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CHAPITRE XXXIX.

Départ de Ouosébougou. — Siradian. — Hofara. — Elingara. — Boulal. — Sekhello. — Je suis pris pour un Maure. — Bagoyna. — Marques de l’épizootie. — Route pour Touroungoumbé. — J’arrive épuisé. — Bon accueil. — Pillage des Maures. — En route sur Nioro. — Entrée triomphale. — Mustaf. — Son accueil. — La ville. — Séjour. — Tentative pour me retenir. — Position délicate de Mahmadou Abi. — Le schérif de Fez. — Visite aux frères d’El Hadj. — Je pars. — Cadeaux à Mustaf. — Échange de bons procédés avec Mahmadou Abi. — Départ de Nioro. — Médina. — Les deux Gadiaba. — Youri. — Petite pluie. — Je pars sans mes guides. — Birou. — Aspect des terrains. — Ali, notre guide, ambassadeur d’Ahmadou. — Ouagadou. — La vallée de Guidi-Oumé. — Khoré. — Le Kirigou. — Khassa. — Togno. — Fanga. — Niogoméra. — Tanganaya-Takhaba. — Niakhatéla. — Makhana. — Route en forêt. — Tornade, inondation. — Passage d’un torrent. — Mounia. — Route sur Koniakary. — Séjour dans ce village. — Tierno Moussa. — San Mody. — Situation politique du pays. — Dernière route. — Arrivée à Médine. — De Médine à Saint-Louis et en France.

15 mai 1866.

Le 15, à quatre heures, nous sortîmes de Ouosébougou, où quelques retardataires furent obligés de rester, ainsi que quelques hommes blessés le 13, à Toumboula, par la razzia des Bambaras.

Nous parcourûmes[247] deux lieues à l’Ouest, trois lieues et demie au N.-O., et nous fûmes à Siradian, village abandonné et sans puits. Ensuite on se dirigea, sans s’arrêter, au N. 35° O. pendant trois lieues et au Nord trois lieues et demie. Nous arrivâmes alors à Hofara, village de cases en paille, sans fortifications, en un mot vaste goupouilli. Il n’y avait plus d’habitants, mais il y avait encore de l’eau dans les puits, de petites tomates autour des cases, dans lesquelles on pouvait, somme toute, se reposer.

16 mai 1866.

Il était huit heures quand on y arriva, car on avait fait de nombreux temps d’arrêt pendant la nuit ; nous y restâmes jusqu’à dix heures et un quart et l’on se remit en marche par une chaleur étouffante. Nous passions vers onze heures devant Tounguel, village inhabité que nous laissions à gauche : à onze heures quarante-cinq minutes, nous étions à Elingara, que j’estimais à deux lieues et un quart de Hofara au N. 40° O. Ce village était également désert, mais dans un puits bâti en pierres sèches posées à plat, nous trouvâmes un peu d’eau. Quelle eau ! Mon cheval refusa d’en boire ! mais je fus moins difficile que lui, je me bouchai le nez et je bus.

Après avoir parcouru deux lieues au N. 63° O., nous arrivâmes à Boulal ou Boulane, vers midi et demi. Là il restait des vestiges de cases en paille. On y campa ; la chaleur était trop forte, personne ne pouvait y résister. Tout le monde peut-être dormit, excepté moi, qui étais dévoré d’impatience et qui d’ailleurs, quoique soutenu par l’idée du retour, commençais à être inquiet de ce que la nature trahissait ma volonté. Enfin, à trois heures, toujours à jeun, sauf une poignée de couscous mangée dans cette halte, nous reprîmes cette route fatigante à travers ce pays de plaines toujours ondulées dans le même sens, couvertes d’une maigre végétation, d’arbres épineux, de gommiers rabougris. Je marchais aussi rapidement qu’il m’était possible, et vers cinq heures et demie, après avoir parcouru cinq lieues au N. 80° O., j’aperçus enfin un village ayant l’apparence de la vie : c’était Sekhello, village bâti en terre, habité en majorité par des Soninkés. Un enfant qui coupait du bois se mit à fuir en me voyant. Je le poursuivis et le rattrapai ; mais en dépit de mes assurances pacifiques, il ne voulait pas m’approcher. J’avais retiré mon chapeau, mes longs cheveux flottaient au vent, mon teint était devenu couleur de brique brûlée, je portais un boubou jadis blanc. Il me prenait pour un Maure, et même quand Amadi Boubakar l’eut rejoint avec d’autres Talibés, il ne pouvait se figurer que je fusse un blanc. Je fus grondé par tous pour mon imprudence, car j’avais risqué de me faire envoyer un coup de fusil. Comme à Ouosébougou, la population, aux cris perçants de l’enfant, était sortie en masse, mais il n’y avait pas là grand monde, et il était visible que ce village avait dû souffrir. Je ne pus y trouver le moindre aliment à acheter, et comme on ne me donna rien d’aucun côté, nous en fûmes réduits à notre régime habituel. Nous mangeâmes notre dernière boîte de julienne aigrie, et nos hommes, leur couscous ordinaire.

Les plus malheureux étaient les animaux, privés de mil, et même souvent de paille, car autour du village on n’en trouvait pas, et il me fallut en voler pour ne pas les laisser périr, ne pouvant raisonnablement demander à mes laptots d’en aller couper ; les malheureux n’en pouvaient plus. Quand nous arrivâmes à ce village, plus de la moitié des piétons était restée en route.

17 mai 1866.

Ce fut sans regret que je quittai cet asile peu hospitalier, le lendemain matin ; nous fîmes trois lieues au N. 10° E., et nous arrivâmes à Bagoyna, grand village en terre, ruiné et inhabité depuis que Daouda Gagny l’avait quitté pour venir à Ségou. Cependant quelques personnes s’y trouvaient en ce moment. La plaine présentait un spectacle attristant, de tous côtés on voyait des squelettes de bœufs ou leurs corps desséchés. Aux environs des puits surtout, il y en avait énormément. D’où cela provenait-il ? On me dit qu’après l’abandon du village, les bœufs y étaient revenus par habitude, et que ne trouvant personne pour leur tirer de l’eau des puits, ils étaient morts à côté. D’un autre côté on m’affirma, tant là qu’à Nioro, que l’épizootie terrible qui avait ravagé tout le Sénégal, le pays des Maures, en même temps qu’elle sévissait en Europe, était venue jusqu’au Bakhounou, où elle s’était arrêtée, puisqu’à Ségou on ne s’en était pas aperçu.

Toujours est-il que les puits étaient presque secs et qu’on campa dans les cases du village, presque sans eau.

A trois heures, on essaya de se remettre en route pour atteindre Touroungoumbé. Sentant bien que les forces de tous étaient épuisées par les marches insensées, si elles n’eussent été nécessaires, que nous faisions depuis six jours, Mahmadou tentait un dernier effort pour amener son monde en lieu de sûreté par une marche de nuit, car une marche de jour eût été impossible.

Je sortis de Bagoyna en proie à une violente céphalalgie, et quand vint la nuit, je fus pris de saignements de nez tellement persistants, qu’il me fallut plusieurs fois descendre de cheval. Mes forces me trahissaient et tout mon sang s’en allait. Je me tamponnai les narines, je fis un suprême effort, et le lendemain, à sept heures, j’étais des premiers rendus à Touroungoumbé, en compagnie d’Ali Abdoul, qui, à mesure que nous approchions, s’attachait de plus en plus à mes pas, en attendant qu’il fût tout à fait entre mes mains.

J’avais ainsi estimé la route parcourue : trois lieues au N. 80° O., six lieues au S. 70° O., six lieues au N. 30° O., total quinze lieues parcourues en seize heures, par les cavaliers, car les piétons n’arrivèrent que vers les onze heures ou midi.

Qu’on ne croie pas ces estimations exagérées. Si je n’en avais eu la preuve en fermant mon polygone estimé à peu de chose près sur la position exacte de Médine, j’en avais une le lendemain, en arrivant à Nioro, que mon estime place juste dans le relèvement indiqué en 1864 depuis Guémoukoura, et ces relèvements, quand ils sont donnés par des gens connaissant bien le pays, surtout par des Maures, ces relèvements, dis-je, sont d’une exactitude souvent attestée par les voyageurs et qui, quant à moi, m’a toujours surpris.

18 mai 1866.

En arrivant au campement qu’on m’indiqua, je ne pouvais plus me soutenir. Je me laissai tomber sur ma natte et j’abandonnai aux gens de la case le soin de mon cheval, me bornant à dire : Faites-le boire et manger.

Touroungoumbé était un village du Kingui, très-considérable. Lieu de passage des caravanes des Maures qui vont à Ségou, c’était là qu’elles payaient l’impôt du passage, et un captif d’El Hadj, sorte de gouverneur, était préposé à la perception de cet impôt.

Aussi y fûmes-nous dédommagés en partie par une bonne réception de ce que nous avions souffert depuis huit jours ou plutôt depuis notre départ de Toubacoura, dernière étape hospitalière dont j’ai gardé le souvenir. Nous passâmes la journée tout entière en cet endroit, tant par force que pour attendre les retardataires ; j’appris, en effet, que plusieurs n’étaient arrivés que le soir et avaient été pillés par des Maures amis qui campaient à petite distance de Touroungoumbé : mais pour qui connaît les mœurs des Maures, cela n’a rien d’étonnant, et la seule chose remarquable, c’est qu’ils n’aient pas tué, afin d’empêcher toute dénonciation, de la part de ceux qu’ils venaient de piller.

Toujours est-il que le soir tout le monde fut rallié, et ce ne fut qu’à la nuit, après un souper convenable, que nous pûmes prendre un vrai repos, car tout le jour une curiosité bienveillante avait fait envahir notre maison par tout le village, impatient de voir ces blancs extraordinaires qui pouvaient faire tout ce que les noirs font et plus encore. Le fait est que nos amis, en exagérant nos qualités, notre savoir et notre bravoure, nous avaient élevés sur un piédestal tel, que, si je me fusse avisé de faire le salam, j’aurais passé pour un grand marabout, parce que je savais déchiffrer quelques mots d’arabe et écrire à peu près au moyen des caractères de cette langue, et je ne suis pas bien sûr qu’un jour ou l’autre on ne dise pas que j’ai gagné des batailles à moi tout seul, avec toutefois mon pistolet à six coups, qu’on se désolait de ne pouvoir admirer ; mais quand je disais que j’avais donné cette merveille à Ahmadou, oh ! alors, c’était un chœur intarissable sur la générosité des blancs.

19 mai 1866.

Le 19, on se mit en route pour aller à Nioro, vers six heures. Huit lieues droit à l’O. nous en séparaient, mais la route qui passe par de nombreux villages, n’a pas mal de sinuosités, et quand on arriva en vue de Nioro, vers quatre heures du soir, des cavaliers vinrent de la part de Mustaf et du père de Mahmadou Abi, ainsi que de ses oncles, prier ce jeune prince de camper à Dianwéli pour la nuit, afin qu’on pût le recevoir le lendemain matin. A mon grand regret donc on entra au village de Dianwéli, et pour me consoler de ce retard, il ne fallut rien moins qu’un superbe mouton que m’envoya Mahmadou Abi, et qui fut tellement apprécié, qu’entre nous et nos parasites on le dévora jusqu’au dernier morceau.

20 mai 1866.

Ce fut le 20 mai que nous fîmes notre entrée triomphale à Nioro. Mustaf, vêtu d’un burnous magnifique, dont le capuchon relevé laissait voir sa figure, était monté sur un cheval maure de grande taille, piaffant entre les mains des Sofas qui le tenaient par la bride. Il était entouré de tous ses fidèles, de ses Sofas, et si un certain nombre de Talibés faisaient acte d’indépendance, en s’écartant de lui pour venir saluer Mahmadou, bien d’autres se tenaient à ses côtés. Il y eut d’abord une fantasia fort belle, bien qu’en ce moment la moitié des cavaliers fussent absents. J’admirais surtout les beaux chevaux, tous de race maure. Puis, après cela, comme, de notre côté, aussi bien chevaux qu’hommes étaient à bout de forces, on n’essaya pas le plus petit exercice, et les deux armées se rencontrèrent. Alors Mustaf vint, toujours à cheval, donner la main à Mahmadou Abi, non comme un esclave ayant affaire au cousin de son maître, mais comme un chef puissant à un autre pour lequel il a des égards. Après cela on rentra dans Nioro.

Il y a dans Nioro deux choses distinctes : la ville fortifiée et la maison d’El Hadj. La ville est entourée d’une muraille irrégulière, ayant plusieurs portes de divers côtés, mais ce n’est pas là ce qui fait sa défense. Ce qui la met à l’abri d’une attaque, c’est la maison d’El Hadj.

Cette maison est un vaste carré de 250 pas de côté, construit régulièrement en pierres maçonnées avec de la terre. Les montagnes peu élevées qui environnent Nioro ont fourni des matériaux tout taillés, et la plupart de ces pierres affectent une forme rectangulaire, ce qui a permis de construire sans les tailler. Ces pierres sont posées à plat. La muraille a environ 2m,50 d’épaisseur. Aux quatre angles sont des tours rondes ; le tout a de 10 à 12 mètres de haut, et je suis sûr que sur le faîte, le mur a encore au moins 1m,50 d’épaisseur. C’est totalement imprenable sans artillerie. Il y a dans ce fort plusieurs compartiments : d’un côté sont les femmes d’El Hadj, le Diomfoutou ; de l’autre, habite Mustaf, et se trouvent la plupart de ses magasins, ses greniers, la case de ses femmes. Dans une cour, des Mauresques prisonnières habitent sous des tentes qu’elles ont dressées, comme si elles se trouvaient au désert. Elles préfèrent cela à la vie des cases. Quelques-unes sont blanches et fort jolies. Elles proviennent des razzias faites par Mustaf, en 1865, sur les Lack Lall, qui s’étaient joints aux révoltés du Bakhounou.

Quant à la ville, les maisons y sont en partie à terrasse, en partie couvertes de paille. Quelques-unes ont un étage.

Mahmadou Abi était allé saluer son père. Je fis demander à Mustaf où je devais loger, et immédiatement on me conduisit dans une maison spacieuse, chez un griot fort riche, nommé Samba Gouloumba, père ou oncle d’un griot de ce nom que j’avais connu à Ségou. Là, on me donna la maison du maître, qui était absent, et son frère, qui vint m’y installer, m’exprima ses regrets et insista pour que j’attendisse le retour du maître de la maison, qui était, me disait-on, grand ami des blancs, et qui serait désolé de ne pas me recevoir lui-même (il avait d’ailleurs fort bien traité Bakary Guëye pendant son long séjour). Je me gardai bien de m’engager, et je pris possession d’une jolie chambre située au premier étage, et peinte proprement en rouge avec divers dessins. Mes laptots logeaient au-dessous. J’avais un véritable escalier, avec une terrasse devant ma porte et des fenêtres. C’était à n’y pas croire. A peine avais-je commencé à m’installer et à profiter de l’eau que les esclaves de la maison venaient de nous apporter, qu’on nous annonça Mustaf, qui venait nous rendre visite et me demandait audience. Je n’étais plus depuis longtemps habitué à ces manières courtoises. Je le priai d’attendre que j’eusse remis mes vêtements et le fis monter. Il fut très-aimable.

