CHAPITRE PREMIER.
Préparatifs du voyage. — Départ. — _Abousir_. — Vallée Maréotide. — _Dresièh_. — _Maktaërai_. — _El Chammamèh_. — Désert de _Kourmah_.
Les avis que l’on me donnait à Alexandrie sur mon voyage étaient peu encourageants ; les uns traitaient ma ferme résolution d’imprudence, et ma confiance d’aveuglement ; les autres m’engageaient à me rendre à Derne ou à Ben-Ghazi, par mer : il était à craindre, disaient-ils, que les Arabes limitrophes de la province de Barcah ne me prissent pour un espion de Mohammed-Aly, dont le caractère entreprenant et les vues ambitieuses portaient ombrage à tous ses voisins.
J’eusse volontiers cédé à ces objections, qui ne me paraissaient pas dénuées de fondement ; mais les différentes limites que les anciens géographes ont assignées à la Cyrénaïque rendaient intéressante, et même nécessaire, l’exploration de sa partie orientale : ce motif, qui fut peut-être celui du général Minutoli, me porta à donner à mon voyage toute l’étendue projetée par mon prédécesseur ; et pour obtenir un dénoûment plus heureux, je me fiai à mes habitudes des fatigues du désert, et à la connaissance que j’avais acquise des mœurs et du langage de ses habitants.
L’expérience a bien des fois prouvé qu’en Afrique une escorte est souvent plus nuisible qu’utile aux travaux du voyageur.
Dans les villes, les Arabes Bédouins, intimidés par la présence d’un pacha ou d’un bey, sont prodigues de promesses. Mais dès que ce frein imposé à l’avidité et à la mauvaise foi n’existe plus, dès que les Arabes sont entrés dans les solitudes du désert, alors se trouvant dans leur domaine, ils parlent en maîtres. En vain le voyageur rappelle les accords faits et les ordres reçus ; les accords deviennent illusoires, et les ordres sont aisément éludés ; et dans l’isolement où il se trouve alors, heureux encore si les mêmes hommes qu’il a pris pour faciliter ses projets, ne nuisent pas au contraire à leur exécution.
D’un autre côté, s’il est une cause qui rende moins fructueuses et qui entrave quelquefois les opérations du voyageur européen, c’est sans contredit le fanatisme des habitants.
En vain il étudie leur langage, il adopte leurs costumes et se fait à leurs usages ; il est chrétien, et ce titre suffit pour bannir la confiance, pour inspirer la réserve et souvent même la haine.
Avec l’or, il franchira bien des obstacles, il satisfera sa curiosité ; mais il n’obtiendra jamais cet échange intime de relations, si nécessaire néanmoins pour bien connaître les peuples qu’il visite. Ce fanatisme ne se borne point à tenir le voyageur dans un continuel isolement, il va quelquefois jusqu’à compromettre son existence ; et, s’il n’autorise pas le crime, il sait du moins le pallier. Aussi celui qui entreprend de pénétrer dans les contrées de l’Afrique, immédiatement soumises à l’influence de l’islamisme, se voit en butte à l’alternative d’un choix également embarrassant : s’il prend une nombreuse escorte, il garantit son existence de perfides tentatives ; mais il devient, pour ainsi dire, le sujet de ses protecteurs ; si, au contraire, il se hasarde seul ou avec les siens dans ces contrées sauvages, il reste libre de ses actions, mais il est sans cesse entouré de dangers.
Lors même que mes faibles ressources pécuniaires ne m’auraient pas interdit le choix entre ces deux manières d’exécuter mon voyage, j’ose assurer que, par goût, j’aurais adopté cette dernière.
Je me bornai donc à prendre deux guides pour m’indiquer le gisement des puits et des monuments dans les lieux que j’allais parcourir : _Hadji- Saleh_, marchand de Derne, et _Makhrou_, de la tribu des _Aoulâd-Aly_, me furent désignés à cet effet par _Mohammed-el-Gharbi_, qui m’en garantit la moralité.
La caravane, y compris M. Müller et moi, était composée de neuf personnes ; douze chameaux et quatre dromadaires dont j’étais propriétaire, d’après le système que j’avais adopté dans mes précédents voyages, étaient destinés, les premiers à transporter nos effets et à suivre toujours la route la plus courte, tandis que les seconds, plus sveltes, devaient servir à de rapides excursions toutes les fois que des ruines ou d’autres objets à examiner m’engageraient à m’écarter de la ligne suivie par ma caravane.
Telles étaient les forces et les ressources que je pouvais employer pour braver, durant plusieurs mois, les violentes intempéries de l’air dans un pays sans abri, et l’avidité plus redoutable encore de ses habitants.
Ayant enfin obtenu la lettre protectrice de Mohammed-Aly pour Iousouf, pacha de Tripoli, nous quittâmes Alexandrie le 3 novembre 1824. Les environs de cette ville sont tellement connus, qu’il me paraît superflu d’entrer dans de nouveaux détails sur les prétendus bains de Cléopâtre, sur les grottes de la Nécropolis, d’ailleurs peu remarquables, enfin sur la petite Chersonèse, que Strabon place à soixante-dix stades d’Alexandrie, et où nous arrivâmes, en effet, trois heures après notre départ.
