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CHAPITRE XV

=De Mourzouk à Tripoli=

La maison de Mlle Tinné et notre installation. — Je fais un emprunt au Gouvernement turc. — Mes amis de Mourzouk. — Le meurtrier de Mlle Tinné. — Le massacre de la mission Flatters. — Nouvel emprunt. — Le départ. — De Mourzouk à Sokna. — Un mariage. — Bonn-Djeim. — Beni-Oulid. — Accueil hospitalier des officiers turcs. — Le kavas du consul de France arrive avec le courrier. — Départ de Beni-Oulid pour Aïn-Zara. — Je revois la mer du haut des dunes. — L’arrivée du consul et l’entrée à Tripoli. — Visite à Son Excellence le Waly. — Départ pour Tunis. — Les fêtes. — Arrivée à Marseille. — Mort d’un de mes hommes et départ des autres pour le Sénégal.

J’ai dit que le logement qui m’avait été préparé par les soins du Montasarrif était celui-là même qu’avait occupé, en 1870, Mlle Tinné pendant son séjour à Mourzouk. C’était une maison de belle apparence, située dans la grande rue qui conduit de la porte de l’Est à la Citadelle ; elle avait été construite par un grand négociant de Tripoli, nommé Gagliufi. A la mort de celui-ci, elle fut achetée par Ben-Ali, fils d’un grand commerçant de Sokna.

Au premier étage était installé un appartement composé de deux pièces, dont une très grande, avec un divan tout autour, que je pris pour moi. Badaire occupait la chambre voisine, plus petite. Des nattes à terre, des tentures d’Andrinople sur les divans et aux fenêtres, quelques chaises et tables constituaient une installation sinon somptueuse, du moins confortable. L’instant où je pris possession de cette maison marque parmi les impressions les plus agréables que j’aie jamais ressenties. C’était la transition entre la barbarie et la civilisation. A ce moment je me sentis enfin arrivé au terme de ma longue pérégrination.

C’était avec une émotion bien profonde, partagée par Badaire, que je constatai que cette réception n’avait pas été improvisée. Le Montasarrif ne m’avait-il pas dit que, depuis trois mois, il avait reçu l’ordre de surveiller les routes du Sahara et de mettre à ma disposition, dès mon arrivée, toutes les sommes d’argent, toutes les troupes que je voudrais demander pour continuer ma route ? Cet ordre était venu de Constantinople par l’intermédiaire du Pacha de Tripoli. Mais alors nous n’étions donc pas complètement oubliés ? Quelqu’un s’était trouvé pour penser que la mission pourrait faire retour par le Sahara ! Je laisse à penser la joie dont nous étions pénétrés, la gratitude que nous éprouvions pour la sollicitude dont le Gouvernement de notre cher pays nous donnait ainsi des marques si éloquentes.

Cette reconnaissance, dont l’expression nous montait aux lèvres, n’était pas de nature purement sentimentale. Les secours qui nous venaient de manière si inespérée arrivaient à leur heure. Sans être à bout de ressources, j’étais peu riche ; mon capital était de 90 gros d’or environ ; mais leur vente, qui eût pu me produire un millier de francs à Tripoli, ne m’aurait pas procuré plus de 600 francs à Mourzouk, et j’eusse été réduit à un emprunt onéreux auprès des négociants arabes.

Or mon personnel était à bout ; Badaire avec un œdème énorme aux deux jambes ne pouvait continuer ; mes indigènes avaient eu les pieds tournés et, de plus, ils avaient d’énormes crevasses produites par la marche sur les roches glacées pendant les heures de nuit. L’un d’entre eux, je l’ai dit, était arrivé mourant des suites d’une bronchite grave. Tous étaient sans vêtements, et la température, pour les Soudanais et pour nous- mêmes, était très rigoureuse. Il était grand temps pour tous de substituer le mouton gras au poisson sec, les légumes rafraîchissants et le bon pain au couscous sablonneux, le bourkou de laine (burnous commun) au boubou de coton effiloché par un long-service.

Le lendemain de mon installation, je fis une deuxième visite au Montasarrif, intéressée celle-là, pour lui emprunter une somme de 300 medjidiés. Le même jour, je fis une visite aux officiers turcs de la garnison. Celle-ci est commandée par un Bimbachi (chef de bataillon) ; elle se compose de cinq cents hommes environ, presque tous du Fezzan, d’allure peu militaire en général.

La garnison habite dans un grand kasr ou citadelle, construit en briques crues, imposant comme masse et qui était, au moment de mon passage, en assez bon état d’entretien.

Je fus aussi rendre visite à Mohammed-ben-Aloua, dont Nachtigal fait si grand éloge dans son ouvrage, et dont j’ai eu l’occasion de parler déjà en narrant mon heureuse rencontre à Gatroun avec Hadj-Abdallah, frère de Karami.

Ce dernier est un petit homme aimable, habile en affaires, doux et tranquille, en même temps qu’intelligent et bon. Il est fortement teinté. Sa mère était une femme du Bornou. Il parle également bien arabe, bornouan et haoussa, comme, d’ailleurs, presque tous les gens du Fezzan.

Son installation est la plus luxueuse que j’aie vue à Mourzouk. Il a entre autres quelques belles choses : des grandes lampes, des candélabres d’argent, de belles glaces qui lui ont été données par son ami Nachtigal lorsque, revenu de son mémorable voyage, il était à Tripoli comme consul général d’Allemagne.

Quand je n’étais pas moi-même dehors, ma maison ne désemplissait guère ; on servait le café « à la turque[46] » toute la journée, car j’avais une domesticité nombreuse et un chaouch de planton. Un de mes visiteurs assidus, qui venait chaque jour et que je voyais toujours avec plaisir, était Mohammed-Effendi-el-Gourian, capitaine de gendarmerie, de son titre Yousbachi-Asker Zaptié-y-Wali-y-Fezzan.

