des incendies de brousse. Le bambou d’Abyssinie forme de grandes taches, et ses chaumes, la plupart desséchés, couvrent des centaines d’hectares, à l’exclusion de toute autre végétation.

Les _Vouapa_, les _Afzelia_, les _Daniella_ et d’autres légumineuses arborescentes forment parfois des futaies assez étendues, mais leurs troncs sont complètement nus et dépourvus de toute végétation cryptogamique. La brousse claire (le bush de SCHWEINFURTH) avec des arbres nains aux troncs tordus, est l’exception.

Cette contrée est de beaucoup la plus riche en productions naturelles. La liane à caoutchouc du Soudan (_Landolphia owariensis_ et _L. Heudelotii_) et surtout les lianes naines (lianes des herbes) donnant du caoutchouc dans leurs racines, y sont fréquentes ; un intéressant caféier sauvage se rencontre dans les galeries, ainsi qu’un poivrier ; le palmier à huile croît sur le haut Tété.

C’est aussi sur le plateau que sont établis la plupart des villages, et lorsque les Arabes ou plutôt les Baguirmiens islamisés et les Rabistes sont venus conquérir cette contrée, ils ont eux aussi construit leurs zéribas sur les escarpements du plateau ou dans les déchirures qui sont fréquentes à l’entrée de la plaine.

Celle-ci constitue l’autre contrée du Chari oriental. C’est une seconde terrasse de 100 à 150 mètres en contre-bas de la première. Nous avons décrit son aspect à l’O. de Ndellé dans un précédent chapitre. Nous avions traversé cette plaine en venant de Fort-Crampel après le massif des Mbras, en coupant les dépressions du moyen Koukourou, du moyen Bamingui et du Bangoran.

Les kagas[147], dispersés entre ces rivières, sont tantôt d’énormes blocs de quartzites que l’érosion a respectés, tantôt des dômes de granit semblables à de gigantesques termitières. Ce sont les seuls accidents de terrain qu’on observe de ce côté.

Au N.-N.-E. de Ndellé, la plaine a un autre aspect et la monotonie de la végétation s’accentue davantage encore.

Jusqu’à la Tété et à l’Aouk le pays est très faiblement irrigué et le lit des rivières qui le traversent ne contient plus d’eau à la saison sèche.

De Ndellé jusqu’aux derniers ruisseaux allant à la Mindja Engoulou (rivière de Ndellé, affluent du Bangoran), le grès horizontal vient mourir au bord de la plaine, formant une falaise presque abrupte diversement déchiquetée, mais ayant une direction générale N.-S. Cette falaise domine la plaine de 50 à 80 mètres.

En poursuivant la route vers le N., en même temps qu’on descend, on passe du grès horizontal sur des quartzites inférieurs à stratification très inclinée.

On coupe près de leurs sources le Mansaka et le Djalmada complètement asséchés en mars, mais environnés encore de petites galeries. Ces deux ruisseaux sont les hauts affluents du Djangara, rivière du Kouti, tributaire de l’Aouk, actuellement inconnue, mais qui aurait, au dire des Arabes, l’importance du Bangoron. Ensuite on coupe ou on longe de faibles ondulations constituées par les quartzites, très redressés, dont il a été question. En se décomposant ces quartzites ont donné un sol très pierreux, peu boisé, impropre à la culture.

Par une pente insensible, on arrive dans cette vaste région d’inondation qui, commençant à la Tété, se poursuit jusqu’à la frontière du Dar Four sur près de 8° en longueur et qui atteint environ 80 kilomètres de largeur ; c’est la basse plaine du Mamoun, dont l’altitude est comprise, à la limite des hautes eaux, entre 470 et 490 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Cinq grandes rivières originaires des plateaux du S. : la Tété, le Moussoubourta, le Boungoul, la Mindja ou Diahap, enfin, le Bahap, ont tracé leur lit dans ce pays marécageux, sans pente, et sont réunies entre elles par plusieurs bras communiquant eux-mêmes par des cheneaux au lit incertain, avec des étangs et des canaux à une seule issue.

A l’E. du Dar Sara et du Dar Salamat, tous ces bras se réunissent en un seul auquel on peut conserver le nom d’Aouk que lui a donné NACHTIGAL. En réalité Aou, synonyme de Bahr ou de Ba, signifie fleuve en langue rounga. Il y a l’Aou Tété, l’Aou Boungoul, etc. C’est incontestablement le Boungoul qui doit être regardé comme la branche principale de l’Aouk. Où nous l’avons traversé, le cours mesure de 30 à 35 mètres. La berge de la rive droite a 4 mètres et la bande d’inondation a 300 à 500 mètres de large.

