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CHAPITRE VI

LA NAISSANCE DE NOUVELLES CROYANCES.

§ 1. Raisons psychologiques de la formation de religions nouvelles.--§ 2. Les éléments des nouvelles croyances.--§ 3. Religions nouvelles formées par la transformation d’anciennes croyances.--§ 4. Religions nouvelles n’empruntant que peu d’éléments aux anciennes croyances.--§ 5. Les croyances politiques à forme religieuse.--§ 6. Les tentatives de religion scientifique.

§ 1.--Raisons psychologiques de la formation de religions nouvelles.

Après avoir montré que les croyances sont la manifestation d’une mentalité irréductible, nous avons fait voir que cette mentalité pouvait s’extérioriser en croyances fort diverses.

La mentalité religieuse, et surtout le mysticisme qui en constitue une des principales bases, étant indestructibles, il n’est pas supposable que l’âge des croyances religieuses ou à forme religieuse puisse jamais s’évanouir.

Sans doute l’ère des fondateurs de religions universelles comme Bouddha et Mahomet, ou des puissants réformateurs comme Luther et Calvin semble disparue. Cependant l’éclosion fréquente, dans divers pays, de petites religions montre l’humanité toujours confiante en l’assistance des dieux.

§ 2.--Les éléments des nouvelles croyances.

La formation de ces croyances nouvelles s’accomplit au moyen du même mécanisme. Un visionnaire réunit autour de lui quelques apôtres qui propagent ses révélations par suggestion et contagion mentale.

D’abord flottante, la doctrine révélée se fixe bientôt en dogmes. Elle possède alors pour appui, comme toutes les religions, ces trois grandes colonnes mystiques: la foi, les rites et les symboles.

Dès qu’elle est un peu répandue, la croyance ainsi constituée se subdivise le plus souvent en sectes qui lui ôtent son unité et ne lui permettent guère de durer. Cette ramification en sectes arrêta l’extension d’un grand nombre de cultes.

Les principes exposés dans un précédent chapitre ont montré que la plupart des religions nouvelles ne sont pas formées de toutes pièces, mais avec les débris de croyances antérieures. Ce fait dérive de cette raison psychologique très simple que les croyances ne meurent jamais brusquement. Il leur faut parfois la durée de plusieurs générations pour disparaître et après leur évanouissement elles laissent des survivances ineffaçables dans l’esprit. Certains rites, certains mots, certaines prières d’un usage séculaire évoquent encore, même chez les plus sceptiques, une foule d’aspirations et de sentiments enfouis au fond de l’inconscient. Sans doute alors la foi n’est plus continue, mais elle se réveille dans les grandes circonstances, à l’heure de la mort, par exemple, pour les individus et à celle des catastrophes pour les peuples. On le vit d’une façon frappante en France, aux jours de détresse qui suivirent la guerre de 1870. Les députés de cette époque exaucèrent un vœu de la nation entière en votant, afin d’obtenir l’appui du ciel, la construction d’une grande cathédrale. La foule affluait alors dans les églises. Elle y entendit des moines de foi forte et d’intelligence faible lui recommander pèlerinages et prières et représenter nos défaites comme une vengeance du ciel contre les impies. Ce langage d’un autre âge étant peu apte de nos jours à relever un peuple, demeura sans influence. Correspondant à des besoins plus modernes, le socialisme put alors entreprendre de se substituer à la foi ancienne et tenter de fonder une religion à son tour.

§ 3.--Religions nouvelles formées par la transformation d’anciennes croyances.

Il découle des considérations précédentes qu’une foi ne peut guère s’établir sans éléments des religions antérieures. Nous allons le voir en étudiant la genèse de diverses religions formées depuis un siècle. Leur brève histoire justifiera entièrement les principes précédemment exposés.

Nous examinerons d’abord dans ce paragraphe les religions dérivant de cultes antérieurs, comme les sectes protestantes; nous citerons ensuite celles qui, telles que le mormonisme, le spiritisme, etc., s’en écartent notablement, malgré d’importants emprunts.

