CHAPITRE XII.
Le 27 février. — Navigation sur le fleuve de Tamani à Ségou Sikoro. — Aspect de la ville. — Notre entrée. — Arrivée chez Ahmadou : sa demeure. — Ahmadou. — Premier palabre. — Nous traversons la ville. — Arrivée chez Samba N’diaye.
27 février 1864.
Le 27 février, nous naviguâmes toute la journée. Tantôt le lit du fleuve était encombré par d’immenses bancs de sable, tantôt il était coupé par des îles qui diminuaient la largeur au profit du fond. Ces îles, dont quelques-unes avaient un sol assez élevé pour n’être pas entièrement couvert aux hautes eaux, étaient en général boisées. D’instants en instants nous passions devant des villages situés pour la plupart sur la rive gauche ; presque tous étaient habités et bâtis au bord même du fleuve, tandis que, sur l’autre rive, les inondations périodiques forcent à s’établir sur une berge intérieure à l’abri des débordements.
Vers sept heures, nous relâchâmes à Tamani, village de Soninkés, pour y chercher du bois pour la cuisine. Ce fut en vain. Nous ne trouvâmes rien si ce n’est une grande quantité de _moules nacrées_, qui, si jamais le fleuve devenait une voie commerciale, constitueraient un petit commerce, mais qui, pour le moment, ne servent même pas à faire de la chaux et ne sont utilisées que comme nourriture, pour l’animal, fort mauvais d’ailleurs, qu’elles renferment, et aussi pour faire des cuillers aux enfants.
De Tamani, nous allâmes relâcher à Mignon, grand village où j’achetai trois calebasses de lait pour 400 cauris. C’était du lait aigre dont on avait retiré le beurre, mais c’est une nourriture que les noirs aiment beaucoup ; ils en purent prendre _plein leur ventre_, selon leur expression, en y trempant du couscous.
Un peu plus tard, nous nous arrêtâmes à une île pour ramasser un peu de bois sec pour la cuisine. J’avais fait tuer la veille un cabri, mes hommes le firent cuire, et quand tout fut prêt, ils invitèrent les piroguiers ; mais l’un d’eux ne s’avisa-t il pas de refuser, en disant que cette viande avait été tuée par des gens qu’il ne connaissait pas et qu’il ne voulait pas manger avec des _keffirs_[65] ? C’était la première fois, depuis le commencement du voyage, qu’on nous appliquait cette épithète, la plus grosse insulte que puisse proférer un musulman. Mes hommes prirent assez mal la chose ; mais Fahmahra s’interposa de suite et rappela aux piroguiers qu’ils étaient, eux, de vrais keffirs jusqu’au moment où El Hadj était venu, et que ce n’était pas à ceux qui avaient mangé du cheval crevé de venir faire les difficiles ; comme dernier argument il leur dit que, si pareille chose se renouvelait, il le dirait à Ahmadou, qui le leur ferait payer en coups de corde. Cela termina la scène immédiatement.
Peu après ce petit incident, nous rencontrâmes des pêcheurs qui jetaient leurs seines sur un grand banc de sable. Ils nous firent cadeau, ou plutôt à Fahmahra, de deux beaux _capitaines_.
Il était alors une heure après midi ; une demi-heure après nous passâmes devant Say, village visité par Mongo Park, dont il ne reste presque que des ruines. Nous franchîmes ensuite plusieurs autres villages que je notai avec soin, et vers cinq heures et demie, à ma demande répétée, nous allâmes relâcher pour la nuit au village de Sama Bambara. Le soleil baissait. Sans tente dans la pirogue, nous avions souffert d’une chaleur étouffante qui me rappelait que Mongo Park signale le même fait[66]. Je voulais à tout prix me reposer. J’étais sûr d’ailleurs d’arriver à Ségou Sikoro le lendemain, c’était tout ce qu’il me fallait.
Fahmahra était visiblement mécontent ; il voulait continuer jusqu’à Somono Bougou, qu’on apercevait à l’horizon sur l’autre rive et où mes hommes devaient aller avec les animaux. Mais sa véritable raison, qu’il n’exprimait qu’avec grande réserve, c’était qu’il n’avait pas confiance dans ce village.