Si, comme cela est probable, aucun barrage de roches n’interrompt le cours inferieur du Ba Aouk, cette artère, la plus longue du bassin du Chari, pourrait être remontée à l’hivernage par des embarcations assez sérieuses.

On pourrait de même remonter la Tété, large de 25 mètres, avec des berges de 1m,50 à 3 mètres de hauteur, où nous l’avons passée, et le Bahap qui mesure à côté du Mamoun 30 à 60 mètres de large avec des berges de 2 à 4 mètres, mais où l’eau ne coule plus au moment des plus basses eaux que sur 6 à 10 mètres de largeur et 0m,20 à 0m,30 de profondeur.

La Tété prend sa source à une cinquantaine de kilomètres au S.-E. de Ndellé. Le Moussoubourta reçoit la Gounda qui naît près des ruines de l’ancienne ville kreich de Mbélé.

Le Boungoul vient du même plateau, mais plus à l’E. dans la contrée habitée autrefois par des Bongos.

Quant au Diahap, il est formé par la Mindja, rivière originaire des Monts Châla, où POTAGOS a découvert ses sources en 1878.

Après avoir traversé le pays des Bingas, la Mindja se divise en deux branches, l’une constitue le Bahap et l’autre le Diahap nommé aussi Kuési, vient tomber dans le Boungoul. Le nom de Mamoun est donné à une mare en arc de cercle, située au N. du Bahap, qui mesure aux basses eaux 40 à 50 mètres de large sur 4 kilomètres de long et 0m,50 à 1 mètre de profondeur, avec des fosses plus profondes où se retirent les hippopotames à la saison sèche. Vers le N. ce chenal s’élargit en un marais qui collecte en hivernage les eaux des environs et au S. est séparé du Bahap par une jetée naturelle, large de 20 mètres, coupée de deux fossés par lesquels le trop-plein du Mamoun se déverse dans le Bahap qui, à partir de là, prend le nom de Koumara (en goulla), Kamaré (en arabe).

Au N. du Mamoun existent encore d’autres rivières que coupent les caravanes qui se rendent au Dar Sila : l’une est l’Aou Kali, qui va se jeter dans l’Aouk, et l’autre la Mé (probablement le Mérabé de NACHTIGAL) qui irait au Bahr Salamat.

Quant à l’ouadi Nzilli, c’est l’affluent le plus septentrional de l’Aouk. Il viendrait des hauteurs du Dar Fongoro, riches en _Borassus_ et situées en plein Dar Four.

Par extension les Arabes ont donné le nom Mamoun à toute la région des rivières du delta de l’Aouk. A la saison des pluies cette région devient un immense lac dont le Mamoun, proprement dit, constitue la partie la plus centrale. Chaque rivière et chaque chenal est environné de bordures, larges de quelques centaines de mètres et parfois de plusieurs kilomètres, entièrement dépourvues d’arbres et sur lesquelles doit s’étendre l’inondation à la saison des pluies.

L’ensemble constitue alors une immense nappe d’eau remplie de plantes aquatiques d’où émergent des îles plus ou moins boisées et surélevées de quelques mètres à peine. Lorsque la crue est terminée, il ne reste plus que des flaques d’eau dans les dépressions séparées par des prairies de bourgou et d’andropogonées amphibies.

Il est difficile de se faire une idée de la richesse de cette contrée en grands mammifères herbivores. Dans le court séjour que nous avons fait au Mamoun, nous avons vu 4 à 5 espèces d’antilopes par grands troupeaux de 10 à 50 individus, un couple de rhinocéros, de nombreux phacochères. Les Fahr el bous (_Aulacodus_) foisonnent dans les prairies de Bourgou et constituent un des gibiers les plus délicats. Nous avons vu en outre des traces fraîches de buffles, de girafes, et les abords des mares sont littéralement piétinés par les éléphants et les hippopotames ; enfin les indigènes nous ont assuré que le lamantin nommé abkour par les Arabes et kerevoa par les Goullas était commun dans le Mamoun et dans les parties les plus profondes du Boungoul.

Les oiseaux de rivage qui vivent sur le bord des grands fleuves africains ne sont pas moins nombreux ; les aigrettes, en particulier, sont fréquentes. Dans l’eau on trouve une tortue qui mesure plusieurs décimètres de diamètre, le crocodile vulgaire y est commun, ainsi que diverses espèces de grands poissons siluridés.

La végétation se compose des essences habituelles de la zone soudanienne : le karité, le nété, le cailcédrat, le _Diospyros mespoliformis_, les _Terminalia_, les _Combretum_, auxquels s’ajoutent quelques espèces plus septentrionales, comme le _Balanites ægyptiaca_, le _Sclerocarya Birrœa_, le _Combretum aculeatum_, le _Boscia senegalensis_, etc. Chose curieuse, les _Acacia_ et plusieurs autres arbustes épineux des steppes, y sont moins communs que dans les plaines plus méridionales du Bangoran. Le bourgou, la plante saccharifère de Tombouctou, remplit la plupart des fossés et le riz réussirait parfaitement dans tous les terrains s’inondant chaque année. Cependant le pays est pauvre et peu peuplé.

