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CHAPITRE IV.

Coup-d’œil sur l’histoire naturelle de la Marmarique. — Dénombrement des différentes familles de la tribu des _Aoulâd-Aly_. — Leurs mœurs et leurs usages.

Avant de franchir les hautes montagnes de la Pentapole Cyrénaïque, et d’entrer dans une région nouvelle, où les monuments rivalisant avec la nature, nous offriront à chaque pas des effets pittoresques à décrire et d’intéressants souvenirs à rappeler ; arrêtons-nous aux limites posées par la nature entre deux contrées si différentes, et jetons un dernier coup-d’œil sur celle que nous venons de parcourir. Ce nouvel examen sera le résumé et le complément des observations éparses dans les chapitres précédents.

§ Ier.

_Histoire naturelle._

Tout le pays compris entre Alexandrie et le golfe de Bomba, occupe une étendue de cent cinquante-six lieues de l’est à l’ouest, c’est-à-dire, depuis le 27° 34′ 30″ jusqu’au 20° 49′ de longitude à l’orient du méridien de Paris.

La partie septentrionale de cette région forme une lisière de terres cultivables qui côtoie les bords de la mer et ne se prolonge que sur un espace de dix à quinze lieues au plus vers le sud.

En suivant cette direction jusqu’à l’Oasis d’Ammon, on ne trouve plus qu’un désert aride où l’on rencontre à peine de temps en temps quelques îlots de terres salées, dont l’image a été si ingénieusement rendue par le géographe philosophe de l’antiquité[79].

Des collines dont la hauteur s’élève progressivement en s’éloignant des bords de la mer, croisent en tout sens cette lisière de terres, alternent avec des plaines, et donnent quelquefois passage à des torrents qui s’écoulent de leur sein en hiver et se rendent dans la mer.

D’_Abousir_ à la petite _Akabah_, le rivage est généralement côtoyé par une digue de sables blanchâtres qui s’avance très-loin sous les eaux, et occasionne des bas-fonds dangereux pour l’abordage des navires. Cette digue est quelquefois interrompue et remplacée par les prolongements rocailleux des collines et de leurs contre-forts.

De la petite _Akabah_ en suivant à l’ouest, la côte devient plus inégale, et présente en plusieurs endroits des flancs escarpés contre lesquels viennent se briser les flots de la mer. Dans cette partie du littoral plus encore que dans la précédente, on aperçoit de nombreux enfoncements qui ont dû servir, en des temps plus reculés, de ports ou de simples abris aux navires ; mais les sables dont ils sont comblés, et les envahissements de la mer, les ont privés en majeure partie de leur utilité, et ce n’est que dans les endroits rocailleux qu’ils ont pu conserver les vestiges de leur ancienne forme.

Le sol de la Marmarique atteste partout de grandes révolutions physiques, ainsi que son état de dévastation offre l’image des révolutions humaines. Les coquillages marins incrustés dans le roc, les madrépores épars sur les collines, les basaltes et les granits roulés sur des terrains secondaires, enfin l’assemblage de minerais de différente nature et le désordre de leur disposition, tel est le caractère général que présente cette contrée.

Le voyageur éprouve en la parcourant une impression pénible ; la continuelle nudité des lieux lui rend plus sensibles l’anéantissement des villes et la disparition de leurs habitants ; il ne voit devant lui que plaines grisâtres et collines arides ; il s’avance, et c’est toujours le même aspect ; et au milieu de ce vaste tableau sans vie comme sans couleur, à peine si la présence de l’homme lui est indiquée par le bêlement lointain des troupeaux et les taches noirâtres des tentes arabes.

Dans la vallée maréotide, le grès se voit plus souvent que le calcaire ; en poursuivant vers l’ouest jusqu’à l’_Akabah-el-Soloum_, le calcaire domine et devient souvent coquillier, ou bien il est uni avec le grès. On rencontre, mais rarement, dans quelques ravins des couches de quartz, et du spath calcaire en lames.

Le terrain compris entre l’_Akabah-el-Soloum_ et le golfe de Bomba, en partie plus élevé que le précédent, comme nous l’avons fait remarquer, en diffère néanmoins très-peu pour la nature du sol. Des masses de grès sont pour ainsi dire entées sur du calcaire, et quelquefois une vallée présente le contraste de deux collines rapprochées et de formation différente.

Les terres, généralement argileuses, ne sont point défavorables à l’agriculture : les lieux les plus fertiles sont les bas-fonds qui entretiennent plus long-temps l’eau des pluies, et les plateaux formés par des collines que leur élévation garantit de l’invasion des sables. Partout où les murs rocailleux et les contre-forts qui courent de l’est à l’ouest, laissent un passage par leur absence ou leur peu d’élévation, les sables poussés par les vents du sud viennent s’unir aux terres et prolongent quelquefois leur envahissement jusqu’aux bords de la mer.

L’uniformité du sol rend la végétation peu variée ; les mêmes espèces de plantes, à quelques-unes près, se retrouvent dans toute la Marmarique. Mais celles que l’on y voit en plus grand nombre, et qui caractérisent pour ainsi dire ce littoral par leur continuel aspect, sont, le long des bords de la mer, et auprès des lacs d’eau salée : l’_ephedra_, la nombreuse famille des soudes, parmi lesquelles on voit constamment la _salsola vermiculata_ qui s’élève en arbrisseau. Une espèce ligneuse du genre arthémise, appelée _chéah_, s’étend depuis la petite _Akabah_ jusqu’au golfe de la Syrte, et suit la partie méridionale des terres cultivables. Le _scilla maritima_ parcourt la même distance, mais sur la partie la plus fertile, celle qui est entre les bords de la mer et les confins des terres. Sa hampe persistante et alongée hérisse généralement les plaines ; sèche, elle sert de combustible aux habitants, et verte, elle récrée la vue par ses fleurs blanches et disposées en grappe terminale.

On trouve fréquemment dans cette même partie des terres où croît le _scilla_, une espèce de _rubia_, dont la tige est peu rameuse, mais très-frutescente. Ces deux plantes rappellent singulièrement ce que nous apprend Hérodote[80] sur les logements portatifs des Libyens, qui étaient faits en asphodèles entrelacés avec des joncs, et sur l’usage qu’avaient leurs femmes de teindre en rouge de garance les peaux de chèvre qui leur servaient de vêtements.

Classerons-nous parmi les divisions générales des végétaux de la Marmarique, les _roccella_, et surtout les _lichen_, parmi lesquels on rencontre souvent la _pulmonaire de terre_ ? Ces cryptogames, qui, dès les premières pluies, couvrent partout le sol avec profusion, rapprochent le climat de la Marmarique de celui de l’Europe, et le distinguent aussi parfaitement de celui de l’Égypte.

Je n’ai jamais vu aucune espèce de ces plantes sur les terres d’alluvion de la vallée du Nil ; on y trouve des mousses et des hépatiques dans l’intérieur des puits, de même que des _lichen_ et quelques autres cryptogames sur la crête arabique, mais non de ces espèces foliacées dont la végétation n’est alimentée que par des pluies abondantes. Je puis ajouter que l’utilité des _lichen_ est peu connue en Égypte, et cependant très-appréciée en Nubie, où les caravanes l’apportent des contrées pluvieuses situées dans la partie méridionale des Tropiques.