Mustaf est un esclave du Bornou. C’est un Kanori et, seul à Nioro, avec deux ou trois personnes, il sait la langue de son pays. Plus souvent il trouve avec quelques esclaves à parler le haoussani. Du reste, il parle très-aisément le bambara, le soninké et le peuhl. Il fut longtemps le captif de confiance d’El Hadj, son barbier et son cuisinier, et il est probable que ce contact avait contribué à adoucir ses manières et à les policer.

Il me souhaita la bienvenue, me fit beaucoup de compliments et termina en me demandant de lui dire ce dont j’avais besoin.

Je lui répondis que, n’ayant pas l’intention de m’arrêter, bien que je fusse très-fatigué, je lui demandais dix moules de couscous pour la nourriture des hommes jusqu’à Koniakary ; que quant à moi, je mangeais maintenant la nourriture des noirs et que tout ce qu’il m’enverrait serait bien reçu.

Peu après je reçus 10 moules d’un beau couscous blanc, qui me rappelait enfin le couscous de Saint-Louis.

En outre, on m’envoyait une grande calebasse d’eau miellée, une poule sautée au beurre et fort bien préparée, 100 gourous et du lait. La maison dans laquelle nous logions était chargée de nourrir mes hommes, qui ne s’en plaignaient pas, bien au contraire.

Il n’en fallait pas moins pour réparer nos longs jeûnes des jours passés, et le soir on nous envoyait dix poules vivantes, un plat copieux de riz à la viande et un beau couscous que nous trouvâmes succulent. Depuis notre départ de Médine, nous n’avions rien mangé d’aussi bon en fait de cuisine nègre.

L’après-midi j’allai faire visite à Mahmadou Abi, qui était logé dans une grande case avec tous ses Talibés. Il me reçut d’une façon aimable, quoique un peu embarrassée ; il avait l’air de ne pas se trouver dans une position bien franche. Il me demanda si j’avais ce qu’il me fallait ; je lui dis que oui, à l’exception de mil pour les chevaux. Il paraît que ce n’était pas l’habitude de Mustaf d’en fournir, car Mahmadou me répondit qu’il faisait vendre un captif pour acheter du mil pour ses chevaux.

De là, j’allai chez Mustaf lui rendre sa visite. Il me reçut de la façon la plus aimable, et j’en fus d’autant plus étonné qu’il n’est pas ainsi généralement et qu’il traite les noirs en grand seigneur ; il est plus difficile pour eux de le voir, me disait Bakary, qu’il ne l’est de voir Ahmadou à Ségou.

Mustaf me dit qu’il allait m’emmener voir un schérif blanc. En effet, il sortit avec moi, accompagné d’un interprète d’arabe, et nous allâmes à l’extrémité de la ville dans la maison d’un marabout, Ako de Gambie, possesseur de la plus belle fortune du pays.

Il s’était bâti une maison à l’européenne, autant que les matériaux du pays le permettaient. Il y avait de beaux escaliers en terre, des galeries ouvertes, où des nattes abritaient des rayons du soleil. Tout cela était propre et d’une élégance relative qui m’étonna.

On nous fit entrer dans une salle petite, mais plus soignée encore que les autres, où nous nous assîmes sur de belles nattes de cuir, tressées par les Mauresques.

Peu après, on nous introduisit dans une seconde salle encore plus soignée, où, sur un tapis du Maroc posé sur une de ces nattes, était assis en tailleur un homme vêtu entièrement de mousseline blanche ; il avait un turban dont une partie passant sous le menton et relevée couvrait le bas de la figure. Son teint était incomparablement plus blanc que tout ce que j’avais vu chez les Maures et même chez les Mauresques ; la main était potelée et le pied petit et soigné. L’homme était gros. Son regard était fin ; l’arc sourcilier bien dessiné, mais ni son nez ni sa physionomie ne répondaient au type arabe. Sans le mat de son teint on eût dit un Européen.

Il commença à m’interroger sur mon pays, demandant si nous étions Français, de quelle ville, et quand je lui dis de Paris, il sourit et me dit : « Je connais Paris, c’est une ville où il y a de grandes rues plantées d’arbres. » Il me demanda si j’avais des nouvelles de mon pays, et sur ma réponse négative, il me dit : « Je sais, moi, que tout va bien chez vous. »

A mon tour j’essayai quelques questions : j’appris qu’il était de Fez ; mais quant au but de son voyage je ne pus obtenir de réponse, il éluda.

Je commençais à me demander si c’était bien un Arabe ou quelque voyageur déguisé, et ce soupçon était celui de la plupart de mes laptots, qui affirmaient qu’il comprenait le français et qu’il souriait quand je parlais avec le docteur. Toutefois, il me fut impossible de savoir la vérité, car dès qu’il vit que je le pressais de questions, il commença à me dérouter par des interrogations incompréhensibles. Il est vrai qu’il parlait l’arabe pur, que fort peu de monde comprenait, et les interprètes traduisaient peut-être mal.

Plus tard je demandai à mon schérif marocain s’il le connaissait. « Non, me dit-il, c’est un homme qui parle peu, il dit qu’il est schérif, je ne puis dire le contraire ; » mais il m’avoua qu’il lui semblait qu’il n’avait pas la figure d’un Arabe.

En rentrant j’assistai à une fantasia assez bizarre : c’était une espèce de parodie d’un combat, faite par deux Talibés, tout en dansant et en jonglant avec leurs fusils d’une façon remarquable. L’un faisait le mort, l’autre tournait autour sans oser l’approcher ; quand il venait trop près, le mort remuait et l’autre se sauvait, puis le mort apprêtait tout doucement son fusil et tout d’un coup, quand l’autre arrivait pour l’assommer d’un coup de crosse, il se relevait d’un bond, lâchait son coup de fusil à bout portant, et les rôles se renversaient.

Cela était remarquablement mimé et imité.

Nous regagnâmes ensuite nos cases, et je passai une excellente nuit, dont j’avais grand besoin.

Jusqu’ici il n’était pas question de partir, et on faisait même courir le bruit que nous allions rester jusqu’à ce que tous les chefs du pays fussent réunis. On venait en effet d’envoyer des émissaires de tous côtés. Cela était fort inquiétant, car si c’était vrai nous avions au moins trois semaines à attendre. Or, quelle que fût l’hospitalité de Mustaf, nous étions trop pressés de rentrer pour supporter volontiers un pareil retard. La saison des pluies était presque arrivée, et nous devions chercher à tout prix à la devancer sur les bords du Sénégal, avant que les marigots grossis ne nous créassent des obstacles sur l’importance desquels je ne me faisais pas d’illusion.

21 mai 1866.

Aussi, le 21, dès que je fus levé, je me rendis chez Mahmadou Abi pour traiter cette question avec lui. Il était chez Mustaf, où j’allai le rejoindre. Bien qu’il fût de bonne heure, j’attendis très-peu et on me fit monter au premier étage, dans un petit réduit qui est le séjour ordinaire de Mustapha. Puis, après un nouveau temps d’arrêt, on ouvrit la porte de la chambre de Mustaf. Toutes ces portes, travail des indigènes, étaient en bois sculpté grossièrement, mais cependant, telles quelles, elles ne manquaient pas d’une certaine élégance. Les plafonds étaient faits en bois, mais les morceaux qui le composaient étaient rangés avec ordre et symétrie au-dessus des poutres principales. Enfin, des serrures ou des cadenas de fer, achetés chez nos traitants, garnissaient la plupart des portes de Mustaf. Il était à demi étendu sur un lit du pays (_tara_) très-élevé, sur lequel plusieurs tapis maures étalaient leurs brillantes couleurs et remplaçaient des matelas absents.

Je n’oserais affirmer que l’odeur de cette chambre, dont la porte était la seule issue, fût agréable, mais elle était supportable. Il nous fit, ainsi que Mahmadou Abi, asseoir sur son propre lit, envoya chercher des gourous, dont il nous donna quelques-uns, puis nous quitta pour régler une ou deux affaires. A son retour, j’entamai la question du départ, dont il ne se mêla point. Mais Mahmadou fit son possible pour m’engager à rester jusqu’à l’arrivée des chefs du pays, auxquels, d’après les ordres d’Ahmadou, il devait lire le traité fait avec nous. Je refusai, bien entendu, disant que cela ne me regardait pas, que d’ailleurs Ahmadou n’en avait pas parlé, et qu’il m’était impossible d’accepter un nouveau retard. Mahmadou insista, mais pour la forme, et quand il vit que décidément je ne voulais pas, il me dit : « Eh bien, tu partiras quand tu voudras. — Ce sera demain soir, répondis-je. — Alors on part, dit Mustaf ; ah ! c’est bien, je vais faire préparer ce qu’il faut. » Et il causa avec Ali Abdoul pour lui faire préparer du couscous pour sa route.

Pendant la journée l’hospitalité de Mustaf ne se ralentit pas ; je reçus de sa cuisine des plats très-bien préparés, mais toujours pas de mil. Je réussis à en faire acheter un peu contre quelques grains de verroterie ou d’ambre qui me restaient, et le soir je fis avec Tambo l’échange de nos chevaux. Ce n’est pas que son cheval noir valût ma jument fleur de pêcher, bien au contraire ; mais ma jument était tellement blessée par la selle qu’elle souffrait atrocement et que cela me faisait mal à voir ; j’avais lieu de craindre qu’elle ne pût me conduire au Sénégal, tandis que je me croyais sûr du cheval de Tambo, qui, malgré la route pénible que nous avions faite, dans laquelle il avait porté son maître et un bagage considérable, était encore gras et vigoureux, et surtout sans blessure.

Pendant que nous étions chez Mustaf, je demandai à voir les cadeaux envoyés par le gouverneur à Ahmadou, et il les fit apporter. Ils étaient enveloppés avec grand soin : c’était un burnous vert garni d’argent, un bonnet rouge garni d’or et un magnifique sabre avec un fourreau de velours vert et une garniture d’argent.

Mahmadou Abi était en extase, et je crois que cela contribua à le fortifier dans l’idée d’envoyer quelqu’un pour son compte saluer le gouverneur ; mais cela ne faisait pas le compte d’Ali Abdoul, qui maintint ses droits afin de n’avoir pas à partager les cadeaux qu’on lui ferait ; il l’emporta sur le prince, qui se borna à me demander de parler de lui au gouverneur. Comprenant qu’il désirait un cadeau je lui fis alors présent du fusil à deux coups que Bakary Guëye m’avait donné en indemnité des marchandises qu’il avait été forcé de vendre, et que bien entendu je ne voulais pas réclamer.

Aussi comptais-je bien lui payer son fusil.

Mahmadou fut enchanté et me réitéra ses promesses d’amitié à distance ; il me demanda de lui écrire et me dit qu’il voulait aussi me donner quelque chose en souvenir de lui.

Le soir j’allai voir les trois frères d’El Hadj, ou plutôt ses deux frères, Alpha Ahmadou et Tierno Boubakar, et l’un de ses cousins, qui tous trois me reçurent avec des paroles gracieuses, mais ce fut tout. Ils se trouvent, du reste, à Nioro dans une position d’infériorité vis- à-vis de Mustaf comme fortune et comme influence ; cela leur est pénible et ils ne s’en cachent guère. De plus, comme il y a là deux fils d’El Hadj encore en bas âge, mais qui un jour ou l’autre prendront en main toute la direction des affaires, on peut dire que ces parents du conquérant sont à tout jamais annihilés.

22 mai 1866.

Le 22 je fis mes préparatifs et j’allai vers une heure prendre congé de Mustaf, auquel, n’ayant rien à donner, je promis d’envoyer un fusil par Ali Abdoul ; il me demanda aussi un foulard noir, que j’eus la chance de trouver à Saint-Louis. Je payai ainsi de retour son hospitalité. Il me fit, du reste, cadeau d’un petit panier de dattes pour la route et donna une lettre à Ali Abdoul pour qu’on nous reçût sur tous les points où nous passerions jusqu’à Koniakary.

J’allai ensuite prendre congé de Mahmadou Abi, qui voulut monter à cheval pour m’accompagner et me mettre en route. Je fus donc escorté de toute la bande de ses fidèles jusqu’à bonne distance de Nioro. Là, au moment de me quitter, il me prit à part et me remit dans la main deux anneaux d’or d’une valeur d’au moins 120 francs, en s’excusant de me faire un aussi mince présent, que moi je trouvais d’autant plus beau que je n’y comptais pas du tout. Nous nous quittâmes après une bonne poignée de main.

C’est un devoir pour moi de dire qu’après mon départ de Ségou je n’avais reçu de ce jeune homme et de son entourage que des attentions et des témoignages d’affection bien désintéressés, puisqu’ils me savaient sans autres ressources que les cadeaux que m’avait faits Ahmadou, et qu’aucun d’eux n’eût osé accepter si même j’avais voulu les lui donner.

Nous quittâmes Nioro à trois heures. Après une lieue au Sud nous atteignions Tambabougou ; puis, après une demi-lieue au S.-S.-O., le grand village de Médina ; nous traversâmes ensuite deux villages de Gadiaba. Le premier, Gadiaba Kayè (Gadiaba, les pierres), est l’ancien village du Diawara, Karounka, qui fit une si rude guerre à El Hadj ; l’autre se nomme Gadiaba Diala. Il était sept heures quand nous arrivâmes à ce village ; en le quittant nous fîmes trois lieues et demie à l’O. 1/4. S.-O. pour venir à Youri, où nous arrivâmes à nuit close et par un commencement de petite pluie fine. On entra dans le village, et mes conducteurs allèrent s’étendre sous le hangar de la place du village. Quand, après une courte attente, je voulus les faire repartir, il me fut impossible de les réveiller ; ils me disaient de camper là. Camper sur une place en plein vent par un temps semblable, j’aimais autant marcher ; aussi, prenant Seïdou pour guide, je me remis en route et je fis trois lieues de marche pour aller camper à Birou, où je vins frapper à une heure et demie du matin au village des Talibés. La nuit était noire. J’avais cependant pu me rendre compte de la nature du terrain. Depuis Touroungoumbé le sol avait changé. Ce n’étaient plus les plaines du Bakhounou, c’était un pays encore plus aride, mais moins monotone et moins plat ; par rares places la végétation y était bien accentuée, mais en général c’est un pays coupé de plaines de sable et de collines de roches peu élevées ; ce sont des bancs d’ardoise, qui percent le sol en différents endroits et dont les feuillets détachés par les pluies et par les chocs viennent former une poussière noirâtre ; plus loin ce sont des quartz grenus, de différentes nuances plus ou moins opaques, jaunes ou rouges ou d’un blanc laiteux (on les emploie quelquefois comme pierres à feu ; ces pierres sont, faute de taille, d’un mauvais usage). Enfin, sur une foule de points nous trouvions des grès noirs et du minerai de fer en grande quantité.