Nous continuâmes ensuite à marcher entre le lac Maréotis et les bords de la mer ; la langue de terre qui les sépare n’a que trois quarts d’heure dans sa plus grande largeur. Une chaîne de collines peu élevées forme une digue au Maréotis, et se prolonge, ainsi que le lac, jusqu’à _Abousir_, située à onze heures au S. S. O. d’Alexandrie.
On rencontre fréquemment le long de cette colline d’anciennes carrières, quelquefois souterraines, et le plus souvent formant amphithéâtre ; elles contiennent ordinairement une végétation abondante : des touffes de figuiers sauvages sortent, pour ainsi dire, du sein des rochers, et remplissent une partie de ces excavations. Ces arbres, quoiqu’à demi cachés, délassent agréablement la vue dans ces lieux, où l’on n’aperçoit que çà et là quelques plantes marines.
Je remarquai aussi de petits bassins creusés dans la roche pour recueillir l’eau des pluies. Ils sont disposés sur des plans d’inégale hauteur, et de manière que l’inférieur seul est rempli par ceux qui se trouvent plus élevés.
Nous ne pûmes arriver à _Abousir_ que le 6 vers le soir ; ce long retard fut occasionné par les fréquentes visites d’amis et de parents, que mes guides reçurent à diverses reprises, et qui me forcèrent, par respect pour les usages, d’interrompre souvent notre marche.
Les adieux chez les Arabes sont graves, et ont quelque chose de solennel : on dirait que ces hommes renouvellent alors les liens qui les attachent à leur tribu ; ils se prodiguent des témoignages d’affection, mais avec un calme et un sang-froid qui contrastent avec leurs vœux et leurs serments. Enfin ils sont séparés ; bientôt ils se distinguent à peine ; et le _ihram_[16] agité en l’air, signale leur dernier adieu ; et la force de leurs organes transmet encore à travers l’espace un échange de souhaits et de protestations amicales, toujours accompagnés d’expressions religieuses. Plusieurs amis de mes guides les avaient accompagnés jusqu’à _Abousir_ ; nous fûmes tous ensemble nous mettre à l’abri de la pluie dans de vastes carrières situées à l’extrémité occidentale des ruines de la ville.
Ces carrières passent pour avoir recélé le fruit des rapines des Bédouins ; c’est là que ces nomades se seront partagé les dépouilles des nombreux navires naufragés sur la côte du golfe des Arabes. Je vis encore sur ses bords des tronçons de mâts, et d’autres débris de navires à demi enfouis dans le sable. Il serait assez remarquable que ce fût dans le lieu même dont je viens de parler, où la colline offre réellement _des flancs escarpés_, que les habitants de _Taposiris_ se fussent réunis à certaines époques de l’année _pour se divertir et faire bonne chère_[17].
Quoi qu’il en soit, avant le règne de Mohammed-Aly, il eût été dangereux pour un Européen de s’arrêter dans un pareil endroit ; mais le gouvernement rigoureux de ce pacha a su inspirer une crainte salutaire même aux habitants des déserts qui avoisinent la vallée du Nil.
Néanmoins je fis allumer de grands feux pendant la nuit ; leur clarté ne tarda pas d’attirer une foule d’Arabes des environs ; la plupart étaient de la connaissance de mon guide _Makhrou_. De légers cadeaux excitèrent leur bonne humeur, et après un repas somptueux pour le désert, tous mes convives passèrent plusieurs heures à des exercices gymnastiques, que nous avons presque tous faits dans notre adolescence, sans nous douter que leur origine se perd dans la nuit des temps. J’avais vu ces jeux reproduits par des peintures dans les catacombes égyptiennes de _Beny- Hassan_, dans la Haute-Égypte ; et quoique leur objet fût d’une faible importance, ce ne fut pas sans surprise que je remarquai chez les Arabes la transmission fidèle de ces usages antiques.
J’employai la journée du lendemain, le 7, à visiter _Abousir_. Parmi les ruines de ses anciens monuments, les plus apparentes et les plus considérables sont celles d’un temple situé sur une élévation, à peu de distance des bords de la mer. Ses murs, disposés en talus, à la manière égyptienne, et construits en pierres de deux pieds de large sur dix pouces de hauteur, forment un carré dont chaque côté a quatre-vingts mètres. La partie supérieure manque ; mais au côté oriental du monument qui en était la façade, est un grand pylone quadrangulaire, engagé dans l’enceinte générale du temple dont il suit aussi le même degré d’inclinaison. Ce pylone contient intérieurement deux petites pièces latérales à la porte d’entrée, et sa face extérieure offre une analogie marquante avec les monuments de l’ancienne Égypte (Voy. pl. I.). On y voit en effet quatre rainures parfaitement semblables à celles qui sont devant la première cour du temple de Carnac, à Thèbes, et destinées sans doute ainsi que celles-là à contenir des mâts que l’on y plaçait lorsqu’on célébrait les grandes fêtes religieuses ou politiques. L’intérieur du temple est tellement détruit, qu’il me fut impossible de reconnaître les moindres traces de son ancienne distribution.
Parmi les amas de décombres, je ne pus distinguer que des tronçons de colonnes[18], un puits revêtu de belles assises situé au milieu du monument, et un souterrain presque totalement comblé qui conduisait au puits par un escalier.
D’après les observations que je viens de réunir, si l’inclinaison des murs, et principalement les détails architectoniques que l’on remarque sur la façade du pylone, donnent au temple d’_Abousir_ une grande analogie avec les monuments de l’ancienne Égypte, la petite dimension des pierres qui forment ses assises, l’absence de tout symbole hiéroglyphique et de tout ornement qui s’y rapporte, j’ajouterai encore, l’aspect général de ce monument, indiquent son origine grecque.