En résumé, les contrées situées à l’E. et au S. du Ouadaï n’ont qu’une valeur médiocre. La liane à caoutchouc, principale richesse de l’Afrique centrale que l’Européen puisse exploiter, y fait presque complètement défaut.

Enfin les habitants, comme toutes les races faibles du Soudan, ont beaucoup souffert des incursions des musulmans qui, loin de développer une civilisation, n’ont laissé que des traces de leur oppression, en faisant partout de larges vides.

II. — APERÇU SUR LA MÉTÉOROLOGIE DE NDELLÉ[148]

En décembre, janvier et février, la direction du vent oscille entre le N. et l’E., en se fixant souvent au N.-E. Quand la direction se rapproche de l’E., il devient froid et parfois légèrement humide ; s’il est au N., au contraire, il est brûlant et élève la température. C’est en janvier que ce vent atteint sa plus grande intensité ; il souffle parfois toute la nuit avec une violence qui augmente encore de 7 à 10 heures ; vers midi il cesse généralement pour reprendre un peu vers le soir.

Quand il est franchement de N.-E., ce vent transporte beaucoup de sable, mais pas suffisamment pour en accumuler d’une façon sensible dans les dépressions du relief. Il contribue largement à la dissémination des graines à cette époque. Il fait tomber les fruits indéhiscents des arbres (_Detarium_), entr’ouvre les gousses (_Erythrophleum_), transporte les aigrettes (_Vernonia_), charrie les fruits à ailettes (_Combretum_, _Terminalia_). Il arrache aussi les feuilles mortes ; c’est pourquoi beaucoup d’arbres de la brousse perdent leurs feuilles en décembre et janvier (_Terminalia_, _Combretum_, _Parkia_, _Butyrospermum_, _Vitex_, _Anogeissus_). Les rameaux de certaines espèces se détachent même des branches principales (_Detarium_, Bambou). Il a parfois une influence néfaste sur la végétation en grillant les fleurs (_Butyrospermum_, Mimusops des rochers). Il est probable qu’il active l’écoulement de la gomme des Légumineuses arborescentes (_Acacia_, _Parkia_, _Lonchocarpus erinaceus_, _Afzelia_), car en janvier le pied des arbres est parfois entouré d’une masse séreuse de gomme.

Le vent soufflant de l’O. précède les tornades du petit hivernage. Le 19 février, au matin, la direction E. du vent s’est brusquement renversée, le vent souffle avec impétuosité de l’O., charriant toujours du sable ; le temps, moins sec qu’auparavant, est très lourd. A midi, il se ralentit, mais le soir, à 8 heures, il redevient violent en venant toujours franchement de l’O. (malgré une légère déviation vers le N.). La nuit a été très lourde, la transpiration abondante. Le thermomètre qui était monté à 37° n’est pas descendu au-dessous de 27°. Le soir, il y avait eu des éclairs vers l’O. et à 2 heures, nous avions entendu les roulements lointains du tonnerre. Le 20, à 8 heures et demie du matin, le ciel est couvert, le vent a cessé, il tombe quelques gouttes de pluie sans tonnerre. Les précipitations de cette saison sont très faibles à Ndellé[149], tandis que les pluies ne sont pas rares alors à Fort-Sibut ni parfois à Fort-Crampel.

Dans le Dar Kouti, c’est le début du printemps qui marque l’extrême sécheresse du pays. A partir de février, le Bangoran ne coule plus, la Mindja Engoulou est tarie, il ne reste plus que çà et là des flaques d’eau. Ce n’est plus qu’à leur sortie des massifs de grès horizontaux que les ruisseaux ne sont pas à sec, mais dès qu’ils sont parvenus dans la plaine, tout s’évapore. Il reste seulement dans leur lit des chapelets de mares permanentes.

La saison des pluies débute aux premiers jours de mars par une série d’orages, mais non accompagnés de précipitations très abondantes. On observe fréquemment un vent d’O., le ciel est parfois couvert et orageux. La première pluie est tombée à Ndellé le 16 mars ; le 29, à 3 heures, il y eut un orage assez fort, accompagné de tonnerre ; à 4 heures, quelques gouttes d’eau sont tombées ; le 30, le ciel fut très couvert le soir, mais à la nuit les nuages se dissipèrent. Une forte tornade avec tonnerre, éclairs et pluie abondante, qui a duré une demi- heure, eut lieu le 3 avril au soir ; le 4, il y eut un nouvel orage ; puis encore le 8 au soir, avec quelques gouttes d’eau. En somme, la saison des pluies commence franchement au début d’avril pour continuer, dans toute sa force, jusqu’en octobre.