Si de ces considérations générales nous passons à des aperçus de détail, nous verrons dans les bas-fonds des plaines, dans les enfoncements des vallées, et même dans les endroits sablonneux, une foule de graminées, telles que les _agrostis_, les _poa_, les _festuca_, les _arundo_, le _bromus tenuiflorus_, l’_avena sterilis_, et une très-petite espèce d’_osurus_, se rencontrer souvent avec des syngénèses, telles que les _anthemis maritima_ et _arabica_, les _senecio laxiflorus_ et _glaucus_, les _gnaphalium stœchas_ et _conglobatum_, le _crepis filiformis_, et plusieurs _aster_ ; avec des crucifères, telles que les _cleome_, les _eruca_, les _clypeola_ ; enfin avec des boraginées, des ombellifères et des caryophillées, telles que l’_anchusa bracteolata_ et le _lithospermum callosum_, dans les sables ; les _buplevrum_ et les _cuminum_, dans les terres ; les _silene linguata_ et _pigmæa_, les _stellaria_, etc.

Il faut faire mention encore de quelques plantes faisant partie d’autres familles, telles que le beau _plomis samia_, dont les grandes fleurs d’un jaune éclatant, réunies en une grappe comprimée, contrastent avec la couleur terne du sol ; d’autres, au contraire, qui se confondent avec lui, telles que les plantains _lagapoïdes_ et _amplexicaulis_ ; enfin plusieurs euphorbes, entre autres la _minima_ et l’_heterophylla_, et notamment les _statice_ que l’on trouve également dans les sables et dans les terres.

Je pourrais augmenter cette nomenclature ; mais, comme dans la saison où je traversais la Marmarique, la plupart des plantes étaient encore défigurées par les chaleurs de l’été, j’ai été forcé à me borner le plus souvent à de simples indications de genre qui sont toujours très-vagues. Je fus plus heureux dans la Pentapole, et je pourrai donner, en traitant de cette autre région, plus de précision à cette branche de mes recherches, du moins pour le petit nombre de plantes qui m’ont paru offrir quelque intérêt par leur organisation, ou par leur utilité pour les habitants.

J’ai fait mention de quelques arbustes qui suivent les contre-forts des collines ou sortent des crevasses des rochers. Quant aux arbres, à l’exception des palmiers de _Boun-Adjoubah_ et de _Berek-Marsah_, si l’on en trouve dans cette contrée, loin d’interrompre momentanément sa nudité, ils se dérobent, au contraire, à la vue. En effet, les terres d’alluvion que contiennent les citernes ruinées et les carrières donnent lieu à la végétation de figuiers sauvages (_ficus carica_) et de caroubiers. Ces arbres, dont la cime ne s’élève que très-peu au-dessus du niveau du sol, paraissent comme enfouis dans les entrailles de la terre, et, à moins qu’on n’en soit très-près, on les confond avec les petits végétaux qui les entourent.

La zoologie de la Marmarique est bornée à un petit nombre d’animaux : le lièvre est de tous les quadrupèdes celui que l’on y rencontre le plus fréquemment ; caché dans les broussailles, il part avec la rapidité de l’éclair dès qu’on s’en approche ; mais, quelque grande que soit son agilité, il a un ennemi plus svelte encore qui parvient à l’atteindre.

Le _soulouk_, espèce de lévrier originaire de la Barbarie occidentale, est dressé par les Arabes pour la chasse du lièvre ; il suffit que le chien puisse l’apercevoir à l’instant de son départ, aussitôt il s’élance après lui, souvent même il dépasse le timide animal ; mais rétrogradant soudain, il l’arrête, le cerne, et il est rare qu’il ne parvienne à l’immoler pour servir à la nourriture de son maître.

Les troupeaux de gazelles suivent les sinuosités des vallées et s’avancent rarement jusqu’aux bords de la mer : quoique leurs mouvements soient moins prompts que ceux du lièvre, néanmoins l’élasticité de leur corps et l’inégalité de leurs bonds réitérés parviennent à lasser les meilleurs _soulouks_ et à les dérober le plus souvent à leurs poursuites.

Ce joli animal, dont les formes gracieuses et la pétulante vivacité sont si souvent l’objet des comparaisons poétiques des Arabes, est tellement connu que je ne saurais rien ajouter aux portraits que l’on en a déja faits. Les sables reçoivent l’empreinte de ses pates bifurquées, et trahissent ainsi sa fuite et sa retraite ; mais dans les terres durcies ou rocailleuses de la Marmarique, qui n’offrent pas le même secours à l’Arabe chasseur dépourvu de _soulouk_, un autre indice, quoique moins certain, lui sert à reconnaître à peu près l’époque et le lieu du passage des gazelles. C’est l’odeur de musc qu’exhalent leurs crottes, et qui est plus ou moins forte selon qu’elles sont plus ou moins récentes. J’ai remarqué que toutes les plantes aromatiques du désert, et particulièrement le _statice tubifora_[81], nommé _hachich-el-gazal_ par les Arabes, sont les plus recherchées par les gazelles.

Le loup d’une petite espèce, le chakal, l’hyène, le hérisson, le rat et la gerboise, connue sous le nom de dipode par les anciens[82], sont les autres quadrupèdes que l’on rencontre encore dans la Marmarique.

Parmi les reptiles, le plus inoffensif est sans contredit la tortue, que l’on trouve fréquemment dans les plaines sous des touffes de broussailles. Le céraste qu’échauffèrent dans leur sein les sables brûlants de la Libye, redoute, en hiver, les pluies de la Marmarique, et se réfugie dans les cavités des citernes ruinées, où il se trouve en société des scorpions, des lézards et d’autres espèces de cette hideuse famille dont je n’aimais guère à déranger le repos.

Dans la saison où je parcourais ce pays, il ne me parut pas très-riche en insectes ; des sauterelles, l’araignée, la fourmi, un grand nombre de scarabées, entre autres le _scarabæus-sacer_, sont les seuls que j’aie vus. Sans doute l’œil exercé de l’entomologiste aurait trouvé dans ceux- là mêmes des caractères nouveaux ou intéressants, et en aurait distingué d’autres qui ont échappé à mes regards. Je ne rangerai point parmi ces derniers une quantité prodigieuse de petits limaçons blancs qui couvraient presque tous les végétaux, et leur donnaient l’aspect d’une floraison générale. Quelques Arabes les mangent, sans autre assaisonnement que de les jeter par poignées sur des broussailles allumées ; ils ont le soin, il est vrai, d’en relever quelquefois le goût avec des sauterelles d’une grosse espèce, et qui ne subissent pas d’autre préparation : mais ce ne sont que les plus pauvres d’entre eux qui recourent à ces mesquines ressources pour leur nourriture ; et s’ils ont conservé de pareils usages, c’est sans doute pour ne point faire du tort à la mémoire des Libyens leurs prédécesseurs[83].

Dans un pays totalement dépourvu de forêts, et où la vue d’un arbre est un phénomène, les plus jolies espèces d’oiseaux, celles surtout qui nous charment par leur mélodie, doivent être bien rares. Habituées à chercher sous des dômes de feuillage un abri contre les rayons du soleil, et un asile aérien pour y confier leur naissante postérité, elles détournent leur vol de cette contrée nue et inhospitalière, et le prolongent jusqu’aux riants bosquets de la Pentapole.

