CHAPITRE III.
_Akabah-el-Soloum_. — Plateau de _Za’rah_. — Accueil des _Harâbi_. — Vallée de _Daphnèh_. — Canaux d’irrigation — _Toubrouk_. — _Bombæa_. — Platée. — _Aziris_. — Citernes.
Une vallée d’une heure de largeur côtoie l’_Akabah-el-Kébir-el-Soloum_, _Catabathmus magnus_ des anciens. Les eaux qui s’écoulent en hiver de la montagne entretiennent dans cette vallée une végétation abondante ; aussi est-elle couverte dans toutes les saisons de nombreux camps d’Arabes.
Mais cette cause n’est point la seule qui rend ce lieu si habité ; le _Catabathmus_ qui, selon plusieurs auteurs, séparait l’Égypte de la Cyrénaïque, et du temps des Romains, l’Afrique de l’Asie[56], forme encore aujourd’hui un canton qui sépare les états de Tripoli de ceux d’Égypte.
J’ai déja dit, il est vrai, que ces limites étaient fixées plus à l’Est à _Boun-Adjoubah_ ; tels sont les renseignements que j’ai recueillis ; néanmoins selon M. Scholz, il faudrait les placer à la grande _Akabah_. Ces différences dans les rapports que nous ont faits les Arabes n’ont rien de bien surprenant, puisque la prétendue suzeraineté des deux Pachas dans ces déserts consiste beaucoup plus dans le titre que dans la réalité.
Quoi qu’il en soit de ces limites supposées, le canton de l’_Akabah_, par sa situation si éloignée de la véritable action des deux gouvernements d’Égypte et de Tripoli, sépare ces gouvernements par le fait, puisqu’elle assure à ses habitants une indépendance absolue.
« Voilà, me dit mon guide _Hadji-Salèh_, le principal motif qui attire dans cette vallée un si grand nombre d’Arabes. Il en est même qui choisissent cette retraite pour se soustraire à la vengeance de leurs ennemis ; d’autres viennent y jouir de l’impunité des crimes commis, ou bien épier l’occasion d’en commettre de nouveaux ; enfin, ajouta-t-il, la plupart des habitants de l’_Akabah_, depuis un temps immémorial, sont des transfuges de diverses tribus, qui rendent ce passage redoutable pour toutes sortes de voyageurs. »
Ce fut là en effet que le général Minutoli vit échouer ses projets ; ces Arabes, sous le vain prétexte que lui et les siens étaient des espions du Pacha d’Égypte, les empêchèrent de poursuivre leur voyage. Cet exemple, bien plus que les propos de mon guide, était susceptible de m’inspirer de l’inquiétude. Nous n’étions qu’à une heure de distance de la montagne ; la nuit était obscure et pluvieuse ; et la lueur des feux que j’apercevais de temps en temps dans le lointain, attestait la présence des hommes qui allaient bientôt décider du sort de mon entreprise. Enfin la clarté du jour vint mettre un terme à mon impatience ; j’encourageai mes domestiques par de légers présents, et bien résolu à tout braver plutôt que de reculer, je m’avançai vers le passage si redouté.
Je n’introduirai point le lecteur au milieu des camps de ces Arabes, je ne le ferai point assister aux délibérations tumultueuses qui eurent lieu à mon sujet ; je ne lui rappellerai point mes angoisses en me voyant en butte à l’incrédulité du fanatisme et aux exigeantes spéculations de l’intérêt. De pareils détails, occasionnés par des circonstances bien rares dans ces déserts, sont étrangers aux mœurs habituelles de ses habitants ; dès-lors ils deviennent tout-à-fait personnels au voyageur, et par conséquent oiseux pour le public éclairé. Il me suffira de dire que la simplicité de mon costume, mon isolement, ma confiance, et peut-être même ma fermeté, obtinrent de ces hommes farouches ce qu’une escorte imposante et de grands titres n’avaient pu obtenir : on me permit de franchir l’_Akabah_.
Ma caravane avait déja traversé la vallée ; M. Müller, que sa maladie retenait sur le chameau, était dans une grande anxiété pendant mon absence ; dès que je fus de retour auprès de lui, ses yeux abattus se ranimèrent pour me témoigner le plaisir que mon succès lui faisait éprouver. Satisfait d’avoir été plus heureux que mes prédécesseurs, je formai des vœux pour le rétablissement de la santé de mon compagnon de voyage ; le ciel ne les exauça que bien tard ! et ce ne fut qu’après de longues souffrances, après avoir été aux portes du tombeau, que M. Müller retourna miraculeusement à la vie, au milieu même des privations du désert !
Nous mîmes une heure à monter l’_Akabah el Soloum_, par un chemin formé dès la plus haute antiquité. Il est bordé, en grande partie, d’immenses rochers, dont le ciseau a quelquefois fait disparaître les angles trop saillants qui obstruaient le passage.
Cette montagne s’élève par ondulations d’une hauteur progressive, ou bien elle présente des flancs escarpés que le chameau gravit avec peine, quoiqu’on ait essayé d’en adoucir la pente. La roche est généralement de calcaire compacte et coquillier ; des masses de grès se trouvent isolées sur le calcaire, ou bien le calcaire est uni avec le grès. Des arbustes qui commençaient à se revêtir de leur feuillage couvraient les endroits terreux, et remplissaient les crevasses des rochers. Ce fut là que je vis, pour la première fois dans ce voyage, des bouquets de lentisques et de genêts.