Dès avril on se met à cultiver les champs situés autour des habitations. Ceux qui ont du bétail le parquent là quelques jours. On ensemence alors autour des cases du maïs, des patates, des dazos.

Les grandes plantations ne se feront qu’un peu plus tard.

MATURATIONS. — Du 25 février au 5 mars, _Lophira_ ; du 20 au 30 mars, le _Daniella_, puis le _Vouapa_ ; les premières _Ximenia_ en février ; les premiers Nété au 5 avril ; les _Detarium_, de décembre à avril.

En somme, Ndellé a un climat analogue à celui de Fort-Sibut.

III. — VÉGÉTATION ET AGRICULTURE

Les populations des Etats de Ndellé sont exclusivement agricoles. En effet, c’est uniquement dans la culture et la récolte des produits de la brousse qu’elles peuvent chercher leur subsistance. La chasse ne fournit presque rien ; la pêche est inconnue et d’ailleurs des rivières comme le Bangoran et la Tété sont peu poissonneuses. L’industrie n’existe pour ainsi dire pas. Le prétendu Arabe ne l’a pas introduite dans ces contrées et l’arborigène était incapable d’aucune initiative. La teinturerie est ignorée, le travail des cuirs est rudimentaire, le tissage du coton n’est connu que par des étrangers et des Roungas. Seul le travail du fer (fonte et forge) entièrement aux mains des Bandas, est assez perfectionné.

L’étain (mbassa) vient de la Tripolitaine par les caravanes. On n’en trouve pas dans la région et c’est par erreur que le capitaine JULIEN en avait signalé la présence vers la moyenne Kotto. Comme le cuivre (nagas), produit du Dar-Four, il s’emploie pour la fabrication des bracelets et des ornements d’armes.

Les productions agricoles du sultanat de Ndellé sont sensiblement les mêmes que celles du Soudan occidental, avec quelques espèces en moins. C’est ainsi que les végétaux tinctoriaux (indigo et henné), n’étant pas employés, ne sont pas cultivés. Il en est de même des textiles, sauf le coton.

Les deux principales plantes alimentaires du pays sont : 1o le Sorgho (_Panicum Sorgho_) ou gros mil ; 2o le petit mil (_Penicillaria spicata_). Les autres végétaux de grande culture sont ensuite, par ordre d’importance : le Maïs, le Sésame, l’Eleusine, le Niébé (haricot), la Patate, l’Arachide et le Woandzou (Pois de terre).

Il est difficile d’évaluer la quantité de mil cultivée. On peut admettre qu’un kilogramme de cette céréale représente la consommation journalière d’un noir. A la fin de la saison il en est mangé peut-être moins, mais comme aussitôt après la récolte il en a été gaspillé une grande quantité pour la fabrication du pipi, ce chiffre n’est pas exagéré. La population de Ndellé et des environs étant de 15,000 âmes, cela fait 5,475 tonnes que doit produire la région. Avec tout ce qui est perdu sur pied ou mangé par les oiseaux et les rats, un hectare ne rend en moyenne que 1,200 kilogrammes de mil. Pour subvenir à l’alimentation du pays il faut donc 4,562 hectares, soit un peu plus de 45 kilomètres carrés. Cette superficie est bien cultivée en effet autour de Ndellé. Les premières pluies arrivant en avril-mai, c’est à ce moment que se fait l’ensemencement. Au 1er décembre la récolte du mil était déjà terminée presque partout dans le Dar Banda. Autour de certains villages, avant de moissonner, on rabat les tiges des épis mûrs sur le sol, et on les laisse quelque temps en cet état pour que le grain puisse sécher. Les épis couchés sont moins visités par les oiseaux. De plus, on enclot parfois les plantations au moment de la récolte à l’aide de haies vives, de branches, d’arbustes épineux, pour protéger les champs contre les déprédations des grands herbivores africains : éléphants, antilopes. Lorsque les épis sont coupés et les grains détachés, on met ces derniers sécher sur des aires autour des cases, ou même sur des rochers avoisinant le village pour que la dessiccation soit plus rapide. Le grain est ensuite emmagasiné dans de grands vases en terre, ayant parfois 1m,50 de hauteur. Il y est à l’abri des termites et des rats et en cas d’incendie de la case, chose fréquente, il n’est pas brûlé. Aussitôt après la récolte les tiges desséchées du mil et des autres Graminées sont brûlées. Dès les premiers jours de décembre, les feux de champs cultivés s’allument autour de tous les villages et s’étendent malheureusement fort loin dans la brousse, détruisant toute végétation et jusqu’aux lianes à caoutchouc. On voit que les choses se passent comme au Soudan français.