Sama est un immense village, ou plutôt ce sont trois villages qui, situés à petite distance, portent les noms de Sama Marca ou Soninké, Sama Bambara, Sama Boso ou Somonos, dont les noms indiquent suffisamment les différentes populations. Le premier avait été détruit depuis six mois par Ahmadou, et il paraît que les autres menaçaient de se révolter. Néanmoins, je tins bon et je me couchai jusqu’à minuit. Pendant ce temps, Bakary Guëye veillait.
28 février 1864.
A deux heures je fis le branle-bas et on se remit en marche à deux heures quarante-deux minutes.
A quatre heures vingt minutes, nous étions à Somono Bougou, où l’on changea de canotiers ; je fis dire à Mamboye, qui était chef du convoi d’animaux, de se mettre en chemin ; nous passâmes alors devant trois villages, situés sur la rive gauche du fleuve : on les apercevait un peu dans l’intérieur ; ce sont : Kamalé, Baïo, Serablé. Vers six heures trois quarts nous arrivâmes à Dougou Kounan : dès lors, on nous dit que nous étions à Ségou.
Depuis le jour, les berges du fleuve présentaient une plus grande animation que la veille. Les troupeaux tachés de noir et de blanc apparaissaient sur les bords ; les silhouettes des noirs pasteurs se dessinaient grandes, élancées. Dans quelques endroits, ils traversaient pour aller faire paître leurs troupeaux. Sur la rive droite, on voyait, de distance en distance, des files d’hommes, de femmes, portant des calebasses, quelquefois un ou plusieurs cavaliers marchant paisiblement. Ce mouvement et quelques arbres plantés sur la berge même contrastaient avec le calme et la presque nudité du pays traversé la veille. Enfin, à sept heures vingt minutes, nous passâmes par le travers de Faracco, grand village de sofas d’Ahmadou, situé sur la rive gauche, et très-peu de temps après nous fûmes à Ségou-Koro (le vieux Ségou), situé sur la rive droite et presque en face de beaux groupes d’arbres. Les restes d’un palais en terre très-ornementé, dont les façades en ruines sont encore debout, frappent tout d’abord les yeux au milieu des murailles à demi écroulées et désertes. Nous ne nous y arrêtâmes que le temps nécessaire pour acheter un peu de lait, du beurre et du bois, à un petit marché, situé sous un arbre, et nous continuâmes à descendre le fleuve.
A neuf heures cinq minutes, nous passâmes devant un village désert et en ruine, Bassala-Bougou ; dix minutes après, et toujours sur la rive droite, nous arrivâmes à Ségou-Bougou, ou village en paille de Ségou (Lougans de Ségou) ; presque en face, sur l’autre rive, on apercevait Kala-Bougou. Nous changeâmes de canotiers. La foule s’amoncelait, de nombreux cavaliers passaient sur la plage, quelques-uns lancés au grand galop. Nous en rencontrâmes un groupe plus nombreux qui prenait le chemin de Yamina ; ainsi que nous l’apprîmes plus tard, c’était un chef qui allait à Nioro chercher du monde pour renforcer l’armée d’Ahmadou. Nous défilions lentement le long des rives bordées de monde ; le bruit de notre arrivée se répandait.
A dix heures huit minutes, nous arrivions à Ségou-Coura (le nouveau Ségou), et une demi-heure après, nous débarquions Fahmahra un peu avant Ségou-Sikoro, ou plutôt dans un de ses faubourgs, village en paille désigné sous le nom de _goupouilli_. Dès lors, plus de trace de Ségou sur l’autre rive, et ce n’était pas mon moindre étonnement ; car comment expliquer ce qu’on trouve dans toutes les traductions du voyage de Mongo Park relativement à l’existence de quatre Ségou, deux sur chaque rive du fleuve ? N’en faut-il pas conclure, qu’arrivé à Faracco ou Kala-Bougou, sur la rive gauche, et voyant en face de lui, sur la rive droite, Ségou- Bougou et Ségou-Koro, il aura supposé que ces quatre villages portaient le même nom ? Cela me semble d’autant plus probable qu’il parle des hautes tours du palais du roi, et que, à l’exception d’une maison dont on voit encore les ruines à Ségou-Sikoro, et qui était le palais d’Ali, on m’a dit qu’il n’y avait là aucune maison à un étage, au moment de la conquête, tandis qu’à Ségou-Koro, il y avait au moins deux palais, aujourd’hui en ruines, mais dont les murailles font foi de la hauteur qu’ils avaient à cette époque.