Il n’était sorte de soins que je n’eusse employés jusqu’alors pour préserver de tout accident le seul baromètre que je possédasse ; malheureusement, dans le désordre qu’occasionna la chute d’un chameau, il fut brisé contre un rocher. Quoique ce baromètre fût très-mal construit, sa perte me causa d’autant plus de peine, qu’elle était irréparable, et qu’elle occasionna dans le résultat de mes observations ultérieures une lacune qui ne put être remplie par des calculs d’estime toujours hypothétiques.
La montagne de l’_Akabah_ me parut avoir environ 900 pieds d’élévation ; elle commence immédiatement aux bords de la mer, d’où elle se dirige au S.-S.-E., pour aller joindre les hauteurs qui côtoient l’Oasis d’Ammon. Au sommet s’étend un plateau de treize heures d’étendue du S.-E. au N.-O. ; quoique les terres n’y diffèrent point par la végétation et la couleur de celles de la petite _Akabah_, elles sont néanmoins plus fertiles et plus généralement cultivées. C’est de là que vient le nom de _Za’rah_, champ, que les Arabes donnent à ce plateau. En le parcourant nous passâmes fréquemment auprès de grands campements de pasteurs ; les travaux agricoles mettaient tous ces Arabes en activité, et variaient un peu la monotonie du tableau que nous avions eu presque toujours sous les yeux.
S’il est une époque dans l’année susceptible de distraire ces hommes de leur sérieux habituel, c’est celle, comme nous l’avons observé, où le sol ingrat qu’ils habitent reprend un peu de vie et de fraîcheur qui doivent être si passagères. Dans les climats plus favorisés du ciel, où chaque saison produit ses fruits, le moment des récoltes a dû être celui des réjouissances, puisque l’une succède à l’autre, et que l’on a toujours devant soi un nouvel espoir suivi de nouveaux biens.
Il n’en est pas de même dans la Marmarique : la terre, avare de ses dons, ne produit qu’une fois dans l’année, et pour des moments de courte durée. Dès qu’elle a accordé à l’homme ce faible secours, aussitôt elle se décolore ; tout dépérit : les troupeaux errants, cherchent dans quelques coins des vallées, le petit nombre de végétaux échappés à l’ardeur du soleil. Alors, tandis que nos vergers se couvrent de fruits, tandis que les vendangeurs parcourent nos coteaux, l’habitant de cette contrée ne voit autour de lui qu’une nature muette et frappée de mortalité ; il languit dans sa tente, et cherche à tromper ses ennuis par des récits fabuleux ou des lectures pieuses.
Ces Arabes profitent aussi des moments où la végétation se renouvelle pour célébrer leurs fêtes de famille. Durant une de mes excursions dans la grande plaine de _Za’rah_, je fus témoin d’une de ces fêtes qui m’intéressa par sa nouveauté : je vis une jeune épouse, montée sur une espèce de tréteau que l’on avait assujetti sur deux charrues traînées par des juments. Une mesquine couronne de seneçons, emblème de la stérilité du sol, fixait sur sa tête un grand mouchoir en soie bariolé de couleurs éclatantes, qui tombait en replis sur ses épaules. Une musique bruyante, produite par de gros coquillages de mer et des _ghandours_[57], précédait la nouvelle mariée, et parcourait avec elle en triomphe les tentes des familles alliées ou amies. Quelques cavaliers entouraient le cortége ; ils représentaient une petite guerre, en poussant à toute bride leurs juments les unes contre les autres, et faisant de fréquentes décharges de leurs armes à feu.
A part le plaisant effet que produisait le grotesque attirail du char triomphal, ces images de guerre autour d’une jeune épouse, cette joie tumultueuse sans gêne comme sans désordre, me donnèrent une juste idée des mœurs à-la-fois simples et belliqueuses de ces nomades.
Tandis que nous continuions à parcourir la plaine de _Za’rah_ en nous dirigeant vers le nord-ouest, j’aperçus dans le lointain, aux bords de la mer, un port spacieux que les Arabes nomment _Marsah-Soloum_, et qui me paraît être celui de _Panormus_, où Ptolémée fait terminer le nome Libyque[58], et qu’il place du côté occidental de la vallée du _Catabathmus_. Dès que nous fûmes arrivés à l’extrémité ouest de cette plaine, nous trouvâmes plusieurs puits creusés avec soin dans le roc à une très-grande profondeur. Ces puits, d’origine antique, sont garnis à leurs bords de petits bassins creusés également dans le roc, mais qui paraissent, à cause de la grossièreté du travail, appartenir à une époque plus moderne.
De _Biar-Zemlèh_, nous descendîmes le plateau de l’_Akabah_, beaucoup moins élevé du côté occidental et d’une pente plus douce. Dix minutes nous suffirent pour arriver du sommet à la base. Là, nous entrâmes dans la vallée de _Daphnèh_, formée d’un côté par la même chaîne des montagnes de l’_Akabah_, qui se prolonge par sinuosités dans l’ouest, et de l’autre par une ramification de petites collines décrivant une ligne parallèle à ces montagnes.