Le Maïs (Banya en Banda) est recueilli un mois ou deux avant le mil ; on fait sécher les épis sur de grandes claies dressées dans les cours des zéribas et on les suspend ensuite par paquets à l’intérieur des cases. Il ne se sème que dans les sols riches autour des habitations ou sur le bord des eaux. L’Eleusine (mbissé en banda) se sème à la volée dans les terrains nouvellement défrichés et se récolte en octobre et novembre. Le rendement est faible, mais cette plante donne d’excellent pipi. Le grain se consomme aussi bouilli dans l’eau, sans être écrasé. Le Sésame (nonnou en banda) demande aussi peu de soins ; il se récolte en décembre. La graine est d’un usage général dans la préparation des mets chez les Bandas. La Patate est assez largement cultivée et se récolte toute l’année. On ne possède ici que la variété à tiges couchées, à feuilles cordiformes entières et à tubercules à pelure rose. L’Arachide (Koura en banda) se mange surtout grillée ; on ne sait pas en retirer l’huile. Sa culture tient peu de place. Le Niébé (haricot) est d’excellente qualité, mais beaucoup moins répandu que chez les Ndis ou les Ungourras. Quant au Voandzou (pois de terre, Koura en banda) nous en avons à peine rencontré quelques graines.

Ces plantes sont à peu près les seules cultivées en grand et d’une façon rationnelle chez les Bandas. Il convient néanmoins d’ajouter à cette liste quelques autres espèces qu’on trouve couramment autour de chaque village, bien qu’elles soient toujours en quantité fort réduite et qu’elles y viennent pour ainsi dire sans soins.

Notons d’abord le Tabac, beaucoup moins abondant que chez les Mbrous, les Ndis et les Mandjias. Senoussi ne fume pas et interdit à son entourage l’usage du tabac. Cependant on voit à Ndellé près de chaque case les deux espèces : _Nicotiana rustica_ et _N. Tabacum_. Les feuilles sont mises à sécher sur les cases et pulvérisées comme notre tabac à priser (ngao). On n’y ajoute pas comme chez les Bambaras des sels provenant de cendres de certains arbres.

Au voisinage des habitations il existe toujours quelques pieds de Cotonniers (tendé en banda) dont les fibres sont récoltées en ce moment. Les espèces qu’on rencontre sont le _Gossypium herbaceum_ (devenu ligneux, vivace et s’élevant à 2 mètres de haut), le _G. barbadense_ (rare, alors que c’est l’espèce la plus fréquente vers la Tomi et l’Ombella), enfin, et surtout, le _G. hirsutum_ qui remplace ici l’espèce cultivée au Soudan occidental (_G. punctatum_). Il n’existe nulle part au Chari de champs de cotonniers comme au Niger, bien que le coton y soit au moins aussi beau. Ce sont les hommes qui récoltent le coton et le filent sur des fuseaux. Les tisserands sont très rares dans le pays. Les bandes de tissus indigènes viennent surtout du Baguirmi, on les appelle des Tonkia. Étant donné la facilité avec laquelle croît le coton au Dar Banda, je considérerais cette plante comme un produit d’avenir pour la contrée, si toutefois, eu égard à la distance qui sépare l’Afrique centrale des marchés européens, l’exportation, même avec un chemin de fer, n’en était si coûteuse. Je demeure de plus en plus convaincu que c’est au Soudan nigérien, au Dahomey et dans certaines parties de la Sénégambie que doivent porter tous les efforts du Gouvernement et des colons français pour assurer la production de ce textile[150].

Il convient de mentionner encore un certain nombre de plantes alimentaires qui viennent presque sans soins autour des cases. Ce sont des épices et des condiments, comme le Piment vivace (_Capsicum frutescens_) ; deux espèces de tomates amères et la petite tomate-cerise commune dans tout le Soudan ; les Cucurbitacées alimentaires, comme les nombreuses variétés de Courges, les Pastèques ; enfin le Koukré, sorte de _Cucumis_ à fruit amer et à graines très petites recherchées pour leur huile. Ce _Cucumis_ se rencontre partout en Afrique centrale où il se sème dans le mil. Quand ce dernier est récolté, on laisse les fruits de Koukré pourrir sur place et lorsque la pulpe devient déliquescente on la recueille ; par des lavages on se débarrasse des impuretés pour ne conserver que les graines qui ont à peine 3 millimètres de diamètre. Leur tégument est blanc et le goût de l’amande n’est pas désagréable. Notons également les _Lagenaria_ dont il existe plusieurs variétés grimpant sur les cases. Chez certaines, le péricarpe, desséché et vidé, donne des gourdes, des bouteilles, etc. La variété la plus commune est celle qui donne ces gros fruits sphériques qu’on coupe en deux pour en obtenir les calebasses, ustensile de première nécessité pour les noirs.