Quoi qu’il en soit, tout en me creusant la tête pour trouver le mot de cette énigme, je demandai, pour ne pas être assailli par une foule sans cesse grossissante, que l’on me fît traverser le fleuve jusqu’au retour de Fahmahra, qui se rendait chez Ahmadou, pour annoncer mon arrivée et prendre ses ordres. On me transporta donc sur la plage de sable qui s’étend en face de Ségou-Sikoro et un peu à l’Est. Je me baignai et me nettoyai un peu. De là, nous apercevions Ségou-Sikoro en entier. Sa haute muraille grise, élevée sur le bord même de la berge, dominait une plage rocheuse littéralement couverte de population. Il y avait là des femmes, en quantité, se baignant, lavant, puisant de l’eau dans des calebasses ; les unes s’en allaient isolément, les autres en file et en ordre, conduites par un chef de captifs ; mais ce qui frappait le plus, c’était le bruit de tout ce monde que nous entendions à travers le fleuve et une animation que je n’avais jamais vue depuis mon départ de Saint-Louis et à laquelle on peut à peine, dans cette ville, comparer le quai de la Pointe du Nord, lorsque les laveuses y viennent en foule.
[Illustration : PLAN de SÉGOU SIKORO
Gravé chez Erhard.]
Nous attendîmes assez longtemps : vers deux heures, Fahmahra revint. Il nous fit signe, et nous retraversâmes aussitôt pour accoster presque au milieu de la ville, sur le banc de roches. Il entra dans notre pirogue, accompagné d’un noir, qui nous souhaita le bonjour en bon français. Cet homme était habillé en musulman ; mais sous son turban, sa physionomie intelligente d’ailleurs, avait une expression indéfinissable, qui fit que je n’hésitai pas à accepter cette version que c’était un ancien maçon de Saint-Louis. Son nom contribua à m’induire en erreur. Il s’appelait Samba N’diaye et les N’diayes sont des Yoloffs. Il parlait bien le français et on voyait qu’il avait dû le mieux parler encore. Il nous dit que c’était chez lui que nous allions loger. Je demandai qu’on m’y conduisît sans retard, disant qu’après j’irais faire ma visite au roi. Mais il insista ainsi que Fahmahra pour que je commençasse par cette dernière démarche, disant qu’Ahmadou m’attendait.
Alors, nous nous mîmes en route à travers une foule plus nombreuse que je n’en avais jamais vu, pendant ce voyage. Un peloton de gardes armés qui nous accompagnait la maintenait à grand’peine à coups de fouets de cuir.
Nous gravîmes ainsi la berge, au milieu d’une poussière aveuglante, causée par ce grand remuement d’hommes et de femmes, et nous franchîmes la porte des murailles, que j’appellerai porte de Sonkoutou, en souvenir d’un personnage que je ferai connaître et qui demeurait à côté.
Ces portes sont doubles comme celles d’un fort, et entre les deux, il existe un véritable corps de garde fortifié, percé de meurtrières, et de mâchicoulis.
Les portes elles-mêmes, assez larges et hautes pour laisser passer un cavalier, sont en cailcédra d’un seul morceau ou de deux au plus.
Elles ferment sur un châssis du même bois, au moyen de clefs en bois très-fortes. Chaque soir, au coucher du soleil, les sept portes sont fermées et une seule reste ouverte pour le passage des esclaves apportant le lait, jusqu’à une heure assez avancée de la nuit.
Après quelques minutes de chemin, dans des rues assez étroites, sinueuses et encombrées de monde, nous arrivâmes sur une place où, à gauche, nous vîmes une maison ornementée, et en face de nous, une fortification véritable de six mètres de haut, avec des tours aux angles et sur le milieu des fronts. C’était le palais d’Ahmadou.
Nous n’avions pas le temps de faire de grandes remarques, car nous arrivions à la porte ballottés par la foule ; mais là, nous passâmes seuls, car la garde qui ne plaisante pas, arrêta tout net cette multitude.