Quant à son époque, on peut avec vraisemblance, et je dirai même avec certitude, la faire remonter à ces temps où l’Égypte, soumise aux Ptolémées, conserva néanmoins le caractère originel de son architecture, et fut en cela souvent imitée par ses nouveaux maîtres, qu’elle n’imita jamais.
A peu de distance des ruines de ce temple, sont les restes d’un autre édifice, connu par les marins sous le nom de Tour des Arabes. Il figure effectivement une tour posée sur un grand socle quadrangulaire, et divisée en deux étages, dont l’inférieur est octogone, et le supérieur rond et plus rétréci (Voyez pl. II, 2). A la partie sud du rocher sur lequel elle est bâtie on voit une grotte funéraire, divisée en deux pièces, où l’on remarque trois niches larges et peu profondes ; le tout est d’un travail peu soigné. M. de Chabrol et plusieurs autres membres de la commission d’Égypte ont présumé que cette tour avait été élevée par les anciens Grecs, pour servir de phare ou d’amers aux vaisseaux qui s’approchaient de cette côte dangereuse[19]. Les indices d’un escalier que l’on remarque sur la partie octogone de la tour confirment l’exactitude des observations des ingénieurs français, de même que l’aspect du monument rend leurs conjectures très-probables.
Les ruines d’_Abousir_ sont, en majeure partie, situées sur le revers méridional de la colline ; une digue, allant de l’est à l’ouest, fut construite au sud de la ville, peut-être pour préserver ce côté des inondations du Maréotis. Parmi des monceaux de pierres on distingue les fondements d’une construction, subdivisée en plusieurs pièces, et revêtue de ciment ; ces ruines rappellent les bains dont Justinien, au rapport de Procope[20], orna la ville de _Taposiris_.
La colline forme en plusieurs endroits des grottes naturelles qui ont dû servir de tombeaux ; les anciens ont aidé ces accidents en élargissant les entrées, ou bien en ménageant des descentes par des escaliers taillés dans le roc. Leurs façades sont quelquefois ornées de corniches d’un travail grossier, mais ayant quelque analogie avec le style égyptien, sans être toutefois ornées du globe ailé, ni d’aucun hiéroglyphe. On voit aussi sur le penchant de cette colline plusieurs citernes avec des ouvertures échancrées pour recevoir des couvercles, et de petits bassins formant échelons ; ils étaient destinés à recueillir les eaux des pluies, qu’ils se transmettaient par des auges jusqu’à l’orifice des citernes.
_Abousir_ me paraît être l’ancienne _Taposiris_, tant par l’analogie du nom que par sa situation à une journée de distance d’Alexandrie[21]. Strabon dit, il est vrai, que cette ville n’était point sur les bords de la mer, et il la distingue de Plinthine, que plusieurs géographes, anciens et modernes, placent en ce lieu. Cette contradiction s’explique facilement, si l’on considère que les ruines d’_Abousir_ se trouvent, comme je l’ai dit, à une petite distance de la mer, et si l’on place Plinthine un peu plus à l’est, auprès d’un enfoncement insensible que forme la côte. Cette conjecture déja émise par le savant M. Champollion le jeune[22], me paraît aussi appuyée par le périple anonyme, qui seul nomme _Posirion_, ville sans port avec un temple d’Osiris, à sept stades de Plinthine[23].
Il faut sans doute ranger au nombre des traditions purement gratuites, celle que nous a transmise Procope[24] sur le prétendu tombeau d’Osiris, qui aurait été élevé à _Taposiris_, puisque, comme l’on sait, la mythologie égyptienne plaçait le tombeau de ce dieu à Philæ, et que les symboles de cette fable religieuse se trouvent encore de nos jours représentés sur les monuments de cette île.
Je dirai plus, j’ai vainement cherché parmi les ruines d’_Abousir_ quelques vestiges des monuments de l’ancienne Égypte, je n’ai rien pu découvrir qui en eût le caractère propre, et tout-à-fait distinctif. Hors les ruines du temple, qui n’offrent que des rapprochements avec le style égyptien, et que l’on ne peut faire remonter, ainsi que je l’ai observé, au-delà des premiers Lagides, tout le reste est purement grec, romain ou arabe.
Je soupçonnai alors, et je me convainquis par la suite, que les Égyptiens n’avaient ni élevé des monuments, ni fondé aucune ville dans la Marmarique avant d’être soumis aux Grecs, et que dans les temps antérieurs à cette époque, ce pays ne devait être habité que par des hordes errantes, et peut-être aussi par des Berbères et des Libyens- Phéniciens.
L’histoire nous apprend que la Libye fut parcourue par Sésostris, et deux fois occupée par les Perses. Mais le voyage, d’ailleurs fort incertain, du héros égyptien, ne prouve l’établissement d’aucune colonie ; quant aux expéditions de Cambyse et d’Aryandès, l’une dans l’intérieur des terres, et l’autre dans le littoral, l’on connaît la fin malheureuse de la première, et le stérile résultat de la seconde, qui se borna à assouvir la vengeance de Phérétime.