PLANTES A HUILE ET A GRAISSE. — Ce n’est point pour la préparation des aliments que l’huile est indispensable aux noirs de l’Afrique centrale ; ils s’en passent fréquemment, mais une femme banda ne consentirait jamais à cesser de s’oindre le corps avec de l’huile. Pour faire cette toilette les matières grasses les plus vulgaires lui sont bonnes. Nous avons déjà parlé du Sésame et de l’Arachide cultivés pour d’autres usages. C’est le Ricin qui fournit l’huile de toilette aux femmes Bandas. Aussi on rencontre cette Euphorbiacée dans tous les lieux habités où elle pousse sans soins. C’est la même variété qu’au Sénégal, vivace, très rustique, formant parfois un petit arbre qui s’élève à 5 et 6 mètres de hauteur. Les graines renfermées dans une coque indéhiscente sont très petites, mais les grappes fructifères très fournies. Lorsque le Ricin manque, on fabrique de l’huile avec les graines de différentes plantes de la brousse, le _Butyrospermum_, le _Lophira_, etc.

LÉGUMES. — La bouillie du mil, mets principal des Bandas, se mange toujours avec une sorte de soupe dans laquelle divers légumes ont cuit. Ceux qu’on cultive à cet effet (car beaucoup se cueillent dans la brousse ou sont naturalisés autour des cases, comme le Pourpier, la Melothrie) sont les suivants : le Gombo (_Hibiscus esculentus_) ; l’Oseille de Guinée (_H. Sabdariffa_) ; plusieurs espèces de _Corchorus_ ; l’Amarante (_Amarantus caudatus_) ; une autre Amarantacée appelée en banda Demba Yafourou (queue de chien) ; le Basilic (_Ocymum_).

On mange aussi les feuilles des Courges, des Patates, etc., en guise d’épinards. Le Manioc, si communément cultivé sur les bords des affluents septentrionaux de l’Oubangui et qu’on rencontre encore en quantité chez les riverains de Gribingui, fait presque entièrement défaut dans les états de Senoussi. Nous n’avons vu à Ndellé que quelques touffes de manioc doux qui étaient fort belles, ce qui prouve que la plante réussirait ; mais dans tous les pays musulmans on préfère la farine de mil à la farine de manioc.

On peut en dire autant des Bananiers. Ils viennent parfaitement et il existe dans quelques zéribas une variété du _Musa paradisiaca_ dont les fruits, longs de 0m,20 environ, sont excellents. Toute la vallée où coule le ruisseau de Ndellé pourrait être transformée en une vaste bananeraie alors qu’il n’y pousse actuellement que des herbes de marais.

L’Igname dont il existe deux variétés cultivées en pays banda, le Baba yassi (_Dioscorea alata_) et le Baba gossi (_D. Sativa_), grimpe seulement le long de quelques enclos[151]. Quant à l’Igname à tubercules aériens, nous ne l’avons vu qu’en de rares zéribas et toujours en petite quantité. Il appartient à une variété qui donne des tubercules à peau cendrée, beaucoup plus petits que les variétés des Bandas de l’O.

Le Dazo (_Coleus dazo_), si répandu du pays Ouadda sur l’Oubangui jusque chez les Ungourras, est aussi cultivé. Nous avons rencontré cultivé chez les Ndoukas du Dar Kouti l’Ousonifing (_Coleus rotundifolius_).

L’échalotte et l’ail si estimés des Arabes, et qui viendraient avec la plus grande facilité à Ndellé, ne sont connus que par quelques bulbes apportées par les caravanes du Ouadaï.

PLANTES NATURALISÉES. — Beaucoup des légumes que nous venons d’énumérer viennent sans soins, sur les détritus accumulés autour des cases, et c’est à peine si de temps en temps les femmes s’en occupent. Les graines d’ailleurs se resèment d’elles-mêmes. Il est toute une autre catégorie de plantes qui se rencontrent toujours en abondance autour des zéribas, mais rarement ailleurs, qu’on ne sème point et qui pourtant ne s’éloignent pas des habitations. Ce sont vraisemblablement des plantes qui ont été cultivées à une époque plus ou moins reculée par d’autres peuplades disparues ; bien que négligées par les nouveaux venus, elles ont continué à se multiplier sur l’emplacement des anciens villages. Bien plus, elles ont suivi l’homme partout où il se transportait, même dans ses retranchements et, par exemple, sur le sommet de kagas inhabités on les rencontre fréquemment. Nous avons noté une quinzaine d’espèces végétales de cette catégorie. Nous parlerons seulement de deux, en raison de leur abondance et de l’utilisation qui en est encore faite.