Aussi parmi les nombreux habitants de l’air, ceux qui fréquentent habituellement la Marmarique sont bien en rapport avec la tristesse de la contrée : leurs chants ne sont que des cris sinistres ; et s’ils se meuvent, c’est pour chercher une proie.

Je voyais fréquemment l’aigle, le milan, le vautour, planer sur les troupeaux ; des bandes de corbeaux se pressaient autour d’un cadavre isolé, tandis que des hiboux et des chouettes étaient tapis dans les crevasses des rochers ou sous les décombres des ruines, pour se dérober à la clarté du jour.

Les bords de la mer n’offraient pas un spectacle plus riant : l’alcyon, la cigogne, l’oubara et d’autres espèces d’oiseaux aquatiques, ressemblaient tantôt à des points immobiles au milieu de la surface des lagunes ; ou bien, rangés sur le rivage en ligne régulière, tranquilles, ils laissaient les ondes se dérouler sur leurs pates exhaussées. Quelquefois à cette immobilité monotone succédait un vol précipité, et une grande confusion régnait entre eux, mais c’était pour m’annoncer l’approche d’un orage.

Toutefois, vers la fin de décembre, lorsque ce littoral se couvre d’un peu de verdure, l’on voit des alouettes, des cailles, des faisans, en un mot, un grand nombre d’oiseaux voyageurs qui viennent s’y reposer, et poursuivent ensuite leur périodique migration.

§ II.

_Habitants de la Marmarique._

Pour mieux distinguer les habitants de cette région, je la diviserai en deux parties : la première et la plus grande, celle qui est comprise entre Alexandrie et l’_Akabah-el-Soloum_, est exclusivement habitée par les _Aoulâd-Aly_ ; le plateau de _Za’rah_, formé par cette montagne, est occupé à-la-fois par les _Aoulâd-Aly_ et les _Harâbi_ ; et depuis le revers occidental de ce plateau, le reste de la Marmarique est au pouvoir de ces derniers.

La nombreuse tribu des _Aoulâd-Aly_ se subdivise en quatre corps ou _Bednat_, qui habitent, chacun, leurs cantons respectifs.

Le _Baharièh_, partie occidentale du lac Maréotis jusqu’à Damanhour, est occupé par les _Aoulâd-Karouf_, l’_Ouadi-Mariout_ par les _Senenèh_, la petite _Akabah_ par les _Seneghrèh_, et le plateau de l’_Akabah-el- Soloum_ par les _Aly-el-Akhmar_.

Chacun de ces quatre corps se subdivise en plusieurs petites tribus ou familles, savoir :

Les _Aoulâd-Karouf_, en

Djeraïdat.

Haddâout.

Aoulâd-Mansour.

Heit-Ibrahim.

Heit-Bou-Zaïenèh.

Heit-Behièh.

Les _Senenèh_, en

Mahâffit.

Harâouah.

Hedjenèh.

Ghattifèh.

Chouâbah.

Les _Seneghrèh_, en

Affrât.

Moughaourèh.

Azaïm.

Adjebâlah.

Les _Aly-el-Akhmar_, en

Kemeïliat.

Acheïbeat.

Ghenâcheat.

Outre ces Arabes, on en trouve encore d’autres dans la Marmarique qui appartiennent au grand corps des _Mouraboutin_, réparti dans toutes les tribus qui occupent les différents déserts, mais formant néanmoins une classe à part, qui se subdivise aussi en plusieurs familles ; celles qui habitent la contrée dont il s’agit sont connues sous les dénominations suivantes :

Au _Bahirèh_, les

Shaëth } } Aoulâd-Aly. Djouâbis }

A l’_Ouadi-Mariout_, les

Chtour } } Aoulâd-Aly. Sammalouss }

A la petite _Akabah_, les

Srhêet Aoulâd-Aly.

Sur le plateau de l’_Akabah-el-Soloum_, les

Mouâlek } } Srhânèh } Harâbi. } Heit-Meirèh }

Echrousât Aoulâd-Aly.

A la vallée de _Daphnèh_, les

Habboun } } Chouaërh } Harâbi. } Ghettâan }

Au golfe de _Bomba_, les

Meneflèh } } Harâbi. Ghereirèh }

Une plus grande réserve dans les mœurs, et une observation plus scrupuleuse des préceptes du Coran, sont les qualités qui distinguent généralement les _Mouraboutin_ des autres Arabes du désert. Ils composent, pour ainsi dire, un ordre religieux qui, sans le secours de prosélytes, se renouvelle lui-même dans ses propres descendants. Quoique les _Mouraboutin_ se livrent généralement aux mêmes travaux que les autres Arabes, cependant il y en a parmi eux qui se renferment dans de petites constructions élevées dans le voisinage des villes. Mais cet usage n’est adopté que rarement et par quelques vieillards dont le corps épuisé ne peut plus ni guider les travaux de la charrue, ni supporter les fatigues des voyages.

S’il est difficile d’évaluer avec exactitude la population des villes de l’Orient, il est presque impossible de connaître celle des contrées occupées par des peuplades errantes. Dans le premier cas, on a du moins sous les yeux plusieurs points de comparaison, d’où l’on peut tirer des inductions très-approchantes ; dans le second, au contraire, tout est incertitude, puisque l’inconstance des Nomades dans le choix de leur demeure et la durée de leur séjour, trompe sans cesse les investigations du voyageur : au défaut de preuves, il faut alors se contenter de renseignements.

En contrôlant tous ceux que j’ai pu réunir sur le nombre des habitants de la Marmarique, je crois m’approcher de la vérité, si je suppose que chacune des tribus que je viens de nommer soit composée de trois cents tentes, et chaque tente de quatre habitants des deux sexes. Selon ce calcul, le plus étendu que je puisse admettre, la population de tout le pays compris entre Alexandrie et les montagnes de la Cyrénaïque, s’élèverait environ à 38,000 ames, dont la moitié seulement serait armée. Parmi ces 19,000 hommes armés, je ne crois point qu’il faille en compter plus du cinquième qui possède des chevaux, ce qui porterait le nombre des cavaliers à 4,000 au maximum.

Dans ce calcul de la population de la Marmarique, j’ai dû comprendre ceux des _Harâbi_ qui habitent sa partie occidentale. Quoique les mêmes causes produisent chez ces différentes peuplades à peu près les mêmes effets, néanmoins, comme ces derniers font partie de la grande famille qui occupe la Pentapole, et qui sera le sujet d’un examen particulier, je ne les comprendrai point, pour plus d’exactitude, dans le tableau rapide que je vais tracer, spécialement consacré à la célèbre tribu des _Aoulâd-Aly_.

