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CHAPITRE XXI

ARRIVÉE A PÉKIN.

Chaude affaire. -- Défilé de Nang-kno. -- Un jeune ménage. -- Du prélèvement de l’impôt. -- Toun-cheh-ouh. -- Dernière solitude. -- Entrée à Pékin. -- Arrivée à la légation française. -- Heureuse surprise.

Après avoir parcouru cinquante lies depuis Hrouaé-laeh-sien, nous arrivâmes à Tchah-tao. Ce village est pittoresquement assis au pied d’une petite montagne qui porte la troisième muraille, une muraille en briques cette fois. Comme nous arrivâmes d’assez bonne heure et que notre auberge était près de la porte de la ville, nous allâmes nous promener sur les remparts, qui consistent en un grand mur en briques de quatre ou cinq mètres d’épaisseur. Quel ne fut pas mon étonnement d’y trouver deux canons sans affûts et abandonnés comme meubles inutiles! -- Serait-il vrai que les canons aient existé en Chine, bien avant même que nous soupçonnions en Europe les propriétés de la poudre? Ce qui est certain, c’est qu’aucune expédition européenne n’a pénétré jusqu’à Tchah-tao. -- Ces canons ne portaient malheureusement aucune inscription, ni même aucune marque qui pût indiquer leur origine. Je les signale aux savants qui voudraient aller faire sur leur bronze un peu dégradé par le temps des études approfondies.

Pendant cette promenade, M. Marine lança inconsidérément du haut des remparts une pierre qui atteignit un chien. -- Le propriétaire de l’animal se retourne furieux et en voyant que le projectile avait été lancé par un Européen, veut ameuter la foule pour se venger d’un tel outrage. L’occasion était trop belle: plus de cinq cents personnes nous suivirent à l’auberge en vociférant et en voulant se ruer sur nous. -- M. Schévélof me fait signe de me retirer avec Pablo dans un recoin obscur, et montant sur une estrade débite un discours empreint des sentiments les plus pacifiques. «Nous ne sommes pas Européens, leur répète-t-il sans cesse, nous sommes Sibériens, voyez nos passe-ports, les deux peuples sont frères, et vous ne pouvez douter de nos bonnes intentions.» Quelques Chinois qui parlaient russe, car il y en a partout, lui répondirent dans cette langue; dès lors l’entente fut facile.

Nous ne sortîmes de notre trou, Pablo et moi, qu’après le dispersement de cette foule, et M. Schévélof nous conseilla, à cause de cette aventure, de quitter le village au point du jour.

Nous devions, ce jour-là, passer les fameux défilés de Nang-kao, dont tous les touristes à Pékin vont prendre un aperçu, entre le village de Nang-kao et la grande muraille la plus rapprochée de la capitale. Craignant les secousses du palanquin dans un pays aussi montagneux, et voulant jouir à notre aise de l’aspect de cette belle nature, nous voyageâmes à âne, de Tchah-tao à Nang-kao. -- Une heure environ après être sortis du village et avoir passé la muraille en briques dont j’ai parlé, nous arrivâmes au défilé. L’entrée en est fort étroite et fermée par une quatrième muraille.

On commence par descendre des lacets à pic assez semblables à ceux qui se trouvent entre la Mongolie et Kalkann, et l’on pénètre ainsi, après avoir passé la cinquième muraille, dans une gorge resserrée et extrêmement pittoresque. Les Chinois devaient certainement regarder autrefois ce lieu comme leur retranchement le plus redoutable contre les Mongols. Dans une gorge où l’on ne peut pénétrer que par un chemin escarpé et protégé par deux murailles garnies de tours crénelées et de forteresses, il y avait certainement possibilité de se défendre longtemps, même contre une troupe très-supérieure en nombre. Une fois au fond de la vallée, on continue le voyage au milieu de sites remarquables et constamment variés. Je n’en citerai qu’un, qui m’a frappé plus que les autres par son originalité et son charme.

Le défilé peut avoir à cet endroit douze à quinze mètres de large.