C’était un homme aimable et intelligent, attentif à me rendre tous les services qui étaient en son pouvoir. Natif du nord de la province de Gourian, il connaissait admirablement le pays et se trouvait à Mourzouk depuis plusieurs années déjà.

Il me parla souvent de Mlle Tinné qui avait laissé à Mourzouk une réputation de richesse et de bienfaisance. Chaque jour elle faisait distribuer cinquante pains aux pauvres et souvent leur donnait des vêtements et de l’argent. La Bent-el-Re (fille de roi), comme l’avaient surnommée les Arabes, à cause de sa richesse, avait véritablement conquis toutes les sympathies.

On sait qu’en 1870, partie de Mourzouk pour pénétrer dans l’intérieur du Sahara, elle fut traîtreusement assassinée par ses guides. Elle avait, avant de s’engager vers l’Ouest, écrit à Icknoukou, Aménokal des Azgueurs, qui lui avait donné son neveu pour la conduire à Khat. Longtemps on a accusé de ce meurtre indigne les Touaregs. Mon ami le Yousbachi m’a donné des détails très précis qui permettent de rétablir la vérité historique. Voici ce qu’il m’a conté à ce sujet : Le véritable assassin de la Bent-el-Re serait un Arabe Oulad bou-Sef (tribu habitant sur la route de Tripoli à Mourzouk par Gourian et le val Shiati) du nom d’Ethmann-bonn-Badia. Il était parfaitement connu à Tripoli où il venait fréquemment, sans être inquiété le moindrement par les autorités turques. Le Yousbachi l’avait lui-même vu dans cette ville. S’il n’était pas inquiété, il n’en avait pas moins encouru la réprobation générale pour le crime qu’il avait commis, et il ne réussissait à demeurer au milieu des siens que par la terreur qu’il inspirait. Il ne sortait jamais qu’armé d’un fusil-revolver à seize coups.

Il mourut, vers 1890, de mort tragique, dans des circonstances où les Arabes se sont plu à voir le doigt de Dieu. Un jour, dans un pacage voisin de sa tente, vint s’établir un jeune Arabe avec sa vieille mère et deux chameaux ; il laissa paître ces derniers sur place après les avoir entravés[47]. Ethmann, mécontent, vint lui chercher querelle et lui intima l’ordre de partir ; le jeune homme, un enfant, prétexta que les animaux étaient fatigués et demanda de rester deux jours. Le troisième jour au matin, Ethmann revint ; le jeune homme étant absent, il s’en prit à la vieille femme et employa vis-à-vis d’elle la violence pour la faire lever, après avoir abattu la tente. L’enfant survint sur ces entrefaites et reprocha à Ethmann sa mauvaise action ; celui-ci s’emporta jusqu’à menacer l’enfant qui, furieux, le coucha en joue et l’abattit.

[Illustration : Beni-Oulid (le fort turc).]

« Ainsi périt, ajouta en manière de conclusion le bon Yousbachi, de la main d’un enfant armé d’un mauvais fusil, celui qui s’était souillé du meurtre d’une femme et ne sortait qu’avec un fusil à seize coups. Allah Amdellillahi[48] ! »

En parlant des Touaregs, le Yousbachi me donna le récit de l’attaque de la mission Flatters, tel qu’il le tenait d’un Hoggar qui y avait joué son rôle. J’ai raconté au long, d’après sa narration, ce guet-apens dans mon étude « Tombouctou et les Touaregs[49] ». Quand le colonel, séparé par ruse de ses guides et de la plus grande partie de ses compagnons, eut campé, les Chambas conduisirent le bill aux pâturages. Les Hoggar embusqués massacrèrent les bergers et poussèrent les chameaux vers le camp. Tout d’abord le malheureux Flatters crut que ses ordres avaient été mal compris et ordonna de reconduire les animaux, puisqu’on devait faire séjour pour attendre les autres fractions du convoi. Or il est de règle que le bill reste aux pâturages pendant la durée du séjour au puits. Ce ne fut qu’en voyant que les chameaux continuaient à avancer qu’il sauta sur ses armes et ouvrit le feu contre ce rempart vivant. Poussés par les Touaregs à coups de lance, les chameaux peu à peu enserrèrent le camp, renversant les tentes, pendant que Flatters et ses malheureux compagnons épuisaient en vain leurs munitions contre leurs propres animaux, sans causer le moindre dommage à leurs adversaires. On en vint aux mains, mais les Français avaient perdu l’avantage de leur armement ; entourés de toutes parts, ils se défendirent vaillamment, mais furent tués à coups de lance et de sabre.

Les jours passaient ainsi à deviser agréablement, quand je n’étais pas absorbé par les soins de ma correspondance et l’organisation du départ. Pendant ce temps, peu à peu mes hommes se rétablissaient. Les cinq premiers jours, je n’avais pu obtenir d’aucun un seul mouvement ; jour et nuit ils dormaient, ne se réveillant que pour se mettre sur leur séant à l’heure des repas, et pour retomber aussitôt après dans un lourd sommeil.

J’allais omettre de dire qu’à Mourzouk se trouvaient des prisonniers, ou mieux peut-être des condamnés à la déportation.

Pour la plupart, c’étaient des chrétiens crétois, arméniens, albanais, serbes. Ils se faisaient reconnaître de moi en esquissant un signe de croix en passant devant ma maison. Je pus leur faire remettre quelque argent ; ils me firent tenir plusieurs suppliques que je remis, arrivé à Tripoli, au consul de Grèce, par l’intermédiaire du consul de France.