La présence des ardoises à Nioro, de quelques schistes bitumineux dans le Foula Dougou est-elle un indice de l’existence du charbon de terre ? C’est ce que les siècles futurs nous apprendront. Mais si, surtout dans le Foula Dougou, on venait à découvrir le charbon, ce serait à n’en pas douter une découverte plus précieuse pour le pays que ne l’a été celle de l’or.

Depuis Nioro jusqu’à Birou le terrain n’avait changé d’aspect qu’entre Youri et Birou. En quittant Youri on se dirige sur une montagne peu élevée dont le massif épais sépare le Kingui du Kaniarémé, qu’on appelle vulgairement la route du désert. On la traverse en gravissant une pente douce dans le défilé, et l’on arrive dans une plaine qui semble entourée de tous côtés par des collines, qui se croisent de manière à ne pas laisser apercevoir les issues de ce plateau. Tel est l’aspect général de ce pays dont l’exploration de MM. Perraud et Béliard a complété la carte, dressée par les renseignements que j’avais, et par mon propre itinéraire.

Dans cette dernière route nous avions traversé deux marigots secs : c’étaient les premiers que nous apercevions depuis longtemps ; ils se dirigent vers l’Ouest.

23 mai 1866.

Birou a deux villages séparés, entourés chacun de palissades. L’un est le village des Talibés, tous originaires du Fouta ; l’autre le village des forgerons bambaras. Nous arrivâmes à Birou par une petite pluie fine au milieu de la nuit. Lorsque nous réveillâmes le gardien de la porte il me sembla tout d’abord qu’on nous faisait une triste réception. J’étais avec Quintin et deux seulement de mes hommes ; mais quand on sut qui nous étions, on nous conduisit chez un marabout, qui fit dégager une case pour y loger nos bagages. Nous parvînmes à allumer du feu pour nous sécher ; mais le plus difficile fut d’attacher nos chevaux et nos mules, qui mangeaient toutes les clôtures de la maison, au grand désespoir du maître. Enfin tout s’arrangea, sauf le temps qui continua à être légèrement pluvieux. Vers sept heures, ceux qui étaient restés en route commencèrent à arriver, et à sept heures et demie tout le monde était réuni. Nos ânes, trop fatigués, avaient passé la nuit avec leurs conducteurs à Youri.

Ali Abdoul commença à s’employer auprès des gens du village pour nous faire donner une hospitalité splendide ; mais d’abord le mil était rare, et nous n’en pûmes avoir ni pour les chevaux ni pour les mules ; ensuite Ali Abdoul, bien que Tall et fils d’Elimane Donaye, ne jouissait d’aucune influence et son meilleur argument ne valait pas grand’chose, car le pauvre garçon ne brillait pas par un esprit transcendant. Il était bien un type du Toucouleur, braillard, vantard et hableur, mais il lui manquait cette qualité qui chez quelques-uns est très-grande : la finesse.

Néanmoins le village se comporta bien à notre égard : on nous envoya six poules vivantes et du lait aigre ; le chef des Diawaras de l’endroit, qui vint me voir, me procura même un peu de beurre ; nous n’avions pu en avoir à Nioro à cause du manque de bestiaux, qui tous avaient succombé à l’épizootie ; puis nos hommes reçurent un nombre indéfini de calebasses de couscous et de _niéri_[248].

Quelque bienveillance qu’il y eût dans cet accueil, cette hospitalité n’avait rien qui pût me retenir, et comme on nous annonçait une longue route pour arriver au premier village habité du Guidi-Oumé, je me décidai à partir à deux heures après midi.

24 mai 1866.

Notre chemin se dirigea d’abord à l’Ouest, à travers un pays peu accidenté, mais assez aride, et nous ne nous arrêtâmes pas avant une heure du matin, heure à laquelle nous campâmes sur l’emplacement d’un village détruit nommé Ouagadou. Un baobab et quelques débris sont les seuls vestiges de ce village, qui était placé au bord d’un marigot, où l’on chercha vainement de l’eau. Quand je vis qu’on n’en trouvait pas, je sollicitai Ali Abdoul de continuer la route ; mais les ânes étaient loin derrière nous, et après en avoir causé nous campâmes. Au jour, laissant quelqu’un avec les mules, je partis avec Ali Abdoul, Quintin et le vieux schérif, qui s’attachait à mes pas et se montrait bon homme. Nous avions quatre bons chevaux, et nous voulions arriver le plus vite possible. Mais nous eûmes à descendre la montagne sur laquelle nous nous trouvions, qui appartenait au sol du Kaarta, pour entrer dans la vallée de Guidi-Oumé peu élevée au-dessus du sol du Sénégal. Nous descendions visiblement depuis Nioro, mais sans secousses brusques, sans différences palpables de niveau. Là, nous eûmes une descente dans un ravin qui équivaut à plus de cent mètres de différence de niveau. La terre était travaillée de tous côtés par les eaux, d’immenses blocs de roches étaient mis à nu par l’action des pluies, les uns polis, les autres en forme de scories ; les lits de torrents que nous traversions aujourd’hui à sec, avaient roulé d’immenses cailloux de plusieurs mètres cubes, quelques arbres vigoureux et verts avaient poussé dans les endroits où la terre végétale, arrachée du plateau supérieur, avait pu s’amasser ; ailleurs on voyait d’autres troncs décharnés, sans feuilles, suspendus par des racines qui allaient leur manquer au premier ravinage des pluies.

Cet endroit, bien que sauvage, avait un caractère de grande beauté, et il me frappa d’autant plus vivement que depuis trois ans je m’étais toujours trouvé en pays de plaine.

Nous arrivâmes bientôt sur l’emplacement d’une ruine : c’était Khoré, un village de la vallée du Guidi-Oumé.

Cette vallée étroite, qui est certainement le plus beau pays que j’aie vu dans la Sénégambie, est resserrée entre deux chaînes de montagnes, dont les méandres s’éloignent ou se rapprochent sans pouvoir s’écarter à une journée de marche l’un de l’autre ; un marigot ou plutôt un ruisseau d’écoulement des eaux de pluies, la parcourt, tantôt sec comme au moment où nous y passions, tantôt roulant des eaux torrentueuses ; de chaque côté de son cours, le sol, alimenté continuellement par les écoulements d’eau bourbeuse de la montagne, fournit des cultures magnifiques, donne deux récoltes par an et produirait tout ce qu’on lui demanderait en fruits ou légumes, si par routine on ne se bornait à la culture des céréales africaines : le maïs et le mil, et, accidentellement, le riz.

Après Khoré, nous arrivâmes à Khassa, également désert, et après avoir désaltéré nos chevaux dans des mares, où l’eau, par extraordinaire, n’était pas corrompue, mais était chaude, nous continuâmes à descendre la vallée, traversant et retraversant le lit sablonneux de son ruisseau, qu’on appelle, je crois, le Kirigou (Kriégo, de Mongo Park).

Après Khassa, nous parvînmes à un petit village habité, nommé Togno ou Tango. Il est, pour ainsi dire, perdu dans un repli du marigot, qui entre à cet endroit dans une baie que forme la montagne et en ressort bientôt pour redescendre la vallée. Les toits de paille, récemment reparés pour la saison d’hivernage, tranchaient sur le beau feuillage vert de nombreux arbres ; quelques colonnes de fumée animaient ce paysage, auquel les montagnes, sur deux ou trois plans, servaient de fond. C’était charmant à voir. De là, notre route descendit vers le Sud, à Fanga, éloigné d’à peine une demi-heure de chemin. C’était notre étape de la journée. On y fut d’abord peu aimable pour nous, mais Ali Abdoul palabra si bien, la lettre de Mustaf venant à l’appui de ses paroles, qu’on finit par nous pourvoir abondamment, et nous reçûmes quatre poules, un mouton et une chèvre très-maigre. Le tout fut bien vite mangé par nous et nos compagnons.

25 mai 1866.

Le lendemain, nous continuâmes, dès le jour, à descendre la vallée. Les villages y sont très-rapprochés, tous ont le même aspect, et en deux heures et demie nous en traversâmes quatre. A six heures nous avions quitté Fanga, et à huit heures et demie nous étions à Niogomera, après avoir passé à Tanganaya-Takhaba et Niakatéla. On me pressa de rester à Niogomera, où je devais, disait-on, recevoir une splendide hospitalité. D’abord on m’envoya cinq poules et du mil pour mes chevaux ; puis, vers deux heures et demie, comme j’allais partir, on apporta deux chèvres et du couscous. Je pris une chèvre et je donnai l’autre à un Talibé nommé Amadi Ali, qui m’avait servi de guide ; mais comme mes hommes avaient mangé à leur faim nous laissâmes le couscous, et nous allâmes camper à Makhana, à une lieue à l’O.-S.-O., pour faire cuire notre dîner.

A mesure que nous approchions, nous nous permettions le luxe de deux repas par jour. C’était le cas de dire que l’appétit nous venait en mangeant.

Pendant les quelques heures que je passai à Makhana, je reçus une belle chèvre, deux calebasses de mil et du couscous. C’était donné d’une façon aimable et empressée, qui contrastait avec les cadeaux un peu forcés que nous avions reçus jusqu’alors depuis Nioro. Néanmoins, à neuf heures et demie du soir, il me fallut me mettre en route. Nous avions un long chemin à parcourir pour aller à Mounia ; nous allions quitter le Guidi- Oumé pour le Diafounou. Il y avait des marigots à traverser, et on m’avait dit qu’il y avait un peu d’eau dedans ; j’étais pressé de les passer avant qu’ils ne grossissent.

La route traverse une forêt, le pays est peu accidenté, on a laissé derrière soi les montagnes du Guidi-Oumé, et en quittant Makhana la vallée prend un développement immense.

Nous laissions sur notre droite le marigot de Kirigou.

Nous fîmes une première traite de sept lieues sans halte. Comme la nuit était très-noire, que les guides demandaient à s’arrêter, nous campâmes pour attendre le jour. Je fis décharger les mules, on plaça les cantines au pied d’un arbre, on entrava les chevaux sans les desseller, de manière à les laisser manger, et, enveloppé dans les lambeaux de mes vieux paletots, je m’étendis sur ma tente. Je dormais d’un profond sommeil, lorsque, vers quatre heures, les éclats du tonnerre me réveillèrent en sursaut. Une tornade arrivait sur nous avec une rapidité prodigieuse. Le temps de ramasser ma toile de tente, et la pluie tombait déjà en larges gouttes, un vent violent soulevait une poussière intense à travers laquelle on n’apercevait rien ; les éclairs déchiraient par moments le ciel en éclairant la scène d’une lueur passagère qui rendait plus profonde encore l’obscurité qui les suivait.

Nos chevaux avaient tourné la queue au vent, ils ne bougeaient pas, et comme la pluie inondait déjà le sol plat et bas, nous montâmes sur nos cantines, pêchant dans la mare qui nous environnait les sacs, peaux de bouc et autres objets qui y nageaient.

26 mai 1866.

Nos compagnons, qui n’avaient eu qu’une préoccupation, celle de se garantir de la pluie, avaient laissé leurs bagages où ils étaient.

Aussi, dès que le jour se fit, quel spectacle ! Nos cantines entourées d’un demi-pied d’eau, mon sac de cuir, dans lequel étaient mes carnets de notes, enfoncé dans la vase et fort heureusement seul perdu, sauf que le contenu eût souffert. Rien de sec, ni sur nous ni dans les cantines, qui, disjointes, avaient absorbé l’eau de telle façon qu’en les soulevant on l’en faisait sortir. Nos compagnons étaient encore plus mal que nous, et par-dessus le marché une pluie fine avait remplacé la pluie d’orage et un vent glacial venait ajouter au malaise général.

Nous rechargeâmes les bagages et essayâmes de reprendre notre route. Le terrain était glissant, détrempé. Nos chevaux tombaient et je fis trois ou quatre chutes dans la vase ; puis nous arrivâmes au marigot. Il avait subitement grossi ; on y avait de l’eau, à pied, jusqu’aux épaules. Les berges étaient roides à descendre et à remonter. Ma foi, nous prîmes un bain, mais nous passâmes avec nos chevaux, et c’est miracle qu’après cela, par le froid qu’il faisait, la fièvre ne soit pas venue nous rendre visite. Quand j’eus traversé, je me pris à penser que, si les mules chargées descendaient dans ce marigot transformé en torrent boueux, non-seulement elles n’en sortiraient pas, mais que mes cantines seraient inondées, mes notes, cartes et plans perdus. Je me décidai donc, tout ruisselant d’eau et de boue, à attendre les mules pendant une demi-heure. Alors Seïdou, grand et vigoureux homme, se mit à transporter les cantines sur sa tête. Il se chargeait, s’accroupissait sur la berge et se laissait glisser sur la pente jusque dans le lit du marigot, où il fallait alors reprendre subitement la position verticale pour garder son équilibre et ne pas se noyer.

Les trois premières fois il réussit d’une façon admirable, mais à la quatrième, où justement il portait la cantine la plus précieuse pour moi, celle qui contenait mes cartes, il trébucha, et, sans sa présence d’esprit, c’en était fait de mon bagage. Il se rejeta sur la berge où la cantine s’enfonça dans la vase, et Samba Yoro put la saisir par la corde au moment où Seïdou glissait totalement dans l’eau. Il en fut quitte pour la peur, et à huit heures et demie nous étions au village de Mounia, où, après bien des efforts, je parvins à faire allumer un grand feu et à sécher successivement tout notre bagage ; livres, effets, instruments, tout était trempé, et le soir nous étions encore humides. Nous reçûmes là une bonne hospitalité ; les Pouhls du village de Mangassi ou Bangassi, situé près de là, vinrent nous apporter une belle chèvre et du mil, et d’autres côtés les différents chefs m’envoyèrent trois chèvres ; aussi fûmes-nous dans l’abondance.

27 mai 1866.