Au-delà de la plaine de _Za’rah_, on ne trouve plus les _Aoulâd-Aly_ ; à _Daphnèh_ commence la nombreuse tribu des _Harâbi_, les guerriers, qui habitent exclusivement toute la Pentapole Cyrénaïque. Dès que ma caravane eut pénétré dans la vallée, nous vîmes tout-à-coup, en détournant un de ses coudes, une si grande réunion de tentes, que nous eûmes lieu d’en être surpris. Serrées les unes contre les autres, elles tapissaient les flancs de la vallée, et formaient une haie, au milieu de laquelle nous étions forcés de passer. Une grande agitation paraissait y régner : me rappelant alors la mauvaise réputation des _Harâbi_, je fis placer mes Nubiens à côté des effets les plus précieux, et précédant ma caravane de quelques pas, je m’approchai non sans anxiété du défilé inévitable. J’aperçus bientôt plusieurs cheiks qui montèrent à cheval et se dirigèrent sur nous, suivis d’une foule d’autres Arabes à pied. Selon l’usage admis dans le désert, lorsqu’il y a sujet de méfiance entre deux caravanes qui se rencontrent, elles s’arrêtent à une certaine distance entre elles, et des parlementaires s’avancent des deux côtés, pour s’informer de leurs intentions réciproques. C’est ce que nous fîmes : _Hadji-Salèh_, mon guide, et un des _Harâbi_, s’avancèrent dans l’espace qui nous séparait.
Durant cette entrevue, trop éloigné pour entendre leurs paroles, j’examinais attentivement leurs gestes : ils furent d’abord très- animés ; je vis ensuite les deux envoyés se rapprocher et remettre leurs fusils sur le dos ; ce fut pour moi le signal de la paix. Je m’empressai aussitôt d’aller joindre les cheiks, et j’appris qu’une guerre violente existait entre eux et une tribu voisine ; plusieurs meurtres avaient été commis, jusqu’alors ils en étaient les victimes, et ils s’étaient réunis en nombre considérable pour se venger d’une manière éclatante de leurs ennemis.
Ils me dirent que le bruit de mon voyage s’était répandu jusque chez eux ; ils s’étonnèrent de ce que j’osais pénétrer avec aussi peu de monde dans leur contrée ; ils accusèrent ma hardiesse d’imprudence, et me firent sentir que je dépendais totalement de leur volonté. « Mais dans ce moment, reprit le plus âgé d’entre eux, la vengeance seule nous a rassemblés, nous voulons le sang de ceux qui ont tué nos frères ; ainsi, poursuis ton chemin et que Dieu te protége ; » puis s’apercevant qu’il s’était trompé : « Si toutefois, ajouta-t-il, Dieu peut protéger un chrétien ! »
Je ne me permis pas la moindre observation sur ce compliment, et m’estimant heureux que leurs dispositions vengeresses ne s’étendissent pas jusques à nous, je les remerciai avec sang-froid de leur bon accueil, et nous nous empressâmes de les quitter. Cette rencontre me mit à même d’apprécier la différence de mœurs qui existait entre les _Harâbi_ et les paisibles _Aoulâd-Aly_, et me fit dès-lors entrevoir tous les dangers qui allaient nous entourer.
Les terres de la vallée de _Daphnèh_ sont d’une couleur plus obscure et paraissent plus fertiles que celles des cantons précédents. La végétation plus variée, est généralement herbacée dans la plaine, mais plus active et plus forte dans les ravins. Depuis que nous étions entrés dans la vallée, je cherchais à m’expliquer la cause de sa dénomination, lorsque j’aperçus enfin quelques bouquets de _nerium_[59] parmi les fentes des rochers. Ce joli arbuste, quoique très-rare maintenant dans ces lieux, y paraît cependant indigène. Sans doute il y croissait autrefois en plus grande quantité ; les anciens habitants l’auront multiplié dans leurs champs, ils en auront embelli leurs demeures ; et ces habitants durent être très-nombreux, puisque les vestiges de ruines sont si multipliés dans cette vallée, qu’elle paraît avoir été couverte de villages et de hameaux.
C’est à _Daphnèh_ surtout, et dans ses environs, que l’art a redoublé d’efforts pour aider la nature. Partout on y aperçoit des restes de canaux d’irrigation ; ils sillonnent la plaine en tous sens, ils serpentent sur les flancs des collines et de la montagne. Dans ces derniers endroits, on les voit se diriger, tantôt perpendiculairement, tantôt horizontalement, selon qu’ils furent destinés à conduire les eaux des pluies dans les citernes, ou des citernes dans les champs. J’ai vu de ces canaux disposés comme des rayons dont le centre commun est un bas-fond ; j’en ai vu suivre parallèlement les rives d’un petit vallon, pour aller, sans doute autrefois, arroser les champs plus éloignés d’un industrieux agriculteur. J’en ai vu d’autres se ramifier comme les rigoles de nos jardins, afin de détourner le cours de l’eau, de le prolonger ou de l’arrêter à volonté.
Quoique la vallée de _Daphnèh_ paraisse avoir été anciennement très- habitée, je n’aperçus parmi les ruines qui la couvrent aucun reste de monument remarquable. Le _Kassr-Djédid_, à l’entrée de la vallée, n’est qu’une masure informe. Indépendamment de son aspect, son nom[60] indique qu’il appartient à une époque moderne ; mais les fragments antiques intercalés dans ses murs, et le puits qu’il renferme, prouvent que cet édifice fut élevé sur l’emplacement et avec les débris d’un autre plus ancien.
Je puis encore citer le _Kassr-Coumbouss_, situé sur le sommet de la montagne, à six heures à l’ouest du précédent. Sa destruction est telle que, non seulement on ne peut plus rien distinguer dans un amas de pierres, forme à laquelle le monument est réduit ; mais que des débris d’une origine bien différente y sont confondus pêle-mêle, de manière qu’on voit les fragments d’un chapiteau grec ou romain à côté de ceux d’une arabesque, et le tout est surmonté d’un bloc de pierre taillé en guise de turban, indice certain d’un tombeau arabe.
De pareilles ruines plus que les autres provoquent involontairement la réflexion.