Un instant j’avais arrêté de partir avec mon ami Zaggar par la route de l’Ouest, par le val Shiaté et Gourian ; j’avais même écrit au consul général de Tripoli dans ce sens ; je sus plus tard qu’il avait envoyé au-devant de moi par cette route ; mais la difficulté de trouver des chameaux me fit choisir la route de Sokna, pour laquelle une bonne occasion se présentait.

Après avoir fait un nouvel appel de 300 medjidiés à la caisse du Montasarrif, je louai sept chameaux pour le voyage. Malgré les instances du Gouverneur, je refusai de prendre une escorte de soldats turcs, de crainte de voir ma marche retardée ; j’acceptai seulement, comme guide et intermédiaire auprès des fonctionnaires turcs, le chaouch Ali, qui me servait de planton.

Le 5 novembre, après avoir pris de tous un cordial congé, nous entamions la dernière grande étape, bien munis de lettres du Montasarrif pour les fonctionnaires du Fezzan, et de mon ami le Yousbachi pour les Zaptiés, ses subordonnés.

Ma caravane se compose des deux chameaux qui restent de ma caravane et de sept autres que j’ai pris à loyer à un homme de Sokna.

Nous campons, le premier jour, à la limite nord-est de l’oasis de Mourzouk, à Delim. Onze heures de marche en deux étapes nous conduisent, le 7, à Rhodona, pauvre bourgade ruineuse, où nous trouvons de nombreux campements d’Oulad-Sliman qui reviennent de leur voyage de dattes au sud du Fezzan. Ainsi, jusqu’à Sokna, nous allons presque chaque jour rencontrer les échelons des hordes que nous avons vues déjà à Gatroun et qui remontent vers le Nord, à leur territoire de la Cyrénaïque.

La marche du 8 se fait dans une immense plaine dénudée ; c’est, en petit, l’apparence de la Tintoumma. Après huit heures de marche, nous campons auprès de quelques arbres, et le lendemain, après neuf heures de route, nous arrivons à l’oasis dans laquelle est la petite ville de Sebbah. Nous avons passé le puits d’El-Biban, situé au débouché d’un cirque montagneux, à la troisième heure de route.

[Illustration : Départ de Mourzouk. — La dernière étape.]

Je dois donner un peu de repos. Le Moudir me donne l’hospitalité dans la maison de Beylick.

Nous repartons le 11 novembre, à cinq heures vingt du matin, pour être à la petite oasis de Temenhint à midi et demi ; le temps de manger, d’acheter quelques dattes et de la paille, et nous repartons à quatre heures, pour recamper à six heures et demie dans un pâturage de hâd. Le lendemain, par une marche de six heures, nous atteignons Zirrhen. Plus nous marchons, plus toutes choses renchérissent.

Le 13 novembre, nous attaquons la région déserte qui sépare Zirrhen de Sokna.

Cinq heures de marche nous conduisent, ce jour-là, à Om-el-Abid, puits où il nous faut faire de l’eau pour cinq jours. Nous trouvons campée une bande d’Arabes Oulad-Chergui, qui tentent, pendant la nuit, de nous voler les chameaux ; mais on veille ; ils en sont pour leurs frais.

Le 14 commence la marche terrible de quatre jours qui doit nous conduire à Bir-Godefa, seul point d’eau avant Sokna.

Le premier jour, partis à six heures et demie, nous campons à midi, pour repartir à deux heures et camper à six heures quinze du soir, après avoir passé, vers cinq heures et demie, le « Petit-Sable », région de hautes dunes où je laisse un de mes chameaux.

Le Petit-Sable donne accès à une immense sérir caillouteuse à peu près dépourvue de végétation.

A quatre heures vingt, le 15, on lève le camp. A midi, nous sommes au « Grand-Sable », où nous trouvons quelque nourriture pour les chameaux ; nous en repartons à deux heures pour camper, à neuf heures et demie du soir, dans un lit d’oued desséché, appelé El-Gaf, où les plantes de séné sont très abondantes.

Mon cheval est fourbu ; il a les jambes arquées ; il ne peut plus poser les pieds sur le sol, tant la fourchette est devenue sensible, par suite de la marche sur la sérir caillouteuse. Je prends Guéladjio, qui ne vaut guère mieux, tandis que Badaire monte sur un chameau. En réalité, c’est à pied que je vais achever la route jusqu’à Tripoli.

La sérir que nous venons de traverser s’appelle la Maïtaba rouge. Nous en sortons le lendemain 16, pour entrer dans la Maïtaba noire, à l’extrémité de laquelle nous campons à onze heures, après cinq heures de marche.

A deux heures du soir, nous abordons les montagnes Noires (Djebel-Soda), écheveau très confus de massifs caillouteux entrecoupés par des cuvettes, lits d’oueds passagers dont les directions générales sont très difficiles à définir. A trois heures cinquante, nous sommes à Fiker, cuvette dans les roches, où les Turcs ont tenté, il y a quelques années, de creuser un puits, qui est resté inachevé. Les Arabes et le chaouch Ali prétendent qu’à Constantinople on croit que ce puits, qui serait si utile aux caravanes, existe, alors que jamais, au cours des travaux, on n’a atteint la nappe d’eau. Nous campons, à sept heures et demie, dans le val de M’zer-el-Had, riche en plantes fourragères pour les chameaux.

Le 17 novembre, après une heure de marche, nous sortons du val pour aborder les grands chaînons du Djebel-Soda. Marche épouvantable, non plus dans les cailloux, mais dans les roches, qui se termine par une descente extrêmement pénible pour les animaux dans l’entonnoir où est sis le Bir-Godefa. Nous avons fait en quatre jours une route qui en demande cinq habituellement ; mais l’escapade d’un chameau nous avait fait perdre en chemin quatre outres d’eau, ce qui nous obligea à forcer les étapes.