La petite rivière de Nang-kao en occupe toute la largeur et disperse ses eaux entre mille rochers. Nos petits ânes étaient obligés de sauter de l’un à l’autre pour franchir ce passage. Les deux murs de roches qui forment le vallon surplombent au-dessus de la rivière et se rapprochent tellement l’un de l’autre à une certaine hauteur, qu’ils ne laissent pénétrer au fond de ce berceau naturel qu’une lumière mystérieuse. Les Chinois ont creusé un petit temple dans l’une de ces roches, à dix mètres du sol environ.

On y parvient par un escalier extérieur ménagé dans le roc et qui semble naturel. Ils ont orné l’ouverture du temple de bois sculptés, peints en rouge et dorés, de lanternes, de toutes sortes de pendentifs. -- Rien n’est plus frais, plus riant, plus joli et en même temps plus chinois que ce petit coin qui est à la fois vallon, berceau, lit de ruisseau et sanctuaire. Une seule fois dans ma vie j’ai désiré être idole. Heureux le dieu qui habite un pareil séjour!

Je fus étonné, en sortant de ce petit temple, de trouver, au delà, les parois des rochers sculptées à la manière des Égyptiens, et des sortes de cartouches comme dans la terre des Pharaons.

Le reste du défilé de Nang-kao est encore fort beau, mais trop semblable à ce que mes lecteurs ont certainement rencontré plusieurs fois dans leurs voyages, pour que je prenne la peine de le décrire ici.

Cela ressemble à l’entrée des gorges du Trient, à la brèche de Roland, à la vallée de la Chiffa en Algérie, à ce qu’on peut admirer souvent dans les pays de montagnes. Je dois cependant citer une porte de village, sorte d’arc de triomphe en pierre tellement sculptée, fouillée, couverte de dragons et de chimères, qu’elle peut certainement être comptée au nombre des chefs-d’œuvre de l’art chinois.

Nous traversâmes enfin les deux dernières grandes murailles de la Chine, ou, pour parler plus vrai, les deux derniers contre-forts de la grande muraille de Kalkann, et nous arrivâmes à Nang-kao. Quelle ne fut pas ma joie, en entrant dans ce village, de m’entendre interpeller en français par des Chinois muletiers ou porteurs de chaises, de voir écrits sur les murs de l’auberge des avertissements en français aux voyageurs, tels que celui-ci: «Défiez-vous du maître de l’hôtel, c’est un hardi voleur»; signé: «Un officier de marine compatissant envers les étrangers»; et bien d’autres inscriptions encore.

C’est que Nang-kao est souvent un lieu de rendez-vous pour le personnel des ambassades qui siégent à Pékin; c’est que tous les touristes qui parviennent jusqu’à la capitale du Céleste Empire ne manquent jamais de faire la promenade de Nang-kao et du tombeau des Mignes, en revenant par le Palais d’Été et la grosse cloche. C’est l’excursion classique, comme on va à la mer de glace de Chamonix ou au Righi de Lucerne.

Je sentis alors tout à coup la France devant moi, tout près de moi, car je n’en étais séparé que par la mer. Je bondis de joie aux yeux de mes compagnons qui me crurent fou, et auxquels je ne pris pas même la peine d’expliquer ma conduite. Pour la première fois je regrettai sincèrement d’avoir quitté la France tout seul et sans un ami; il eût été bien doux dans un pareil moment de se jeter dans les bras d’un compatriote, et surtout d’un compatriote qui eût partagé les péripéties du voyage. Rien ne scelle les amitiés comme de pareils souvenirs.

Cette pensée ternit un peu la joie qui m’avait saisi, devant la trace du passage de plusieurs Français à Nang-kao, et remontant dans mon palanquin, qui me devint odieux en quelques secondes, je me dirigeai avec mes compagnons ordinaires vers le village de Kouan-chih-lih. Nous sommes très-pressés d’arriver dans le sud de la Chine, me dit ici M. Schévélof, et par conséquent de nous diriger vers Toun-cheh-ouh et Tien-tsin. Nous venons de décider de ne pas aller à Pékin. Mais vous n’êtes plus ici très-loin de la capitale; le moment est venu de nous faire nos adieux...