A voir ces débris de plusieurs édifices qui eurent une destination si différente, qui furent élevés par des peuples de mœurs et d’usages si opposés ; à voir ces témoins des âges antiques, ces produits de diverses civilisations, couverts ensemble de l’humble pierre des champs ; à les voir réunis en un seul monceau, réduits à un sort commun pour former la tombe d’un santon ! à voir un pareil tableau, on dirait que le temps en rassembla les contrastes pour manifester sa puissance et se jouer du sort des nations.
Quant à la cause historique de ce bizarre assemblage de ruines de diverses époques, elle s’explique naturellement. Sans détailler ici mal à propos la série des peuples qui se succédèrent dans cette contrée, à ne compter que de l’invasion des Musulmans, ceux-ci durent se servir des matériaux que leur offraient les monuments étrangers à leurs usages et surtout à leur culte religieux. Ainsi, les princes arabes auront fait démolir les temples et les autres édifices pour élever des mosquées et des châteaux ; après eux, les Nomades finirent par tout détruire sans rien bâtir, et les tentes ont remplacé les villes et les hameaux.
Après avoir marché, le 26 et le 27, durant neuf heures dans la vallée de _Daphnèh_, dont l’axe est à l’O.-N.-O., cette vallée s’élargit, et les deux chaînes d’élévations qui la forment prennent des directions différentes. Celle de l’_Akabah_ se prolonge dans l’ouest, jusqu’aux montagnes cyrénéennes, et la colline qui lui est opposée se perd en ondulations vers le nord ; la partie du littoral où l’on entre alors s’appelle _Dâr-Fayal_.
Le 28, tandis que ma caravane poursuivait sa route à plusieurs heures de distance des bords de la mer, je la quittai pour aller visiter le port de _Toubrouk_. Je traversai d’abord un sol très-inégal, entrecoupé de ravins et de vallées, exhaussé de six cents pieds environ au-dessus du niveau de la mer. Ensuite je descendis le revers septentrional de ces hauteurs par un chemin qui dut servir autrefois de communication entre les habitants de _Toubrouk_ et ceux de l’intérieur des terres.
Ce chemin est taillé avec soin dans le roc vif, et bordé de deux canaux creusés aussi dans la roche, mais sur un plan plus élevé ; ses nombreux contours et les escaliers larges et bas que l’on y trouve par intervalles, en adoucissent tellement la pente, qu’on le descend très- commodément à cheval.
Les Arabes me dirent que l’on voyait plus à l’est sur le même revers de la montagne un autre chemin semblable à celui-ci. Si l’on pouvait se fier à l’exactitude de ce rapport, cet autre chemin aurait conduit probablement au port Ménélas, où aborda le prince grec dont il reçut le nom, et qui rappelle aussi le fameux Agésilas, qui y termina sa glorieuse carrière. Ce port, d’après les distances données dans les périples, et principalement suivant Strabon[61], devait être situé aux environs du cap _Ardanaxès_, nommé actuellement _el-Mellah_ ; il était par conséquent plus rapproché de _Daphnèh_ que ne l’est _Toubrouk_, non loin duquel je me trouvais. Cette proximité de _Daphnèh_ et de Ménélas donne plus de vraisemblance au rapport des Arabes ; et leur témoignage, joint à celui que j’avais sous les yeux, s’accorderait avec les indices d’une nombreuse population que j’avais remarqués dans l’intérieur des terres. Il fallait en effet que les relations de ses habitants avec ceux des villes littorales fussent tellement actives dans l’antiquité, qu’elles eussent rendu nécessaires deux chemins taillés, à si peu de distance entre eux, dans le flanc de la montagne.
Entre ces hauteurs et les bords de la mer, est une bande de terre de quinze à vingt minutes de largeur, sablonneuse et couverte en majeure partie de soudes et d’euphorbes. Elle conserve à peu près cette distance depuis l’_Akabah_ jusqu’à _Toubrouk_, et devient ensuite plus spacieuse de ce dernier point jusqu’au golfe de Bomba. Les puits qu’on y rencontre très-souvent engagent les voyageurs à préférer en été cette route à celle qui suit les hauteurs qui la dominent.
En contournant les bords d’un joli port, dont le fond est de sable blanchâtre couvert d’un lit d’algue, j’arrivai aux ruines de _Toubrouk_, situées sur le prolongement rocailleux de la côte qui forme le port et le préserve de tous les vents, excepté de celui d’est. Parmi des entassements de pierres de taille et des débris de poteries, je ne pus distinguer que des arcs détachés d’anciennes voûtes et des puits comblés ; quelques tronçons de colonnes et des fragments de marbre et de granit me prouvèrent l’antiquité de ce lieu, qui, selon les distances données dans le périple de Scylax, correspondrait au bourg _Antipyrgus_. Ces ruines sont entourées d’un mur construit en belles assises et d’un état de conservation qui contraste avec la grande destruction de la ville : il forme un carré irrégulier dont la plus grande longueur est du S.-S.-E. au N.-N.-O. ; dans ce sens il a deux cent quarante-six mètres, sur cent quarante du S.-O. au N.-E. Sur les côtés intérieurs de ce mur, on voit des escaliers pris dans son épaisseur pour arriver au sommet ; ils sont dirigés en sens divers, de manière à décrire entre eux des lignes tantôt parallèles et tantôt divergentes (Voyez pl. V, fig. 6). Il me parut hors de doute que cette enceinte était postérieure aux ruines de l’ancienne ville, et qu’elle avait été élevée par les Sarrasins.