Le 18 novembre est un vendredi ; mon convoyeur ne veut pas entrer ce jour-là dans sa ville natale, il me faut faire charger malgré lui les animaux. Partis à six heures et demie, nous entrons à Sokna à trois heures.

L’oasis de Sokna est fort grande et belle, ses dattes sont renommées. Sokna est la dernière ville du Fezzan ; elle possède une certaine importance commerciale, elle est à la bifurcation des routes de Tripoli et de Djerboul, oasis célèbre parce qu’elle contient la zouaïa fameuse du Mahdi Es Senoussi.

Je reçus à Sokna l’hospitalité dans la maison de Beylick et j’étais à peine arrivé que s’empressait d’accourir auprès de moi Boun-Ali, père de mon hôte de Mourzouk.

Un grand mariage avait lieu et, suivant la coutume, le cortège faisait le tour des remparts. Il vint s’arrêter sous mes fenêtres. L’épousée était montée sur un très beau chameau blanc tout couvert de pompons et de panaches. Elle était cachée aux regards par une sorte de dais recouvert de tapis, sous lequel elle était couchée ou assise sur un lit de repos placé sur l’animal dans le sens perpendiculaire à l’échine.

Le chameau et son précieux fardeau formaient le centre du cortège flanqué à droite et à gauche de musiciens et de danseuses. Les premiers soufflaient dans des binious et des cornemuses, ou frénétiquement battaient du tambour, pendant que les secondes esquissaient des pas de hanches et des danses de bras accompagnées de jeux de foulards, car, on le sait, la danseuse arabe ne danse pas, tout au plus esquisse-t-elle quelques pas traînants.

Les invités, jeunes gens pour la plupart, excités par ces harmonies, faisaient parler la poudre ; la plupart étaient à pied. Ils se livraient à de véritables exercices de jongleurs avec leurs armes chargées, puis, se rapprochant du centre du cercle par des mouvements plus ou moins gracieux, mais qui toujours indiquaient beaucoup de souplesse, venaient un genou à terre décharger leur coup de fusil, dans la pose la plus fantaisiste, sous le nez de l’impassible animal.

Les quelques cavaliers se livraient à des exercices équestres, surtout des charges ou des courses au galop par deux, enlacés, qui témoignaient de leur habileté d’écuyer.

Lorsque le cortège reprit sa marche, généreusement j’octroyai aux musiciens le prix d’un fauteuil d’orchestre à l’Opéra.

Je dus attendre trois jours, d’avoir loué de nouveaux chameaux, pour continuer ma route ; ma demeure ne désemplit point pendant ce temps de toutes les notabilités de Sokna, et cependant la ville est entièrement sous l’influence des Senoussis qui y possèdent un très bel institut.

Le 22 novembre, accompagnés du Moudir et du fils de Boun-Ali, nous quittons Sokna pour aller à deux heures de là camper auprès d’une source où nous devons faire de l’eau pour la route et qu’on appelle El-Hamman. Là sont des vestiges d’anciens thermes romains dont on ne peut juger l’importance, des sables ayant tout envahi.

Nous partons le soir ; le lendemain, nous trouvons un puits dont l’eau est salée ; mais, le 25, nous campons à onze heures et demie aux bords d’un très joli lac, El-Gra-Cheik-Ator, dont l’eau est d’une fraîcheur et d’une saveur délicieuses.

Nous faisons, le 26, une pénible marche, dans les sables d’abord, dans une sérir accidentée et caillouteuse ensuite. Nous y rencontrons le chatma (courrier) ; il ne m’apporte rien et cependant j’avais calculé que par lui j’aurais pu avoir mon premier courrier.

Le lendemain 27, nous sommes à Bonn-Djeim. Quelques pauvres maisons, un kasr en ruines construit par ordre du Sultan Abdul-Medjid, les restes ensablés d’un château romain, quelques maigres dattiers, de rares figuiers, telle est la petite ville perdue entre Beni-Oulid et Sokna. Le sel de Bonn-Djeim est renommé.

Le 28 novembre, on se remet en route, le cœur allègre, quoique la vue du paysage n’inspire guère d’autre sentiment que la mélancolie ; mais désormais cinq jours nous séparent de l’Europe, puisque le télégraphe vient jusqu’à Beni-Oulid, le premier et dernier lieu que nous devions rencontrer jusqu’à Tripoli.

Dure route cependant ; il fait froid et la roche est dure aux pieds de ceux qui depuis vingt-six mois bientôt sont attachés à ma fortune.

Le 29, dans l’Oued-Semsem, le 30, dans l’Oued-Belem, nous trouvons quelques maigres cultures d’orge. Le 1er décembre, nous pénétrons dans l’Oued-Néfet. Là se trouve un puits magnifique, très ancien, creusé dans une roche calcaire tendre, dans laquelle les grosses cordes de fibres de palmiers ont creusé de multiples sillons et poli les surfaces à les rendre brillantes comme du vieil ivoire.

Le 3 décembre, nous entrons dans des plateaux rocailleux, entrecoupés de ravins où végètent de maigres cultures d’orge et de blé. Les hauteurs sont couronnées d’anciens châteaux forts romains et arabes, de retranchements en pierres, derniers vestiges des luttes des Oulad-Sliman contre la domination turque. Péniblement enfin, à cinq heures, nous arrivons au bord d’une immense ravine qui est la vallée de Beni-Oulid. Le vert des champs d’orge qui s’étendent sous les oliviers fait contraste avec la désolation du plateau et des flancs rocailleux du vallon. Le kasr turc, sur la rive droite, domine la vallée dans laquelle d’ailleurs il n’y a pas trace de ruisseau.

Nous faisons notre entrée dans le fort au milieu des soldats turcs qui se précipitent pour faire entrer les animaux et les charges : le commandant du fort, capitaine Ghalib-Effendi, vient à ma rencontre et me souhaite la bienvenue.