Quelle distance y a-t-il, lui répondis-je, entre la première étape de votre nouvelle direction et Pékin? -- A peu près la même distance que celle d’ici à Pékin. -- Je resterai donc avec vous jusqu’à cette halte, et c’est seulement de Toun-cheh-ouh que je me rendrai dans la capitale.

A la vérité, cette annonce subite d’une séparation, la perspective de me trouver seul avec Pablo dans un pays aussi inconnu, au milieu de gens que je sentais hostiles et dont je ne pouvais me faire comprendre, m’avait fait presque peur. -- Le lecteur verra quel curieux résultat cette décision amena dans la suite.

Au moment de repartir, nous vîmes entrer dans la cour de l’auberge un palanquin porté par des hommes. Il contenait donc quelque personnage aristocratique, car en Chine on ne peut se permettre tel ou tel moyen de locomotion que suivant la dignité dont on est honoré, ou le rang que l’on occupe dans la hiérarchie. -- Le cheval et le palanquin à mulets sont permis à tout le monde; la voiture et surtout celle dont l’essieu est très-éloigné des brancards, de même que le palanquin à hommes, sont réservés à l’aristocratie.

Nous nous approchâmes donc de ce véhicule privilégié, dès que nous le vîmes pénétrer dans la cour de notre auberge, et nous en vîmes descendre une femme qui me sembla assez jolie sous l’épaisse couche de peinture qui recouvrait son visage, mais d’un embonpoint extraordinaire. Ce que je remarquai surtout, ce fut l’absence complète de pieds. -- Sous la cheville, la jambe se terminait en pointe, comme l’extrémité d’une échasse ou d’une jambe de bois.

La pauvre femme que cette conformation rangeait dans la classe élevée et désignait en même temps à l’admiration des fins connaisseurs ne put faire un seul pas, même appuyée sur ses deux servantes. On l’enleva du palanquin pour la transporter sur l’estrade d’une chambre écartée de la maison. -- M. Schévélof apprit, en questionnant les porteurs, que c’était la femme d’un grand mandarin qui faisait son voyage de noce.

Nous vîmes en effet arriver l’heureux mari quelques minutes après; il était trop semblable au gouverneur de Maïmatchin, que le lecteur connaît déjà, pour que j’en parle ici. -- Comme la distance est très-grande entre Kouan-chih-lih et Toun-cheh-ouh, nous partîmes à deux heures du matin.

Depuis Nang-kao, nous avions quitté les montagnes pour entrer dans la plaine de Pékin. Le pays n’était donc plus ce qu’on appelle généralement un pays pittoresque, mais il était si bien cultivé, si vert, si rempli de grands arbres, si frais à cause des mille canaux qui le coupent en tous sens, que je ne me lassais pas de le considérer, et sa vue me causait certainement plus de jouissances, après les neiges de Sibérie et le désert de Mongolie, que les effets de montagnes les plus extraordinaires et que les sites les plus gracieux.

Après avoir parcouru soixante lies, nous fîmes une courte halte à Lih-choui-tziao, et nous nous remîmes en marche. -- Grâce encore à l’habileté de M. Schévélof, nous passâmes facilement la douane chinoise de Tûm-bah. Partout où le Chinois peut prélever un impôt, il est difficile de s’y soustraire, mais on ne garde pas rancune à l’agent quand on sait qu’une loi de responsabilité pèse encore sur les fonctionnaires à propos du fisc. Le souverain dit aux grands mandarins: Il me faut tant d’argent de votre gouvernement. Le mandarin dit à son subordonné: Il me faut tant de notre province, en ayant soin de doubler la somme pour plus de sûreté. Le mandarin de deuxième classe transmet les exigences à celui de troisième classe, toujours en doublant par précaution, et le mandarin de troisième classe annonce à son district qu’il doit prélever tel impôt, encore doublé sans doute par excès de zèle.