Si les Égyptiens antérieurs à la conquête d’Alexandre eussent établi des colonies et élevé des monuments sur ce littoral, on devrait en apercevoir des traces ; la solidité extraordinaire de leur architecture porte à le croire, et les emblèmes hiéroglyphiques dont ils l’ornaient se trouveraient au moins empreints sur quelques débris.
On ne peut objecter que ces monuments soient tout-à-fait disparus ; quels que soient les matériaux dont ils aient été formés, quel que soit l’endroit où ils furent élevés, au milieu des déserts comme dans les lieux habités, partout on en aperçoit au moins quelques traces ; et si de nouveaux édifices eussent dévoré ceux des Égyptiens, la même raison existe encore ; ici comme ailleurs les vestiges antiques s’apercevraient sur les monuments plus modernes. Ces idées relatives aux monuments de l’Égypte ancienne en inspirent d’autres qui ont rapport au caractère général des ruines d’_Abousir_, caractère qui se reproduira constamment dans les contrées que nous allons parcourir.
En Égypte, parmi les ruines d’anciens bourgs, si l’on aperçoit des pierres, elles sont le plus souvent colossales ; la raison en est qu’elles sont les débris de temples ou d’édifices publics ; mais ce qui reste des simples habitations consiste toujours en massifs de briques crues[25].
A _Abousir_ et dans toute la contrée qui suit à l’occident, les débris d’anciennes habitations, jusqu’à ceux du moindre hameau, sont toujours en pierres de taille, ordinairement de cinq à six décimètres d’épaisseur, et jamais en briques.
La différence des matériaux de ces ruines explique celle des contrées où elles se trouvent.
Les terres d’alluvion de la vallée du Nil, amollies annuellement par les débordements du fleuve, offraient aux habitants des matériaux peu coûteux et d’une exploitation bien facile pour élever leurs demeures. La nature dans cette heureuse contrée va au-devant des besoins de l’homme, lui prépare elle-même les choses les plus nécessaires à son existence, et ne lui laisse que la peine de les recueillir.
Le sol de la Marmarique, dépourvu de ces avantages, ne put offrir à ses habitants les mêmes facilités : ils durent extraire du flanc des collines ou du sein de la terre les matériaux nécessaires pour élever leurs habitations ; et en cela, comme en bien d’autres choses, l’industrie créa ce que le sol refusait. Aussi aurons-nous bientôt l’occasion de remarquer partout l’art empressé de seconder la nature ; nous verrons de nombreux canaux sillonner les plaines, suivre la pente des collines, et suppléer à l’absence des rivières en recueillant de tous côtés les eaux du ciel pour les diriger dans de vastes et nombreuses excavations souterraines.
_Abousir_ fait partie de l’_Ouadi-Mariout_, ou vallée Maréotide, canton réputé dans l’antiquité par ses vignobles[26], et dont le territoire, au temps de Macrizy, était couvert de jardins et de maisons qui se prolongeaient jusqu’à la province de _Barkah_.
Dans l’espoir de découvrir dans cette vallée quelques vestiges de son ancienne splendeur, le 8, tandis que ma caravane se dirigea sur _Bourden_, puits situé à six heures à l’ouest d’_Abousir_, je la quittai avec M. Müller pour aller faire une excursion dans l’intérieur des terres.
Après cinq heures de marche, au sud-est, nous traversâmes les ruines d’un ancien bourg, nommé _Boumnah_, où, parmi des tas de pierres, je remarquai une construction ayant au fond une pièce cintrée, ornée de deux colonnes. Ce monument, que je crois romain, offre les mêmes détails que les nombreux _sirèh_, que l’on trouve si souvent et mieux conservés dans la Pentapole, et sur la destination desquels j’exposerai par la suite mes idées.
Entre _Abousir_ et _Boumnah_ sont encore d’autres vestiges d’anciens villages, et les restes bien conservés d’un canal large d’un mètre, formé de deux seules rangées de pierres revêtues intérieurement d’un ciment rougeâtre.
De _Boumnah_ nous nous dirigeâmes vers le sud ; le pays que nous parcourions est légèrement ondulé, et couvert de terres argileuses partout susceptibles de produit : néanmoins une petite partie seulement est cultivée en céréales par les Arabes _Sénenèh_, un des quatre corps ou _bednat_, de la grande tribu des _Aoulâd-Aly_.
Les traces d’anciens bourgs, que nous rencontrions fréquemment, indiquent, il est vrai, que ce canton a été jadis très-habité ; mais leurs squelettes épars gisent sur des plaines immenses où règne une silencieuse et triste nudité.
De ces bosquets, de ces jardins, mentionnés par l’historien arabe, il ne reste pas le moindre indice ; bien plus, aucun arbre, même sauvage, n’ombrage cette contrée ; la végétation y est généralement ligneuse, mais jamais arborescente, même dans les enfoncements qui servent d’écoulement aux eaux des pluies.
Le _Kassr-Ghettadjiah_, situé à dix heures au sud de _Boumnah_, répond mal à la description pompeuse que les Arabes m’en avaient faite. C’est une petite mosquée isolée dans les sables, et construite avec les débris d’un ancien monument (Voy. pl. II, 1). Deux colonnes, l’une de porphyre bleu, l’autre de granit rose, sont renversées au milieu de son enceinte (Voy. pl. V, fig. 5). Au dehors on voit aussi d’autres tronçons de colonnes, mais calcaires ; et à quelque distance de la mosquée on aperçoit les traces d’un village arabe avec des restes de voûtes en ogive.