L’_Hyptis spicigera_ (Bourounyou en banda). Labiée ayant le port d’une grande Menthe, existe en abondance autour des villages et même en pleine brousse. M. SCHWEINFURTH l’a vue cultivée chez les Bongos. Au mois de décembre, lorsque la plante se dessèche, on en récolte les épis et on en fait tomber les graines riches en huile alimentaire. Aussi, à Ndellé, on substitue souvent ces graines à celles du Sésame dans la préparation des aliments. Une deuxième plante, belle Acanthacée à tige terminée par un long épi de fleurs bleues, foisonne autour de presque toutes les habitations bandas. On la sème encore quelquefois, mais le plus souvent elle vient toute seule. En brûlant les tiges de cette plante et en lessivant les cendres, on obtient par évaporation un sel de potasse impur qui est le seul condiment dont font usage les noirs et même les Arabes du peuple dans le Dar Banda et en général dans toute l’Afrique centrale.

En effet, le sel, apporté quelquefois à Senoussi par les caravanes, est une denrée fort chère et les riches seuls peuvent en faire usage. Trois kilogrammes de sel représentent à peu près la valeur d’un esclave mâle adulte. Lorsque la plante à sel vient à manquer dans un village, on la remplace par quelques espèces fréquentes dans la brousse qui contiennent les mêmes substances ; ce sont : plusieurs arbustes des bords des marigots, les tiges du _Lippia adoensis_, enfin les gousses d’une espèce de _Tetrapleura_ (Kakré ou Kakéré en banda).

UTILISATION PAR LES INDIGÈNES DES VÉGÉTAUX DE LA BROUSSE. — Quoique moins misérables que les Mandjias et même que la plupart des Bandas soumis à notre autorité directe dans les cercles de Krébedjé et de Fort- Crampel, les sujets de Senoussi sont parfois visités par la famine, surtout dans la période qui précède immédiatement la récolte[152]. Aussi recourent-ils parfois aux végétaux spontanés de la brousse.

Nos porteurs déterraient souvent une grosse igname qu’ils trouvaient dans les galeries et dans la brousse très boisée à quelques kilomètres de la Koddo. Ce tubercule se nomme _Bago_. Il vaudrait les espèces cultivées, s’il ne gardait, même après cuisson, une saveur un peu amère.

Le _Parkia_ fournit en mars et avril la farine jaune de ses gousses, mais, quoique l’arbre soit abondant, on en fait beaucoup moins usage qu’au Sénégal. Il en est de même de la graine de Karité (_Butyrospermum_) ; cet arbre, répandu depuis le septième degré jusqu’au neuvième degré, est commun dans le Dar Banda.

LE CAFÉ DE SENOUSSI, vient des bords du ruisseau appelé Bolo ou Boro, affluent de la Tété, situé à une journée de marche de Ndellé. Il est connu sous le nom de Gaoua par les Arabes de Ndellé. Nous l’avons rencontré en outre aux points suivants : sur le Haut-Manifo, la Haute- Gounda et le Bata (ce dernier ruisseau, affluent de la Kotto). D’après Senoussi, il existe encore sur le Haut-Déo, la Haute-Tété et le Haut- Dakéso.

Le capitaine JULIEN prétend avoir été le premier à faire connaître à Senoussi et son entourage le café qu’on faisait venir précédemment des Sultanats. C’est inexact. C’est par erreur aussi qu’il dit dans son rapport avoir vu le café au Bamingui et au Bangoran. Cet arbuste ne saurait exister aux points où il a passé ces rivières, qui n’y sont point bordées de galeries.

LE BÉTAIL ET LA TSÉ TSÉ. — Nous avons dit que Senoussi joint à ses nombreux revenus ceux de l’élevage et de la vente de la viande à ses sujets ; nous avons indiqué aussi le haut prix de la viande à Ndellé. La rareté du bétail vient en partie du monopole du sultan, en partie de l’occupation arabe qui a épuisé le pays au point que, dans les villages païens, il n’y a plus ni poules ni cabris. Mais elle tient aussi, du moins pour les bœufs et pour les chevaux, aux ravages de la mouche tsé tsé[153].