Depuis que Mohammed-Aly est parvenu à attirer dans les villes les chefs les plus remuants de la nombreuse tribu des _Aoulâd-Aly_[84], ces Arabes ont bien déchu de leur ancienne réputation. La bravoure et les exploits des _Aoulâd-Aly_, consignés encore dans des chansons populaires, les rendaient autrefois redoutables à tous leurs voisins. Ils profitaient du moindre trouble qui survenait dans les principales villes de l’Égypte, et dont ils étaient quelquefois les fauteurs, pour fondre à l’improviste dans les bazars, et disparaître aussitôt dans les solitudes, alors inaccessibles, avec le riche butin qu’ils confiaient à la vélocité de leurs juments. Ils occupaient alors, en majeure partie, tout le pays qui s’étend depuis l’Égypte jusqu’à la grande Syrte ; et de leurs camps innombrables qui couvraient ce vaste littoral, se détachaient des corps de cavalerie qui se dispersaient dans les déserts du sud, allaient faire contribuer les Oasis, s’emparaient des caravanes d’esclaves, et poussaient leurs courses audacieuses jusqu’au fond de la Nubie. Mais, par un contraste singulier, ces hommes farouches et spoliateurs hors de leurs camps, devenaient humains et hospitaliers dès qu’ils y rentraient ; de plus, ces mœurs paraissent communes à tous les Arabes qui habitent les différents déserts ; un écrivain justement célèbre l’a observé long-temps avant moi.

Devenus plus paisibles, moins nombreux et plus resserrés dans les limites de leur domaine, les _Aoulâd-Aly_, tels que je les ai vus, composent une société dont il m’a paru difficile de déterminer le gouvernement. On pourrait le nommer aristocratique, mais il en aurait tout au plus la forme, sans en avoir l’effet. Leurs cheiks n’exercent qu’une autorité précaire, et qui est moins le résultat de la force que celui de la réputation et de l’estime dont ils jouissent dans la tribu. Depuis l’époque que je viens de rappeler, ils font confirmer leur titre, il est vrai, par le pacha d’Égypte ; mais de retour dans leurs camps, le _bernous_ d’honneur qu’ils ont reçu du prince, loin d’être le signe du pouvoir et du ralliement, serait celui du mépris et de l’abandon, si les suffrages de la tribu n’avaient précédé ceux du pacha.

En effet, cette faveur du souverain d’Égypte, sans secours pour la faire valoir, deviendrait au moins illusoire ; le cheik ne diffère en rien des simples Arabes ; aucun signe du pouvoir ne l’entoure, aucune ressource pour l’établir n’est à sa disposition : ses trésors sont des troupeaux plus nombreux ; ses gardes sont ses proches et ses enfants. Aussi, ne pouvant exercer l’autorité par la violence, il l’obtient par la libéralité et la douceur.

Devant sa tente est un grand prolongement, espèce de _caravanserail_ du désert, où sont accueillis tous les voyageurs, où l’on célèbre les grands repas, enfin où se réunissent les plus âgés de la tribu pour délibérer sur les affaires pressantes. J’ai été témoin de ces délibérations : elles sont tumultueuses, bruyantes, le plus souvent tous parlent ou crient à-la-fois ; mais dès que le cheik, qui ordinairement est un vieillard, demande la parole, le tumulte s’apaise et le calme renaît.

Ces Arabes sont d’une taille médiocre, mais bien proportionnée ; leur figure basanée, maigre, est généralement régulière : l’œil noir et vif, le nez assez grand et jamais aquilin, le front large et souvent avancé, forment un caractère constant qui atteste leur antique origine, indique leur éloignement pour les mésalliances, et les distingue parfaitement des Arabes mograbins. Leur barbe peu fournie, courte et dégarnie latéralement, se termine en pointe au menton ; elle blanchit de bonne heure, ce qui occasionne la surprise qu’éprouve un Européen en voyant l’emblème de la caducité contraster avec des yeux pleins de feu, et avec toutes les apparences de la force et de l’agilité.

Le reste du corps est également peu velu ; faut-il en attribuer la cause aux fatigues et aux privations ? J’ai remarqué que ceux des Bédouins qui ont quitté le désert pour habiter la vallée du Nil, ont généralement avec plus d’embonpoint la barbe plus touffue. Ceux-ci sont méprisés par leurs anciens confrères, qui les nomment ironiquement _Arab-el-Hêt_, Bédouins casaniers ; et quelque soin qu’ils mettent à ne point se mésallier avec les autres agriculteurs, leur figure gagne en air de prospérité, mais elle perd insensiblement son caractère originel.

Non seulement les habitudes de la vie influent sur le moral de l’homme, mais elles parviennent à donner aux traits du visage, et même au maintien habituel du corps, un caractère qui leur est relatif. Que l’on déguise un Bédouin sous la chemise bleue des _Fellahs_[85], qu’il soit ainsi confondu parmi ces derniers, la fierté de ses regards, sa démarche, ses gestes, le feront bientôt reconnaître. Cette fierté est le type distinctif des Arabes du désert ; elle est imprimée sur leurs traits, et leur donne une énergie qui paraît susceptible d’inspirer les plus fermes résolutions.

La physionomie de ces Arabes donne lieu à une autre observation qui peut acquérir quelque intérêt aux yeux du philosophe. Leur figure, ordinairement sévère, sans être triste, n’offre jamais cet air d’étourderie et de gaîté légère que l’on remarque souvent chez d’autres nations, et quelquefois même en des personnes d’un âge très-avancé. Mais si, par une suite de malheurs, il en est parmi ces Arabes qui tombent dans l’indigence, les traits de leur visage, loin d’être flétris par la honte et le découragement, n’en offrent pas moins la même noblesse ; et ces hommes, quoique couverts de haillons, conservent l’assurance du bien-être et la dignité de l’indépendance. Ce phénomène moral ne peut provenir uniquement de la pieuse résignation que le Coran inspire à ses sectateurs, puisque nulle part l’indigence n’est plus hideuse, nulle part elle ne dégrade plus la figure humaine que dans les villes de l’Orient, où le contraste qu’elle présente avec le luxe est encore augmenté par la terreur que répand le despotisme. La stoïque tranquillité de l’Arabe du désert dans l’infortune a sa principale source en ce que, dans tout ce qui l’entoure, rien ne peut le porter à faire un retour humiliant sur lui-même. En outre, ayant peu de besoins, il a peu de désirs ; ce qu’il a perdu, il espère l’acquérir de nouveau ; et tandis qu’il attend sans inquiétude un sort plus favorable, il trouve dans la fraternité qui règne dans sa tribu et dans les inviolables lois de l’hospitalité, un asile assuré pour les premiers besoins de la vie.

Cette existence facile et ces désirs bornés sont la cause, il est vrai, du peu d’activité et même de l’insouciance que l’on remarque en général chez ces Arabes. Je n’examinerai point si les brillants avantages produits par l’égoïsme des peuples policés rendraient ces hommes plus heureux ; ce sujet m’entraînerait trop loin, et je continue mon récit.

Le costume des _Aoulâd-Aly_ est le même que celui des autres Arabes du désert libyque. Un bonnet de drap rouge (_tarbouch_) ou de feutre blanc (_takièh_) couvre leur tête ; les cheiks ornent quelquefois ce bonnet d’un schall, mais ils affectent de le coiffer différemment des Osmanlis. Les plus aisés chaussent des _boulghas_, souliers jaunes que l’on fabrique dans les villes de la Barbarie. Un ample caleçon de toile nommé _lebas_, noué à la ceinture, leur descend jusqu’aux jarrets ; ils revêtent ordinairement par-dessus une chemise bien plus ample encore, mais ils en sont quelquefois dépourvus, et le _ihram_ la remplace.