Cependant, il y a dans cette garde des enfants armés qui ne seraient pas capables de résister ; mais déjà, l’on sait que ce sont des factionnaires, et de fiers Toucouleurs s’arrêtent devant un esclave bambara qui a une consigne et la fera respecter bon gré malgré.
Au Sénégal, nous n’avons rien de comparable chez les noirs.
A peu de distance de cette porte on en rencontre une autre semblable ; on est alors dans une espèce d’antichambre sombre très-grande, très- haute, dont la toiture est soutenue par d’énormes piliers en terre ou en cailcédra. Les murailles ont 2m,50 d’épaisseur à la base ; dans les coins, on voit les lits en bambous de la garde, et des fusils, sur des crochets dans différents endroits ; de tous côtés des factionnaires armés.
De là, en montant deux marches, nous franchissons une porte et nous entrons dans la cour du tata ou de l’enceinte fortifiée. C’est au milieu qu’est située la maison d’Ahmadou, qui ne se révèle par rien. Une petite muraille basse que dominent des toits en paille, des gourbis devant une porte basse en terre, et voilà tout.
C’est, du reste, assez sale et cela contraste avec la fortification. Un rang de meurtrières est placé à 4m,50 d’élévation ; elles sont très- régulièrement faites à l’instar de celles de nos forts. Celles qui sont exposées aux vents d’Est et aux pluies violentes des tornades, étaient garanties de la dégradation par des paillassons. En dehors, ces ouvertures sont masquées par une mince couche de terre. En cas de siége, il y aurait place pour deux mille défenseurs sur les quatre côtés. La banquette, fort élevée, nécessairement, n’est que le toit d’une galerie qui fait le tour des murailles, permettant de fusiller l’ennemi dans la place, s’il y entrait par-dessus les murailles. Cette galerie a son accès dans le corps de garde d’entrée et dans les tours des angles. En somme, c’est tellement construit, que sans canon je mets en fait, qu’à moins d’une mine ou d’un chemin souterrain, il serait bien difficile de s’en emparer, même pour des troupes régulières.
[Illustration : Entrée du palais d’Ahmadou, à Ségou-Sikoro.]
Mais si nous eûmes plus tard le loisir d’étudier tout cela, pour le moment, nous ne pûmes qu’y jeter un coup d’œil, car on nous fit tout de suite franchir la porte, puis un corridor, et nous arrivâmes dans une cour où, sous une varandah en paille, se tenait Ahmadou, entouré d’un petit nombre d’intimes, tous gens influents du pays. Il était assis sur une peau de chèvre, placée sur du sable fin ; les autres personnes de son entourage étaient tout simplement sur le sable. Une garde d’une cinquantaine d’esclaves était rangée des deux côtés. Ces soldats étaient debout, armés, tenant leur fusil dans toutes les positions imaginables et habillés de tous les costumes possibles. Ils se tenaient sur deux rangs, formant l’éventail. Je m’avançai en saluant le roi à la française et je lui donnai la main, lui disant en français : Bonjour !
Le docteur et Samba Yoro qui me servait d’interprète en firent autant. On nous apporta pour nous asseoir, un _tara_ ou lit en bambous d’un pied et demi de haut et recouvert d’un _dampé_ (couverture de coton).
Dès que le silence fut établi, Ahmadou me demanda en peuhl des nouvelles de ma santé et me souhaita la bienvenue. Puis il me demanda des nouvelles de Saint-Louis. Je répondis assez sobrement, me plaignant de n’avoir pu effectuer ma route par le Bélédougou. Je demandai alors des nouvelles d’El Hadj et s’il était toujours à Hamdallahi. On me dit qu’il allait bien, qu’il était toujours en cet endroit. J’ajoutai : « Pourrai- je aller le voir ? » A cette question, Ahmadou répondit : « Quand nous aurons causé. » Je lui remis alors la lettre du gouverneur, il l’ouvrit et la parcourut. Elle était en arabe et en français. Je crus voir sur sa figure un air d’embarras. Je craignais qu’il ne la comprît pas, c’est-à- dire qu’il ne sût pas l’arabe et je lui proposai de la lui faire traduire en peuhl sur le texte français. Il accepta. Je lus alors, phrase par phrase, en français ; Samba Yoro répétait en yoloff et Samba N’diaye en toucouleur.