Le Kaïmakam[50] est absent ; on me donne sa chambre et son lit !!! Qu’il est loin le dernier ! C’était celui de mon ami Delor à Saint-Louis, il y a vingt-six mois.

[Illustration : A Beni-Oulid. — Chargez ! C’est la dernière fois.]

Un désenchantement m’attendait ; pas de courrier ! Je télégraphie dès le lendemain au consul et, ne recevant point de réponse, je me résigne à attendre. Attente faite d’impatience, c’est vrai, mais bien adoucie par les mille soins dont nous entourent les officiers de la garnison.

Il y a à Beni-Oulid une garnison de deux compagnies d’Albanais, soldats petits, mais robustes, dans le genre de nos montagnards des Alpes. Ils manœuvrent parfaitement à l’allemande. Chaque jour, à trois heures, a lieu une cérémonie intéressante, c’est le Salut au Sultan. Les hommes en armes sont formés en ligne sur la place d’exercice ; au commandement du capitaine, ils présentent les armes, puis à un second commandement font de la main droite le salut militaire en portant cette main ouverte au fez, continuant de la main gauche à maintenir l’arme vis-à-vis du milieu du corps. Puis le capitaine levant son sabre crie trois fois : « Vive le Sultan Abdul-Hamid ! » cri que tous les hommes répètent, puis ils replacent la main droite à la poignée de l’arme. Généralement un maniement d’armes de quelques mouvements suit, qui s’exécute avec une précision digne de nos meilleures troupes.

Enfin, le 6, au matin, arrivent deux cavaliers, l’un, kavas du consul général de France, l’autre, artilleur à cheval envoyé par le Pacha de Tripoli.

Mohammed, le kavas, entre dans ma chambre, ouvre avec son couteau la poche de sa veste de zouave qu’on a eu la précaution de coudre et en tire une lettre de M. Destrées qu’il me remet. « Quoi ! c’est là tout ! dis-je. Rien autre ? » Mohammed ne répond pas.

J’ouvre la lettre, un peu dépité, je l’avoue. Quoi ! après deux ans de privation de toutes nouvelles, alors que nous avons écrit et expédié de Tedcherri et de Mourzouk à Tripoli des dépêches pour la France, rien des nôtres ? Badaire, qui me suit des yeux et entend mes réflexions, est aussi navré que moi.

Nous nous réconfortons un peu à la lecture de la lettre de notre aimable consul qui nous donne en paquet une série de bonnes nouvelles. Je suis chef de bataillon ; cela, je le savais ; ce n’était ni une surprise, ni un avancement ; officier de la Légion d’honneur, c’était une récompense insigne. Badaire était décoré de la médaille militaire ; aussitôt, sans aller plus loin, je lui donne l’accolade. Puis il y a de bonnes nouvelles de tous les nôtres et enfin est jointe une dépêche de félicitations du Gouvernement.

La lecture terminée, je replie la lettre. Il n’y a pas abondance de courrier, mais nous sommes heureux, surtout tranquillisés ; c’est bien ce que pense Mohammed qui me regarde d’un air narquois. Il soulève alors l’autre face de sa veste, d’un geste lent, et me montre une deuxième poche cousue également, mais qui semble bondée ; il me dit que c’est à moi de l’ouvrir.

[Illustration : Ahmet-Rassim-Pacha.]

C’était la surprise : lettres et dépêches en sortent comme les serpentins de papier du chapeau d’un prestidigitateur. Il y a plus de cinquante dépêches et lettres de tous les amis d’hier et du jour, beaucoup d’écritures nous sont inconnues.

Aux dépêches d’abord. La première que j’ouvre, c’est une dépêche de mes camarades de promotion (de son nom « la Grande Promotion »). Des félicitations chaleureuses comme de raison, mais elles étaient pour moi tellement inattendues que les larmes jaillirent de mes yeux. Dieu ! la belle récompense que celle que vous décernent spontanément ceux qui ont débuté dans la vie avec vous ! Puis, fiévreusement, je passe à celle des parents, des amis, des admirateurs inconnus ; il y a dépêches et lettres de toutes les Sociétés de géographie, du Comité de l’Afrique française, de la Société de Géographie de Paris, de la Société de Géographie commerciale, etc., etc.

Tout à l’heure, ce n’était pas assez, maintenant c’est presque trop.

Il est une d’elles qui me fait un plaisir particulier : c’est celle de M. Étienne. Il a eu confiance, et il est heureux de mon succès qui est un peu son œuvre.

Quelle débauche en quelques heures ! Il n’y a pas un nuage à notre bonheur, car nous retrouvons l’un et l’autre nos parents, notre famille au complet, et nous avons la satisfaction de savoir que la France entière est fière du résultat de nos travaux, qu’elle a applaudi à notre réussite.

Le 7 décembre, à huit heures du soir, les officiers du fort, Ghalib- Effendi en tête, nous font la conduite ; de l’autre côté du ravin, nous nous séparons de nos amis turcs qui nous ont généreusement offert ce qu’ils appelaient eux-mêmes l’hospitalité du soldat.

[Illustration : M. Destrées.]

La dernière étape couronna dignement la traversée de l’Afrique ; le 10 décembre, à six heures du matin, nous campions à l’oasis d’Aïn-Zara, aux portes de Tripoli, ayant fait à pied, nos chevaux n’en pouvant plus, 165 kilomètres en soixante-dix heures. Sur l’avis de Mohammed, nous nous arrêtons pendant que le cavalier turc va prévenir à Tripoli le consul et le Pacha.