Cette dernière partie du costume bédouin en est aussi la plus indispensable comme la plus distinctive. C’est tout simplement une pièce d’étoffe de laine, formant un parallélogramme très-alongé, que l’on revêt sans couture ni incision préalable. Mais l’Arabe du désert possède l’art de la draper avec une noblesse et une simplicité que voudraient en vain imiter le _Fellah_ et l’habitant des villes. Porté par ces derniers, le _ihram_ n’est plus qu’une draperie lourde et sans grace, qui gêne leur démarche et embarrasse leurs gestes ; ils en sont plutôt affublés que drapés ; aussi, quoique parés de ce passe-port nécessaire dans les régions libyques, ces faux Bédouins sont bientôt trahis par leur allure composée ou par leur maintien gauche et timide. Que l’Arabe du désert, au contraire, revête le _ihram_ immédiatement sur sa peau bronzée ou sur sa large chemise, il le dispose avec un art d’autant plus inimitable, qu’il est le fruit de l’habitude et non de la recherche.

Une des extrémités du _ihram_, repliée et nouée au quart de sa longueur, forme une ouverture qui donne un libre passage à la tête et au bras gauche ; la partie nouée descend en replis sous ce bras, soutenue par le nœud qui vient se poser sur l’épaule droite ; le reste de la draperie est jeté négligemment sur l’autre épaule, ou bien il fait auparavant un contour sur la tête pour la préserver des rayons du soleil.

Ce costume, qui a de l’analogie avec celui des temps héroïques, ne saurait être plus simple, et par cela même il est noble et martial.

L’instant où l’Arabe saisit d’une main la bride et le pommeau de la selle, et de l’autre jette le pan de sa draperie sur l’épaule et s’élance en même temps sur le cheval, cet instant, dis-je, présente des mouvements combinés avec une noblesse et une aisance particulières aux mœurs de ces hommes du désert. Mais l’usage du _ihram_ ne se borne point à draper noblement le corps, il supplée à lui seul tout le mol attirail de nos lits européens. Sans autre secours que leur costume, ces Arabes trouvent leur lit partout ; qu’ils dorment en plein air ou sous les tentes, ils se blottissent dans leur draperie, et s’en couvrent de telle manière qu’une personne étrangère à leurs usages, en entrant la nuit dans un camp ou s’arrêtant près d’une caravane, chercherait en vain les habitants ou les conducteurs, si un _allah_, un _hia akbar_, un _hia mastour_, ou telle autre exclamation prononcée de temps à autre en accents étouffés, ne décelait des hommes sous des paquets de hardes.

Les femmes portent aussi le _ihram_, mais elles le vêtent différemment. Une partie de la draperie contourne la tête en guise de capuchon, et le reste est assujetti autour du corps par une ceinture ordinairement en peau. Leurs cheveux, qu’elles laissent croître dès l’enfance, sont disposés en tresses autour du front ou tombent flottants sur les épaules. Elles les couvrent ordinairement du _médaouârah_, étoffe qui est quelquefois de soie et coton, bariolée de différentes couleurs, et plus souvent de laine noire.

Les Bédouines ont l’avantage de n’être point voilées par le _bounah_[86], imposé par la jalousie orientale à toutes les femmes indistinctement qui habitent les villes[87]. Les traits de leur visage sont réguliers, et s’ils n’étaient défigurés par des tatouages de khol et d’énormes anneaux en verre ou en argent qui leur pendent aux oreilles et souvent même au nez, ils ne seraient pas dépourvus d’agrément. Elles ne se bornent point à charger leur figure de ces lourds ornements, elles s’en garnissent aussi les jambes et les bras ; leur nombre augmente même en raison de leur coquetterie ; mais fort heureusement pour leurs maris que ce surcroît de luxe ne témoigne pas chez les modernes Libyennes les mêmes conséquences que chez les anciennes[88].

Pour les Bédouins limitrophes de la vallée du Nil, la loi sacrée de l’hospitalité n’est plus qu’un simple nom de tradition ; partager _le pain et le sel_, n’est plus qu’une vaine simagrée qui n’oblige à aucun devoir, et dont ils savent toutefois au besoin invoquer l’inviolabilité. Corrompus par le voisinage des villes, excités par les jouissances qu’elles procurent, ils n’ont d’autre loi que l’intérêt, d’autre désir que le gain. J’ai trouvé des différences bien notables chez les Arabes de la Marmarique[89].

Ceux-ci sont loin, il est vrai, d’avoir conservé toute la pureté de mœurs de la vie patriarcale ; leur amour pour l’argent est même assez vif, mais il est rare qu’il les porte à des excès coupables pour s’en procurer. De plus, selon mon expérience et le témoignage des voyageurs indigènes, les _Aoulâd-Aly_ respectent généralement le droit de propriété ; les Mograbins disent proverbialement que lorsqu’ils ont descendu la grande _Akabah_, leurs biens et leurs personnes sont en sûreté.

Il est une observation que m’ont inspirée, à quelques différences près, tous les habitants du désert que j’ai connus : quoique scrupuleux observateurs des préceptes du Coran, et par conséquent fanatiques par devoir, toutefois les Bédouins n’offrent point dans leur fanatisme ces formes repoussantes et cet esprit intolérant que l’on ne remarque que trop souvent chez les Musulmans des villes ; les idées sont les mêmes partout, mais leur effet est bien différent.

En parcourant la vallée du Nil, j’ai été plus d’une fois exposé, comme chrétien, aux gestes menaçants et aux imprécations farouches d’un stupide Santon ou d’un brutal Osmanli ; tandis qu’en traversant les camps des Bédouins, ou bien en pénétrant dans leurs tentes, mon oreille n’a jamais été frappée d’aucune insulte. Chez les _Aoulâd-Aly_, j’ai même reçu le plus souvent un accueil assez doux, et une hospitalité, sinon tout-à-fait désintéressée, du moins obligeante.

La première impression que je produisais sur eux m’était toujours favorable ; je m’apercevais alors qu’un sentiment indépendant de leurs idées religieuses les engageait à bien accueillir un être semblable à eux ; ils me voyaient souffrir les mêmes maux, ils étaient portés à les soulager. La froideur et la réserve succédaient quelquefois à ces élans de bonté naturelle ; elles étaient produites spontanément par leurs fréquentes et intempestives citations du Coran qui arrêtaient les progrès de notre naissante intimité, sans toutefois occasionner de propos injurieux.

Lorsqu’ils m’accompagnaient dans mes courses, ils souriaient de pitié en examinant mes différents travaux ; ils plaignaient mon aveuglement de surmonter tant de fatigues pour des choses qu’ils traitaient de futilités ; et souvent, après avoir adressé des prières au Prophète, afin qu’il éclairât les infidèles de sa lumière, ils s’entretenaient familièrement avec moi, et m’aidaient à la recherche des objets que je désirais connaître.

Je cite ces détails, parce qu’ils me paraissent prouver que ces hommes, dont le premier abord est si farouche, ont néanmoins un fonds de bonhomie qui rendrait leur commerce assez doux, même pour un Européen, si leurs louables qualités n’étaient malheureusement altérées par le funeste esprit d’une religion exclusive.

Passons à leurs habitudes, nous les trouverons aussi simples et aussi peu variées que leurs idées.

Les femmes s’occupent seules des soins du ménage ; elles dressent les tentes, y entretiennent la propreté, préparent différents laitages et tous les aliments, et se dispersent, le soir, dans les environs de la demeure, pour recueillir des herbes sèches et quelques plantes ligneuses éparses dans les vallées.