La séance fut levée sur la demande que je fis de traiter le plus tôt possible les affaires sérieuses, pour lesquelles j’étais venu le voir. Pour réponse, Ahmadou ordonna de nous conduire à notre logement afin que nous pussions nous reposer.
A première vue j’avais donné à Ahmadou dix-neuf ou vingt ans, en réalité, il en avait trente ; assis, il paraissait petit ; il est plutôt grand, et il est bien fait. Sa figure est très-douce, son regard calme, il a l’air intelligent.
Il bégaye un peu en parlant, mais il parle bas et très-doucement. Il a l’œil grand, le profil du nez droit, les narines peu développées. Son front est haut et assez large. Ce qu’il a de plus laid, c’est sa bouche dont les lèvres sont un peu retroussées, ce qui, avec le menton fuyant, est un trait de la race nègre. La couleur de sa peau se rapproche de celle du bronze ; elle est plutôt rouge que noire.
Il était coiffé d’un bonnet bleu, de cette étoffe de coton désignée sous le nom de _roum_ (rouennerie ou étoffe de Strasbourg) ; un boubou très- flottant de même étoffe était posé par-dessus un autre _turkey_ de coton blanc très-fin. Son _guiba_ ou la poche de devant de son boubou était très-vaste.
Il tenait à la main un chapelet, dont il défilait les grains en marmottant pendant les intervalles de la conversation. Devant lui, sur sa peau de chèvre, étaient posés un livre arabe et ses sandales ainsi que son sabre.
De tous les gens placés là, nous étions les seuls qui eussions conservé nos chaussures.
Nous sortîmes du tata par où nous étions entrés, et nous nous dirigeâmes vers notre demeure, accompagnés par une garde de sofas d’Ahmadou, armés de fusils et munis de fouets dont ils se servaient énergiquement pour écarter la foule. Heureux d’avoir à frapper, ils poussaient le zèle jusqu’à frapper les femmes qui, de chez elles, nous regardaient passer.
Nous suivîmes une rue large qui passe entre la mosquée et la maison d’El Hadj, tata presque aussi fort que celui de son fils, plus grand d’ailleurs, mais moins régulier. C’est là que sont ses femmes, ses esclaves et entre autres les princesses des familles royales de Ségou et du Macina qu’il y a enfermés.
C’est également là que sont ses magasins, sa fortune, me dit Samba N’diaye, magasins très-importants et qui jouent un rôle politique considérable à Ségou, tant par leur importance véritable que par celle qu’on leur prête. Le sommet de la muraille du tata d’El Hadj est presque partout garni de piquets de bois dur, mis là dans la construction et destinés à remplir l’office des morceaux de bouteilles dont on garnit chez nous le haut des murs. Cela peint assez la défiance du maître envers les huit cents femmes qu’il détient là. Samba N’diaye, en me racontant cela, chemin faisant, m’apprit aussi qu’il était le gardien de cette riche maison, et que seul avec Ahmadou, il avait le droit d’entrer chez les femmes.
[Illustration : Habitation de M. Mage à Segou.]
Un peu plus loin, nous trouvâmes une place, sorte de rond-point où se tenait un petit marché[67] à l’ombre de ces beaux arbres dont j’ai déjà parlé, les _doubalels_ : ce serait un joli endroit si, à quelques pas n’était un de ces immenses trous creusés pour en retirer la terre nécessaire aux constructions, trous qui se changent en marais profonds à l’époque des hautes crues, et en foyers d’infection, et déversoirs d’immondices à la saison sèche. A partir de ce point la rue moins large s’inclina un peu sur la droite, et presque à l’extrémité occidentale du village, nous entrâmes dans une ruelle sinueuse qui nous conduisit à la maison de Samba N’diaye.
[Illustration : Coupe horizontale de la Maison de M. M. MAGE et QUINTIN à Ségou Sikoro
Echelle de 2mm.½ pour mètre
Dressé par E. Mage.
Gravé chez Erhard.]
[Décoration]
[Note 65 : _Keffir_, idolâtre, infidèle à la religion musulmane.]
[Note 66 : I never felt so hot a day ; there was sensible heat sufficient to have rosted a sirloin. (MONGO PARK, _Last mission in Africa_.)]
[Note 67 : Cet endroit s’appelle _Doubalel Coro_ (le vieux Doubalel).]