La situation de _Ghettadjiah_, au milieu des sables, prouve un empiétement du désert sur les terres cultivables. Cet empiétement provient sans doute de la nudité actuelle de ces lieux, jadis couverts d’arbres de toute espèce, et de l’absence de collines assez élevées pour opposer une barrière à l’invasion des sables. Il est probable qu’après quelques siècles encore, ces sables, poussés par les vents du midi, continuant leur envahissement, finiront par couvrir les terres de la vallée Maréotide pour aller s’unir aux flots de la mer[27].
Du _Kassr-Ghettadjiah_ nous fûmes rejoindre la caravane à _Bourden_, où elle nous attendait ; en parcourant cette ligne, je vis encore d’autres ruines nommées _Abdermaïn_, et _el Hammam_, mais je n’y trouvai rien de remarquable.
Le 9, nous quittâmes _Bourden_, et allâmes camper dans la même journée à _Lamaïd_, château sarrasin, situé aux bords de la mer, à six heures de distance du lieu précédent.
J’ai été surpris, en lisant la relation du voyage de M. Scholz dans la Marmarique, d’y voir désigner _Lamaïd_ sous le nom de Mosquée[28], d’autant plus que le style, la distribution de ce monument, et l’inscription arabe qu’on y remarque, prouvent irrévocablement sa vraie destination.
En effet, le _Kassr-Lamaïd_ est divisé en deux étages ; il forme un grand carré, dont chaque côté est flanqué d’une tour également à angles droits : celle du sud donne entrée au château par une porte dont les montants et le linteau sont en grosses masses de granit rose.
Ainsi que les châteaux forts du moyen âge, celui de Lamaïd avait une seconde porte de clôture, immense dalle qu’on soulevait par des chaînes en fer, à travers une coulisse pratiquée au-dessus de l’entrée du château. Sur la façade étaient deux lions en ronde bosse posés sur une corniche ornée d’arabesques ; on n’en voit plus que les restes défigurés (Voyez pl. III). Mais ce qui rend les ruines de _Lamaïd_ intéressantes pour l’histoire, c’est l’inscription suivante, sculptée en relief sur une frise en forme d’ogive, et ornée d’arabesques d’un travail très- soigné[29] :
بسم اللّه الرحمن الرحيم امر بابتنا هذه القلعة السعيد الولي السلطان الاعظم الملك الظاهر ملك العرب مالك رقاب الامم ركن الدنيا والدين ابو الفتح بيبرس قسيم امير المؤمنين اعزّ اللّه اثاره بيد العبد الفقير.... الغفور به احمد الطاهر اليغموري.
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux : la construction de ce château a été ordonnée par le fortuné seigneur[30] le sultan très-grand, le roi éminent, roi des Arabes[31], maître souverain des nations, colonne du monde et de la religion, père de la victoire, Bibars, partisan (ou allié) du prince des fidèles (que Dieu glorifie son ouvrage), et exécuté par le pauvre serviteur[32] sur qui soit la miséricorde divine, Ahmed (ou Mohammed) el Taher, el Iaghmouri[33]. »
Ainsi que toutes les inscriptions musulmanes, celle-ci commence par le _bismillah_ ; ce sont peut-être ces paroles religieuses qui auront induit M. Scholz en erreur.
Nous passâmes la journée du 10 auprès de _Lamaïd_. Le 11, après quatre heures et demie de marche au sud-ouest du château sarrasin, je trouvai les ruines d’un monument appelé _Kassabah el Chammameh_. J’y remarquai des détails architectoniques qui me firent vivement regretter sa grande destruction.
Cet édifice était carré, et pouvait avoir vingt mètres environ de longueur de chaque côté ; il paraît avoir été divisé en deux étages ; on voit encore dans l’intérieur, sous un amas de décombres, trois voûtes qui occupent toute la surface du monument, et s’élèvent à quatre ou cinq pieds au-dessus du niveau du sol. L’angle oriental de l’édifice est la seule partie encore debout ; sur une de ses faces extérieures le mur forme trois rentrées prises dans son épaisseur ; elles dessinent une porte, aux côtés de laquelle sont deux colonnes engagées, ornées de chapiteaux à fleur de lotus, imitation grossière du style égyptien (Voyez pl. V, fig. 4).
Ce monument était construit en grandes assises de grès, posées sans ciment, et l’épaisseur des murs était monolithe. Si à ces caractères, qui indiquent, ainsi que je l’exposerai plus tard, la date la plus reculée qu’ait eue l’architecture dans cette contrée, l’on joint les petites proportions de cette construction, les voûtes qu’elle renferme, et les détails architectoniques qu’elle offre, l’époque où elle fut élevée est certaine, et ces ruines pourront être classées au nombre des monuments _Lagidéens_, dont nous avons déja vu le plus remarquable à Abousir.
Selon les Arabes, on trouve à quelque distance plus à l’est d’autres ruines semblables à celles-ci ; ils les nomment aussi _Chammameh_. Les intempéries de la saison me forcèrent d’aller rejoindre ma caravane, et je ne pus les visiter ; mais s’il était permis de tirer des inductions d’un rapport fait par les Arabes, ces nouvelles ruines auraient des détails approchants de celles que j’ai décrites, puisque les unes et les autres, disent-ils, prennent leur nom de la ressemblance qu’offrent leurs petites colonnes engagées, avec des chandeliers, _chammameh_.