La tsé tsé est l’un des principaux, sinon le plus grand fléau du pays de Senoussi et du Ouadaï. Aïssa disait : « Tu ferais grand plaisir au sultan Senoussi et au sultan du Ouadaï si tu pouvais leur indiquer un remède pour guérir leurs animaux piqués par le Boguéné. » La tsé tsé fait mourir les bœufs, les chevaux, les ânes, peut-être les chameaux ; l’homme piqué ressent une légère douleur, mais n’est pas autrement incommodé. Huit jours environ après un séjour dans une région infectée (voyage au Mamoun) les phénomènes suivants ont été observés sur le cheval de COURTET :

_28 mars._ — Enflure des paturons des pieds de derrière, suintement aqueux mais léger par les naseaux.

_20 avril._ — Grosseurs aux glandes de la ganache, enflure aux commissures de la bouche, membres inférieurs enflés, suintements par les naseaux.

_21 avril._ — Humeur sanguinolente sortant en assez grande abondance des glandes de la ganache.

_23 avril._ — Grosseur sous le ventre avec suintements rosés.

_24 avril._ — Apparition d’une seconde grosseur sous le ventre, mais sans suintement.

_25 avril._ — Commencement de gonflement le long du cou, enflure plus forte des membres inférieurs.

_26 avril._ — Augmentation de l’enflure des jambes de derrière, suintements purulents par les naseaux, amaigrissement considérable, abattement, flancs non-caves, mange une quantité normale d’herbe fraîche, mais avec difficulté depuis deux jours.

_27 avril._ — Enflure atteignant la partie supérieure des jambes, testicules enflés ; écoulements purulents (naseaux, ganache et pourtour de la bouche) ; petites grosseurs disséminées laissant suinter un liquide rosé.

_28 avril._ — Respiration sifflante par suite de l’engorgement des naseaux, n’a pas mangé.

_29 avril._ — Ne s’est pas levé ce matin, mort vers 1 heure de l’après- midi.

Les régions où existe la mouche tsé tsé sont connues des indigènes, quand on les traverse, au lieu de laisser vagabonder les chevaux autour du camp, on les attache à un arbre, près d’eux on allume un brasier de branches bien feuillues dont la fumée éloigne les mouches. C’est souvent dans les marais ou à la traversée des rivières qu’elles piquent les animaux porteurs.

J’ai remarqué que la tsé tsé existe partout où les grands ruminants sauvages abondent, c’est-à-dire à proximité des grands cours d’eau, dans les plaines herbues, dénudées en partie, inondées à l’hivernage, aussi bien que sur les parties boisées et très giboyeuses qui les environnent.

Cette mouche est particulièrement abondante entre le Tété et le Boungoul ; on la trouve aussi près de l’Abiod (Bamingui) sur la route de Ndellé à Fort-Crampel et au Bangoran sur la route de Ndellé à Fort- Archambault. Elle n’existe heureusement pas à Ndellé et c’est une des raisons qui ont engagé Senoussi à installer sa résidence en cette localité.

Elle est parfaitement connue de nos Sénégalais qui la disent commune le long du Sénégal, du Niger et de leurs affluents. Cependant, dans l’Afrique occidentale, sa morsure ne serait pas mortelle pour les chevaux et les bovidés pour lesquels on ne prend aucune précaution ; ils n’en seraient même pas incommodés. J’ai vu cependant, aux environs de Sikasso, un cheval dont la maladie paraissait occasionnée par la tsé tsé.

[Note 147 : On nomme kaga toute protubérance rocheuse.]

[Note 148 : Position de Ndellé d’après M. BRUEL : latitude 8° 23′ 19″ N. (détermination au théodolithe) ; 8° 23′ 35″ (valeur au sextant). M. BRUEL prend 8° 23′ 30″ comme moyenne. Longitude 18° 25′ E. (système BRUEL) et 18° 36′ (système GENTIL). M. BRUEL prend 18° 30′ comme moyenne.

Les observations sur la température, très fragmentaires, ne peuvent être données qu’à titre d’indications. Le 10 février, au matin, M. BRUEL a observé 14° sur les bords du Bangoran. Je ne doute pas que du 15 décembre au 15 janvier, la température ne soit descendue plusieurs nuits à 12° et au-dessous. Le 18 le thermomètre atteignit 38° (à l’ombre). De 1 heure à 3 heures, il était encore à 37°, mais est descendu brusquement.]

[Note 149 : En 1902-1903, il n’est pour ainsi dire point tombé de pluies de novembre à février inclusivement.]

[Note 150 : Une autre plante à fibres textiles, l’_Hibiscus cannabinus_, est cultivée à Ndé.]

[Note 151 : Il en est de même du Haricot de Lima (_Phaseolus lunatus_) qui constitue partout un légume excellent.]

[Note 152 : Outre les petits mammifères qu’on chasse ou qu’on prend au piège, les insectes même, les termites sont alors un sérieux appoint à la nourriture.]

[Note 153 : Appelée Boguen, Boguéné, en arabe ; Sau, en rounga ; Voma, Voma-Voma, en banda.]