Le lendemain j’étais décidé à me rendre à Koniakary ; aussi je partis de bonne heure, et, devançant les mules avec Ali Abdoul pour guide, nous commençâmes à trotter de toute la vitesse de nos chevaux un peu fourbus. A mesure que nous approchions, l’impatience d’atteindre le but nous prenait et nous eussions voulu pouvoir voler avec nos chevaux. Malheureusement les pauvres bêtes étaient à bout de forces, et, quoi que nous fissions, elles allaient fort lentement. Nous passâmes deux ou trois marigots. Ils se déversaient sur la droite de notre route, qui se dirigeait vers le Sud. Nous laissions sur notre gauche une montagne. Il paraît qu’au lieu de prendre la vraie route nous inclinâmes trop au Sud. Toujours est-il que nous nous enfonçâmes dans une gorge de montagnes et que nous arrivâmes très-près du village de Makhana. Un peu avant d’y parvenir, nous eûmes la bonne fortune de rencontrer deux Khassonkés, qui nous remirent dans une route de traverse, nous ramenant directement à l’Ouest. Nous éperonnâmes nos chevaux, ils firent un effort et nous partîmes au galop, car la traite était longue. Nous traversâmes alors trois villages habités, où nous ne nous arrêtâmes que pour boire, et nous vînmes passer au Sud de la montagne de Tapa, d’où nous aperçûmes Koniakary. Il était deux heures de l’après-midi. Cet immense village, chef-lieu du Diombokho, est défendu par un tata fortifié, ou maison d’El Hadj, confiée à la garde de San Mody, l’un de ses captifs.

Notre première visite fut pour Tierno Moussa, chef des Talibés et véritable chef de Koniakary. Il savait déjà, par Ibrahim Mabo, qui, revenu avec nous, nous avait devancés, les quelques bontés que j’avais eues pour son fils à Ségou, et son accueil fut aussi cordial qu’il est possible. Celui de San Mody fut moins avenant ; il ne voulut pas me recevoir, et me fit conduire à une case assez sale qui me déplut. Aussi, lorsqu’il vint m’y visiter, je le reçus très-mal et le contraignis, pour ainsi dire, à me faire des excuses. J’en pris prétexte pour annoncer que je partirais le lendemain matin, et toutes ses tentatives pour me retenir échouèrent.

Je comptais à Koniakary quelques amis : Tierno Moussa, son Mabo Ibrahim, et Amady Boubakar qui arrivait avec nous. Ils me traitèrent de leur mieux. Ce fut Amady Boubakar qui, le premier, m’envoya un magnifique mouton gras ; peu après, j’en reçus un autre de San Mody. Ils furent tous deux immolés à nos grands et nombreux appétits. Plus tard, Tierno Moussa m’en donna un troisième qui dépassait en beauté les deux premiers, et je me décidai à l’emmener à Médine, où certainement jamais plus bel échantillon de la race ovine, dite mouton de Galam, n’était entré.

Je reçus aussi de différents côtés des gourous, du couscous ; enfin, je me trouvai abondamment pourvu.

Pour faire ma paix avec San Mody, j’allai le saluer, et cette fois je fus reçu. Je lui demandai de me prêter des chevaux pour aller à Médine ; mais il allégua pour refuser l’obligation de se rendre à Nioro, où il était appelé près de Mahmadou Abi.

[Illustration : Femme Khassonkée, de Médine.]

Il me fallut donc imposer à ma pauvre monture une dernière journée de près de dix-huit lieues.

Avant de quitter Koniakary, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur la situation politique de ce pays.

Différents Talibés se partagent l’influence dans le Diombokho et même dans Koniakary, ce qui fait que ce village ressemble beaucoup par son organisation aux villages du Fouta. Tierno Moussa et San Mody ne s’entendent pas d’ailleurs ; et comme San Mody n’est pas assez riche pour se faire des partisans au moyen de cadeaux, il n’a vraiment d’influence que sur les esclaves d’El Hadj et les Bambaras du pays.

En dehors de cette population, mélangée déjà de toutes les races musulmanes de la Sénégambie, c’est-à-dire Yoloffs, Peuhls, Toucouleurs, Soninkés, il y a les Khassonkés, qui composent peut-être la plus grande partie de la population des villages du pays. Ils y apportent, sous le commandement nominatif de Khartoum Sambala, frère du roi de Médine, une indépendance assez semblable à celle dont jouissent leurs frères de l’autre côté du fleuve ; plus grande même, car Sambala de Médine ne souffre pas qu’on lui désobéisse.

Du reste, mécontents de leur gouvernement actuel et des impôts qui pèsent sur eux, ils aspirent à l’indépendance et seraient tout prêts à se révolter pour piller les Talibés.

Enfin, Koniakary est harcelé par les Maures Askeurs et Oulad El Rhrouizi, qui, en représailles des pillages que s’est permis sur eux Tierno Moussa, viennent de temps à autre fermer la route de Médine à Koniakary.

On le voit, Koniakary n’est pas une position aussi formidable qu’elle a pu le sembler à quelques voyageurs moins au courant de la politique locale que je ne le suis, et je reste convaincu que si jamais nous avions à diriger contre cette place une expédition nous aurions bien vite révolutionné ce pays.

28 mai 1866.

Lorsque j’eus annoncé mon départ, tout le monde me conseilla de marcher de compagnie avec tout mon monde, afin de ne pas risquer un pillage des Maures. Mais mon impatience ne me le permettait pas ; à six heures, le 28 mai, je quittai Koniakary et me dirigeai sur Médina, village de Khartoum Sambala, situé dans le Khasso (rive droite), auquel j’avais à donner des nouvelles de sa fille, première femme de Samba N’diaye, à Ségou. Il me reçut avec affabilité et me fit servir un déjeuner de couscous et de lait frais, que je pris avec d’autant plus de plaisir, que partout sur ma route j’avais vainement demandé du lait de vache ; la réponse était partout la même : les vaches sont mortes.

Après une heure d’arrêt je quittai ce village, et Ibrahim Mabo, qui nous avait accompagnés, nous laissa pour rentrer à Koniakary.

Nous commençâmes alors une lutte avec nos chevaux ; les éperons ne cessaient pas de déchirer les flancs de ces pauvres bêtes auxquelles de temps en temps nous réussissions à faire prendre le galop. Vers dix heures et demie nous fûmes à Kana-Makounou, où le marigot était presque sec. Il y avait de l’eau dans des mares ; nous fîmes rafraîchir nos montures et reprîmes notre course.

Bientôt j’aperçus des montagnes devant nous, et sur la gauche je reconnus la curieuse montagne de Dinguira qu’on voit de Médine. Le docteur, à qui je le disais, ne pouvait croire à cette nouvelle, et Ali Abdoul, qui n’était jamais venu sur cette route, ne pouvait le renseigner ; néanmoins nous pressions d’autant plus nos montures, et tout à coup je m’écriai : Voilà le poste ! Le docteur parvint à faire prendre le galop à sa jument ; mais mes coups d’éperons furent vains aussi bien que ceux d’Abdoul : les pauvres bêtes étaient fourbues. Nous arrivâmes au petit trot sur la berge située en face du poste, où nous rejoignîmes Seïdou, qui, parti la veille au soir de Koniakary pour nous devancer, avait dormi trop longtemps en route et arrivait en même temps que nous.

Dire nos impressions au moment où, haletants, nous nous penchions sur l’eau claire du Sénégal pour y boire, dire de quels battements notre cœur était agité dans nos poitrines, c’est chose impossible ; ce pavillon tricolore surmontant les blanches murailles du poste nous disait que nous étions en France, que désormais nous n’avions plus rien à craindre des hommes ; que bientôt nous serions dans les bras de nos compatriotes, dans ceux de nos amis.

Oh ! c’est là un de ces moments terribles dont on peut mourir aussi facilement que d’une balle ennemie, car la joie tue aussi bien que la douleur, mais il était dit que cette fois encore nous ne mourrions pas. Nos coups de fusil et nos cris eurent bientôt donné l’éveil. Le canot d’un traitant, du nommé Clédor, un des héros de la défense de Médine, en 1857, se détacha, et quand nous arrivâmes sur la berge française, nous fûmes reçus dans les bras de Béliard, le commandant du poste, qui ne nous connaissait cependant ni l’un ni l’autre et qui, réveillé en sursaut par la nouvelle de notre arrivée, osait à peine y croire.

[Illustration : Combat et délivrance de Médine (13 juillet 1857) (d’après le tableau de M. Chagot).]

Que cette accolade fraternelle me fit de bien !

Il serait superflu de dire quelle fut notre réception. A Médine, à Bakel, partout sur notre route, nous marchâmes d’ovations en ovations jusqu’à Saint-Louis. La nouvelle de notre arrivée nous avait précédés de quelques jours, et sur les murs de la ville, de tous côtés, nous trouvâmes affiché l’avis suivant :

Saint-Louis, le 15 juin 1866.

MM. Mage et Quintin sont arrivés à Médine le 28 mai, de retour de leur voyage dans l’intérieur de l’Afrique.

Le Gouverneur s’empresse d’annoncer cette heureuse nouvelle à la colonie, persuadé qu’elle l’accueillera avec les sentiments qu’inspirent à tout homme de cœur le courage, la persévérance et le dévouement déployés dans les entreprises grandes, périlleuses et qui intéressent au plus haut degré l’humanité.

Signé : _Le colonel du génie, gouverneur,_

PINET LAPRADE.

Notre voyage de Bakel à Saint-Louis s’était fait dans un chaland, que nous avions dû armer en guerre à cause de la situation politique du Fouta, travaillé par les marabouts ; il s’était opéré lentement, mais sans accidents.

31 mai 1866.

Arrivé le 28 mai à Médine, j’avais quitté ce poste le 31, dans un canot qui nous portait à peine, pendant que mules et chevaux allaient par terre à Bakel. Cette partie du voyage fut très-pénible, mais j’y eus cependant un moment agréable : ce fut celui que je passai à Makhana : ce village que j’avais fait reconstruire en 1859 et dans lequel je fus reçu avec une véritable effusion. Un mot suffira pour montrer ce que je pouvais obtenir dans l’endroit.

Sur le désir que j’en exprimai, Sulman Kama, le chef de ce village, qui avait eu tous les siens tués par El Hadj, envoya son propre fils au- devant de l’envoyé d’El Hadj pour le recevoir.

Par contre, j’avais eu à regretter une scène qui s’était passée au village de Khay, où nous étions allés par terre pour embarquer dans notre canot, les eaux étant trop basses pour permettre de passer les rapides avec l’embarcation chargée.

[Illustration : M. Mage. Costume de retour.]

Diogou Sambala, le chef de Khay, cousin de Sambala de Médine, était un peu ivre, et quand, accompagnés de Béliard et de Ali Abdoul, nous allâmes le saluer, il se leva et se mit à parler violemment à Ali en lui disant qu’El Hadj était mort et que lui et tous les Talibés qui disaient le contraire avaient menti. Ali s’emporta et le traita de menteur, et il me fallut intervenir avec Béliard ; nous réussîmes enfin à calmer cette scène, qui fût devenue grave sans notre présence, puisqu’un griot de Diogou Sambala ne craignit pas de dire à Ali : « Si les blancs n’étaient pas là, je te couperais la tête. » Du reste à peine fûmes-nous sortis du village que le fils de Diogou vint nous faire ses excuses, alléguant l’état d’ivresse de son père. Sambala de Médine, au contraire, s’était comporté très-convenablement, et bien que je lui gardasse rancune des embarras qu’il m’avait causés à mon départ, je lui dois rendre cette justice.

[Illustration : M. Quintin. Costume de retour.]

5 juin 1866.

Je quittai Bakel le 5 juin, et le 8, à une heure du matin, malgré une brise très-forte et contraire, j’arrivai à Matam où je réveillai le commandant du poste, M. Richard, chirurgien de la marine, qui nous fit, à cette heure indue, le meilleur accueil. Mais, malgré cela, le même jour à midi nous reprenions notre route, et le 10 à onze heures du soir nous entrions dans le poste de Saldé, où la fatigue de notre équipage nous força de passer la journée du 11 tout entière. Cette journée fut marquée par un événement pénible. M. d’Erneville, lieutenant d’infanterie de marine, qui commandait le poste, avait avec lui une négresse, ancienne esclave de sa famille qui l’avait tenu sur ses bras quand il était enfant. Elle souffrait de la gorge, et n’ayant pas de chirurgien au poste, il pria Quintin de la voir. Nous devions y aller après le dîner, ne soupçonnant pas la gravité du mal, quand tout à coup on vint nous dire qu’elle étouffait. Nous y courûmes, elle était morte ! La maladie avait marché avec une rapidité effrayante, et quelques heures avaient suffi pour la mettre dans l’impossibilité de respirer.

15 juin 1866.

Enfin le 15, à cinq heures du matin, j’arrivais à Podor, et à peine étais-je chez le commandant, M. Jauréguiberry, que je fus doublement charmé par une sérénade que vint nous donner le détachement de musiciens de l’infanterie, alors en garnison à Podor, et, plus encore, par la vue d’une Européenne, aussi gracieuse qu’aimable, Mlle Jauréguiberry, qui n’avait pas craint de venir tenir compagnie à son père dans ce triste séjour.

18 juin 1866.

Le même jour, deux bateaux à vapeur étaient à Podor ; je trouvais des collègues qui me témoignaient le plus aimable empressement et dont le charmant accueil me restera toujours dans la mémoire. L’un de ces bâtiments, _la Couleuvrine_, que j’avais commandé, descendait à Saint- Louis ; j’y pris passage avec tout mon monde, et le 18 j’étais dans cette ville ; j’arrivai chez le gouverneur, dans mes vêtements de voyage, taillés de mes mains, cousus par mes laptots et que je ne pouvais encore me décider à quitter.

Le même soir la colonie s’associait, sous la présidence de son gouverneur, pour nous offrir une fête au Cercle. Je ne crains pas de dire qu’on en garde encore le souvenir à Saint-Louis comme je le garde dans mon cœur.

J’avais appris à Médine que depuis dix-huit mois j’étais officier de la Légion d’honneur ; quelque plaisir que j’en eusse éprouvé, celui que me causa cette soirée fut plus grand encore.

Une dernière joie m’était réservée. Le courrier du 28 juin m’emportait vers la France, et si le succès de mon entreprise m’a souvent valu des témoignages d’estime et des satisfactions d’amour-propre, aucune de ces émotions ne vaut celle de revoir une famille tendrement aimée qui, sans nouvelle de moi pendant deux années, avait vécu de tristesses sans fin, d’inquiétudes sans bornes, n’espérant souvent plus me revoir et à laquelle mon retour seul pouvait rendre le calme et le bonheur.

Enfin la SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE avait à juger mes travaux qu’elle avait suivis d’un œil bienveillant : elle a daigné leur donner sa sanction dans sa séance du 12 avril 1867, et m’a décerné _une médaille d’or pour mes découvertes géographiques en Afrique_.

[Illustration : Médaille d’or décernée à M. Mage par la Société de géographie.]

[Note 247 : Ces indications sont les distances que je crois devoir être portées en lignes droites d’après un procédé d’estime qui m’est habituel et que j’emploie quand il m’est impossible de noter le chemin minute par minute comme dans ma route d’aller.]

[Note 248 : Sorte de bouillie faite avec le résidu du mil, qu’on ne peut broyer en farine dans les mortiers.]