Je rejoignis ma caravane à _Dresièh_, ruines d’une ancienne ville située à peu de distance de la mer. Là, comme presque partout ailleurs sur ce littoral, les débris des constructions arabes se voient confondus avec ceux des monuments antérieurs ; mais nul édifice ancien ou moderne n’est encore debout.
Je ne trouvai de remarquable parmi ces ruines que des souterrains voûtés en ogive, revêtus d’une couche de plâtre et subdivisés en plusieurs pièces, restes sans doute d’un château sarrasin. Ces caveaux servent d’asile aux voyageurs dans la saison rigoureuse, et les Arabes des environs y déposent pendant l’été une partie de leurs récoltes.
Auprès de _Dresièh_[34] est un lac d’eau salée, qui s’étend sur un espace de deux heures, en suivant les bords de la mer, dont il n’est séparé que par une digue de sables ; ses bords sont couverts de sel d’une belle qualité, objet de peu de valeur dans un pays qui en offre surabondamment.
Nous quittâmes _Dresièh_ le 12 ; ce lieu sert de limites à l’_Ouadi- Mariout_. Le désert qui suit s’appelle _Djebel-Kourmah_.
Depuis notre départ d’Alexandrie, rien dans notre voyage ne s’était offert qui mérite d’être cité ; aucune rencontre fâcheuse n’avait opposé des obstacles à mes excursions ; couverts du manteau arabe, à peine attirions-nous la curiosité des nomades que nous rencontrions. Le bruit de mon expédition s’était encore peu répandu parmi eux ; et lorsque des dessins à prendre ou des points géographiques à déterminer ne me forçaient pas à séjourner auprès de leurs camps, ils nous faisaient quelquefois l’honneur de nous prendre pour des marchands mograbins, ou pour des pélerins de retour de leur pieuse visite au tombeau du Prophète.
Notre manière de vivre était aussi simple que celle des habitants des lieux que nous parcourions : nous campions ordinairement au coucher du soleil ; un bas-fond, le mieux fourni en végétaux, était vers cette heure le principal objet de nos recherches ; une telle rencontre pouvait seule accélérer ou retarder le moment du repos journalier. Souvent nous faisions route, un ou plusieurs jours de suite, avec des Arabes de la contrée, qui allaient à la recherche d’une nouvelle demeure.
Je saisissais ces occasions avec empressement toutes les fois qu’elles se présentaient ; je descendais alors de mon dromadaire, je défendais à mes domestiques de me suivre, et, me confondant avec ces Arabes, je devançais avec eux nos chameaux pesamment chargés. Je cherchais à obtenir leur confiance par ma franchise et mes prévenances : bien des fois j’ai atteint mon but ; et ces hommes simples, oubliant alors ma religion et mes projets, me racontaient les affaires de leurs tribus, me parlaient de leurs récoltes, de leurs troupeaux ; mais le soir, lorsque nous nous arrêtions, la prière du _moghreb_ les rappelait à leurs principes, à eux-mêmes. Ils posaient leur camp loin du mien : nous avions vécu ensemble pendant le jour, nous étions séparés pendant la nuit ; et si dans leur irréflexion et leur épanchement j’étais devenu quelques moments pasteur et nomade comme eux, je redevenais à leurs yeux chrétien et européen sous ma tente.
Ainsi, dans ces occasions et dans toutes les autres, si ces Arabes m’accordaient d’abord leur confiance comme hommes, ils la retiraient bientôt comme musulmans.
Ces voyages de compagnie avec les habitants de la contrée que je parcourais m’offraient un autre sujet d’observation moins affligeant. On ne saurait se faire une idée de l’inquiète sollicitude de l’Arabe voyageur, pour le chameau, cet animal patient qui seul peut l’aider à traverser le désert.
Reconnaissant des services qu’il lui doit, l’Arabe sacrifie ses goûts, et souvent même ses besoins, pour camper dans un lieu plus abondant en herbes ou en broussailles ; et si la nature du sol ne répond point à ses recherches, alors, ayant partagé les mêmes fatigues, il partage aussi avec le chameau la même nourriture : que de fois j’ai vu l’Arabe dans les déserts stériles se dépouiller le soir de son _ihram_, l’étendre devant le chameau accroupi, et répandre dessus quelques poignées de dattes, dont il avait soin d’ôter les pierres ou tout autre corps étranger !
Ce spectacle m’a toujours offert un nouvel intérêt ; et je n’ai jamais été tenté d’attribuer à la seule conservation de la propriété, des soins qui me paraissaient inspirés par une juste reconnaissance.
En contournant dans la direction nord-ouest la côte occidentale du golfe des Arabes, nous parvînmes, après sept heures de marche, de _Dresièh_ dans un lieu nommé _Maktaërai_.
Les habitants donnent ce nom à un plateau en grès, où l’on voit environ deux cents ouvertures pratiquées dans la roche, qui servent d’entrée à des grottes, et distantes entre elles de trois ou quatre pas. Sur leurs bords sont encore entassés des blocs de pierre bruts que l’on a extraits du sein du plateau pour former ces excavations ; leur aspect fruste me fit présumer qu’ils devaient être là depuis une époque très-reculée.