L’heureuse situation de _Toubrouk_ auprès d’un port bien abrité, aura engagé quelque prince arabe à fortifier ce poste maritime. Si l’aspect des monuments ne m’induit en erreur, je trouve une grande analogie pour le genre de construction et le degré de conservation, entre l’enceinte de _Toubrouk_, le _Kassr-Ladjedabiah_ et _Lamaïd_, trois édifices élevés pour protéger le littoral. L’inscription de _Lamaïd_ atteste, comme je l’ai déja fait remarquer, que ce château fut construit par les ordres du fils du sultan Bibars. On sait que Bibars, en apprenant le débarquement de saint Louis à Tunis, fit fortifier ses frontières et mettre divers points de la côte libyque en état de défense[62]. Ce ne serait donc pas beaucoup hasarder que d’attribuer à une époque approchante les fortifications de _Ladjedabiah_ et de _Toubrouk_, qui ont tant de rapports avec le château _Lamaïd_.
Dès que j’eus rejoint ma caravane, avant de descendre avec elle les hauteurs qui de _Toubrouk_ s’écartent de la côte, je me rendis, en suivant leur prolongement occidental, dans un lieu nommé _Klekah_, où, parmi les ruines d’un petit bourg, on voit quatre massifs en briques crues, conservant les restes d’un revêtement en pierres : ils sont rangés symétriquement, de manière à former les quatre angles d’un grand carré, dont le point central est occupé par un puits orné d’auges et creusé dans le roc d’un grès schisteux.
Le mieux conservé a vingt-un mètres de chaque côté ; l’intérieur est comblé de briques fondues par les pluies, et ne présente qu’une surface concave et unie. Auprès de chacun de ces massifs est un immense bloc de calcaire compacte, arrondi, percé au milieu et parfaitement semblable, par la forme et les dimensions, à une meule de moulin. Ces massifs sont indubitablement les restes de quatre tours, et peut-être que le petit bourg où ils se trouvent, comme celui du mont _Catabathmus_, aura pris dans l’antiquité le nom de _Tetrapyrgia_.
De _Klekah_ je descendis de nouveau les hauteurs de _Toubrouk_, et je me trouvai dans une vallée spacieuse nommée _Ouadi-el-Sedd_.
De même que celle de _Daphnèh_, elle est côtoyée par deux collines de hauteur inégale ; l’une, celle de _Toubrouk_, est composée de couches de grès bariolées par les oxides, de différentes couleurs ; l’autre est en calcaire très-dur et d’une couleur obscure à sa surface. Cette dernière, moins élevée, suit les bords de la mer, et ne s’étend que sur un espace de onze heures jusqu’auprès d’une anse que l’on peut considérer comme le prolongement oriental du golfe de Bomba.
Deux heures avant que d’arriver dans ce lieu, on voit sur le côté méridional de la colline un grand nombre de catacombes, nommées par les Arabes _Magharat-el-Heabès_, grottes des prisons ; et sur le revers opposé plusieurs traces de belles fondations indiquent le gisement d’une ancienne ville, probablement celle de _Petras-Parvus_, distante, selon Scylax, d’une journée de navigation d’_Antipyrgus_. Ces grottes offrent des particularités remarquables à cause de leur style greco-égyptien. Devant leur entrée on voit ordinairement une cour découverte, ceinte d’un mur dont la base est taillée dans le roc, et la partie supérieure construite en assises. Intérieurement elles sont subdivisées en plusieurs pièces à angles droits (Voyez pl. V, fig. 1 et 2), mais avec une ou plusieurs ouvertures pratiquées au plafond, ainsi qu’aux catacombes des Égyptiens.
Une de ces grottes, par sa belle conservation et ses détails architectoniques, mérite d’être décrite (Voy. pl. V, fig. 1) : après la cour découverte, qui a trente mètres de long sur dix-huit de large, est une espèce d’avenue ayant latéralement deux niches carrées destinées probablement à contenir des statues. Deux pilastres doriques ornent les côtés de l’entrée, devant laquelle croît un bel alizier (_Cratægus mora_)[63].
L’intérieur se compose de deux pièces : dans la première, la porte et le plafond sont à angles droits, tandis qu’ils sont voûtés dans la seconde. Celle-ci n’a que la moitié des dimensions de la précédente ; elle est taillée, en outre, sur un plan plus élevé de quatre-vingt-cinq centimètres. On y monte par quatre gradins. Cette seconde pièce contient au fond et à la moitié de sa hauteur cinq excavations oblongues, dont trois disposées horizontalement et deux au-dessus : leur forme et leurs dimensions ne permettent pas de douter qu’elles n’aient dû servir à contenir des sarcophages (Même pl., fig. 3). On voit sur les deux chaînes libyque et arabique de l’Égypte, des grottes sépulcrales offrant la même disposition.
Ces différents traits de rapprochement avec les catacombes égyptiennes, et surtout leur proximité de situation du golfe de Bomba, rappellent singulièrement ce qu’écrivait Synesius de Cyrène, sur le mont _Bombæa_ : « Lieu sauvage, dit-il, fortifié par l’art et la nature, que quelques- uns comparaient _aux hypogées des Égyptiens_, et qui avait pendant long- temps caché la fuite de Jean dans ses cavernes sinueuses[64]. » Si l’on observe que, de toutes les grottes que l’on voit depuis Alexandrie jusqu’à la Syrte, celles-ci sont les seules qui puissent être comparées avec quelque exactitude aux souterrains des anciens Égyptiens ; si l’on ajoute à cette remarque, le nom et la description du lieu qu’on trouve dans le passage de Synesius, on conviendra que ces différents traits offrent des rapprochements qui vont jusqu’à l’évidence[65].