CONCLUSION.

En 1863, lorsque je partais pour ce voyage, il y avait plusieurs années que tout commerce régulier était interrompu entre le Diombokho, le Kaarta et nos établissements de Médine et Bakel.

Aujourd’hui ce débouché à notre commerce est ouvert.

Lorsque je partais, on ignorait la position d’El Hadj, de ses fils, leurs forces, leurs ressources, l’histoire même de la conquête du Ségou et du Macina, si intéressante pour guider la politique coloniale dans les relations que tôt ou tard elle doit établir avec ces pays riverains du Niger.

Aujourd’hui nous savons qu’El Hadj est mort, que son fils Ahmadou pourra résister longtemps encore à la révolte du pays contre lequel il lutte, mais que s’il maintient sa position, ses forces diminuent, que ses Talibés se lassent et que ses recrutements sont de plus en plus difficiles ; que par conséquent il n’est pas probable qu’il parvienne jamais à établir une autorité régulière dans son vaste territoire.

Aussi, quoiqu’Ahmadou ait montré beaucoup de bonne volonté à l’égard de l’établissement de relations commerciales avec nos comptoirs, quoiqu’il ait envoyé un de ses Talibés saluer le gouverneur, je pense qu’on ne saurait en ce moment attendre de ces pays éloignés d’autre commerce que celui de l’or du Bouré, qui remonte à Nioro par la voie de Kita, et de là vient à nos comptoirs, et de temps à autre, l’arrivée d’une caravane apportant directement de Ségou un peu d’or.

Le résultat le plus efficace de mon voyage sera certainement de permettre aux nombreux Diulas qui peuplent le Diafounou, le Guidimakha, le Diombokho, le Kaniarémé et en général tout le Kaarta, de venir s’approvisionner de marchandises dans nos comptoirs, d’aller, à la faveur de périodes de calme, les vendre à Ségou et d’en rapporter de l’or et des esclaves. Ces derniers, non dépaysés, se marieront, prospéreront dans ces provinces, y augmenteront la production, c’est-à- dire les richesses, et par conséquent le commerce.

Quant à nos résultats géographiques, ils sont consignés dans la carte annexée à cette relation, et un seul coup d’œil sur cette carte mise en regard de celles qui existaient avant mon voyage, suffira pour les faire apprécier.

Si la France veut intervenir d’une manière efficace dans la politique du Soudan, il n’y a, suivant moi, qu’un moyen sérieux, c’est de remonter le Niger avec des bâtiments, soit qu’on parvienne à leur faire franchir le rapide de Boussa, soit qu’on les construise au-dessus de ce barrage.

Ma conviction est que l’opération est possible.

Une fois rendu dans le haut Niger, avec la force matérielle de chaloupes à vapeur armées de canons, il sera facile de s’y emparer promptement d’une influence considérable et d’amener la pacification générale du pays en dictant des conditions au parti que l’on soutiendra.

Une telle expédition ne serait pas très-coûteuse : elle ne demanderait qu’une bonne organisation et 2 ou 300000 francs d’argent pour faire des cadeaux, et si elle réussissait on pourrait assurer que la civilisation aurait fait un grand pas en Afrique ; car, comme l’a dit le docteur Barth avant moi :

« Je pense que le seul moyen d’implanter la civilisation en Afrique serait l’établissement de centres coloniaux sur les principaux fleuves, afin que de ces points il se produisît un rayonnement salutaire et un courant civilisateur qui ne tarderait pas à les joindre l’un à l’autre. »

Je n’ajouterai qu’un seul mot.

La plupart des maux de l’Afrique viennent de l’islamisme. Ni dans nos colonies actuelles, ni dans celles qu’on fondera plus tard, même quand il se présente sous les dehors les plus séduisants, comme cela arrive quelquefois au Sénégal, jamais, dans aucune circonstance, on ne doit l’encourager.

Le combattre ouvertement serait peut-être un mal, l’encourager en est un plus grand. — A mes yeux, c’est un crime par complicité.

FIN DE LA RELATION.

APPENDICE

FAMILLE D’EL HADJ OMAR (HOMMES).

Seïdou-Tall, marabout d’Aloar. | +--------------------+--------------------------------+ | | 1re femme, née à Aloar. 2e femme. | | (1)-----+----------------+----------------------+ Alioun | | mort à Samé Tierno Boubakar, à Nioro. El Hadj Omar en allant | né en 1797. à la Mecque +-------------+-------+--------+ | | | | | Seïdou-Abi Ibrahim-Abi Mahmadou-Abi | au Macina. au Macina. à Ségou-Sikoro | et autres enfants | à Nioro. | | +------------------------------------+-----+-----------------(2) | | Femme de Haoussa Femme du Bornou (3 enfants). | | | +--------------------+-----------------+ | | | | =I= (_a_) =II= =V= =VI= Ahmadou, Ahmadou-Mackiou, Mahmady-Seïdou, Aguibou, roi de Ségou, à Hamdallahi, à Dinguiray. à Ségou-Sikoro, né en 1833, a lui-même né vers d’une femme 3 enfts 1843 ou 44. de Haoussa. 1 à Dinguiray. | 1 à Ségou. | 1 à Hamdallahi Mohammed, né le 31 janv. 1865, jour de la prise de Toghou.

+-------------------------------------+------------(1) | | Elimane Guédo, aujourd’hui à Alpha Ahmadou, à Nioro. Dinguiray. | | | +----------+-+----------+ +------------+----------+ | | | | | | Amat Tamsir Seïdou Plusieurs Tidiani Hiaïa Autres à Hamdallahi à Dinguiray autres à à jeunes a 4 enfants a plusieurs enfts Hamdallahi. Ségou-Sikoro enfants au Macina. enfants. d’El. né vers à Guédo 1853. Nioro. sont encore à Dinguiray.

(2)--+-----------------+------------------+------------------+ | | | | Sa mère, Mère X.... Mère X.... Mère X.... princesse de | | | Haoussa, | | | nommée =IV= =VII= Mountaga Aïssata, Adi Maï à Hamdallahi. n’a pas à Hamdallahi. à Hamdallahi. suivi El Hadj | | =III= Abibou, chef à Dinguiray, a plusieurs enfants.

En dehors de ces enfants cités d’El Hadj, il en avait une quarantaine en bas âge à Macina. — 3 jeunes à Nioro d’une fille de Khartoum-Sambala. Ce sont : Mahmady-Diakha, Mahmady-Nagui, Mahmady-X....

En outre, Aguibou m’a donné la liste de 15 autres frères à lui, habitant à Dinguiray. Ce sont : 1 Moctar, 2 Bassirou, 3 Day, 4 Nourou, 5 Saïdou, 6 Mourtada, 7 Nasirou, 8 Mounirou, 9 Ahmidou, 10 Mahmodou, 11 Aïdou, 12 Waïdou, 13 Mou-Bassirou, 14 Nasirou, 15 Siradiou. En dehors de ces parents, il y a les fils des cousins germains d’El Hadj, ceux de ses sœurs qui sont en assez grand nombre.

(_a_) Ces numéros classent par rang d’âge.

NOTE SUR LES ROIS DU KAARTA.

C’est au règne de Bitton ou Tiguitton à Ségou que commence l’histoire des Massassis du Kaarta, à l’époque où Bitton les chasse de Sountian (près Mourdia).

Sey Bamana était l’aîné des fils vivants de Massa par suite de la mort de Massa Sey-Colo, mort sans enfants, et de Douafouloucoro tué à Sountian. Suivi de sa famille, de ses serviteurs et esclaves, il s’enfuit au Diombokho, au village de Niamiga (près Kanamakhounou), et s’y installa. S’appuya-t-il, comme l’a dit Raffenel, sur les Diawaras pour venir à bout des Bambaras du Kaarta ou au contraire fut-il accepté par ceux-ci, comme étant de la même race ? Toujours est-il qu’il gouverna quelques années.

Raffenel le fait gouverneur de 1754 à 1758.

Suivant nos informations, son règne serait antérieur à cette date. Car il résulte des dates que nous avons établies que Bitton ou Tiguitton régna environ de 1700 à 1743, puisque après la mort de Dékoro, son fils, Tomassa prend le pouvoir vers 1744. Ce serait donc à coup sûr avant 1744 qu’il faudrait placer l’avénement de Sey Bamana, si tant est qu’on puisse dire qu’il y eut avénement.

Sey Bamana comme ses successeurs était bien en effet chef de la famille des Massassis et comme tel obtenait bien une certaine déférence de ses parents et certains tributs de la population. Mais jamais son pouvoir n’eût pu aller jusqu’à obtenir de ses cousins ou neveux une obéissance passive telle que la comporte l’expression de roi. Suivant moi, les rois bambaras du Kaarta n’étaient pas plus rois que ne l’est l’Almami du Fouta ou le Tunka du Guoy ou du Kaméra.

Après Sey Bamana, sur la durée du gouvernement duquel nous n’avons pu avoir de données précises, c’est Dénimba Bo, son frère cadet, qui le remplace et non Bonodain, son fils, comme on l’a dit à Raffenel. Du reste d’après les usages des Bambaras et des Peuhls les fils de Sey Bamana ne pouvaient prendre la place de leur père qu’après la mort de ses frères cadets.

Dénimba Bo habitait dans le Bélédougou à Tonéguéla ; il y réunit une armée de gens de bonne volonté et vint camper à Kemmou (Guémou) (Kemma de Park), il y construisit le premier village de ce nom et n’ayant encore que soixante cavaliers il commença la guerre avec le Kaarta. Il fut bientôt maître du pays, et n’eut plus qu’un obstacle en la personne de Demba Ségo, chef de Koniakary.

Ce chef voyant Dénimba Bo venir l’attaquer appela à lui ses alliés et reçut des renforts du Kaarta, du Khasso et même du Fouta, si bien que l’armée de Dénimba Bo eut peur et que le monarque ayant voulu persévérer dans son entreprise fut abandonné de tous à l’exception de son griot. Il ne voulut cependant pas reculer, et se confiant dans les prédictions qu’on lui avait faites, il monta sur la montagne de Tapa (montagne circulaire près Koniakary) et là renvoya son griot en lui confiant son cheval et ses harnachements pour qu’il les portât à son père.

Des hommes qui allaient couper du bois aperçurent le monarque abandonné, qui loin de se sauver les regardait aussi. Il était tellement beau, dit- on, qu’ils crurent voir un personnage surnaturel et se sauvèrent à Koniakary. Sur leur description on reconnut l’infortuné prince et on envoya s’en saisir. Sa mort fut un affreux supplice qu’il supporta vaillamment sans donner signe de souffrance. Il fumait sa pipe, nous dit notre informateur. Après lui vient Sira Bo, son frère, cinquième fils de Massa ; on lui attribue la prise de Koniakary, dont il s’empara, dit-on, grâce aux discordes intestines du Diombokho. Si cela est vrai il faut croire que sur la fin de son règne ou sous son successeur, Demba Ségo rentra en possession de cette ville, car en 1795 Mongo Park nous y signale un prince de ce nom tandis que Daisé Coro, le successeur de Sira Bo, règne au Kaarta.

Après Sira Bo, son frère Daisé Coro prend le gouvernement vers 1790 ; on prétend qu’il était plus âgé que Sira Bo et qu’il aurait dû commander avant lui, mais qu’il s’était désisté en sa faveur par reconnaissance pour la mère de Sira Bo à laquelle il devait la vie.

Lorsque leur famille avait été mise en fuite et qu’on les recherchait pour les massacrer, la mère de Sira Bo qui en se sauvant portait alors son fils sur le dos, trouva Daisé, le prit avec elle et afin de ne pas exciter les soupçons elle lui passa une corde au cou comme à un esclave et parvint ainsi à le sauver. La bonté de Daisé Coro nous a été signalée par Mungo Park. Malgré cela ce trait d’abnégation ne peut néanmoins que nous étonner beaucoup, car il est aussi rare chez les noirs qu’il pourrait l’être chez des peuples plus civilisés.

Ce fut Daisé qui appelé à Ségou par les frères de Mansong alla s’emparer de Yamina. Il paya cher cette incursion et à l’appui du récit de Mongo Park nos informations nous apprennent que ne se sentant pas assez fort pour résister à l’armée de Mansong, il se sauva au Guidi-Oumé où ce roi le rejoignit. Il y eut un combat d’une journée après lequel on campa et Daisé ayant renvoyé toutes les femmes en arrière à Maka-Yakaré vit son armée déserter. Il se sauva lui-même dans la nuit et l’armée de Ségou retourna sur ses pas ravageant tout le pays et brûlant tous les villages, entre autres l’immense village de Dédougou (?).

Daisé Coro, battu, alla se replacer à Diokha où il continua à régner.

Moussa Koura Bo, son frère, lui succéda vers 1800 (à partir de ce moment j’admets les dates de Raffenel).

Lors de la fuite de Ségou ce prince fut pris comme esclave, et son maître, craignant de s’en voir dépossédé, lui avait, pour l’empêcher d’être reconnu, marqué la figure par des coupures comme on en faisait alors aux esclaves au lieu des coupures ordinaires que se font les Bambaras Courbaris (trois coupures parallèles allant de la tempe au menton ; les Massassis n’en faisaient que deux). Devenu grand, ce jeune prince s’échappa de chez ses maîtres et vint se faire reconnaître ; ce qui ne put être fait que grâce au témoignage d’un vieux marabout.

Ce fut Moussa Koura Bo qui une fois au pouvoir acheva de ruiner le Khasso (rive droite). Il eut aussi à soutenir une lutte contre le Ségou, dont il repoussa l’armée. A sa mort ce furent les enfants du dernier fils de Massa nommé Bakary qui revendiquèrent le trône. Ils y avaient droit, leur père étant mort et étant les aînés de la famille.

1808. Ce fut Tiguinkoro qui le premier des petits-fils de Massa régna. Il eut des succès, notamment dans le Bambouk qu’il ravagea en s’avançant jusqu’au Dentilia.

1811. Sakhaba, son frère, le remplaça. Il poussa ses expéditions jusqu’au Manding à travers le Bélédougou et le Birgo.

1815. Après lui c’est Mori Bo, nommé aussi Bodia, qui prend le pouvoir. Il est fils de Dénimba Bo.

Il fonda Elimané où il habita. Il combattit le Fouta et le Haut-Sénégal, il prit Lanel et en emmena toute la population en esclavage.

Mori Bo essaya aussi ses forces contre le Bondou ; il attaqua vers la fin de son règne Boulébané qui appartenait à l’Almami Saada, père de l’Almami actuel. Mais il ne put s’en emparer. Après lui, on passe à la génération suivante. C’est Gran qui monte sur le trône (1832) ; il est arrière-petit-fils de Massa, et petit-fils de Daisé Coro par Diamadoua, son père, mort sans régner.