Une pareille organisation grève surtout le contribuable, et voilà ce me semble une preuve incontestable de la richesse extraordinaire de ce pays; malgré tous ces abus, la misère n’est pas en somme extrêmement répandue. C’est à peine si pendant tout le temps de mon séjour en Chine on m’a demandé huit ou dix fois l’aumône; tandis qu’en Égypte, contrée réputée riche, on ne cesse d’être assailli par des bandes de mendiants qui répètent à satiété: Bakchich, chavaga.

Ce fut vers quatre heures du soir que nous entrâmes dans l’immense village de Toun-cheh-ouh, sur les bords du Peï-ho.

Nous reçûmes l’hospitalité chez un jeune Chinois plein de santé et d’embonpoint, rappelant un peu les monstruosités à gros ventre des potiches fantaisistes, mais au fond un brave homme, bon vivant, dans la plus complète acception du mot. Il nous servit un dîner à la russe, qui me parut succulent après la détestable cuisine des gargotes chinoises.

Immédiatement après ce repas, mes compagnons allèrent s’embarquer pour Tien-tsin. Je les accompagnai jusqu’à la rivière. Pendant la route, M. Schévélof fit à notre hôte chinois toutes les recommandations nécessaires pour me faire conduire le lendemain à Pékin.

Une fois arrivés au port, ces marchands de thé montèrent sur une des barques amarrées au rivage, et au milieu desquelles se dresse une sorte de construction pour les voyageurs, rappelant un peu celles des gondoles vénitiennes. Nous nous souhaitâmes mutuellement bon voyage, et ils prirent le large. -- Ces négociants en s’éloignant laissaient pour moi tomber complétement le rideau sur l’empire des Tzars, et surtout sur cette Sibérie au-dessus de laquelle, malgré sa fertilité et ses richesses aurifères, il semble qu’un oiseau de malheur plane éternellement. Aussi, en voyant se rompre les derniers liens qui me rattachaient à ce pays de l’exil et de la douleur, j’éprouvais un véritablement soulagement malgré la position bizarre dans laquelle je me trouvais seul chez le Chinois ventru. Je ne pouvais rien dire à mon hôte. La science de Pablo pour s’exprimer en pantomime devenait même très-insuffisante devant l’intelligence assez restreinte du boudhiste chez lequel j’étais logé. Je ne pus fermer l’œil de la nuit à cause d’une armée de puces qui ne cessa de m’assiéger, et aussi du veilleur chargé de faire du bruit pour effrayer les voleurs, selon l’habitude chinoise, dont j’ai déjà parlé à Krasnoïarsk, lequel s’acquitta de son devoir beaucoup trop consciencieusement. Le lendemain, mon Chinois ventru ne put me procurer un palanquin qu’à une heure de l’après-midi. Je fus bien heureux encore qu’il eût obéi aux recommandations de M. Schévélof, car s’il eût voulu me garder chez lui, je ne sais vraiment comment je m’y serais pris pour en sortir. Au moment de m’éloigner de cette maison je donnai une petite gratification à l’un des domestiques. Le maître s’en aperçut et fit aussitôt rassembler tous ses gens, qui se mirent à genoux devant moi et se frappèrent le front contre terre. Quelque habitude qu’il puisse avoir des mœurs orientales, un Européen n’assiste jamais à ses scènes de servilité exagérée sans éprouver un serrement de cœur. Je montai le plus promptement possible dans mon palanquin. Je fis mes adieux à mon hôte; non pas en lui donnant une poignée de main, ce qui n’est pas dans les habitudes chinoises; mais en appuyant mes deux mains l’une contre l’autre, et en les balançant deux ou trois fois dans une direction perpendiculaire à ma poitrine. Je compris avec satisfaction que cet aimable homme recommandait à mon muletier de me mener à la légation française, et quelques minutes après nous étions en marche, Pablo et moi, vers la capitale du Céleste Empire.