Les sectes protestantes, dont l’Amérique est remplie, figurent parmi les meilleurs exemples à donner, non seulement de la division d’une même religion, mais encore de la force merveilleuse donnée parfois à l’homme par l’exaltation religieuse. C’est elle, en effet, qui contribua puissamment à couvrir de villes imposantes des contrées jadis peuplées de tribus sauvages.

Une petite émigration de puritains fuyant les persécutions suffit pour fonder, en 1620, la modeste colonie qui devait constituer un jour la formidable république des États-Unis.

L’intolérance farouche de ces émigrés ne les servit pas moins que leur foi ardente. Interdisant l’entrée du territoire à tous les hommes d’une autre secte, elle maintint chez eux l’unité d’action.

Évidemment l’exaltation religieuse est un élément puissant d’action, cependant elle ne suffit pas. La foi développe les qualités que l’homme possède, mais ne saurait les faire naître. Dans des régions analogues, d’autres peuples inspirés de croyances aussi vives n’ont rien fondé de durable.

Mais les envahisseurs protestants apportaient, en dehors de la foi et grandies par elle, les vertus de leur race: initiative individuelle, goût du travail, persévérance invincible, discipline interne solidement établie.

Ainsi qu’il arrive toujours en pareil cas, ces hommes énergiques adaptèrent inconsciemment la religion à leur mentalité ancestrale et aux besoins présents. Bien que rédigée d’après des textes bibliques, la constitution politique des premières années était imprégnée de self-government. L’esprit d’indépendance se manifesta jusque dans l’organisation de l’Église, que ne dirigeait aucun pouvoir suprême. Elle se composait d’une collection de cultes indépendants et autonomes qui devinrent bientôt des sectes distinctes, mais se tolérant parfaitement.

Les premiers émigrants acceptaient entièrement la doctrine de Calvin sur la prédestination, d’après laquelle les hommes étaient désignés avant même leur naissance, pour le ciel ou l’enfer, au gré du Créateur. Mais ce fatalisme barbare choquant par trop les sentiments d’équité devait provoquer une réaction et, dès la troisième génération, le dogme de la prédestination se trouvait à peu près répudié. On préféra d’ailleurs ne pas être affirmatif sur les points laissés incertains par la Bible, tels que l’éternité des peines, la divinité du Christ et la Trinité.

Multipliées chaque jour davantage, les sectes protestantes comprennent aujourd’hui des variétés nombreuses de croyances dont beaucoup n’ont plus guère de chrétien que le nom. Toutes considèrent du reste la nature de la foi comme sans importance, mais jugent que l’homme pour agir doit posséder une foi. La psychologie moderne ne saurait contester la justesse de cette conception.

Parmi les sectes nouvelles pouvant se rattacher partiellement au christianisme, une place particulière revient à celle dite _christian-science_, non seulement à cause de son prodigieux succès, mais surtout en raison des enseignements précieux que son étude fournit à la psychologie. Elle a provoqué à bon droit l’attention des philosophes, W. James notamment.

Ses disciples, dont le nombre dépasse un million, comptent des professeurs, des écrivains et des artistes. Cinq cent mille exemplaires de sa bible ont déjà été vendus; quatre mille élèves fréquentent ses collèges.

Elle eut pour fondatrice une certaine dame Eddy, que les fidèles comparent au Christ. Sa religion se révèle optimiste. Le Dieu vindicatif des Juifs et des Chrétiens y demeure inconnu. Elle considère la souffrance comme une illusion, attendu que l’homme ayant été fait à l’image de Dieu, cette image ne doit pas souffrir.

Dès qu’un «scientiste» se croit malade, il fait venir un apôtre de la religion. Ce dernier lui suggère énergiquement qu’il ne souffre pas, et cette suggestion réussit souvent à le soulager: «La foi guérit», a dit depuis longtemps le célèbre médecin Charcot.

«Des aveugles, assure W. James, ont recouvré la vue, des paralytiques l’usage de leurs jambes; des malades incurables ont retrouvé la santé. Dans le domaine moral, les résultats n’ont pas été moins frappants. Bien des hommes ont adopté une attitude optimiste, qui n’avaient jamais supposé qu’ils en fussent capables.