Ce fut ce prince qui prit Tuabo et en emmena toute la population en esclavage. J’ai connu divers témoins de son règne et entre autres Samba Naé, Bakiri pris enfant par lui à Tuabo et que j’ai retrouvé à Ségou ; il n’avait été libéré que grâce à Samba N’diaye qui, lorsqu’El Hadj fut maître du Kaarta, le réclama comme son parent.

Gran habitait Elimané et de là dirigeait ses expéditions.

Deux fois il s’avança jusqu’à Tamba, mais fut toujours repoussé ; son frère Mahmady Kandia le remplaça en 1843 et régna jusqu’au moment où El Hadj s’empara du Kaarta. C’est lui qui fonda Nioro où il mourut tranquillement après s’être rendu au prophète.

Depuis cette époque, El Hadj régna de nom, mais le Kaarta est gouverné par Mustaf ou Mustapha, esclave d’El Hadj qui habite Nioro. Les Massassis dispersés et sans force ont essayé en 1845 pendant mon séjour à Ségou de soulever le pays, mais ils ont échoué et leur coalition a été dispersée par l’armée de Nioro.

GÉNÉALOGIE DES ROIS MASSASSIS DU KAARTA

1er _génération._ MASSA-COURBARI, père de tous les _Massassis_ | +---------------+---------------+--------------+----+------+--(1) | | | | | Massa Seycolo Dona Fouloucoro Séy-Bamana Denimba-Bo Sira-Bo mort sans tué à Sountian. 1er roi 2e roi. 3e roi. postérité. du Kaarta. | | 2e _génération._ Moriba 8e roi.

3e _génération._

(1)---------+--------------------+-------------------------+ | | | Daisé-Coro Moussa-Coura-Bo Massa Bakary 4e roi. 5e roi. mort sans régner. | | | +-----------+------+ | | | [2e Diamadoua Tiguinkoro Sakhaba gén] mort sans régner. 6e roi. 7e roi. | +----+--------------+ | | [3e Gran Mahmady-Kandia gén] 9e roi. 10e roi.

_Nota._ — La plupart des renseignements qui précèdent m’ont été fournis par un jeune Massassi, nommé Tiguinkoro, qui se trouvait à Ségou, où il nous témoignait une amitié sérieuse.

* * * * *

NOTE SUR L’ORIGINE DES BAKIRIS SONINKÉS DU HAUT-SÉNÉGAL.

Le véritable nom des Bakiris est Sempré, qui veut dire talon coupé ou fendu. Ce surnom leur fut sans doute donné dans l’origine, parce qu’étant très-guerriers et faisant de nombreuses expéditions, ils avaient au talon cette espèce de peau rugueuse et crevassée qui pousse aux pieds des gens qui marchent sans chaussure.

Toujours est-il que sous ce nom de Sempré qu’on retrouve dans différentes parties de l’Afrique, et entre autres à Sokolo (Macina), où il y en a toute une famille, sous ce nom, dis-je, les Bakiris régnèrent longtemps sur tout le bassin du Haut Niger. Ils étaient Soninkés et de la grande famille des Cissey qui aujourd’hui commande à Sansandig. Leur gouvernement avait pour centre le Ouagadou, partie du Bakhounou, d’où ils rayonnaient en maîtres jusqu’au Niger. Le Ségou était alors sous le gouvernement des Koïta. Ils n’allaient pas d’ailleurs loin de Tombouctou et en furent un instant maîtres.

Comment cet empire fut-il ruiné ?

Il existe à ce sujet une légende fort curieuse, mais tellement invraisemblable que je ne la rapporte que comme curiosité. On prétend que le pays était colossalement riche, que les rois possédaient un trésor immense, mais qu’ils devaient leurs succès et leur fortune à la protection d’un serpent qui habitait un puits près du village du roi. Chaque année on tirait au sort parmi les plus belles jeunes filles du pays, et celle qui était désignée était au jour anniversaire amenée près du puits, parée comme pour un mariage. Alors le serpent sortait de son antre, dressait par trois fois sa tête, et enlevait la jeune fille enlacée dans ses anneaux.

Or, une année, la jeune fille désignée qui était la plus belle de l’endroit (un griot m’avait dit son nom ainsi que ceux des divers acteurs, mais ils m’ont échappé), se trouvait être la fiancée du guerrier le plus brave du pays, cousin du roi, d’ailleurs. Quand il fut informé du sort qui attendait sa belle amie, il lui jura qu’il saurait l’y arracher, et ses larmes, ses prières ne firent que l’encourager dans son projet. Le jour de la fête arrivé, ce brave guerrier attacha son cheval près du puits, et quand on amena la jeune fille, il se mit en selle comme pour mieux voir.

Le serpent sortit deux fois sa tête, et deux fois rentra dans son puits, mais au moment où, la troisième fois, il allongeait déjà son corps pour saisir sa proie, notre guerrier s’élançant, le coupa en deux d’un seul coup de sabre, et saisissant sa fiancée, il l’enleva et disparut de toute la vitesse de son coursier, que jamais aucun cheval n’avait dépassé.

Alors on entendit une voix sortir du puits qui prédit au pays sept années de sécheresse et tous les maux possibles. Le roi voulut poursuivre son cousin et le mettre à mort, mais on ne put le rattraper, et la prédiction ne tarda pas à s’accomplir : si bien que, forcée par la sécheresse et les maladies, la population dut déserter en masse la capitale et aller vers d’autres pays.

On dit même que le roi ne pouvant emporter ses richesses les enterra, et que, depuis, nul ne saurait retrouver la place, car quand on en approche le sol vous brûle et des flammes en sortent.

Ce qu’il y a de plus clair, c’est que divers fléaux qui transformèrent ce pays en désert, furent sans doute le motif de l’émigration.

Le dernier roi de Ouagadou fut Khreïa Manga ; on dit aussi Manga Diabé.

Il y a de lui aux Bakiris actuels, tels que Samba N’diaye de Tuabo, Sulman Kama de Makhana et Tambo de Lanel qui sont à peu près du même âge, il y a, dis-je, seize générations, ce qui fait au moins remonter cet événement à 400 ans ; il serait plus rationnel de dire 450 ou 500.

Il y a entre cette histoire et celle rapportée par Raffenel de notables différences.

Quant à l’origine du nom de Bakiri, elle est la même dans les deux récits.

Lorsque les gens de Diabé s’avançant vers l’ouest arrivèrent au Sénégal, ils y trouvèrent les Malinkés qui habitaient alors le Galam ; ils les en chassèrent par force, et dans une de ces expéditions ayant manqué d’eau ils arrivèrent à bout de forces à un marigot de la Falémé. Ils s’y précipitèrent pour boire, et les gens du village qui se trouvaient de l’autre côté vinrent faire leur soumission disant que le marigot sacré les avait toujours protégés, mais qu’ils voyaient bien que leurs maîtres étaient arrivés, puisqu’ils avaient pu se plonger dans ce marigot sans y périr.

Ce marigot s’appelait Bakiri, et les Sempré en prirent le nom. Ils dominèrent longtemps tout le Galam jusqu’au Natiaga, le Bondou et le Diombokho. Puis la guerre se mit entre les enfants de Sulman Khassa. Trente ans le Guoy fit la guerre au Kaméra, et les Bakiris se dispersèrent et s’amoindrirent en rentrant dans leurs limites actuelles.

Entre autres colonies de Soninkés venant de Ouagadou et comme preuve de la puissance des Soninkés dans le bassin du Haut-Niger, on cite :

Kankan, peuplé de Soninkés et de Semprés.

Sokolo, que j’ai déjà cité.

Le Diallonkadougou ou la famille royale était de Soninkés Sacco, qui peuplent aujourd’hui Yamina. Ainsi Fali, chef captif à Ségou, et fils du dernier roi de Tambo, était un Sacco, mais il ne parlait plus que le malinké ou le bambara.

Sansandig, Jenné sont aussi des colonies de Soninkés.

Voici la généalogie de père en fils par rapport à Samba N’diaye, Bakiri de Tuabo :

Khreïa-Manga ou Diabé. | Tambo-Manga-Ali-Cassa (alla s’établir à Sokolo). | Salounga. | Salounga-Ndoungoumé. | Diabé-Findiougné. | Khassa-Maria. | +-------------------------+--------------------------+ | | | Sulman-Khassa, Ali-Khassa, Amadoubé, père des Bakiris père des Bakiris père des Bakiris du Guoy. du Kaméra. du Diombokho. | Diabé-Diéguy. | Moussa-Diabé. | Ali-Moussa. | Sulman-Gali. | Sulman-Gali. | Tunka-Samba-Maria. | Tunka-Sila makha-Niamé. | Bon-Sila makha. | Sila makha-Mbougou. | Samba-N’diaye, né vers 1815.

* * * * *

OBSERVATIONS RELATIVES AU SOL PARCOURU DANS LE SOUDAN OCCIDENTAL, A SA FORME ET A SA COMPOSITION.

Le Soudan occidental est le vaste pays compris entre Tombouctou à l’est, l’Océan à l’ouest et l’Océan au sud.

Soudan voulant dire pays des Noirs ; la limite au nord doit être fixée par la ligne de séparation de la race Nègre d’avec la race Maure.

A l’Océan cette ligne de séparation est fixée d’une manière formelle par le fleuve Sénégal dont la rive gauche appartient aux Noirs, tandis que la rive droite appartient aux Maures.

Depuis que la politique française sous l’énergique commandement de M. le gouverneur Faidherbe a interdit aux Maures en armes de franchir le Sénégal pour venir faire des incursions dans le Oualo, le Cayor ou le Fouta, cette ligne de démarcation est nette et formelle depuis Saint- Louis, Sénégal, jusqu’à Bakel.

Cependant depuis quelque temps les Noirs du Haut-Fouta semblent vouloir s’établir en partie sur la rive droite, notamment entre Matam et Bakel, mais leurs établissements sont tout à fait riverains et ne sauraient être une objection sérieuse à ce fait que le Sénégal jusqu’à Bakel trace la séparation des deux races. A partir de Bakel cette ligne qui alors a atteint la latitude de 15° remonte brusquement vers le nord jusque par 16° 20′ pour contourner les pays nègres de Guidimakha et d’Assaba ; puis elle redescend sur le treizième méridien jusqu’à 15° 30′, séparant le Kaniarémé, pays nègre, du désert où s’agitent les Askeurs et les Oulad el Rhrouizi.

Entre le treizième et le onzième méridien cette ligne se dirige à peu près droit à l’ouest, puis après remonte un peu limitant au nord le Bakhounou, pays nègre où une assez forte proportion de Maures sont établis, mais sans dominer ni par le nombre ni par l’influence.

Enfin par le huitième méridien cette ligne est redescendue jusque par 15° pour atteindre Sokolo, premier village du Macina, et de là se diriger presque en ligne droite sur Tombouctou.

Lorsqu’on jette les yeux sur une carte quelconque de ce vaste pays, qu’elle soit bonne ou mauvaise, on est de suite frappé d’un fait, c’est que sur la côte sud et sud-ouest tous les cours d’eau qui viennent se jeter à la mer se dirigent du nord vers le sud, tandis que dans la partie nord, arrosée par les bassins considérables du Sénégal, de la Gambie et du Niger, ces cours d’eau, aussi bien que leurs affluents, se dirigent du sud au nord pour rayonner les uns vers l’ouest, les autres vers l’est. Dans toute la partie ouest, les cours d’eau viennent de l’est vers l’ouest.

Ce seul fait suffit pour démontrer d’une façon irrécusable que, à partir de la mer, le pays s’élève graduellement vers le plateau plus ou moins montagneux d’où découlent tous ces fleuves. Depuis qu’on a remonté les fleuves et les rivières qui viennent les grossir jusqu’au point où ils cessent d’être navigables, en traçant leurs cours avec toute l’exactitude nécessaire, on a circonscrit cet espace, que de nombreuses explorations ont sillonné, en permettant de dessiner avec quelque exactitude les parties innavigables de ces cours d’eau ; et maintenant que la carte du Soudan occidental a fait des progrès bien notables, il n’est pas sans intérêt d’examiner la conformation de ce pays où divers soulèvements sont venus entrecroiser des chaînes de montagnes et creuser des reliefs qui demanderaient à être étudiés par des hommes spéciaux.

Des sources du Sénégal, si on se dirige vers le N. 20° O., on trouve une chaîne de montagnes explorées par Hecquart et Lambert, et qui sépare les sources du Sénégal, de la Falémé, et de la Gambie, qui se dirigent tout d’abord vers le nord et nord-est, de celles du Kokoulo, du Kikriman, du Tominé et du Rio Grande, qui coulent vers le S. O. et O.

Cette ligne de faîte, après avoir été longée par la Gambie, est rompue par elle lorsqu’elle se dirige vers l’ouest ; mais on retrouve sur la rive droite de la Gambie cette même direction qui à l’état de collines sépare la Falémé et ses affluents des affluents de la Gambie, et, entre autres, du Nérico, que longtemps on a supposé être un canal naturel entre le bassin du Sénégal et celui de la Gambie.

Cette direction trouve des parallèles dans les chaînes de Kakhadian et du Tambaoura, qui séparent le Sénégal d’avec la Gambie, et aussi dans la direction générale de la côte occidentale entre le cap Vert et le cap Roxo.

Si maintenant on regarde la source du Niger fixée par Laing, celle du Tankisso, son affluent indiqué par Caillé, celle du Sénégal déterminée par Mollien, Caillé, Hecquart et en dernier lieu par le capitaine Lambert, on est frappé de voir que ces trois cours d’eau, qui à leur origine coulent presque parallèlement vers le N. E., ont leurs sources placées sur une même ligne, au sud-ouest de laquelle les Scarcies, le Kaba, le Mongo, la Rockelle et le Kamaranka, séparés par une distance de quelques lieues à peine, coulent en sens inverse.

Cette ligne, qui évidemment est une ligne de faîte, est dirigée du N. 55° O. au S. 55° E., et se trouve absolument parallèle à la partie de côtes qui s’étend du cap Roxo à Sierra Leone.

On rencontre également des traces de soulèvements parallèles dans les montagnes que nous avons traversées dans le Gangaran, et qu’on nous a dit s’étendre jusqu’au Bouré, marquant ainsi une ligne de faîte entre le cours du Sénégal, ou Ba-fing et celui du Bakhoy, son affluent. On trouve également des directions parallèles dans les collines du Fouta et les diverses ondulations de terrains que j’ai traversées, en 1859, dans mon voyage au Tagant.