Des dunes en avant du camp masquent la vue de la ville. Je monte à leur sommet, et de là enfin, en proie à une émotion que je ne saurais exprimer, je contemple la mer qui, comme un large ruban bleu, borde l’horizon par-dessus les panaches des dattiers de la côte. C’est en ce moment que j’ai seulement la perception bien nette que la tâche est terminée ; le désert est d’un côté de la dune ; devant c’est la France, la patrie retrouvée ! Et de mes lèvres inconsciemment s’élève vers le ciel une ardente et muette prière d’actions de grâces à la Providence qui nous a protégés, qui m’a permis de ramener au port, sans en perdre un seul, les compagnons qui ont partagé les périls de cette longue campagne.

Je ne sortis de ma rêverie, qui avait duré plusieurs heures, que pour me porter au-devant des voitures qui arrivaient. Le consul général, M. Destrées, descend, accompagné du premier drogman, M. Piat. Avec une émotion que je n’ai pas besoin de dire, je me précipite dans leurs bras. Puis ce sont les poignées de main échangées avec les Européens qui ont tenu à les suivre pour me souhaiter la bienvenue. Sont là présents aussi deux aimables reporters, MM. d’Attanoux et Paul Combes, l’un pour le _Temps_, l’autre pour la _Politique coloniale_ et les _Débats_. Si je les ai cités, c’est à cause des aimables relations que j’ai eues avec eux, mais aussi et surtout parce qu’il me semble que cette heure solennelle ait décidé à tous deux de leur vocation.

D’Attanoux, qui entrevoyait le désert aux sables d’Aïn-Zara, a voulu le connaître mieux et l’on sait la pointe hardie qu’il a poussée cette année au cœur du pays des Touaregs-Azgueurs ; Paul Combes est devenu l’un des plus ardents et des plus écoutés propagandistes de l’expansion coloniale.

Pendant qu’on échange ces saluts et présentations, nous remontons vers le camp où Badaire reçoit à son tour accolades et félicitations ; il est en un instant, avec son chapeau bornouan, le point de mire d’une série d’objectifs de photographes amateurs. Point n’est besoin de dire que, dans ce rôle, les Anglais tiennent le premier rang.

« Chargez ! — C’est la dernière fois ! » ne puis-je m’empêcher d’ajouter à mon commandement habituel. La joie la plus vive se lit sur les visages de tous nos hommes qui, péniblement, car ils sont bien à bout cette fois, entassent un peu n’importe comment les quelques bagages sur les animaux.

Avec le consul, nous montons en voiture ; Kouka et Guéladjio suivent en main ; le repos aussi approche pour eux. Ils l’ont bien gagné !

Ici, je devrais écrire le mot _fin_, si je n’avais à cœur de remercier M. Destrées, notre aimable consul général, et Mme Destrées, sa digne compagne, de leur cordiale hospitalité. Dès le jour même, la sympathie de leur accueil nous donna l’illusion que nous avions regagné déjà notre foyer depuis si longtemps déserté. Je crois que Mme Destrées doit garder le souvenir de ce premier jour où son salon fut transformé pendant plusieurs heures en un bazar où étaient amoncelés vêtements, linge, objets de toilette. Il était temps de nous mettre en costume présentable.

Lorsqu’il en fut ainsi, deux jours après, je pus faire visite à Son Excellence Ahmet-Rassim-Pacha, Waly de la Tripolitaine. La présentation fut faite par M. Destrées. Je remerciai vivement Son Excellence de l’accueil que j’avais rencontré partout, suivant ses ordres, de la part des autorités ottomanes. Puis nous causâmes et je fus charmé par la conversation de ce vieillard aimable et fin qui maniait la langue française comme sa langue mère.

[Illustration : La mission à l’arrivée à Marseille.]

Le 13, au matin, à bord du _Saint-Augustin_ de la Compagnie transatlantique, capitaine de Casteljau, la mission quittait Tripoli.

J’avais le regret de n’avoir pu dire adieu à mon ami Zaggar qui, parti après moi de Mourzouk, avait cependant affirmé qu’il me précéderait à Tripoli. J’eus le plaisir, quelques mois après, de le voir débarquer à Paris où, confiant dans mes conseils, il venait vendre ses plumes d’autruche.

A bord du _Saint-Augustin_, nous trouvâmes M. et Mme Napoléon Ney, qui, fixés à Tunis depuis quelque temps, avaient eu l’aimable pensée de venir au-devant de moi. Nous fîmes de compagnie un charmant voyage jusqu’à Tunis, en passant par Malte.

A Tunis, des fêtes superbes étaient préparées en notre honneur, qui groupèrent autour de M. le résident général Rouvier, récemment arrivé de France, toute la colonie européenne sans distinction de nationalité. Le soir, ce fut le tour de nos camarades de l’armée qui, sous la présidence de M. le général Leclerc, nous donnèrent une très belle réception au cercle militaire.

Nous dûmes regagner le bord à la nuit, inaugurant le nouveau canal de Tunis à la Goulette. Malheureusement la chaloupe à vapeur, par suite d’une fausse manœuvre, s’enliza et nous dûmes rentrer à bord à l’aviron.

Le 18, le _Saint-Augustin_, pavoisé, mouillait dans le port de Marseille.

Mon ami Binger, qui vint à bord aussitôt, accompagné de sa jeune femme, nous apportait, avec les félicitations du Gouvernement, la croix d’officier de la Légion d’honneur pour moi, la médaille militaire que je remis à Badaire et les médailles commémoratives d’or et d’argent que de Mourzouk j’avais demandé à faire frapper pour mes hommes.

Je fus particulièrement touché de l’empressement que l’on avait mis à accéder à ma demande. J’eusse été peiné de me séparer de mes hommes sans qu’ils emportassent ce témoignage de satisfaction qu’ils avaient si bien gagné, et qu’ils désignent de manière si appropriée sous le nom de _médaille merci_.