Du reste, elles jouissent d’une grande liberté qui paraît d’abord peu s’accorder avec le caractère soupçonneux des Orientaux. Il n’est point rare de les voir causer familièrement, loin de leurs tentes, avec les autres Arabes de la tribu, sans que la jalousie de leurs maris en conçoive aucun ombrage.

L’orgueil est sans doute le principal motif de la confiance des Arabes du désert dans la vertu de leurs femmes ; cette confiance est même sans limites envers leurs filles ; mais si elles la trahissaient, et surtout par des liaisons étrangères au sang bédouin, les suites en seraient terribles[90].

Les filles et les jeunes gens des différentes familles passent ensemble des journées entières sans occasioner ni soupçon ni scandale. Leur développement précoce hâte l’époque des mariages, et souvent à l’âge de quinze ans ces Bédouines sont déja mères.

Dans les déserts comme dans les villes, les filles sont vendues à leurs époux moyennant une somme d’argent plus ou moins forte, selon le degré de leur beauté : ici même elles sont plus communément échangées contre des troupeaux, et, pour le dire en passant, il est rare que la plus jolie de ces Bédouines soit évaluée au-delà de _deux chameaux_ !

Mais si ces Arabes partagent, comme Musulmans, la plupart des vices inhérents au culte qu’ils professent, il est à remarquer, je le répète, que ces vices sont bien moins choquants chez eux que chez les habitants des villes. La pauvreté des _Aoulâd-Aly_ est un garant de leur moralité ; il est rare qu’ils aient plus d’une femme. Faut-il encore attribuer à cette pauvreté la bonne intelligence qui paraît régner dans leurs ménages ? Ces outrageants divorces que le voluptueux Musulman des villes se plaît à renouveler si souvent sont très-rares chez eux ; et en général ces hommes sobres et austères, quoique sectateurs de Mahomet, paraissent plutôt considérer en leurs femmes des compagnes à leurs peines, que des meubles pour leurs plaisirs.

Ces observations m’ont paru d’autant plus remarquables que les _Aoulâd- Aly_ mènent une vie très-oisive.

Dès que la terre a été sillonnée et que le grain lui a été confié, toutes leurs occupations se bornent à garder les troupeaux et à veiller à la sûreté de la famille. Quelques-uns font des voyages en Égypte, à _Syouah_ et à Derne ; ils portent à Alexandrie et à Damanhour la laine de leurs troupeaux, et en rapportent des _ihram_, des toiles, des armes et de la poudre ; ils prennent à _Syouah_ et à _Audjelah_ des dattes qu’ils échangent contre du beurre et des bestiaux, et ne se rendent que très-rarement à Derne lorsqu’ils louent aux marchands leurs chameaux comme bêtes de somme.

Leur nourriture habituelle consiste en dattes sèches, en laitage et en farine d’orge et de blé, qui, pétrie et jetée sur des tisons ardents, compose leur pain qu’ils nomment _foutah_, et cuite dans un grand vase avec quelques assaisonnements, forme le _hedjim_ ou le plat par excellence. Toutefois, aux grands jours de fête, et lorsqu’ils acquittent les devoirs de l’hospitalité, leurs repas sont plus somptueux, et la viande de mouton est un mets obligé. Chez les plus aisés, on voit même, dans ces circonstances, figurer les _bammièh_ et les _melloukhièh_[91] d’Égypte, et d’autres friandises encore plus recherchées.

De tous leurs ustensiles de ménage, le _kassah_, vaste soucoupe en bois, de deux à trois pieds de diamètre, est le plus utile. Après avoir servi, dans la journée, à abreuver les troupeaux et à d’autres usages domestiques, le _kassah_ posé le soir sur la modeste natte, réunit la famille arabe qui s’accroupit circulairement auprès de l’universel ustensile. Dès que l’on a prononcé l’indispensable _bismillah_[92], chacun pétrit avec ses doigts les pâtes ou les légumes en boules, et forme peu à peu dans l’épaisseur de ce mets un creux devant lui, que le chef de la famille a soin de combler de temps en temps, en promenant sa main du centre à la circonférence du plat.

Tel est l’avantage de la civilisation, que de pareils usages adoptés par les chefs mêmes de ces peuplades, exciteraient les dédains du plus modeste bourgeois d’Europe. Toutefois je dois faire observer que, dans les moments où le cheik et même les simples Arabes de la tribu prennent aussi peu délicatement leur repas, s’il vient à passer un voyageur, pauvre ou riche, n’importe, le généreux _bismillah_ l’invite indistinctement à partager la table hospitalière ; et l’étranger, comme l’indigène, chez ce peuple grossier, accepte sans honte ainsi qu’on lui donne sans orgueil des secours qu’il serait injurieux de payer, et cela comme chose toute naturelle et d’habitude.

Après ces détails il est peut-être superflu d’ajouter que ces Arabes ne sont point gourmands ; ils n’aiment en général que les mets très- substantiels, dont ils relèvent le goût avec du piment en poudre ; mais ils le prodiguent avec tant de profusion que j’ai souvent été surpris que leur palais pût y résister. Ils dévorent les aliments plutôt qu’ils ne les savourent ; selon leurs idées, l’instant consacré à la nourriture ne doit point être envahi par la conversation ; aussi leurs repas sont courts et silencieux. Le même usage est suivi dans les villes et même chez les grands ; s’il choque nos mœurs, il favorise et commande même la sobriété. Je me suis trouvé quelquefois à la table des _beys_ et d’autres seigneurs orientaux ; les mets sont servis avec profusion, mais le plus souvent tous à la fois, et ils sont enlevés avant d’être à moitié consommés : il est vrai que chez ces derniers, et dans les villes en général, le même service passe ensuite aux femmes, et des femmes aux domestiques ; ce qui n’a pas lieu chez les Arabes du désert, où nulle distinction servile ou orgueilleuse n’est admise.

Le peu d’occupations qu’ont ces Arabes, et non l’influence du climat, font pencher leur caractère vers l’indolence ; sérieux, comme tous les Orientaux, ils passent des journées entières accroupis sur leurs talons, et n’échangent que par intervalles quelques paroles entre eux.

Il est à remarquer que leurs propos sont toujours accompagnés d’exclamations ou de sentiments religieux ; le nom de Dieu, _Allah_, est répété à chaque phrase et presque à chaque mot ; s’ils parlent, il remplit leurs conversations ; s’ils se taisent, il interrompt leur silence. L’habitude sans doute plutôt que la réflexion les porte à cette continuelle répétition d’idées religieuses ; le plus grand avantage qu’ils paraissent en retirer, c’est la résignation, qualité distinctive des Musulmans, et qui prend quelquefois un caractère sublime dans les dangers et les grandes souffrances.