A partir des sources du Niger, si on se dirige vers l’est, on trouve une autre ligne de faîte connue, depuis le voyage de Mongo Park, sous le nom de chaîne de Kong, au sujet de laquelle il y a eu quelques contestations. Le mot kong signifiant montagnes en bambara, qui est l’idiome le plus répandu dans cette partie, et surtout à Bamakou où Mongo Park prenait ses renseignements, on a dit que c’était un tort de baptiser cette ligne de faîte du nom de montagne de Kong, qui semble être un pléonasme ; mais aujourd’hui l’existence reconnue d’un pays de Kong, d’un grand village de ce nom, près duquel se trouvent des mines d’or au moins aussi abondantes que celles de Bouré, semble justifier cette appellation.

La direction de cette ligne de faîte semble être absolument parallèle à celle de la côte, et on la rencontre en remontant le Niger, qui, après avoir parcouru un immense cercle, vient la rompre pour se jeter dans la mer.

Il existe encore une ligne de faîte remarquable, qui circonscrit, à l’est, le bassin du Haut-Niger, et, à l’ouest, celui du Bas-Niger, qui appartient à la partie du Soudan oriental. Cette ligne, si elle n’était pas indiquée par Caillé, qui a suivi de Tengrela à Djenné une ligne à peu près parallèle, est d’ailleurs indiquée par ce seul fait, que divers affluents du Bakhoy (Sentilenkané), qui lui-même est affluent du Niger, coulent du S. E. au N. O., tandis que la Sirba, affluent du Bas-Niger, coule de l’O. à l’E.

D’ailleurs, le plateau montagneux du Humbori, traversé par Barth, n’est que la fin de cette chaîne ou de ce massif important de montagnes qui existe à très-petite distance d’Hamdallahi. D’après mes informations, cette partie du pays, qu’on pourrait appeler le Soudan central, et qui est comprise dans l’arc immense du cours du Niger, est trop peu connue pour qu’il soit possible d’indiquer une direction à cette ligne de faîte avec quelque exactitude ; cependant il y a une remarque curieuse à faire, c’est que les cours du Bagoe (affluent du Bakhoy et du Niger), celui du Fambiné ou Rivière noire, autre affluent du même bassin, sont parallèles entre eux et sont parallèles aussi à ceux des deux Bakhoy, affluents du Sénégal, et qu’ils prennent leurs sources dans la ligne de faîte en question, de même que les deux affluents du Sénégal prennent la leur sur le versant occidental de la chaîne de montagnes dont nous avons constaté l’existence le long de la rive gauche du Niger. Il ne serait peut-être pas absurde, d’après cette remarque, de supposer ces deux lignes de faîte parallèles entre elles et se dirigeant du point le plus haut au plus bas du S. 55° O. au N. 55° E.

Ces directions ne sont qu’approximatives, et je les livre comme de simples remarques auxquelles l’étude des terrains faite par des gens spéciaux peut peut-être donner quelque appui. Cette configuration des cours des fleuves est bizarre et ne rencontre, je crois, pas beaucoup d’analogies dans aucun pays ; ce qui contribue d’ailleurs à lui donner encore plus d’étrangeté, c’est l’existence du désert au nord des deux cours d’eau principaux, et ce fait démontré par les voyages de M. Vincent dans l’Adrar, de M. Bourrel chez les Braknas, de M. Mage au Tagant, de Raffenel au Kaarta, et dans notre dernier voyage, que, dès qu’on s’éloigne de la rive droite du Sénégal ou de la rive gauche du Niger pour remonter vers le nord, on monte graduellement, parce que le terrain s’élève graduellement par une série de plateaux qui resorbent en lacs, mares ou marais les eaux pluviales, mais qui n’ont aucun cours d’eau.

Des renseignements positifs me garantissent que de Yamina à Tichit (et j’ai par moi-même constaté le fait de Yamina à Nioro) le terrain s’élève graduellement, et qu’arrivé à Tichit, il y a une montagne à franchir avant d’être sur le sol du Sahara proprement dit. Cette montagne qui règne de l’Adrar au Tagant et du Tagant à Tichit continue vers l’Est pour aller circonscrire El Arouan. Au sud, chaque terrain porte son nom ; au nord, c’est le Sahara.

A cet aperçu bien incomplet de la forme du terrain dans le Soudan occidental, je voudrais bien joindre quelques appréciations sur sa composition ; mais là je suis encore moins bien muni, car, outre que cette étude eût nécessité des connaissances spéciales, il est impossible d’apprécier la nature d’une montagne ou d’un sol qu’on n’a pas vu, tandis qu’au moyen de points déterminés, il est facile de tracer des directions et d’apprécier ce qu’on n’a pu voir.

Aussi me bornerai-je à quelques observations sur ce que nous avons vu. Le Sénégal, qui est notre point de départ, roule jusqu’aux cataractes du Félou de nombreux cailloux arrachés aux diverses roches qui bordent leur cours, et dans le nombre abonde une espèce de trapp, qui est une pierre de touche dont la présence est un indice de celle de l’or. En outre, on rencontre dans ces cailloux roulés des porphyres, des saphirs et agates, des grès, des granits gris, plus une grande quantité de quartz à divers états et de diverses nuances, depuis le blanc laiteux jusqu’au jaune et au rouge ; quelquefois ils sont transparents, quelquefois opaques, feuilletés ou grenus.

Les roches du Félou sont des grès ; dans quelques parties ce barrage semble être basaltique, ainsi que le barrage de Gouïna. Dans les barrages au-dessus du Félou, on rencontre des pierres rouges et noires, d’un rouge superbe, d’une densité énorme, qui présentent en masse l’aspect d’un beau carrelage à dalles carrées, rectangulaires ou cubiques. Ces roches sont métamorphiques, et dans quelques-unes le docteur a reconnu des empreintes de feuilles fossiles qui indiquent suffisamment qu’elles sont formées de sédiments transformés peut-être à l’apparition des nombreux trapps, basaltes, ou des granits que l’on rencontre de tous côtés[249].

Ces roches métamorphiques semblent former une grande partie des montagnes du Natiaga. Dans le Bambouk, on les rencontre encore fréquemment ; mais on rencontre aussi des îlots très-curieux de granits, comme celui que je signale près de Koundian où la détérioration du granit a donné à la montagne la forme de deux champignons. D’autres montagnes isolées se remarquent par les aiguilles, les doigts qu’on y aperçoit : telles sont les montagnes vues près de Koundian, celles de Makagnian ou Goumbao, dont j’ai pris des dessins. Plusieurs offrent cette particularité que leur sommet est un plateau uni sur lequel on retrouve le sol, la végétation et tout ce qui caractérise les plaines situées à leur pied.

A mesure qu’on s’éloigne du Sénégal, en allant vers l’est, les montagnes deviennent de plus en plus granitiques ; le sol par endroits ne se compose que de fragments de ces montagnes détériorées par le temps, et la montagne de Kita, qui limite notre route à l’est dans cette partie, est encore une vaste accumulation de granit.

Les quartz se rencontrent quelquefois en gros fragments, à la surface du sol, et, du reste, ils composent une partie de ces montagnes, puisque dans le Bambouk, par exemple, c’est dans les quartz aurifères que l’on trouve des pépites d’or.

Dans tout le Foula-Dougou nous avons retrouvé des granits, mais le sol présente un aspect différent, ici il n’est plus composé de plaines sur lesquelles courent ou s’élèvent subitement des montagnes aux pentes roides, aux sommets souvent inaccessibles à l’homme par la verticalité des flancs ; le sol ressemble aux flots immenses d’une mer agitée, les montagnes n’ont pas de caractère pittoresque. Ce sont en quelque sorte des monticules plus ou moins élevés placés à côté les uns des autres, une série de mamelons aux flancs en pente douce et couverts de débris de toute espèce : de quartz, de grès, de granit et de minerais de fer en grande quantité.

Au moment de quitter le Foula-Dougou, pour entrer dans le Kaarta, nous avons rencontré à côté de la montagne granitique de Dioumi, au camp de Seppo, une montagne schisteuse dont nous avons ramassé quelques échantillons, c’est de cette montagne que coulait la triste source à laquelle nous devions nous désaltérer.

Ces schistes examinés par un minéralogiste, M. Jules Marcou, ont été reconnus être des calcaires marneux noirâtres avec bandes de calcaires gris à l’intérieur. M. Simonin, ingénieur des mines, m’avait laissé supposer qu’ils étaient bitumineux et que leur présence pourrait être un indice de celle du charbon de terre. Ce serait une question bien importante, car avec la masse de fer qui se trouve en tous ces pays, si là, à côté du Bakhoy, on venait à découvrir le charbon fossile, il y aurait dans ce seul fait de quoi transformer ce pays aujourd’hui désert en un pays civilisé.

Du reste une grande partie du sol du Kaarta dans le nord est schisteux, et lorsque nous sommes revenus du Bakhounou par Bagoyna, Nioro et Kouniakary, nous avons, à différentes reprises, traversé des montagnes d’une ardoise magnifique par son homogénéité. Une grande quantité de ces ardoises, d’une épaisseur de 1 à 2 centimètres, gisaient sur le sol, polies par le temps, piétinées et réduites en poussière grise par les pieds des chevaux, sans que l’on songeât qu’elles pouvaient même servir à remplacer les planches de bois qui servent aux enfants à apprendre à écrire l’arabe. Et puisque j’en suis au sol du Kaarta, je dirai qu’à part la fabrication du fer qui s’y fait en grande quantité, le seul usage que les Kaartans aient jamais fait de leur sol est relatif aux pierres à fusil. Un jour, qu’ils en manquèrent pour la guerre, ils eurent l’idée de se servir de morceaux de silex jaune et rouge qui se trouve près de Nioro et dont ils utilisèrent ainsi les propriétés.

J’ai eu entre les mains d’autre silex rouge venant des montagnes qui se trouvent derrière Hamdallahi. Au Macina on les employait également comme pierre à feu en choisissant celles dont la taille naturelle s’y prêtait davantage, et j’ai été étonné de la quantité d’étincelles qu’on obtenait sous le choc du briquet fait avec le fer du pays. Ce sont, d’après M. Marcou, des silex passant au jaspe.

Quant au sol du Ségou sur la rive droite du fleuve, il semble avant tout être composé de fer ; de quelque côté qu’on aille, à fleur de terre comme en creusant, on trouve du minerai de fer.

Dans les collines qui sont derrière Ségou-Sikoro on trouve une sanguine ou oxyde de fer compacte tachant, au toucher, qui est employé comme encre rouge par les marabouts en le délayant dans l’eau. — Derrière Kalaké, dans des trous de mine, on trouve un minerai de fer très-riche que M. Marcou classe comme fer magnétique égalant la valeur de ceux de Norwége et du lac supérieur du Missouri. Enfin, à Touba-Coura sur la rive gauche, nous avons trouvé des forgerons travaillant à fabriquer du fer avec l’oxyde de fer terreux, contenant de la silice ; il était en rognons engagés dans des masses d’argile. Ce minerai est répandu en grande quantité dans tout le pays et en Sénégambie.

Je termine ces notes trop incomplètes sur les observations minéralogiques ou géologiques que j’ai pu faire — et pour ce qui est relatif à l’or, je renvoie à la note suivante.

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LISTE DE QUELQUES MINÉRAUX RAPPORTÉS PAR M. MAGE ET EXAMINÉS PAR M. J. MARCOU.

_Minerai de fer._ — 1o Fer magnétique provenant des mines de _Kalaké_ (Ségou). — Égale la valeur des meilleurs échantillons de Norwége et du lac supérieur du Missouri. — Supérieur de beaucoup aux minerais de l’île d’Elbe. — Excellent pour fabriquer les aciers fondus.

C’est avec ce minerai que sont faits tous les fers du Ségou proprement dit, c’est-à-dire de la partie de cet empire située sur la rive droite du Niger. Il est fondu par le procédé ordinaire des noirs, qui fournit du fer sans passer par l’état de fonte, et on le travaille au charbon de bois.

2o Oxyde de fer terreux contenant de la silice. — En rognons engagés dans des masses d’argile. — Provient de Touba-Coura, où il forme la grande masse du sol et des montagnes. — Il y est exploité comme minerai, quoique de médiocre qualité. (Il y en a de jaune et de rouge.)

3o Oxyde de fer compacte. — Tachant au toucher. — Pouvant être employé comme sanguine. — Riche minerai contenant au moins 35 pour 100 de fer. — Provenant des montagnes basses qui séparent le Niger du Bakhoy, derrière Ségou. — Il est employé par les marabouts comme encre rouge en le délayant dans l’eau.

4o Différents cailloux employés comme balles de fusil qui ne sont que des oxydes de fer.

_Minerai d’or._ — 5o Quartz aurifère de Bambouk. — Celluleux et contenant du pyrite de fer. — Existe en très-grande abondance et constitue une partie de la masse des montagnes.

6o Cailloux roulés du Sénégal et du Niger, qui sont des silex, des jaspes, des agates.

7o Calcaire marneux, noirâtre, avec bandes de gris à l’intérieur. — Provient de la montagne de Seppo au Foula-Dougou.

8o Grès très-répandu sur le sol à Ségou.

9o Bracelet de bras d’homme en roche dioritique (feldspath).

10o Pierres à fusil du Macina et du Kaarta jaunes et rouges. — Sont des silex passant au jaspe.

11o Nombreux cailloux roulés, noirs, pouvant servir de pierre de touche, provenant du Sénégal et du Niger. — Sont des trapps.

12o Argile imprégnée de terre végétale pouvant se délayer et être employée comme sépia. — Provient du Cayor, où elle existe dans des marais. — Employée à faire des briques.

* * * * *

NOTE SUR LES MINES DU SOUDAN OCCIDENTAL.

L’or existe sur la côte occidentale d’Afrique en grande abondance, et il est permis de dire qu’il existe partout dans les vastes pays montagneux du Fouta-Djallon et de Kong.

Ainsi, partant du Nord, nous trouvons que la Falémé charrie de l’or, et les dernières excursions faites sur ses bords ont confirmé ce fait signalé de longtemps par les voyageurs de la compagnie de Galam.

Les alluvions du Bambouk en contiennent une assez grande quantité pour que les noirs en tirent un profit considérable en le faisant exploiter à moments perdus par les femmes, qui se bornent à laver la terre aurifère dans leurs calebasses. Outre cet or qui vient sans doute de loin, le quartz des montagnes du Bambouk en contient des filons quelquefois assez riches, ainsi qu’on en a eu la preuve dans l’essai d’exploitation fait à Kéniéba dans les années 1858, 59 et 60. Pour ma part, je me souviens qu’ayant ramassé un morceau de ce quartz jeté au rebut, et l’ayant cassé à coups de marteau, je trouvai à l’intérieur plusieurs pépites fixées sur les fragments que j’ai conservés.

Si nous arrivons au Niger, nous avons sur ses bords un des placers les plus riches du globe, qui, depuis les temps historiques, fournit à l’exportation de l’Afrique. Je parle des placers du Bouré.

Ce pays était connu de nom depuis bien longtemps. Quand une caravane arrivait au Sénégal apportant de l’or, ce qui était assez rare à cause des pillages que leur faisaient subir les populations qu’elles avaient à traverser, on lui demandait : D’où vient cet or ? — De Bouré.