Huit jours après, mes noirs compagnons quittaient Marseille pour rentrer au Sénégal. Un triste événement marqua ces derniers moments : l’un d’eux mourait le 23 décembre à l’hôpital, des suites d’une bronchite contractée entre Tunis et Marseille.

Et maintenant que deux ans bientôt ont passé sur ces événements si émouvants du retour, aujourd’hui que le Gouvernement a bien voulu reconnaître par des marques éclatantes de sa faveur les services rendus, je reste encore étonné de l’immense mouvement de sympathie spontanée qui a pris toutes les formes pour se manifester autour de moi.

Qu’il est doux de faire simplement son devoir en notre beau pays de France !

Grand-Bassam, 22 octobre 1894.

[Illustration]

[Décoration]

APPENDICE

POSITIONS DÉTERMINÉES ASTRONOMIQUEMENT[51]

PAR P.-L. MONTEIL

Les latitudes observées sont le résultat d’observations méridiennes du soleil ou d’étoiles ou d’observations de la Polaire.

Les latitudes estimées ont été déduites de l’itinéraire journalier ; elles ont été vérifiées avec le plus grand soin, grâce aux observations qui les encadrent.

Les longitudes ont été obtenues au moyen d’angles horaires reliés les uns aux autres par de nombreux états de chronomètres. Elles ont été contrôlées par nombre de distances lunaires.

Toutes ces observations, calculées d’abord en cours de route, ont été remises entre les mains de M. le général Derrécagaix, chef du Service géographique, qui a chargé M. de Villedeuil d’en faire à nouveau le calcul.

Revisées ensuite par moi pour des détails, elles sont définitivement établies dans les limites d’erreur suivantes :

Pour les latitudes : ± 1′.

Pour les longitudes : ± 0m30s.

LATITUDE NOMS DES LIEUX LONGITUDE OBSERVÉE ESTIMÉE

Kita (Soudan) 13° 03′ 05″ 9N » »

Guenikoro id. 13° 10′ 07″ » »

Koundou id. 13° 10′ 25″ » »

Bamakou id. 12° 39′ 34″ 4 » »

Manambougou id. 12° 48′ 00″ 09 » »

Koulicoro id. 12° 54′ 26″ » »

Ségou-Sikoro id. 13° 36′ 40″ » 8° 44′ 55″ Ot

Kala id. » 13° 28′ »

Fatené id. 13° 35′ 41″ 6 » 7° 23′ 50″ Ot

San (Indt) 13° 19′ 52″ 4 » 6° 48′ 30″ Ot

Scienso (Territoire 13° 15′ 45″ 5 » 6° 44′ 25″ Bobo) Ot

Sangatori (Miniankala) 13° 00′ 45″ » 6° 48′ 40″ Ot

Bougounso id. 12° 41′ 49″ 4 » 6° 57′ 22″ Ot

Koumberi id. 12° 28′ 21″ 9 » »

Kouro id. 12° 02′ 43″ 1 » »

Kinian id. 11° 52′ 06″ » 7° 39′ 45″ Ot

Sikasso (Kénédougou) 11° 18′ 48″ 9 » 7° 22′ 30″ Ot

Les observations méridiennes sont interrompues jusqu’à Argoungou.

Banso (Territoires » 11° 12′ 26″ 6° 27′ 15″ Bobos) Ot

Passage Baoulé id. » 11° 13′ 5° 29′ Ot

Bobo-Dioulasso id. » 11° 01′ 45″ 5° 55′ Ot

Boussoura id. » 11° 29′ 5° 51′ Ot

Ouoronkouoy id. » 11° 00′ 48″ 5° 16′ Ot

Passage Volta » 12° 00′ 25″ 5° 00′ 55″ Ot

Lanfiéra (Dafina) » 12° 32′ 27″ 5° 02′ 30″ Ot

Djin id. » 12° 26′ 24″ 4° 53′ Ot

Koui id. » 12° 22′ 30″ 4° 43′ Ot

Niouma (Mossi). » 12° 39′ 18″ 4° 14′ 30″ Ot

La id. » 12° 38′ 36″ 4° 03′ Ot

Yako id. » 12° 42′ 54″ 3° 47′ 20″ Ot

Niou id. » 12° 37′ 42″ »

Nakamgoum id. » 12° 28′ 02″ 3° 07′ 15″ Ot

{ par Lanfiéra » 12° 20′ 00″ Waghadougou { 3° 08′ 10″ { Ot { par Nombila id. » 12° 21′ 00″

Nombila id. 12° 30′ 04″ » 2° 59′ 30″ (P)[52] Ot

Oubitenga id. » 12° 31′ 50″ 2° 54′ Ot

Boussouma id. » 12° 48′ 38″ »

Ouégou id. 12° 52′ 54″ » 2° 39′ 45″ (P) Ot

Kaya id. 13° 04′ 00″ » 2° 39′ 45″ (P) Ot

Sargou id. » 13° 12′ 37″ 2° 36′ Ot

Rivoulou id. » 13° 20′ 25″ 2° 30′ 45″ Ot

Korkou id. » 13° 27′ 19″ 2° 32′ 45″ Ot

{ par Korkou id. » 13° 38′ 21″ Pensa { 2° 25′ 15″ { Ot { par Pina id. » 13° 38′ 26″

Pina id. 13° 46′ 24″ » 2° 17′ 30″ (P) 1

Bangataka (Liptako). » 14° 01′ 00″ 2° 01′ 30″ Ot

Dori id. 14° 00′ 08″ » 1° 36′ 15″ (P) Ot

Campt 2 juin id. 13° 41′ 04″ » 1° 15″ (P)

{ 10 juin (Yagha). 13° 25′ 02″ » Zebba { (P) 1° 00′ 00″ { Ot { 23 juin id. 13° 25′ 03′′ » (P)