Cette pieuse résignation est bien plus touchante dans les déserts que dans les villes, et j’ai souvent été frappé de la majesté qu’elle imprime chez les Bédouins, même aux pratiques extérieures de leur culte. Depuis long-temps on a ridiculisé en Europe les nombreuses gesticulations qui accompagnent les prières des Musulmans. J’avoue que les danses inspirées et les tournoiements convulsifs des santons, et les exercices journaliers de la prière, exécutés par une partie de la population à la porte même des maisons et des boutiques, produisent sur un Européen une impression moins respectueuse que plaisante. Mais que l’on porte les regards dans l’intérieur du désert vers cet Arabe simplement vêtu d’une ondoyante draperie blanche, costume qui ajoute à la gravité de son maintien ; que l’on choisisse la prière du _Moghreb_[93], alors que le sol brûlant de ces contrées est rafraîchi par la disparition du soleil ; alors que l’horizon se colore d’un rideau de pourpre qui se dégrade en teintes les plus douces ; dans ces heureux moments où tout ce qui respire dans ces lieux est rendu à l’activité et le cœur de l’homme à l’espérance ; que l’on voie alors cet Arabe lever les yeux et les mains au ciel ; qu’on l’entende s’écrier d’une voix pénétrée mais calme : _Dieu est grand ! Dieu est miséricordieux !_ et se prosterner devant l’Être invisible qu’il implore, humilier contre la terre son front sillonné par les privations ; que l’on examine son air de confiance dans la Divinité, confiance bien naturelle dans ces affreuses solitudes où l’homme ne paraît qu’un grain de sable ajouté aux mers de sables qui l’entourent ; que l’on se représente un pareil tableau, et ces mêmes paroles, ces mêmes gestes que nous avons trouvés ridicules au milieu d’une foule nombreuse, nous inspirent un respect involontaire lorsqu’ils n’ont d’autres témoins que l’Être-Suprême, et d’autre théâtre que l’immensité du désert.

Pourquoi faut-il que des hommes si rapprochés de la nature ne possèdent de qualités précieuses sans les porter à des excès qui en détruisent l’effet ? Si leur touchante résignation est louable, elle dégénère souvent en apathique impassibilité ; et si leurs idées simples les élèvent vers la religion, leur aveugle crédulité les abaisse vers des croyances absurdes. Mais j’ai tort de les accuser ; la superstition est le résultat de l’ignorance ; totalement livrés à la cause, ils doivent posséder au suprême degré son effet inévitable.

Aussi ajoutent-ils la plus grande confiance au pouvoir des sortiléges et à l’influence des talismans. Il est rare de ne pas voir sur leurs bonnets et autour de leurs bras de petits lisérés de papiers enveloppés dans des bandes de peau ; ils contiennent quelques versets du Coran ou des grimoires inintelligibles écrits par de rusés fripons, qui jouent les inspirés pour mettre à contribution la crédulité de leurs dupes. Ces talismans se retrouvent partout, enfants et vieillards en sont munis ; on les voit suspendus à l’entrée des tentes, aux cous des juments et des chameaux ; ils passent pour neutraliser l’effet des sortiléges, guérir toutes sortes de maladies, et préserver les hommes et les animaux de tout accident fâcheux.

Rien ne prouve mieux la bizarre confusion des idées de ces Arabes que de les voir ajouter la même foi aux talismans écrits par des personnes d’une religion étrangère à l’islamisme ; il suffit d’être supposé magicien, pour posséder, selon eux, l’avantage de donner à ces colifichets leur inappréciable efficacité. En ma qualité de chrétien, et par conséquent de sorcier, on a souvent voulu profiter des rares vertus de ma science devineresse : il me répugnait de tromper aussi gratuitement leur confiance ; mais en vain je protestais contre le pouvoir surnaturel qu’ils me supposaient, mes raisons n’étaient pour eux que des prétextes ; et j’ai souvent été obligé, pour me débarrasser de leur importunité, à barbouiller des lambeaux de papier qu’ils enveloppaient bien soigneusement, en me témoignant une grande satisfaction.

Néanmoins, si cette excessive crédulité est ridicule, elle est accompagnée d’une grande simplicité qui les rend très-attachés aux anciennes traditions, et interdit chez eux toute espèce d’innovation. N’ayant que peu d’idées à eux, ils imitent religieusement ce qu’ont fait leurs pères, et répètent avec bonne foi ce qu’ils leur ont ouï dire. Si on leur demande l’origine de tel usage, la cause de telle dénomination, ils répondent avec bonhomie : _Cela se fait ainsi ; cela s’appelle ainsi depuis long-temps_. Ils paraissent même étonnés de ces questions, comme si ce qu’ils tiennent de leurs aïeux ne devait pas rendre tout examen superflu.

Quoique leurs traditions soient souvent bien défigurées, il en résulte néanmoins un avantage pour l’observateur, celui de découvrir dans les récits de ces Arabes, et principalement dans les noms qu’ils donnent aux localités, des traces précieuses qui remontent souvent jusqu’aux époques les plus reculées.

Les principales richesses des _Aoulâd-Aly_ consistent en troupeaux ; les cheiks, et parmi les simples Bédouins les plus aisés seulement, possèdent des juments. Des ânes très-petits, grêles de formes, mais habitués à une sobriété qui approche de celle du chameau, servent à transporter les effets d’un camp à l’autre ; les plus pauvres parmi ces Bédouins les emploient même à de longs voyages, et ils ont soin alors de ne s’écarter jamais du littoral, où l’on rencontre plus fréquemment des puits. Dès qu’on a passé la vallée de _Mariout_, il est rare de voir des vaches ou des bœufs ; les terres, en général, n’offrent pas d’assez gras pâturages pour ces bestiaux ; mais les troupeaux de menu bétail et les chameaux y sont très-nombreux.

Les moutons de la Marmarique ont la queue moins traînante, la laine moins touffue et le corps moins volumineux que ceux d’Égypte ; mais toutes ces proportions se trouvent généralement plus fortes que celles des moutons de la Barbarie.

Les chameaux présentent, d’un canton à l’autre, par leurs formes, par la disposition et la nature de leur laine, des nuances qui n’échappent point à un œil exercé, mais qui seraient difficiles à décrire. Ces nuances se changent même en différences marquantes, ou pour mieux dire en caractères opposés, si l’on franchit de plus grands espaces et que l’on compare les chameaux des contrées plus éloignées entre elles. J’aurai plus tard l’occasion d’établir ces comparaisons sur ce précieux animal : je me bornerai maintenant à faire remarquer que la nature, toujours prévoyante, pour mettre les chameaux de la partie septentrionale de l’Afrique à l’abri des intempéries de l’hiver, les a pourvus d’une laine touffue et d’une couleur obscure, tandis qu’elle a donné un vêtement plus léger et d’une teinte plus claire à ceux de l’intérieur de la Libye.

Le petit nombre de puits qui ne sont pas comblés ou détruits, et leur distance souvent très-grande des lieux habités, distance que la sécheresse de l’été augmente encore, ont obligé les _Aoulâd-Aly_ à ne faire désaltérer leurs troupeaux que tous les deux ou trois jours. Pour empêcher qu’une tribu entière ne se trouve simultanément réunie auprès de l’aiguade, les différentes familles qui la composent alternent entre elles les époques, et ne se rendent au puits commun qu’à des jours convenus. Ces Arabes partent alors précédés de leurs différents bestiaux ; sur les chameaux ils déposent les cordes et les seaux en cuir qui servent à puiser l’eau, et les outres qu’ils doivent remplir pour les besoins du ménage. Dès qu’ils sont arrivés à une petite distance de l’aiguade, ils arrêtent leurs troupeaux ; tandis que les uns s’occupent à les retenir, les autres vont faire les préparatifs : ils consistent à réparer le creux fait précédemment dans la terre, et à tracer un sillon qui doit y conduire l’eau ; si les environs du puits sont rocailleux, le _kassah_ tient lieu d’abreuvoir. Ils lâchent ensuite les bestiaux, mais seulement un petit nombre à-la-fois ; sans cette précaution, chameaux, ânes et moutons se précipiteraient pêle-mêle sur l’eau, et ces derniers, sans doute, ne se désaltéreraient de long-temps.