Pendant que je voyageais sur cette route poussiéreuse, sous un soleil brûlant, dans cet abominable véhicule qui s’appelle un palanquin, trois jeunes cavaliers, que je veux présenter au lecteur, galopaient sans prendre haleine entre Tien-tsin et Pékin.

La distance est de trente-deux lieues, et ils voulaient la parcourir en un jour. Certes, ils n’avaient pas de temps à perdre. Partis à quatre heures du matin de Tien-tsin, ils s’étaient arrêtés une heure dans un village pour déjeuner et changer de chevaux. A l’heure où je m’éloignais de Toun-cheh-ouh, ils commençaient seulement la seconde étape du voyage. Pour se rendre de Paris à Pékin, ces trois jeunes voyageurs français n’avaient pas affronté les rigueurs de l’hiver en Sibérie, ni la monotonie du traîneau ou de la voiture chinoise; mais certes leur odyssée était au moins aussi intéressante que la mienne. Ils avaient visité l’Inde en détail, ils avaient été reçus dans les palais des nababs de ce pays, bien préférables, je pense, à ceux des chercheurs d’or de la Russie asiatique; ils avaient traqué les bêtes féroces à Ceylan et à Java, chassé l’éléphant dans les forêts vierges de la presqu’île de Malacca, et, poursuivant leur course effrénée, ils regardaient comme une bagatelle de faire trente-deux lieues à cheval en un jour, comptant recommencer peu après si les circonstances l’exigeaient.

Le premier de ces trois jeunes gens, l’un de mes bons amis que je croyais à Paris, tandis que nous cheminions à quelques kilomètres l’un de l’autre dans la plaine de Pékin, était le baron Benoist Méchin; ses deux compagnons étaient le vicomte de Gouy d’Arsy et Guillaume Jeannel. -- Ils arrivèrent à la légation comme je commençais à apercevoir les fortifications de la capitale de la Chine.

A cette vue j’éprouvai tout un frémissement d’enthousiasme. Plus on a visé longtemps au même but, plus on a fait d’efforts pour l’atteindre, plus on éprouve de joie à le posséder enfin. Il est difficile de voir quelque chose de plus grandiose et de plus largement construit que la première enceinte de Pékin. C’est un mur d’une élévation extraordinaire, crénelé, et d’une régularité parfaite. Çà et là, au-dessus des portes principalement, s’élèvent des forteresses à trois ou quatre étages, surmontées d’un toit en porcelaine verte qui scintille au soleil.

Les portes qui sont gigantesques sont en bronze. Elles sont fermées la nuit et à certaines heures du jour.

Je n’entrai pas dans la ville sans éprouver une très-vive émotion.

J’eus à parcourir des terrains vagues et parsemés d’habitations laides et rabougries; puis j’entrai dans un quartier populeux; enfin sous un dôme de feuillage, j’aperçus une porte de bois élégamment sculptée, gardée par deux lions en marbre et au-dessus de laquelle je pus lire en véritables caractères latins: Légation de France. -- J’avais enfin accompli mon voyage de Paris à Pékin par terre.

Quand j’entrai dans le salon de M. de Geofroy, alors envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France en Chine, tout le personnel de la légation, M. de Roquette, secrétaire, M. de Veria, premier interprète, M. Scherzer et M. Dugas, le docteur, étaient réunis pour saluer les trois jeunes voyageurs dont je viens de parler.

Je n’oublierai jamais mon entrée dans ce salon hospitalier où je trouvai d’abord une courtoisie et une affabilité tout exceptionnelles de la part du maître et de la maîtresse de la maison; puis l’aimable accueil de sept compatriotes, dont un ami que je ne m’attendais guère à rencontrer si loin.

Arriver le même jour à Pékin, presque à la même heure, sans s’être donné rendez-vous et après avoir suivi les directions les plus différentes, c’est une gracieuseté du Destin, d’autant plus appréciable, que ce personnage n’est pas toujours souriant et qu’il lui a fallu pourvoir à de bien habiles combinaisons pour nous procurer ce plaisir.