La petite baie dont j’ai fait mention est environnée à son extrémité orientale de terres couvertes de lagunes et de plantes marines. Ces marécages sont le séjour, en été, d’une prodigieuse quantité de grenouilles, qui donnèrent dans l’antiquité leur nom au port _Batrachus_, situé d’ailleurs, de même que cette anse, à l’occident de _Petras parvus_.
Une belle source d’eau sulfureuse, nommée _Ain-el-Gazal_, forme un ruisseau à quelques pas de ce port, et confirme ainsi les autres détails que donne le périple anonyme sur ce lieu[66]. Mais ses eaux, et celles de la source même, ne sont potables que dans les temps calmes, après qu’elles ont été dégagées, par leur renouvellement, de l’amertume que viennent y déposer les flots de la mer lorsqu’elle est agitée.
Nous quittâmes _Ain-el-Gazal_ le 30 ; nous eûmes beaucoup de peine à traverser les bords glissants de l’anse : après avoir franchi ce passage, nous marchâmes, en contournant au nord-ouest sur un sable uni, entre les bords de la mer et les collines de _Toubrouk_, qui à ce point s’en rapprochent tellement qu’elles les côtoient à une distance de quelques minutes. Dès que nous fûmes arrivés à la hauteur de l’anse, je vis une petite île plate peu éloignée de la côte ; et de ce même point j’aperçus au large dans le nord-ouest l’île rocailleuse et élevée de Bomba.
Selon le périple de Scylax, nul doute que je n’eusse devant moi l’île _Aëdonia_, et que je ne visse la fameuse Platée dans celle qui élevait plus loin ses flancs escarpés au-dessus des flots de la mer.
Hérodote, qui nous a laissé beaucoup de détails sur Platée, n’indique que vaguement la position géographique de cette île importante ; mais Scylax, plus précis, s’exprime de manière à ne nous laisser aucun doute sur sa situation. « Entre _Petras parvus_, dit-il, et la Chersonèse, distants d’une journée de navigation, sont les îles _Aëdonia_ et _Platæa_, ayant chacune un port[67]. » On ne pourrait décrire avec plus de clarté et de précision la partie du littoral qui nous occupe : je trouve, en effet, une journée de navigation ou douze lieues de distance entre les ruines situées auprès de _Magharat-el-Heabès_, qui correspondent, comme nous l’avons dit, à _Petras parvus_, et _Ras-el- Tyn_, l’ancienne Chersonèse. L’on voit également dans cet intervalle l’île d’_Ain-el-Gazal_ et celle de Bomba, et cette dernière est peut- être la seule de la Marmarique qui offre encore de nos jours un bon mouillage[68].
A six heures de distance d’_Ain-el-Gazal_, les hauteurs de _Toubrouk_ contournent brusquement vers le sud ; selon les Arabes, elles se prolongent jusqu’aux monts Cyrénéens, et forment, conjointement avec eux, la vallée de _Temmimèh_, qui va en s’élargissant vers les bords de la mer. Le milieu de la vallée est coupé par le sillonnement profond d’un torrent ; d’après le même témoignage, il est formé en hiver par le gonflement des ravins des montagnes de la Pentapole, et se jette, ainsi que j’ai pu le remarquer, dans le golfe de Bomba, à la hauteur de l’île du même nom.
Ce torrent est le même sans doute que la rivière _Paliurus_, qui, selon Ptolémée[69], prenait sa source dans un lac situé dans l’intérieur des terres. Ce n’est point ici le lieu d’expliquer la cause de la contradiction qui résulte des traditions anciennes comparées aux observations modernes : cette contradiction n’est qu’apparente, et j’en développerai plus tard les motifs.
Nous allâmes camper dans la même journée auprès du torrent encore à sec dans cette saison. Son lit, large de trente à quarante mètres, et principalement ses bords très-exhaussés, sont couverts d’une forêt de tamarix atteignant quinze à vingt pieds de hauteur. Autour de ces arbres se groupent une foule de plantes et d’arbustes parmi lesquels je distinguai des soudes frutescentes, des éphèdra, et plusieurs sous- arbrisseaux presque tous propres aux terres salées.
C’est probablement du côté occidental de _Temmimèh_ qu’il faudrait chercher les vestiges du temple d’Hercule cité par Strabon[70], et auprès de l’embouchure même de ce torrent, le bourg _Paliurus_, qui aurait partagé avec le port Ménélas, suivant Mannert[71], l’honneur d’être le chef-lieu d’un troisième nome libyque. Des pasteurs me dirent que l’on voyait sur cette partie de la côte quelques traces de ruines, mais sans monument encore debout. L’épuisement et les maladies de presque toutes les personnes qui m’accompagnaient, ne me permirent pas de les quitter pour vérifier ces indications et explorer ces lieux intéressants.