«... Agissez, écrit la fondatrice, comme si j’avais raison, et l’expérience de chaque jour vous prouvera que vous êtes dans le vrai. Vous éprouverez dans votre corps, dans votre esprit, que les énergies qui gouvernent la nature sont des énergies personnelles, que vos pensées personnelles sont des forces réelles, que les puissances de l’univers répondent directement à vos appels et à vos besoins individuels.

«... La religion nouvelle donne la sérénité, l’équilibre moral, le bonheur.»

De tels résultats expliquent le succès considérable de cette médecine mentale. Les «scientistes» se distinguent tous par leur caractère heureux. La mort même, envisagée comme la fin d’un rêve, ne les effraie pas.

Si l’on admet pour but d’une religion la création du bonheur, il faut reconnaître que la christian-science a parfaitement atteint ce résultat.

Enseignant que l’esprit peut transformer les impressions reçues du monde extérieur, cette religion n’avance rien de contraire à l’observation. Si elle arrivait à détruire le pessimisme dans le monde, le service rendu à l’humanité serait immense. Malheureusement, la christian-science ne crée sans doute l’optimisme que chez des natures y étant déjà portées et leur fournit seulement de nouvelles raisons de le maintenir.

Les résultats de cette croyance contribuent à justifier l’action des eaux miraculeuses, des pèlerinages, des reliques, des prières, etc., contestée jadis par la science, mais qu’elle accepte aujourd’hui.

Des phénomènes si intéressants au point de vue psychologique doivent rendre indulgent à l’égard des promesses formulées par les vendeurs d’illusions. J’ai rappelé ailleurs l’histoire d’un vendeur de bagues magiques assurant, disait-il, le succès à leurs possesseurs. Poursuivi devant le tribunal, il fut condamné. Théoriquement, le tribunal avait raison, mais au point de vue pratique, le sorcier n’était pas répréhensible. Il ne trompait personne, puisque de nombreux témoins affirmèrent avoir été comblés de prospérité à partir du jour où ils portèrent l’anneau magique. Une couturière vit brusquement sa clientèle se développer, un commerçant ses affaires rapidement s’accroître. Et pourquoi ces résultats heureux? Simplement parce que la confiance en l’aide magique de l’anneau stimula leurs facultés. L’homme utilise généralement une faible partie des forces qui sont en lui. La foi dans un secours surnaturel contribue à le faire agir de telle façon qu’il réussit.

Cette action de la foi, sur laquelle nous sommes fréquemment revenu, constitue un des côtés les plus importants de l’influence des religions, influence qui, si mystérieuse qu’elle paraisse, a été trop constatée pour être niable aujourd’hui.

§ 4.--Religions nouvelles n’empruntant que peu d’éléments aux anciennes croyances.

Les sectes protestantes représentent simplement, des modifications d’une même croyance. Nous allons parler maintenant de religions ne se rattachant pas à d’anciennes croyances, ou du moins ne s’y rattachant que par des liens très lâches.

Ce n’est pas la fondation de religions nouvelles qui est rare dans l’histoire, mais leur succès. Durant un siècle seulement, la France en vit naître une douzaine. A ne compter que les plus célèbres depuis 1789, on trouve d’abord: le culte de la Raison, d’un succès éphémère, puis la religion de l’Être Suprême, sorte de déisme imaginé par Robespierre. Se succédèrent ensuite la religion Svedenborgienne, qui recrute encore des disciples, puis la Théophilanthropie de Valentin Haüy, le Saint-Simonisme du père Enfantin, le culte de l’Humanité d’Auguste Comte, le Spiritisme, le Satanisme, etc. Les autres contrées furent aussi fécondes.

Une des plus remarquables religions récentes de l’Amérique est le Mormonisme. Il constitue encore une preuve de la puissance conférée à l’homme par une foi forte, fût-elle absurde, et confirme aussi l’assertion émise plus haut qu’une religion exalte les qualités possédées par l’individu, mais ne saurait en créer. C’est justement pourquoi la même croyance produit des résultats absolument différents, suivant le peuple qui l’adopte.