Denga id. » 13° 25′ 23″ 0° 50′ 15″ Ot

{ par Zebba id. » 13° 23′ 30″ Yama { 0° 38′ 20″ { Ot { par Kakou id. » 13° 24′ 37”

Kouro id. » 13° 08′ 00″

Kakou id. 13° 09′ 44″ » 0° 24′ Ot (P)

Marna (Torodi) 13° 11′ 51″ 5 » 0° 05′ Et (P)

Lamorde-Torodi (Nadiango) 13° 05′ 16″ » 0° 14′ 15″ (P) Et

Ouro (Indt) 13° 04′ 10″ » 0° 27′ 40″ (Guéladjio) (P) Et

Say id. 13° 04′ 42″ » 0° 48′ 40″ Et

Djiddal (Djerma) 13° 02′ 22″ » 1° 02′ 50″ Et

Dosso id. 13° 01′ 29″ 5 » 1° 39′ 30″ Et

Boundou Dieidi » 12° 56′ 13″ »

Kanda (Maouri) 12° 58′ 26″ » 2° 05′ 15″ (p 2 obs.) Et

Guiouaé id. 12° 59′ 23″ » 2° 12′ 50″ (P) Et

Reprise des observations méridiennes.

{ Pol. 12° 45′ 19″ » 2° 35′ 30″ Argoungou { Et (Kabbi indt) { { Mérid. 12° 45′ 20″ »

Mayo-Kabbi (Sokkoto) 12° 49′ 45″ » 2° 42′ 30″ Campt Et

Katami id. 12° 57′ 12″ » 2° 46′ 05″ Et

Silamé id. 13° 02′ 48″ 8 » 2° 56′ 30″ Et

Diékanadou id. 13° 01′ 36″ 6 » »

Louakoby id. 13° 02′ 06″ 4 » 3° 09′ 45″ Et

{ 13° 03′ 07″ » Sokkoto id. { 3° 18′ 30″ { Et { 13° 03′ 12″ »

Koundous id. 13° 03′ 25″ 7 » 3° 38′ 00″ Et

Passage id. 12° 59′ 11″ 6 » » Goulbi N’Gandi

Gandi id. 12° 59′ 20″ 2 » 3° 45′ 20″ Et

Yassakoua id. 12° 51′ 00″ » 3° 48′ 5″ Et

Dampo id. 12° 46′ 31″ 5 » »

Diambako id. 12° 43′ 36″ 7 » 4° 15′ 40″ Et

Magami N’Didi id. 12° 39′ 40″ 7 » »

Birni N’Goga id. 12° 41′ 20″ » 4° 35′

Kaoura id. 12° 34′ 55″ 6 » 4° 37′ 45″ Et

Gardio id. 12° 09′ 09″ 5 » 5° 33′ 15″ Et

Kourkoudian id. 12° 06′ 12″ 6 » 5° 45′ 20″ Et

N′Goïya id. 12° 05′ 34″ 4 » »

Yangada id. 12° 01′ 17″ 8 » 6° 06′ 00″ Et

{ 25 novembre id. 12° 00′ 34″ 5 » Kano { 6° 26′ 10″ { Et { 8 décembre id. 12° 00′ 27″ 4 »

Diezaoua id. 12° 09′ 25″ 7 » 6° 38′ 15″ Et

Zatirei id. 12° 06′ 32″ » 6° 47′ Et

Doungaré id. 12° 06′ 32″ » »

Dandouzé id.(P) 12° 14′ 58″ » 7° 10′ 10″ Et

Kokodji id. 12° 19′ 43″ » 7° 26′ 50″ Et

Hadeïdja (Sokkoto) (P) 12° 42′ 45″ » 7° 55′ 05″ Et

Birnioau id. (P) 12° 51′ 34″ » »

Madia (Bornou) (P) 12° 56′ 10″ » 8° 07′ 50″ Et

Bakousso id. (P) 12° 54′ 23″ » 8° 08′ 25″ Et

Askounari id. 12° 59′ 31″ » »

Kargui id. 13° 05′ 15″ » 8° 29′ 25″ Et

Goya id. 13° 00′ 46″ » »

Borsari id. 13° 00′ 42″ » 9° 13′ 55″ Et

Madou id. 12° 53′ 27″ » »

Koukaboni id. 12° 55′ 54″ » »

Diggaé id. 12° 57′ 18″ » »

Koukaoua id. 12° 54′ 02″ » 11° 04′ 25″ Et

Yo id. 13° 33′ 45″ » »

Aladem id. 13° 43′ 57″ » »

Barroua id. 13° 50′ 57″ » »

N’Guigmi (pointe nord-ouest 14° 14′ 58″ » » du lac Tchad)

Bir-el-Mam (Sahara). 14° 30′ 04″ » »

Bedouaran id. 15° 44′ 35″ » »

Agadem id. 16° 50′ 07″ » »

Dibbèla id. 17° 33′ 24″ » »

Zau-Kébir id. 18° 14′ 06″ » »

Bilma (Oasis Kaouar). 18° 41′ 11″ » »

Arigny id. 19° 04′ 26″ » »

Anaï id. 19° 21′ 50″ » »

Ziggueddin (Oasis Sahara). 20° 12′ 33″ » »

Yat id. 20° 32′ » »

Bir-Mafaras id. 21° 09′ 51″ » » (Puits)

Bir-Lahamar id. 22° 00′ 13″ » »

El-War (Mts Toumimo, 22° 40′ 34″ » » Sahara).

Bir-Meschrou id. 23° 44′ 58″ » »

Gatroun (Tripolitaine). 24° 53′ 56″ » »

Mourzouk id. 25° 55′ 30″ » »

[Décoration]

[Décoration]

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS I

POUR LE LIVRE DU SOLDAT ABSENT (Préface par M. de Vogüé) III