Plus fréquemment, les Maures de Tichit apportaient de l’or et, questionnés sur sa provenance, répondaient de même. Enfin, d’anciens esclaves aujourd’hui libres, après avoir été les uns soldats, les autres pilotes ou matelots, avaient affirmé l’existence d’un village de Bouré. Mongo Park lui-même en parle et toutes les cartes en faisaient mention.

Cependant Bouré n’est pas un village, mais un pays dont le chef actuel est Douba, résidant au village de Kintinian, chef-lieu du pays aurifère.

Ce pays est habité par une population mélangée de Mandingues et de Diallonkés qui leur ressemblent beaucoup par les traits et n’en diffèrent guère que par la langue originaire dont j’ai recueilli quelques mots.

Les sept principaux villages à or, ceux où on en fait le plus grand commerce sont : Kintinian, Didi, Kourounia, Baloto, Fatoïa, Seké, Sétiguia. Les cinq derniers sont échelonnés le long du Tankisso (affluent du Niger).

D’après bien des renseignements qui ont toujours concordé, et dont les auteurs avaient été dans le pays de Bouré, soit comme Diulas, soit comme envoyés du roi de Ségou ou préposés d’El Hadj, ce pays présente un fait remarquable, c’est que l’or y sert de monnaie.

On sait que l’or, dans toute l’Afrique, se vend au poids par gros et fractions de gros. Ce gros (en bambara, Menkellé) varie de poids suivant les localités, mais dans des proportions peu étendues et est fixé par un certain nombre de noyaux de Tamarin. Au Bouré il en est de même, et l’abondance de l’or y est telle que tout peut s’acheter avec de l’or, depuis le fagot de bois qui fera cuire les aliments jusqu’au captif qui ira chercher l’or dans les mines.

L’or qui sert ainsi aux menus besoins du ménage est ramassé par les femmes et, quelque extraordinaire que cela paraisse, bien des personnes m’ont affirmé que c’était le sable même de leur maison, de leur cour, qu’elles lavaient pour se le procurer.

Quant à l’or du maître, celui qui compose sa fortune et avec lequel il subvient aux grosses dépenses, il sort des mines ou des puits que l’on fait chaque année après la saison des pluies.

Avant d’aller travailler, on se réunit par villages ; chaque maître de maison fournit un certain nombre de captifs ou de femmes pour laver, et le travail se fait en grande fête pendant un temps déterminé. On partage alors le produit entre les chefs de case, en retirant une part pour le tribut à payer au souverain, et la part du chef, qui sont représentées par un volume d’or de la grosseur d’une grosse balle de fusil, à payer par chaque maison.

Nul ne peut travailler aux mines sans la permission du chef du village, qui ne la donnerait pas à un étranger.

Du reste, dans ce pays pas de cultures, pas de bestiaux que ceux apportés par les Diulas, qui viennent acheter de l’or contre leurs bœufs ou leur sel.

Dans tout le Bouré, l’or se trouve dans un terrain sablonneux d’alluvions. On descend dans des puits de la profondeur de sept à huit mètres, au fond desquels on creuse des galeries de quelques mètres, et, comme on ne soutient pas les terres, on ne s’avance pas davantage de crainte d’éboulements.

A la saison des pluies, tout cela se comble par éboulements, et c’est dans cette terre qu’on recommence, l’année suivante, à recreuser pendant un temps très-limité.

L’or se trouve en poussière, en sable et quelquefois en pépites roulées. On affirme que, lorsque l’on tombe sur une pépite d’un gros volume, au lieu de l’extraire, on bouche le trou en y laissant cette fortune.

C’est une question de superstition.

Si le Bouré est le plus riche des pays à or, et s’il fournit chaque année une exportation considérable, le Manding en contient aussi en quantité notable, ainsi que le constate Mongo Park dans son premier voyage ; mais ici l’or n’est que l’accessoire, tandis que dans le Bouré, c’est la vie du pays.

On trouve dans le Bouré un assez grand nombre de Soninkés qui font du commerce, et quelques Maures, particulièrement de Tichit.

D’où vient cet or ? Évidemment, à l’époque alluviale (diluvium), il a été charrié là par un cours d’eau ; et si le pays en question, au lieu d’être entre des mains indolentes et isolées, se trouvait à proximité de l’activité européenne, on ne tarderait pas à gagner les filons d’où il sort, qui doivent se trouver dans les montagnes où sont les sources de tous ces grands fleuves. Mais à Bouré on ne s’en préoccupe guère, l’or suffit à tous les besoins, et on continue à l’exploiter tout doucement, en entourant les opérations de superstitions mélangées à l’islamisme qui est la religion ordinaire du pays.

Une des superstitions les plus étranges est celle-ci.

Il m’a été affirmé que l’on enterrait les morts dans les puits de mine abandonnés, et que quelque temps après, en creusant, on trouvait de l’or à côté de leurs ossements. Si le fait est vrai, cela tient sans doute à ce que les trous sont abandonnés par caprice avant d’être épuisés, et quelquefois au moment de tomber sur un riche gisement, et qu’alors les éboulements se produisant par l’effet des pluies, l’or glisse au fond par son poids dans la terre en bouillie et se trouve ainsi près du cadavre.

Si au contraire le fait n’est qu’un _on dit_ superstitieux, il a peut- être pris naissance parce qu’un individu en train d’exploiter une mine aura été tué par un éboulement et que, quelques années après, en fouillant le puits, on l’aura trouvé près du trésor qu’il convoitait.

De bouche en bouche la superstition en gagnant est arrivée à nous sous cette forme étrange : c’est que c’est dans les os des cadavres que l’or va se loger. Mais, en Afrique, il ne faut pas s’étonner d’entendre cela, et en laissant de côté l’impossible, il reste un fond de vérité.

D’autres placers aussi riches que ceux de Bouré sont ceux de Kong, qui sans doute sont les mines de Gondja citées par les auteurs anciens et qui aujourd’hui fournissent la poudre d’or et les pépites au commerce de toute la côte d’Afrique, depuis Lagos jusqu’à Sierra Leone.

Ce nom de Kong appliqué à toute la chaîne de montagnes qui s’étend de Timbo à Selga et même jusqu’au Bas-Niger, est aussi particulièrement celui d’un pays d’un petit royaume, placé par environ 8° de latitude N. sur 6° de longitude O., où les placers aurifères ont une richesse au moins égale à celle du Bouré, au dire des gens qui les ont vus ; une quantité considérable d’or en sort pour se rendre par différents chemins à Grand-Bassam, Assinie, Sierra Leone, au cap Coast, à Accra, etc. Cet or arrive le plus souvent en poudre, mais aussi en pépites quelquefois très-considérables (j’en ai vu une de plus de 350 f.), c’est-à-dire de plus de 100 grammes.

D’ailleurs la richesse aurifère de ces pays est démontrée par un autre fait que j’ai constaté, c’est que l’Akba, par exemple, rivière qui aboutit dans la lagune d’Ébrié, roule de l’or qui vient se déposer sur les vases et les sables de l’entrée de la barre : si bien que des négresses des factoreries s’étant mises un jour à laver ces sables grossièrement, au hasard, dans la première place venue, avaient à la fin de la journée plusieurs grammes d’or en poudre qui leur fut acheté devant moi à la factorerie Renard en 1857 (j’avais assisté au lavage).

On sait comment s’opèrent les lavages de sables au moyen de la calebasse. On y met la terre ou le sable à laver, on verse une grande quantité d’eau et on remue pour former une bouillie qui permette à l’or plus lourd de couler au fond. Alors on renverse brusquement dans une autre calebasse une partie du contenu, qui sera examiné après coup, mais dans lequel on est à peu près sûr de ne pas trouver d’or. La même opération, renouvelée deux ou trois fois, ne laisse au fond de la calebasse qu’un résidu de sable, de cailloux, et d’or dans lequel on cherche à la main.

Dans la Falémé on voit les femmes plonger pour aller retirer de certaines fosses que creuse la rivière dans les contre-courants, l’or qui s’y dépose. Ces femmes, lorsque l’eau est basse et qu’il n’y a plus d’écoulement sensible, vont aussi dans l’eau remplir leur calebasse de sable et de terre dans lesquels elles trouvent fréquemment de très- petites pépites.

* * * * *

24 MOTS D’UN VOCABULAIRE DIALLONKÉ.

Un homme Kéména.

Une femme Niakaléna.

Enfant Dédina.

Cheval Souna.

Chien Baréna.

Ane Fallah.

Bœuf Ninguéna.

Poule Tokéna.

Œuf Kankéna.

Mil Diguitinna.

Eau Diguèna.

Case Bankèna.

Arbre Diéguena.

Bois Oulani.

Fer Ourèna.

Fusil Finkarena.

Couteau Filena.

Sabre Déguémana.

Bonbon Doumana.

Coton (non filé) Guéséna.

Mouton Diakhréna.

Pirogue Kounkina.

Natte en paille Sasina.

Vase en terre dit canari Diambana.

Voir pour la numération en diallonké le tableau suivant :

MANIÈRE DE COMPTER DANS DIVERSES LANGUES DE L’AFRIQUE

+----------------+---------------+----------+-------------+------------+ | FRANÇAIS. | WOLOFF. | PEUHL. | SONINKÉ. | MALINKÉ OU | | | | | | BAMBARA. | +----------------+---------------+----------+-------------+------------+ |Un |Ben |Go |Bané |Kili | | | | | | | |Deux |Niare |Didi |Fillo |Foula | | | | | | | |Trois |Niète |Tati |Sicco |Saba | | | | | | | |Quatre |Nienète |Naï |Narto |Nani | | | | | | | |Cinq |Diouroum |Dioï |Carago |Doulou | | | | | | | |Six |— ben |Diégom |Toumou |Woro | | | | | | | |Sept |— niare |Diédidi |Nierou |Woro oula | | | | | | | |Huit |— niète |Diétati |Ségou |Segui | | | | | | | |Neuf |— nienète |Diénaï |Khabou |Kononto | | | | | | | |Dix |Foucq |Sapo |Tamou |Tan | | | | | | | |Onze |— ac ben |Sapo y go |Tamoudo-bané |Tan y kili | | | | | | | |Douze |— ac niare |Sapo y |— filli |Tan y foula | | | |didi | | | | | | | | | |Vingt |Nitte |Nogas |Tan pilé |Mouga | | | | | | | |Vingt et un |— ac ben |Nogas y go|Tan pilé do |Mouga y | | | | |bané |tribi | | | | | | | |Trente |Fanewère |Tchapandé |Tan diké |Tan saba | | | |tati | | | | | | | | | |Quarante |Nienète foucq |— naï |Tan nakaté |Tan nani, | | | | | |_ou_, en | | | | | |bambara, | | | | | |Débé | | | | | | | |Cinquante |Diouroume-foucq|— dioï |Tan caragué |Tan-doulou | | | | | | | |Soixante |— ben — |— diegom |Tan doumé |Tan woro | | | | | | | |Soixante-dix |— niare — |— diedidi |Tan meré |Tan | | | | | |woro-oula | | | | | | | |Quatre-vingt |— niète — |— diétati |Tan tiégué |Tan | | | | | |séguifou, | | | | | |en bambara, | | | | | |Kéme | | | | | | | |Quatre-vingt-dix|— nienète — |— dienaï |Tan khabé |Tan kononto | | | | | | | |Cent |Temer |Témédéré |Kamé |Kémé | | | | | | | |Deux cents |Temer-niare |— didi |— filli |Kémé-foula. | | |_ou_ | | |=Bambara. | | |Niare-temer | | |Malinké= | | | | | | | |Mille |Guiné |Ou-guinéré|Ou guiné |Ba. Oulou | | | | | | | |Deux mille |Niaré-guiné |Ou |— filli |Ba foula — | | | |guinaïe | |foula. | | | |didi | | |

[Continue]

+----------------+---------------+----------+-------------+------------+ | FRANÇAIS. | SERÈRE. |DIALLONKÉ.| SOUSOUS. |SERÈRE-NONE.| +----------------+---------------+----------+-------------+------------+ |Un |Leng |Kedé |Kiling |Kiliaï | | | | | | | |Deux |Darhk |Fiddi |Firing |Kilandome | | | | | | | |Trois |Betafa darhk |Sakkha |Sakhan |Sanptoye | | | | | | | |Quatre |Betafana |Nani |Nani |Bodoye | | | | | | | |Cinq |Betafolé |Soulou |Souli |Doungarin | | | | | | | |Six |Betafa ta darhk|Chéeni |Senni |Kornandome | | | | | | | |Sept |Arbarhey |Soulou |Solo-firé |Palamnienen | | | |fidé | | | | | | | | | |Huit |Betafa-arbarhey|— mésére |Solo-massakha|Khassarine | | | | | | | |Neuf |— leng |— ménéni |Soloma-Nani |Souroutoute | | | | | | | |Dix |— ney |Nafou |Fouh |Gong | | | | | | | |Onze | » | » |— ni kiling | » | | | | | | | |Douze | » | » |— ni Firing | » | | | | | | | |Vingt | » | » |Mouga | » | | | | | | | |Vingt et un | » | » |— ni-kiling | » | | | | | | | |Trente | » | » |Toungué-sakha| » | | | | | | | |Quarante | » | » |— nani | » | | | | | | | |Cinquante | » | » |— souli | » | | | | | | | |Soixante | » | » |— senni | » | | | | | | | |Soixante-dix | » | » | » | » | | | | | | | |Quatre-vingt | » | » | » | » | | | | | | | |Quatre-vingt-dix| » | » | » | » | | | | | | | |Cent | » | » |Kémé | » | | | | | | | |Deux cents | » | » | » | » | | | | | | | |Mille | » | » |Oulou | » | | | | | | | |Deux mille | » | » | » | » | | | | _Nota._ Un simple coup d’œil suffit pour faire voir de grands | | rapprochements entre le malinké, le diallonké et la langue sousous, | | qui, du reste, est celle d’une colonie de Malinkés. | +----------------------------------------------------------------------+

[Note 249 : J’avais envoyé à Médine quelques blocs de ces roches remarquables, mais à mon retour j’ai eu le regret de ne plus les trouver et de ne pouvoir apprendre ce qu’elles étaient devenues.]

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

DÉDICACE I

PRÉFACE DE L’AUTEUR III

INTRODUCTION. — Motifs qui décidèrent du voyage. — Départ de France. — M. Quintin demande à m’accompagner. — Premiers préparatifs. — Instructions. — Lettre du gouverneur à El Hadj Omar. — Instructions complémentaires. — Composition de mon escorte. — Difficultés. — Opinion générale sur le sort qui nous attendait. — Matériel. — Animaux. — Ressources de l’expédition. — Emploi des 5000 francs alloués 1