L’aspect de l’_Ouadi-Temmimèh_ confirme la description que les anciens nous ont laissée d’_Aziris_, de ce canton où les colons grecs séjournèrent si long-temps, et où ils bâtirent une ville dans les temps mêmes que le mont _Cyra_ était encore habité par des hordes nomades. Hérodote[72] nous apprend que ce lieu était situé vis-à-vis de Platée, entre une rivière et des collines toujours vertes ; on voit en effet la partie occidentale de _Temmimèh_ bornée d’un côté par les premiers échelons boisés des monts cyrénéens, et de l’autre par le torrent que je viens de décrire. Ce torrent, par son lit spacieux, rappelle de même la _rivière considérable_[73] que le périple anonyme[74] place auprès de _Nazaris_, nom qui n’est évidemment qu’une corruption de celui d’_Aziris_. Enfin nous trouverons une nouvelle et importante preuve de concordance dans un renseignement de topographie végétale, transmis encore par le père de l’histoire[75], et confirmé par Scylax[76]. Suivant ces auteurs, le _sylphium_ ne commençait à croître qu’au-delà de l’île Platée. Hérodote détermine même les limites occidentales où cesse de croître cette plante ; j’aurai bientôt l’occasion de prouver la grande exactitude de cette autre indication. Je dois maintenant me borner à faire remarquer que, dans toute la Marmarique, je n’avais trouvé aucune plante qui offrît la moindre ressemblance avec la description que les anciens nous ont laissée du _sylphium_ ; tandis que, dès que j’eus franchi les sommités qui dominent _Ras-el-Tyn_, la grande Chersonèse des anciens, je vis fréquemment une espèce d’ombellifère, _laserpitium derias_, dont l’identité avec le _sylphium_ a déja été appréciée[77].
Quoique ce canton fût abondamment pourvu d’eau une grande partie de l’année, cependant, pour remédier à la sécheresse de l’été, les anciens habitants avaient creusé et revêtu de belles assises plusieurs citernes le long des bords du _Temmimèh_, afin de profiter, pour les remplir, des débordements annuels du torrent. Les Arabes, qui apparemment n’ont pas compris ce motif, ont laissé exhausser les bords du torrent, et combler par conséquent la plupart des anciennes citernes ; pour suppléer à cette perte, ils ont eu l’habileté de creuser dans son lit même, formé de terres salées, des fosses qui n’ont que le médiocre inconvénient de rendre l’eau presque impotable, et qui se changent même tout-à-fait en salines à quelque distance des bords de la mer.
Nous voici arrivés aux limites de la Marmarique[78]. Les ressources que les citernes présentent à l’habitant actuel de cette région peu favorisée du ciel, et l’utilité bien plus grande qu’elles acquirent en des temps plus reculés et sous des hommes plus industrieux, m’engagent à réunir quelques observations sur la différente manière dont elles furent creusées ; cette différence nous offrira celle de leur origine.
Ces excavations, selon la nature du sol où elles ont été faites, sont ou creusées dans le roc vif, ou bien revêtues d’assises régulières, ou simplement étayées par des pierres brutes.
J’ai cru reconnaître celles qui appartiennent aux Grecs et aux Romains, tant à leurs grandes dimensions qu’à la perfection du travail. Celles-ci sont toutes revêtues d’un ciment ordinairement plus dur que la roche même sur laquelle il est posé ; elles sont quelquefois divisées en plusieurs pièces, et le plus souvent soutenues par un ou plusieurs piliers de construction ou taillés dans le roc. Leurs ouvertures sont rondes, elliptiques ou carrées ; mais une de ces formes fut toujours tracée d’une manière régulière.
Celles qui m’ont paru appartenir aux Arabes anciens et modernes, à quelques exceptions près, sont rondes ou anguleuses et d’un travail d’autant plus grossier qu’il paraît être plus récent ; elles sont toutes à une seule pièce, dépourvues de ciment et de piliers de soutien, du moins celles que j’ai examinées. En un mot, ces dernières seront mieux désignées par le nom de puits, puisqu’elles sont plutôt creusées pour atteindre les eaux souterraines, que destinées, ainsi que les précédentes, à servir de vastes bassins pour recueillir les eaux des pluies.
D’après ces observations, je citerai comme citernes grecques et romaines celles d’_Abousir_, _Benaïeh-Abou-Selim_, _Ghefeirah_, _Asambak_, _Zarghah_, _Zemlèh_, _Daphnèh_, _Klekah_ et _Temmimèh_.
Les Sarrasins, dont l’intention fut bien plus d’assurer les communications par le littoral et d’y établir des points de défense que de fertiliser les terres, ont ordinairement creusé leurs puits immédiatement sur les bords de la mer et surtout auprès des châteaux qu’ils y élevèrent : de ce nombre sont les puits que l’on voit à _Lamaïd_, _Bourden_, _el-Heyf_, _Boun-Adjoubah_, _Chammès_ et _Ladjedabiah_ ; ceux d’_el-Hammam_, d’_Abdermaïn_, de _Thaoun_, et autres, plus éloignés du rivage, paraissent aussi plus modernes.
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[Note 56 : POMP. MELA, l. I, c. 8. SALLUST. de Bell. Jug. c. 19.]
[Note 57 : Autrement dits _tabls_, espèces de tambourins.]
[Note 58 : CELL. Géog. anti. t. II, p. 67.]
[Note 59 : _Nerium oleander_.]
[Note 60 : _Djédid_ veut dire neuf, construit récemment.]
[Note 61 : L. I et l. XVII, § 17.]
[Note 62 : Voyez MICHAUD, Hist. des Crois. t. VII, p. 752.]
[Note 63 : C’est le seul que j’aie vu dans toute la Marmarique.]
[Note 64 : SYNESII Epist. 104.]
[Note 65 : M. MANNERT (Géogr. des Grecs et des Rom. tom. X, part. 2, pag. 105), tout en observant que Synesius n’indique pas la position de _Bombæa_, place néanmoins ces souterrains dans la partie méridionale de la Pentapole. Je ferai remarquer plus tard à ce savant critique, qu’à quelques lieues de distance des hautes terrasses qui bordent cette région au nord, on ne trouve plus, en s’avançant dans l’intérieur des terres, d’autres excavations dans la roche que des citernes, qui ne sauraient en aucune manière convenir à la description que Synesius fait de _Bombæa_.]