Je pénétrai dans plusieurs de ces grottes, et je n’y trouvai qu’une petite meule à moudre le blé, et des instruments aratoires déposés sans doute par les Arabes des environs. Elles sont taillées très- grossièrement et n’ont aucune forme régulière ; dans toutes celles que je visitai, leur encombrement m’empêcha de vérifier si elles avaient eu des communications entre elles. Aucun indice ne me permit de croire qu’elles eussent été destinées à un objet sépulcral ; elles ne me parurent pas non plus creusées pour servir de citernes, puisque les entassements de pierres qui ceignent leurs orifices auraient empêché d’y conduire les eaux des pluies, et qu’il eût été d’ailleurs superflu de multiplier en si grand nombre des ouvertures si rapprochées, si toutes ces grottes n’eussent été que des bassins.
L’histoire ne fait mention d’aucune peuplade de Troglodytes, habitant la Marmarique ; Hérodote et Pomponius Mela les placent dans l’intérieur des terres vers le sud-ouest dans le pays des Garamantes. Néanmoins je ne pouvais m’expliquer un si grand nombre d’excavations souterraines qu’en supposant qu’elles avaient servi d’habitations.
Le 13, à une demi-heure de _Maktaërai_, nous passâmes auprès de _Benaïèh-Abou-Sélim_[35], ruines d’une enceinte quadrangulaire située sur une hauteur et contenant un puits.
A sept heures de distance de ce dernier lieu, nous franchîmes une chaîne de collines calcaires qui se prolonge par mamelons du nord au sud ; et de là nous arrivâmes par un chemin rocailleux au _Kass-Djammernèh_, autre mur d’enceinte couronnant également une élévation.
Des ruines semblables se trouvent fréquemment dans la Marmarique ; leur situation, l’épaisseur des murs, et les puits dont elles sont pourvues, m’ont fait supposer qu’elles pouvaient être les restes de postes militaires destinés, dans l’antiquité, à protéger les bourgs et la voie publique contre les incursions des anciens nomades. Ces conjectures acquerront plus de probabilité, si l’on se rappelle que les Romains furent souvent obligés de combattre les Marmarides, non point dans l’intention d’asservir ces peuplades, mais dans le seul objet d’assurer la libre communication entre l’Égypte et la Cyrénaïque[36].
Les citernes qui sont auprès de _Djammernèh_, et l’examen que j’en fis, m’offrent l’occasion d’entrer dans quelques détails sur la manière dont elles furent creusées.
Une d’entre elles présente un carré régulier dont chaque côté a vingt mètres de longueur ; et quoique en partie comblée de terre d’alluvion, déposée par les eaux qu’elle contenait autrefois, elle conserve encore quatre mètres de profondeur. La couche supérieure de la roche, épaisse de trois pieds, forme elle-même le plafond, auquel sont pratiquées trois ouvertures, et qui est soutenu intérieurement par deux piliers carrés, taillés aussi dans le roc. Un ciment rougeâtre composé de briques pilées, de cendres et de sable, sert de revêtement aux piliers et aux quatre côtés de la citerne, hors au plafond qui en est dépourvu.
Je remarquai qu’aux autres citernes voisines de celle-ci, l’épaisseur du plafond était inégale, et qu’elle était formée de deux et même trois couches de la roche ; cette différence dans l’épaisseur aura été nécessitée sans doute par celle de la solidité ou des accidents que le roc aura offerts dans les endroits où ces excavations furent faites.
A deux heures au nord de _Djammernèh_ sont plusieurs puits, et des traces de fondations, non loin du cap qui forme l’extrémité occidentale du Golfe des Arabes. Ce promontoire nommé _el Heyf_[37] par les habitants actuels, est encore distant de douze heures de la petite _Akabah_ ; en parcourant cet espace, je ne vis plus rien d’intéressant sous le rapport d’antiquités. Plusieurs lieux, entre autres _Asambak_, _Ghefeirah_, dont on peut voir la position sur la carte, ne présentent que de continuelles répétitions des ruines déja décrites.
Mais quelque peu fertile que paraisse maintenant ce canton, il dut être autrefois très-habité, puisqu’on n’y fait pas une demi-heure de chemin, sans y trouver quelques vestiges d’anciens villages, des réservoirs pour recueillir les eaux du ciel, et des canaux pour les diriger. Combien ces traces d’une nombreuse population, et ces témoignages de son industrieuse activité, contrastent avec la négligente indolence du sectateur de Mahomet ! Il préfère errer tristement dans cette contrée, cherchant quelques bandes de terre à cultiver, ou de mesquins pâturages pour ses troupeaux, plutôt que de rendre à ces terres leur fertilité primitive, en imitant l’exemple qu’il a sous les yeux.
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[Note 16 : Draperie de laine qui sert de vêtement aux Arabes du désert.]
[Note 17 : STRAB. t. V, l. XVII, p. 358. Trad. de M. Letronne.]
[Note 18 : Je n’ai pu trouver aucun de leurs chapiteaux ni même de simples fragments ; MM. de Chabrol, Lancret, Faye et Lepère, qui ont visité, en 1801, les ruines d’_Abousir_, ont pu reconnaître à cette époque que ces colonnes étaient d’ordre dorique.]
[Note 19 : Cour. d’Égy. 24 vent. an IX, n. 107.]
[Note 20 : De Ædif. l. VI, 1.]
[Note 21 : PROCOPE, de Ædif. l. VI, 1.]
[Note 22 : Voy. l’Égypte sous les Phar. t. 2, p. 267, 268.]