Un Arabe suffit ordinairement à la garde d’un troupeau considérable ; placé sur une éminence, le fusil ou le _nabout_[94] à la main, et accroupi sur ses talons, il promène de temps en temps ses regards dans les solitudes qui l’environnent ; si nul objet ne provoque ses craintes, il cherche à tromper la durée du temps par des chants analogues aux sensations qu’il éprouve. Les fortes intonations de sa voix habituée à se faire entendre dans l’espace, sont souvent transmises fort loin jusqu’à d’autres Arabes, pasteurs comme lui ; alors ils répètent ou alternent entre eux les mêmes strophes du chant, après de courts intervalles qu’ils laissent de l’une à l’autre. Mais si par hasard le pâtre gardien aperçoit dans l’horizon une caravane nombreuse ou tout autre sujet d’alarme, il se hâte de rallier ses troupeaux, et par des signes convenus, il prévient les siens du danger qui les menace.

Les _Aoulâd-Aly_, et généralement tous les Arabes du désert, ne connaissent ni l’agriculture régulière, ni le jardinage. C’est aux céréales, et principalement à l’orge indispensable pour leur nourriture et celle de leurs juments, que se bornent tous leurs travaux agricoles. La terre n’est sillonnée qu’une fois et peu profondément par une charrue de petite dimension, souvent dépourvue de fer, et faite quelquefois de roseaux. Dès que le grain a été semé, on le recouvre d’une légère couche de terre ; trois mois après la récolte est prête, le chaume est coupé aux deux tiers de sa hauteur, et le champ même devient l’aire qui sert à dépouiller le grain de son enveloppe.

Quoique la nature ait grand besoin dans cette contrée de soins industrieux pour lui faire varier ses productions, cette cause n’est point la seule de l’état d’abandon où elle languit. L’Arabe du désert croirait déroger à sa noblesse, et compromettre son orgueilleuse indépendance, s’il fixait son séjour dans un lieu quelconque, pour le rendre plus fécond par des soins agricoles. Ce serait imiter les mœurs du _Fellah_, qu’il méprise ; ce serait quitter la vie errante qu’il aime, pour la vie sédentaire qu’il redoute.

Sa manière de vivre le rend étranger aux charmes qu’inspirent les souvenirs des localités ; ils naissent chez nous par de longues habitudes, et surtout par les impressions de l’enfance : une colline, un bosquet, ou le simple sentier du village qui nous a vus naître, viennent souvent occuper notre pensée ; leurs images sourient à notre imagination, en lui rappelant une foule de circonstances futiles, mais toujours chères. Ces impressions locales ne peuvent exercer aucun empire sur l’esprit du nomade ; habitué dès le bas âge à changer sans cesse de demeure, il n’en préfère aucune ; pour lui, sa patrie est le désert, et ses souvenirs sont les vastes solitudes.

Dès qu’il a moissonné sa récolte, dès que ses troupeaux ont épuisé les pâturages d’une vallée, aussitôt il lève sa tente ; des _djérids_[95], pliés en demi-cercle, assujettis à la selle des chameaux et couverts de longues toiles, servent à garantir les femmes et les jeunes enfants de la trop grande ardeur du soleil : bientôt tout se met en mouvement ; les troupeaux ouvrent la marche ; continuant à brouter çà et là, leur domicile n’a point changé : les chiens veillent alentour des troupeaux ; ils pressent les plus tardifs, et défendent aux voyageurs qu’ils rencontrent l’approche de la caravane : le gros bétail et les chameaux terminent la marche. Les ustensiles du ménage, les fruits de la récolte, en un mot, tous les objets de la bourgade errante, se voient bizarrement groupés autour des formes sauvages et pittoresques du chameau.

Après que la caravane est partie, si l’on jette un coup d’œil sur le camp abandonné, à peine si la terre foulée et les traces du foyer domestique indiquent la place des tentes. Les vents ou la pluie feront bientôt disparaître ces faibles indices d’habitations humaines, rendus à la solitude, jusqu’à ce que le hasard y amène de nouvelles familles.

[Note 79 : STRAB. l. II, c. 4.]

[Note 80 : L. IV, 189, 190.]

[Note 81 : _Statice pruinosa_, Vivia. Flor. Liby. specim. p. 17.]

[Note 82 : HÉROD. l. IV, 192. Les anciens ont donné ce nom à la gerboise, à cause de l’extrême brièveté des jambes de devant et de la longueur de celles de derrière.]

[Note 83 : HÉRODOTE, l. IV, 162.]

[Note 84 : Voyez chap. 2, p. 30-31.]

[Note 85 : Agriculteurs égyptiens.]

[Note 86 : Nommé _borgho_ en Égypte.]

[Note 87 : Il faut en excepter les _Almès_ et les _Ghaou-Azis_, danseuses publiques.]

[Note 88 : Les femmes des Gidanes, peuplade nomade qui habitait la partie occidentale de la grande Syrte, se faisaient honneur de porter autour de la cheville du pied autant de bandes de peau qu’elles avaient fait de conquêtes. (HÉROD. l. IV, 176.)]

[Note 89 : J’ai déja dit que, dans ce coup d’œil sur les mœurs des habitants de la Marmarique, je ne comprenais point les _Harâbi_.]

[Note 90 : Une jeune Bédouine, demeurant dans un camp d’Arabes voisin d’un village d’Égypte, avait des liaisons avec le fils d’un _Fellah_. Aveuglés par une passion mutuelle, les deux amants, sans réfléchir à la barrière insurmontable qui s’opposait à leur union, profitaient des ombres de la nuit pour se voir furtivement. Une indiscrétion trahit leur amour clandestin ; épiés, ils furent bientôt surpris : aussitôt les parents de la jeune Bédouine s’emparent du couple infortuné, et, ce que l’on ne peut dire sans horreur, excités par leur féroce orgueil, ils plongent indistinctement le poignard dans le sein des deux victimes ; ils mutilent leurs corps, et les membres palpitants, confondus par une union atroce, sont jetés dans le Nil !

Une pareille action peut donner une idée de l’excessif orgueil des Bédouins en général ; mais je dois faire remarquer qu’elle a été commise par des Arabes qui, ayant quitté le désert, croient racheter les antiques vertus qu’ils ont abandonnées avec lui, en se montrant plus fiers encore de leur origine.]

[Note 91 : Plantes potagères dont les Égyptiens font un grand usage.]

[Note 92 : Premier mot de la prière que font les Musulmans avant de se mettre à table ; de cet usage, le _bismillah_ est devenu la formule habituelle pour inviter à partager le repas.]

[Note 93 : Cette prière est ainsi nommée, parce qu’elle se fait immédiatement au coucher du soleil.]

[Note 94 : Gros bâton ou plutôt espèce de massue, ordinairement ferrée à son extrémité.]

[Note 95 : Branches de palmier.]

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