Si chimérique que cette croyance puisse être, ses effets seront très pratiques chez une race vigoureuse poursuivant toujours les côtés utilitaires de la vie. Le Mormonisme en fournit un frappant exemple.

Fondée par un visionnaire, auteur d’une sorte de bible imprégnée de nombreuses réminiscences chrétiennes, la religion nouvelle groupa bientôt quelques adeptes, mais serait rapidement tombée, comme beaucoup d’autres, dans l’oubli, si elle n’avait rencontré un de ces grands meneurs d’hommes comparables à saint Paul et sans lesquels aucune foi n’a pu prospérer.

Ce nouveau saint Paul, homme extrêmement séducteur et énergique, s’appelait Joseph Smith. Il réunit très vite plusieurs centaines de disciples.

Malheureusement, leur doctrine enseignait la polygamie, considérée comme un affreux scandale par les puritains de l’Amérique. Des troupes furent dépêchées pour détruire les hérétiques. Joseph Smith se sauva dans l’Ohio avec ses adeptes. Ils y fondèrent trois cents fermes qui prospérèrent rapidement. Les puritains exaspérés les firent incendier par des soldats. Dépouillés de tout, les fidèles se réfugièrent sur les bords de l’Illinois. De nouvelles troupes furent envoyées afin de les massacrer. Sous la conduite de leur prophète, Brigham Young, ils émigrèrent vers l’Ouest et arrivèrent en 1844, après avoir parcouru plus de cinq cents lieues, sur les bords du Lac Salé, région stérile et désolée où nul ennemi ne pouvait songer à les suivre.

Aucune colonisation ne semblait possible dans un tel désert. Grâce à l’ardeur de leur foi, les Mormons triomphèrent cependant d’obstacles paraissant invincibles. En cinquante ans, ils transformèrent une contrée aride en région fertile, couverte de villes, de monuments, d’usines et d’industries variées. Le nombre des Mormons devint tel qu’il fallut renoncer à les persécuter. La polygamie avait favorisé leur multiplication rapide. Beaucoup d’entre eux ont huit ou dix femmes[5] et jusqu’à dix-huit enfants. Grâce aux richesses acquises par leur labeur ils peuvent les entretenir facilement.

[5] Interrogée par M. Huret sur ce qu’elle pensait de la polygamie, une dame mormone répondit: «Je préfère être la dixième femme d’un homme supérieur que la femme unique d’un homme médiocre.» Elle ajouta ensuite que les femmes de polygames sont bien plus heureuses que les autres.

Le prosélytisme religieux des Mormons est aussi développé que leurs capacités industrielles. Leur dernier pape, père de quarante-deux enfants et directeur d’une grande banque, a déjà expédié quinze cents missionnaires dans le monde. Ils propageront peut-être le mormonisme, mais ne sauraient donner à ses nouveaux disciples les qualités de race qui déterminèrent le succès de cette religion en Amérique. Le pape mormon s’illusionne un peu, je crois, en espérant convertir l’univers à sa doctrine.

* * * * *

A côté des religions que nous venons de citer, on pourrait encore énumérer celles surgies en Orient depuis un siècle seulement, telles que le babysme et le bahaïsme en Perse. J’ai déjà parlé de la première dans un précédent ouvrage, à propos des martyrs qu’elle suscite.

La seconde se donne comme religion universelle, avec ce caractère particulier de ne pas chercher à supprimer les autres cultes, mais de les considérer tous comme les explications différentes d’une même vérité.

«Le bahaïsme, écrit un de ses disciples, montre comment, à travers la diversité des dogmes et des symboles, les religions ne sont que le résultat de l’effort d’humanités différentes pour résoudre le grand problème de l’Inconnu; et que leurs fondateurs sont les messagers d’un même Dieu, apportant aux hommes un même enseignement, adapté seulement aux exigences de l’époque.»