[Note 66 : IRIAR. Bibli. Matrit. v. I, p. 486.]
[Note 67 : SCYL. Cary. Perip. (édit. Voss. p. 45). Plusieurs géographes anciens, et parmi les modernes d’Anville, placent, il est vrai, l’île _Aëdonia_ ou _Aëdonis_ à celle connue actuellement sous le nom de Bomba, et ne font pas même mention de Platée, que je fais correspondre à cette dernière. Indépendamment des inductions topographiques et botaniques que je vais exposer sur le même sujet, il faut aussi considérer que l’île de Bomba est la seule à l’orient de Cyrène, qui paraisse susceptible d’avoir été long-temps habitée. Je trouve d’ailleurs un grand appui à ce rapprochement dans l’autorité du savant M. Mannert, qui place également Platée à l’île de Bomba. (Géogr. des Grecs et des Rom. tom. X, part. 2, pag. 39.)]
[Note 68 : Les Arabes m’ont assuré qu’ils avaient vu souvent des navires abrités auprès de ces îles, particulièrement auprès de celle de Bomba. Les Maltais, avant de faire leur commerce de bestiaux avec les Arabes de Barcah, par Ben-Ghazi, le faisaient par le golfe de Bomba. J’ajouterai que, durant mon séjour à Cyrène, un corsaire grec fit une descente sur la côte du golfe, et enleva tous les troupeaux qu’il trouva dans les environs.]
[Note 69 : CELLAR. Geogr. ant. tom. II, p. 75.]
[Note 70 : L. XVII, § 17.]
[Note 71 : Géogr. des Grecs et des Rom. t. X, part. 2, p. 19.]
[Note 72 : L. IV, 157.]
[Note 73 : L’habitude qu’avaient les anciens de donner le nom de rivière à des torrents et même à de simples ruisseaux est suffisamment connue.]
[Note 74 : IRIAR. Bibli. Matrit. v. I, p. 486.]
[Note 75 : L. IV, 169.]
[Note 76 : SCYLAX, édit. Voss. p. 45.]
[Note 77 : Voyez le rapport des commissaires de la Société de Géographie sur mon Voyage, dans les nouvelles Annales des Voyages, t. XXX, avril 1826, p. 103.
Un savant Italien qui a traduit ce rapport en y ajoutant des notes (Antologia, septembre 1826), appuie le doute que j’ai d’abord manifesté sur l’identité du _sylphium_ des anciens avec mon _laserpitium derias_, doute que je ne me suis réservé qu’afin de ne point renverser de mon autorité privée les traditions de quelques écrivains de l’antiquité relativement à la situation qu’ils assignent à cette plante.
C’est au célèbre géographe dont nous déplorons la perte toute récente, c’est à feu M. Malte-Brun que j’ai laissé le soin de concilier l’invraisemblance que la nature du sol oppose aux récits de ces auteurs. Cette invraisemblance, il l’a expliquée avec la judicieuse et profonde critique qui accompagne tous ses écrits. Quant à moi, je suis porté à insister fortement sur cette identité ; j’en exposerai les raisons dans la seconde partie de cette relation, en développant tous les faits qui concernent cette plante, et que je n’ai indiqués que très-légèrement jusqu’ici.]
[Note 78 : Les auteurs anciens sont peu d’accord sur les limites qu’ils donnent à la Marmarique et à la Cyrénaïque. Le nom de la première de ces contrées, inconnu au père de l’histoire, figure dans les écrivains postérieurs, d’abord comme donné collectivement aux peuplades qui l’habitaient, et ensuite chez d’autres comme désignant la contrée elle- même. Parmi les premiers, Scylax place les Marmarides entre le bourg _Apis_ et les Hespérides ; Pline entre _Parætonium_ et la grande Syrte, et Strabon leur fait occuper tout le pays compris entre la partie méridionale de Cyrène, l’Égypte et l’Oasis d’Ammon.
Parmi les seconds, Ptolémée donne le nom de Marmarique à la contrée située entre le nome libyque et la ville de _Darnis_ ; Agathemère fait commencer également la Marmarique à la Pentapole et l’étend jusqu’à l’Égypte, sans en excepter le nome de Libye.
Les limites de la Cyrénaïque offrent plus d’indécision encore ; selon Strabon, Pomponius et Solin, elle occuperait tout l’espace compris entre le _Catabathmus_, les autels des Philænes et l’Oasis d’Ammon. Pline lui donne les mêmes limites que ces auteurs à l’orient, mais il prolonge son étendue vers l’occident jusqu’à la petite Syrte ; Éthicus, au contraire, adopte leurs limites occidentales, mais il prolonge celles de l’orient jusqu’à _Parætonium_. Enfin, Isidore de Séville lui donne pour confins la grande Syrte et le pays des Troglodytes à l’occident, l’Éthiopie au midi, et l’Égypte à l’orient, et il divise cette vaste région, de nom seulement, en Libye Cyrénaïque et en Pentapole. Sans me perdre dans le dédale qu’offrent des opinions si contradictoires, mais afin de mettre quelque ordre dans la description de ces contrées, j’ai adopté les limites que leur assigne Agathemère. Ainsi j’appellerai Marmarique la contrée située entre l’Égypte et les montagnes de la grande Chersonèse, le _Ras-el-Tyn_ actuel ; et la Cyrénaïque suivra à l’ouest jusqu’au fond du golfe de la Syrte. J’ai cru ces limites préférables, en ce qu’elles paraissent être indiquées par la nature elle-même.]
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