[Note 23 : IRIARTE, Bibl. Matri. vol. 1, p. 485.]
[Note 24 : PROCOPE, _Ibid._]
[Note 25 : Toutes les ruines des maisons particulières des anciens Égyptiens, situées dans la vallée du Nil ou isolées dans les sables, ne présentent que des massifs de brique crue, assis le plus souvent sur des monticules factices également en terre et couverts de débris de poteries. On ne pourrait guère admettre avec vraisemblance que ces massifs ne soient que la base des maisons, et que la partie supérieure fût en pierre ; cet usage serait trop opposé aux règles de l’architecture pour supposer qu’il eût été adopté chez un peuple qui les connaissait aussi bien.
Concluons donc de ceci que la nonchalance des Égyptiens fut la même dans tous les temps, et que la commodité des matériaux, dont le Nil était le principal ouvrier, les engageait autrefois, comme de nos jours, à préférer des habitations frêles et poudreuses à des constructions propres et solides, mais dont les matériaux eussent été d’une exploitation plus difficile. Cette idée n’est point incohérente avec les monuments gigantesques de l’ancienne Égypte ; elle prouve seulement que les Égyptiens faisaient comme peuple et réunis en masse, ce qu’ils négligeaient de faire comme particuliers et pour leur bien-être individuel.]
[Note 26 : STRAB. liv. XVII, 8, pag. 353 de la trad. franc. VIRG. Géorg. liv. II, v. 91. HOR. Od. 37, v. 14.]
[Note 27 : Cette remarque est aussi fondée sur l’aspect qu’offrent plusieurs endroits dans les Oasis. La plupart des ruines et des monuments que l’on y voit, et qui ne sont point abrités par des collines, sont isolés dans les sables. La raison en est que les chrétiens, et après eux les Arabes, ont, par esprit de religion, établi leurs demeures loin de celles des anciens habitants. Ces dernières se trouvant ainsi abandonnées, les arbres qui les entouraient ont péri faute de soins, et ce rempart détruit, le désert s’est avancé.]
[Note 28 : Reise in die Gegend zwichen Alexandrien und Parætonium. SCHOLZ, pag. 52.]
[Note 29 : La traduction de cette inscription, et les notes qui s’y rapportent, sont de M. A. Jaubert.]
[Note 30 : Mot à peu près illisible.]
[Note 31 : Il manque ici un mot.]
[Note 32 : Même observation.]
[Note 33 : Ce dernier surnom indique une origine turque. Voyez, au surplus, sur la signification du mot قسيم, l’article inséré par M. de Sacy dans le Journal des Savants, cahier de septembre 1825, pag. 526 et 530.]
[Note 34 : Le nom de _Dresièh_ offre, il est vrai, une grande analogie avec celui de _Deris_, port et promontoire mentionné par plusieurs auteurs, qu’il faut chercher à l’ouest du golfe des Arabes. Mais la situation de _Dresièh_, enfoncée dans ce golfe, ne saurait, en aucune manière, convenir à un promontoire, et ce nom paraît être, comme plusieurs autres, une transposition que les Arabes ont faite dans la dénomination des lieux.
Quant à _la roche noire ressemblant à une peau_, que Strabon donne comme indice à _Deris_, je doute qu’avec le seul secours de ce signalement on pût reconnaître cet ancien promontoire, puisque tous les caps de cette partie du littoral sont garnis d’écueils qui, avec un peu d’imagination de la part du voyageur, peuvent acquérir cette ressemblance.]
[Note 35 : Construit par _Abou-Sélim_. Ce nom indique que ces ruines auront été restaurées et habitées par quelque cheik arabe. Il rappelle aussi la fameuse tribu d’_Abou-Selim_, qui occupait autrefois, suivant Macrizy, les contrées de _Barkah_ et d’_Afrikiah_, et qui avait un très- grand nombre de Berbères sous sa dépendance.]
[Note 36 : Voy. Joseph. de Bello Jud. II, 16. Vopiscus, vit. Prob.]
[Note 37 : Suivant Scylax, la situation d’_el Heyf_ conviendrait à celle de _Leuce-Acte_ que cet auteur place à un jour et une nuit de navigation de l’entrée du golfe de Plinthine, en ajoutant que de ce même point de départ, pour arriver à l’endroit le plus reculé du golfe, cet espace est double. Or, d’après ces distances, l’endroit le plus reculé du golfe ne peut être que l’ancien promontoire _Hermæa_, appelé actuellement _Kanaïs_, lieu dans lequel le Périple anonyme (Voy. Iriart., v. 1, p. 485) et plusieurs autres auteurs (Voy. Cellar. v. II, p. 66) font correspondre _Leuce-Acte_.
Je laisse aux profonds érudits le soin de concilier, s’il est possible, ce passage de Scylax avec les traditions de la plupart des anciens géographes. Je me bornerai à remarquer que, d’après ces derniers, le promontoire _El-Heyf_ conviendrait à la situation de _Deris_ ; quant à _la Roche-Noire_, que Strabon indique auprès de _Deris_, on pourrait au besoin, comme je l’ai déja observé, la retrouver dans les écueils qui entourent _El-Heyf_ ; et les nombreux vestiges d’habitations que l’on voit à l’Ouest de ce cap, et à _quelque distance de la mer_, rappelleraient aussi les petits bourgs _Antiphræ_, mentionnés par le même auteur (l. XVII, § 8.)]
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