Ces conceptions se révèlent un peu trop rationalistes pour avoir, je crois, grand succès. Le peuple n’adorera toujours que des dieux personnels. Les dieux impersonnels sont des abstractions du même ordre que la nature pour le savant, la beauté pour l’artiste, l’inconnaissable pour le philosophe, la justice pour l’homme politique. On les invoque et on les respecte. On ne les adore pas.

* * * * *

Bien loin des religions précédentes et sans parenté immédiate avec elles, peuvent être citées comme croyances nouvelles les rêveries des théosophistes et des spirites.

Le spiritisme ayant pour but d’entrer, au moyen de tables tournantes et de médiums, en communication avec les âmes des morts et les esprits de l’autre monde, constitue une sorte de culte qui compte actuellement plusieurs millions d’adeptes.

A côté du spiritisme se rangent toutes les croyances du même ordre: occultisme, théosophisme, etc. Elles sont très vagues, très imprécises, et répéter ici les conclusions de l’étude que je leur ai consacrée dans mon livre, _les Opinions et les Croyances_, serait sans intérêt. Nous n’en parlons maintenant que pour donner encore une preuve de l’indestructibilité de la mentalité religieuse.

Le fait qu’un certain nombre de savants éminents adhèrent aux croyances spirites montre bien à quel point il est impossible à l’esprit de se passer de religion et quels faibles arguments suffisent parfois à contenter l’homme le plus savant quand il pénètre dans le champ de la croyance.

§ 5.--Les croyances politiques à forme religieuse.

La mentalité mystique s’appliquant à des sujets fort divers, héros, doctrines ou formules, une religion n’implique pas nécessairement la croyance en une divinité. On peut être un parfait athée et rester cependant saturé d’esprit mystique. Les partis politiques et les révolutions ne triomphent nullement au moyen d’arguments rationnels mais seulement après avoir inspiré des sentiments de nature religieuse. La Révolution française en fournit un éclatant exemple. J’ai consacré mon précédent volume à le démontrer.

La Russie fourmille de sectes, celle des nihilistes, notamment, dont les adeptes n’adorent aucune divinité et sont prêts cependant à périr pour le triomphe de leur foi.

Le succès du socialisme pourrait être également invoqué à l’appui de notre thèse. J’ai expliqué depuis longtemps déjà, dans _la Psychologie du socialisme_, que cette doctrine constituait une religion en voie de formation, très proche parente du christianisme à ses débuts. Comme le culte de Moloch, elle fait malheureusement partie des croyances funestes aux peuples qui les adoptèrent.

§ 6.--Les tentatives de religion scientifique.

Les efforts tentés pour fonder une religion sur la science échouèrent toujours. Ils furent, à vrai dire, assez rares et l’on ne trouve guère que la doctrine d’Auguste Comte méritant l’attention. Bien oubliée aujourd’hui, elle se borna en réalité à changer les noms des dogmes catholiques. Une nouvelle trinité: le Grand-Être (l’humanité), le Grand Fétiche (la terre), le Grand Milieu (l’espace) devait remplacer la Trinité chrétienne. Un nouveau clergé, composé de savants, se substituait à l’ancien. Un tel essai ne se renouvellera probablement jamais. Tout au plus, pourra-t-on voir la science revêtir dans quelques esprits une forme religieuse.

Il est illusoire en effet de supposer que des conceptions théologiques et morales s’adressant à la partie mystique et affective de notre nature, et restant toujours personnelles soient remplaçables par des vérités scientifiques d’origine rationnelle dont le caractère fondamental consiste à demeurer complètement impersonnelles.

Ces raisons profondes s’opposeront toujours à ce qu’une religion puisse avoir la science pour base. Il fallait ne posséder aucune idée du mécanisme de la croyance pour prétendre fonder une foi sur la science. Une religion scientifique aussi bien qu’une morale scientifique est impossible. Ces deux mots: science et religion jurent d’être accolés.

LIVRE II

LE CYCLE DES CERTITUDES AFFECTIVES ET COLLECTIVES.--LA MORALE.